On l'appellera Lilly…

Vous savez, comme dans la chanson de Pierre Perret… Lilly.

Elle avait 48 ans Lilly, quand tout a commencé à aller mal. Son mari ne supportait plus sa fille adolescente à qui il ne passait rien. Lilly vivait entre les engeulades du père flic et de la fille révoltée, à faire le tampon, à s’en prendre un oeil au beurre noir un jour parce que le père s’était trompé de cible.

Elle était contente de venir bosser Lilly et de parler de ses problèmes un thé à la main pendant la pause. Elle ne savait pas, comme moi, qu’on voulait sa peau à Lilly. Elle savait juste qu’il fallait qu’elle divorce Lilly, alors elle mettait de l’argent de côté en allant faire des ménages le samedi en douce pour remplir son petit bas de laine.

Et puis la situation s’aggravant à la maison, elle a trouvé une solution Lilly et envoyé sa fille chez sa mère. Oh tout près : à Bayonne. Facile pour se voir le week-end. Facile à vivre pour une maman que de perdre un peu sa fille, devant un père ravi de la solution. Elle continuait frénétiquement ses ménages en douce Lilly. Elle pleurait pendant la pause Lilly. En nous disant « heureusement que vous êtes là les filles ». Elle ignorait qu’il y en avait une (qui aura son post) qui voulait sa peau.

Et puis la situation s’est dégradée chez Truchon pour elle. Ce n’est pas une peau de banane qu’elle devait éviter chaque jour Lilly. C’était le régime de bananes tout entier. Elle a commencé à dépérir en même temps que moi et d’autres Lilly. A ne pas pouvoir manger, à surveiller comment elle s’habillait la vache de comptable la taxant de pute, car elle avait un décolleté avantageux, (ce à quoi j’échappais).

Et puis son mari est parti et elle s’est retrouvée seule Lilly. En sachant que son homme de 50 ans si prompt à faire la morale à sa gosse, en avait fait un à une jeune de 30 ans et qu’il se promenait avec elle comme s’il avait trouvé la 8ème merveille du monde.

Son fils était loin à Lilly, et sa fille aussi qui ne voulait pas revenir en cours d’année, ni l’année suivante d’ailleurs, tellement elle était bien à Bayonne. Et puis « t’avais qu’à mieux me défendre ». Elle avait tous les torts Lilly. Au boulot et chez elle, où elle se retrouvait seule, son garçon s’inquiétant d’elle, mais du Canada, c’était insuffisant…

Elle a résisté au boulot Lilly, sa démission, Truchon ne l’aurait point. Elle prenait des pilules roses Lilly, comme beaucoup. Moins une par jour. On ne sait jamais on peut avoir besoin d’une réserve dès fois qu’il y ait la guerre… Et puis un jour Truchon l’a appelée Lilly. Elle est redescendue de son bureau en nous faisant juste « au revoir ». C’était 5 mois avant moi.

Elle a quitté la chambre conjugale Lilly, elle ne supportait pas d’être seule dans le grand lit Lilly. Elle pleurait toute la journée et vidait son compte en banque à appeler sa fille qui petit à petit lui pardonnait et acceptait de revenir pour juin 2008, les examens passés et réussis. Elle était condescendante et pardonnante la fille de Lilly, mais toujours absente.

Elle s’est installée sur le clic clac du salon Lilly. Elle y dormait quasi toute la journée, la TV en bruit de fond, la couette bien autour d’elle pour la protéger du monde. Elle pleurait beaucoup. Nous ne pouvions jamais l’appeler sans la trouver en larmes. Elle se refusait à sortir Lilly, c’est une voisine, une vague amie qui lui faisait ses courses à Lilly. C’est une amie qui s’est inquiétée que le ménage ne soit plus fait du tout, que Lilly ne fasse rien. Lilly ne sortait que pour sa visite mensuelle au médecin et avoir son ordonnance non salvatrice finalement.

Elle n’avait pas besoin de manger Lilly, car elle restait blottie avec son lapin nain si affectueux qu’elle ne mettait plus jamais dans sa cage, sur son canapé, à l’abri du monde Lilly. Il y a longtemps qu’elle ne relevait plus sa boîte aux lettres Lilly, trop peur de ce qu’elle y trouverait.

Elle n’encaissait donc plus les chèques du traître Lilly. A quoi bon ? Voir son nom une fois de plus ? Voir un jour un courrier d’avocat ? Non, elle n’ouvrait plus sa boîte à lettres Lilly.

Un jour pourtant, elle a pû sortir Lilly autrement que pour aller voir le médecin. Sa voisine et amie était partie en vacances pour quelques jours. Elle a acheté du rhum et du gin Lilly, et puis des bougies, car EDF avait tout coupé le matin même. Heureusement qu’elle s’était faite belle la veille Lilly. Elle a compté toutes les pilules accumulées au cours des mois précédants, et elle a tout pris Lilly.

On dit que ça ne marche pas… Mais pour Lilly cela a marché. C’est la voisine et amie rentrant de vacances qui l’a trouvée endormie pour toujours, le visage détendu et vaguement souriant, avec le lapin cherchant à la réchauffer, juste à temps pour qu’elle soit encore belle Lilly.

Maintenant elle ne pleurera plus Lilly.

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