Moi je me tenais bien à table (pas le choix)

Je_me_tenais_bien___table_53272467Ne pas bien se tenir à table était puni des galères, de l’échafaud via la peine de mort, voire pire encore (j’avais bien noté en lisant des lectures interdites, qu’il existait un sort pire que la mort… surtout pour les femmes, mais je ne voyais pas bien ce que cela pouvait être).

Déjà et d’un : les enfants ne parlaient pas à table. Suplice horrible que je n’ai jamais infligé à mes filles, le repas du soir étant un moment convivial à mon sens. Jean Poirotte sadiquement exigeait de ses petites filles deux minutes de silence au dessert, que Pulchérie était incapable de tenir, ce qui rallongeait la corvée facile à 10 minutes (Delphine réclamant les deux minutes de silence en cas d’oubli pour emmerder sa soeur, la chipie (mais elle avait ses raisons), et tant pis si son grand père était attendu par le tour de France (il assumait) et malgré sa soeur menaçant de l’assassiner sans témoin).

Papa avait accepté que l’on parle à table, mais uniquement « culture ». Les gaulois dans la plaine  c’était culture, la trombine du nouveau voisin ne l’était pas (même si cela intéressait maman aussi). Henri IV assassiné c’était culture, sa poule au pot ne l’était qu’à moitié, et la poule au riz de l’arrière grand mère à laquelle nous pensions tous du coup pour le WE prochain était interdite de séjour.

Il fallait mettre les poings sur la table une fois le plat terminé. Quand on se laissait aller à les mettre sur les genoux on s’entendait dire « on n’est pas en Angleterre ici ». Je n’ai jamais vérifié s’il est exact que la politesse anglaise passe à table avec les mains sur les genoux (je suppose que si c’est vrai, les petits anglais ont envie de les poser sur la table).

Ne rien laisser dans l’assiette, même sur le bord (le coin de l’assiette ronde étant difficile à définir). Pourtant on étaient champions pour disperser le gras tout autour de l’assiette. Papa a renoncé à nous le faire manger le jour où on lui a fait remarquer qu’il avait laissé un gros bout de gras de blanquette bien en évidence (et pourtant ce n’était pas culture).

Il fallait terminer le pain. Important le pain pour des parents qui en avaient manqué pendant la guerre. Maintenant s’il n’en reste pas on a l’impression d’avoir tout faux quelque part… On poussait avec le couteau (à l’anglaise) ou avec un petit morceau de pain que l’on n’était pas obligés de manger (curieux).

Pas de menu particulier pour le difficile : on mangeait ce qu’il y avait. Si l’on n’aimait pas on était autorisé à ne pas manger DU TOUT, en souvenir des années avec cartes d’alimentation. Personne n’osait risquer le « je sors de table » et se priver du reste. On mangeait donc…

Faire Slurrrpp avec une paille attirait des regards indignés (d’ailleurs la paille était rare). Finir son verre d’eau était obligatoire (la déshydratation nous guettait). On demandait « puis-je sortir de table ? » et non pas « je peux sortir de table ? » faute de grammaire inqualifiable (et en avant pour la révision des participes passés et de tous les temps y compris du « plus que parfait » dont on se demande pourquoi il est au masculin) Si « oui », interdiction de partir en criant « youpeee ! ». On pliait notre serviette avec application. Si « non »,  il n’y avait plus qu’à ronger son frein en attendant la sentence : « tu peux sortir de table ».

Papa aimait bien prononcer cette phrase juste avant l’arrivée du dessert…. Petit voyou va !

La vie n’était déjà qu’un long calvaire…

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