Les supers vacances en Crête (part 2/3)

Les_supers_vacances_en_cr_te_2Retour au club en rentrant d’Héraklion (le car n’était plus looong vu que j’avais fait la séance « claques »). Douche des filles.

  • Maman on peut aller dans la salle de jeux pendant que tu te lave ?

  • Oui mes chéries, voici des sous, et ne prenez pas l’ascenseur (3 étages, nous sommes au second et la salle de jeux au premier sous sol)

  • Ouiiiii on sait, tu nous l’as répétéééé 136 fois (et nous on t’as désobéi 136 fois mais motus, elle n’en saura rien cette pauvre Mouth débile…)

C’était en effet un ascenseur sans porte, avec parois déroulante. Mes parents avaient le même, mais muni d’une sécurité… Celui là, non. Elles avaient donc interdiction formelle de l’emprunter sans moi.

Départ de l’équipe de fer. Je sors de la douche et je termine la séance démêlage de tignasse quand Delphine déboule, en larmes, bouleversifiée : « maman ! Pulchérie s’est blessé le pied dans l’ascenseur, ce n’est pas grave, mais elle crie très fort, pauvre Pulchérie ! Pauvre Pulchérie ! »

Elle s’écroule sur mon lit, au bord de la crise de nerfs, en criant toujours « Pauvre Pulchérie ! » pendant que j’enfile à la  hâte un caleçon et un T shirt et me précipite dehors. Dès l’attaque de la descente de l’escalier, hurlements horribles : c’est ma fille, je reconnais le krikitu, elle est vivante, mais j’ai les jambes qui tremblent, et encore plus quand j’arrive au niveau de l’accueil ou je bifurque vers le krikitu : la porte de l’ascenseur est pleine de sang, cela fait une traînée du haut en bas et la réceptionniste est livide qui m’indique d’un doigt tremblant le niveau inférieur. J’arrive au niveau salle de jeux en suivant une trace sanglante,  où un homme plutôt verdâtre porte ma fille qui hurle. Il va tomber dans les pommes c’est sûr et me la faire tomber, en plus !

Je regarde le pied de Pulchérie que ma vue fait taire un instant et mon coeur manque un battement. Je hurle « hôpital ! » à l’homme qui va s’évanouir et je récupère ma puce pour m’écrouler sur un canapé en la portant comme je peux (pendant qu’il s’affale sur le sol, ne pas compter sur les hommes quand ça saigne en pendouillant). Elle hurle à nouveau (pas de claque pour avoir pris l’ascenseur, c’est bon, je peux crier). Cela a l’air grave mais c’est tellement sanglant que tout le monde se détourne en pâlissant (jamais vu autant de personnes blèmes en même temps depuis…). Moi je sais que c’est grave (je peux tout regarder sauf si cela concerne les yeux), j’ai peur, j’ai mal pour elle.

Le chef de l’établissement arrive à la hâte, très pâle également (il est responsable de la sécurité et dans l’ascenseur il n’est pas précisé que les enfants doivent être accompagnés : normes grecques). Il me kidnappe ma fille et part avec deux interprètes à l’hôpital le plus proche, Rethymnon. Je pars récupérer Delphine toujours au bord de la crise de nerfs pour la confier au couple d’amis qui ont un fils « ne t’inquiète pas on s’occupe d’elle », et je pars à mon tour avec le chef des sports. Arrivée à l’hôpital où l’on trouve la bonne salle au son du krikitu Un médecin est en train de répandre du liquide sur le pied de Pulchérie (probablement un anesthésiant) et elle se calme rapidement, en précisant « ça va beaucoup mieux ». Examen attentif de la blessure, grimaces du médecin. Echanges. Le médecin parle en grec au premier interprète qui traduit en anglais au deuxième, qui traduit en français.

