La lessive part 2…

Georgette_DUGROPREZ

Mon arrière grand mère… Vous l’avez déjà vue quelque part sur une photo de mariage illustrant le 11 novembre.

Elle avait préparé son trousseau très jeune. Dès l’âge de 6 à 7 ans, elle brodait, ourlait, décorait, tous les soirs en causant avec la famille. Elle préparait son « trousseau » donc, et la mère qui n’avait que des filles en vie (3 sur les 4 nées + 2 fils morts trop petits) s’arrachait les cheveux au sujet des « trousseaux ».

Une fille se devait d’avoir le minimum qui pour nous est bien trop, à cause de l’histoire des lessives justement.

Et pas du n’importe quoi. Chaque drap de lin ou coton est ajouré, brodé, chaque nappe aussi, chaque serviette.

Elle était prête pour se marier et c’était une chance : elle épousa mon arrière grand père 3 mois après l’avoir connu…

Je cite le trousseau, pour ce que nous en savons…

  • Douze douzaines de chemises de nuit (il nous en reste d’intactes dans le grenier)

  • Douze douzaines de chemises de jour (idem, j’ai accouché de chacune des filles dans une de ces fameuses chemises pouvant bouillir sans problème en machine)

  • 24 services de nappes et serviettes assorties (et la serviette de l’époque (X 24 on prévoyait large), que l’on peut se mettre autour du cou en se protégeant encore le haut des cuisses)

  • 25 paires de draps (drap du dessous tout simple, drap du dessus ajouré et/ou brodé) et 50 taies d’oreiller

  • 4 édredons fourrés au duvet de canard ou d’oie et brodés également, en soie véritable (et Mrs Bibelot, oui, ELLE, jetant le dernier un beau jour…)

  • 6 dessus de lit molletonnés mains

  • 12 douzaines de torchons ourlés et portant ses initiales en rouge

  • 72 serviettes de toilettes et gants de toilette non tissés par elle, mais brodés de ses initiales également en rouge

Pourquoi une telle débauche de linge ? Pour la lessive tout simplement.

Elle, pour la lessive hebdomadaire, habitait une jolie petite maison dans les bois, mais sans eau courante, sauf celle de la citerne qu’on ne gaspillait pas en lessives (on la buvait sans jamais avoir une gastro…). Une fois par semaine au maximum, été comme hiver, elle descendait un petit chemin que j’emprunte toujours avec Mrs Bibelot régulièrement pour se retrouver au Pont Grandval où passait la rivière.

Quelqu’un d’astucieux avait mis en place un simili lavoir… Savoir qu’il lui fallait faire descendre une planche monumentale qui retenait l’eau de la rivière et la bloquer avec peine (la planche, l’eau on ne peut jamais vraiment la bloquer). Parfois son mari averti se chargeait de la planche pour qu’elle trouve l’eau à niveau une heure plus tard.

Se mettre à genoux sur la planche ad hoc sur laquelle elle s’agenouillait et qui descendait doucement vers l’eau (une planche spéciale donc, que chaque femme possédait) sur une légère descente du bord de la rivière prévu pour, tout en surveillant son fils afin qu’il ne tombe pas dans la rivière… Quand le niveau était correct, elle se dépêchait de tout laver, avec brosse, battoir également + savon à la potasse qui n’a jamais fait crever les écrevisses qui pullulaient 200 mètres plus loin… L’eau est toujours glacée de nos jours dans ce secteur (sans écrevisses hélas), il fallait faire vite et c’était vraiment la lessive à faire absolument. Ne pas oublier de relever la planche avant de repartir pour qu’elle ne cède pas sous le poids de l’eau s’accumulant.

La grande lessive une fois l’an c’était la fête finalement. Tous les draps, toutes les nappes, toutes les serviettes, toutes les chemises de jour ou de nuit, tout ce qui pouvait attendre parce que l’on avait de la réserve, que l’on allait laver un beau jour d’été, voire plusieurs.

Elle partait avec une cariole pleine de linge, et tout ce qu’il fallait pour le laver. La grand mère prenait le petit ce jour là et elle allait au vrai lavoir où elle pouvait parlotter un peu avec les autres, faisant de même… Certaines s’y rendaient toutes les semaines pour l’urgence, n’ayant pas son lavoir à elle au fond des bois… Mais on ne la snobait pas, parce que l’on comprenait qu’elle lave son linge à la rivière sans faire 8 km à pied pour venir au lavoir.

C’était une bonne journée disait-elle, voire deux ou trois jours sans discontinuer. Elle rentrait « en nage », réservant les vêtements de ces journées pour un petit tour à son lavoir personnel ou presque…

Le linge battu et rebattu, coulé tout de même la veille et les jours d’avant, savonné et brossé, s’étendait sur l’herbe qui sèche plus blanc que blanc, et c’était à qui prendrait le plus de place… Chacune amenait un panier de victuaille et l’on pique niquait sans connaître l’expression en prenant les dernières nouvelles… Alberte est enceinte ? Encore ? Elle en est à combien ? Et le père Michu, toujours aussi désagréable ? Comment ça la boucherie ferme ?

Après restait à rentrer à la maison pour tout repasser… Après le repassage qui pouvait attendre les premiers jours mornes et pluvieux, elle pliait tout comme il faut et mettait sous presse pour que cela prenne moins de place dans les placards. Elle pouvait affronter une nouvelle année à changer ses draps, serviettes de toilette, serviettes de table, nappes…

La première lessiveuse que mon grand père acheta la laissa rêveuse. Le premier vrai lave linge aussi. En aussi peu de temps c’était tellement propre… Juste à repasser, à l’électrique… Le rêve…

C’est en l’écoutant parler de ces lessives d’antan  que j’ai su, sans le savoir vraiment, ce qu’avait été sa vie…

Elle n’a pas connu la lavante sèchante… Nous attendons celle qui repasse en plus et qui plie direct le linge et le range direct dans le placard…. Jamais contentes et surtout : pas du tout conscientes de la chance que nous avons.

Comme je le dis toujours: la vie n’est qu’un long calvaire…

Il reste de vieux draps qui ont l’air neufs chez Mrs Bibelot… ON ne peut  pas s’en débarrasser, alors on les garde… Impossible de faire une housse de couette avec : pas la bonne taille et il faut repasser à mort (mais comment faisaient-elles ???).

La vie n’est VRAIMENT qu’un long calvaire…

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