« Ils ne peuvent rien faire ici, elle part en ambulance pour Héraklion immédiatement » (j’en viens, ils se moquent de moi ?). Moi il me faut retourner au club ou tout le monde m’attend, anxieux et où  surtout j’ai Delphine (et de quoi m’habiller, je ne suis vêtue que d’un T shirt et d’un caleçon et uniquement de ça). Le chef d’établissement précise que j’ai 3/4 d’heure au club pour régler mes problèmes (et lui, faire nettoyer son ascenseur je présume) En mangeant un morceau je confie Delphine aux amis. Celle-ci est silencieuse et visiblement traumatisée. Tout le monde me rassure : on va recoudre Pulchérie, ce n’est rien. Non… La recoudre ils pouvaient le faire ailleurs. Je ne dis rien, on prétend toujours que je suis pessimiste. Je prends mon sac à main avec le nécessaire, j’enfile une culotte et un soutif (oubliés lors du premier habillage à la hâte) + un peigne et une brosse à cheveux dans mon sac.

Au moment où nous partons avec le chef d’établissement (et 1/2 heure de retard), téléphone : Pulchérie est entrée au bloc de l’hôpital d’Héraklion, inutile de rouler comme des cinglés (car les grecs roulent comme des cinglés) , il y en a pour trois heures au moins. Et moi je ne sais rien. Je ne sais pas ce qu’on va lui faire, ce qu’elle a exactement…. Arrivée à l’hôpital où on me laisse dans la salle d’attente. Le chef d’établissement a prévenu Europe Assistance auprès de qui j’ai souscrit… et il est désolé de devoir me laisser là… Il a de la paperasse à faire rapport à l’accident de ma fille « madame excusez-moi »… Je sens qu’il me hait et ma fille 10 fois plus…

J’attends, des heures me semble-t-il. Pulchérie apparaît enfin, sur un brancard mais bon. Elle est bien réveillée. Elle regarde son pied sous le drap « maman j’ai un plâtre ! ». Allons bon ! Pourquoi diantre un plâtre sur une blessure de ce style ? Je vérifie : elle ne délire pas. Bisous maman… Le médecin ne parle qu’anglais, je n’y comprends rien. Il confie la petite à une infirmière adorable : Nickie qui a l’air d’aimer beaucoup les français. Mais elle n’en parle pas un mot, et pas plus d’anglais. Nous parlerons par signes (ça marche très bien quand on sait que quand on fait non de la tête, pour les grecs ça veut dire oui, et inversement, mais dur dur de supprimer une habitude remontant à toujours… (d’ailleurs pour dire oui ils disent « na », et moi je comprenais toujours « non »)

Nous voici dans une petite chambre où il y a déjà deux enfants. Les parents rouspètent à l’arrivée du lit de Pulchérie (aucun enfant crétois ne séjourne à l’hôpital sans quelqu’un de sa parentèle à ses côtés). On me donne un fauteuil. Pulchérie s’endort suite à l’anesthésie générale, et moi je me sens d’une solitude absolue, perdue dans un cauchemar.

3 heures du matin : Nickie arrive « téléphone ! ». Je suis surprise mais j’y cours. C’est Europe Assistance. J’en pleure de joie d’être épaulée, soutenue, réconfortée, en français… Le représentant passe me voir le lendemain, et on avise (rapatriement ou pas…). Je dors un peu dans mon fauteuil après cet appel miraculeux. Je note ici qu’il est absolument fabuleux de voir la capacité de réaction de ces gens qui vous savent seuls et perdus… C’est un réconfort absolu.

Le lendemain, on nourrit bien ma fille, mais pas moi, ce n’est pas prévu. Les familles des enfants voisins (une jambe brisée avec des broches dépassant de partout, et un bassin fracturé pauvres petits pères) me donnent gentiment à manger. Il y a des barbecues sur les balcons, c’est très spécial. Pour les soins aussi : on s’occupe bien de Pulchérie, mais ratage de bassin et pipi dans le lit : c’est à moi de changer les draps en allant me servir dans la buanderie (et je suis vachement douée pour changer les draps de quelqu’un qui ne peut pas bouger et doit garder la jambe surélevée sur 5 oreillers). C’est écrit en grec dans la buanderie, c’est pratique (mais bon là-bas l’hôpital c’est gratuit). Pas de médecin, juste des infirmières pour les soins classiques et changement de perf. J’insiste auprès du représentant d’Europe Assistance qui est arrivé vers 10 heures : je veux rentrer en France. Je ne peux pas laisser Delphine seule comme cela et puis, j’ai peur médicalement parlant. Qu’a-t-on fait à Pulchérie ? A-t-elle été bien soignée ?

Finalement il y aura une part 3…

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