Le 24 décembre…

Les parents devant recevoir 13 personnes le 25, Mrs Bibelot m’avait demandé d’arriver le 24 « tôt dans l’après midi », pour lui donner un coup de main.

Je devais dormir chez eux le 24 et le 25 au soir, j’ai donc débarqué avec deux cabas : un avec mes effets personnels (ça sonne bien) et l’autre avec tout ce qui concernait le saumon (ça sonne nettement moins bien mais c’est très important)…

J’ai bien fait d’arriver « tôt dans l’après midi », ils faisaient leurs siestes, elle dans la chambre conjugale, et lui, comme de coutume, sur le canapé du salon. Sale manie qu’il a depuis toujours, parce que c’est tout juste si l’on peut respirer à proximité… Et quand on le réveille de sa sieste, il est de mauvais poil. Fatalement en déballant tout ce qui concernait le saumon, je l’ai réveillé (aïe). D’un autre côté il a le sommeil léger et c’est la raison pour laquelle il nous enquiquine à faire sa sieste dans le salon (où théoriquement tout le monde peut passer) depuis mes au moins 14 ans, âge où j’ai répondu à ma mère qui me faisait « chut ! » « il n’a qu’à aller dormir ailleurs… ». Donc le problème remonte à loin et là, tout à coup, j’ai comme l’impression que vous n’en avez rien à faire…

Puis maman s’est réveillée toute seule « tiens tu es là ? », ben oui, c’est moi… Quelle surprise aussi, tu m’attendais demain ?

Episode 1 : préparer la table pour le lendemain. Mes parents ont une très vieille jolie table à laquelle on peut mettre des rallonges (enfin si cela peut s’appeler comme cela, car en fait on ouvre la table et on met les « rallonges » dans le milieu)… 3 très exactement, qu’il faut mettre dans le bon ordre pour qu’elles s’emboitent et que je me demande pourquoi mon père normalement pratique refuse à numéroter d’une manière ou d’une autre pour qu’on ne tâtonne pas A CHAQUE FOIS.

Donc on se prend le chou pour mettre les rallonges, et on dit plein de gros mots. Après, Mrs Bibelot a sortit LA nappe de Noël et à moi la joie de mettre la table parce que ce n’est pas le tout, mais pour le soir, il y a 4 homards à assassiner et à cuisiner après.

  • Quel service de table ?
  • Quels verres ? (ma mère est très à cheval sur la table, mais en fait tout est dépareillé)
  • Quels couteaux ? Les couteaux, c’est une institution dans la famille, car ma mère n’a que de vieux services avec des couteaux qui n’ont pas une lame acier inoxydable et qui réclament un tampon spécial pour le nettoyage. Ce sont ces vieux couteaux à lame oxydable qui ont fait que jadis, il était inconvenant de les mettre dans la salade, le vinaigre les oxydant… De nos jours il est toujours grossier paraît-il de mettre un couteau dans la salade alors que la vraie raison du pourquoi du comment n’existe plus.
  • « Laisse » me dit ma mère « je m’en occuperai tout à l’heure demain au dernier moment« . En effet, certains détestent ces couteaux et il faut piocher dans un autre service, dépareillé…

On ne réveillonne pas chez mes parents, à savoir qu’on ne dîne pas tard,… Jean Poirotte ayant décortiqué le programme TV se trouva fort heureux de l’arrivage (bruyant et réveillant) de 7 DVD à moi : des pièces de théâtre. Restait à ce que l’heureux couple de 51 ans de mariage se prenne le chou pour savoir quelle pièce on regarderait.

Et à tuer ET cuisiner les homards… Ce qui fut forcément épique.

Car normalement je regarde mes parents cuisiner sans piper mot (surtout pas !), mais comme j’avais contribué à l’achat de ces pauvres bêtes, j’ai été dans l’obligation absolue d’y mettre mon grain de sel. Ce qui fait qu’au lieu d’être 2 à se faire des suggestions et à répondre à l’autre « fous moi la paix », nous avons été trois.

  • Seule unanimité : Jean Poirotte tue tellement bien les homards et prépare tellement bien les morceaux que ma mère et moi l’avons laissé faire, sans proposer nos services. Moi en terminant de mettre la table, elle en regardant pour dire « ah mon dieu pauvre bête » à chaque coup de mitrailleuse lourde couteau de l’assassin dans la cuisine.
  • Puis il a voulu faire revenir les morceaux dans la cocotte.
  • Mrs bibelot voulait qu’il fasse revenir l’échalotte avant d’y ajouter les morceaux de homards (qui remuaient encore c’est horrible)
  • Moi j’ai fais remarquer que l’huile d’olive ce n’est pas armoricain du tout.
  • Puisque c’est comme ça démerdez vous. A dit Jean Poirotte, pour regarder quel choix de pièces de théâtre IL avait.
  • Ma mère a fait rissoler l’échalotte sans jeter l’huile d’olive, sans faire gaffe aucune à ma remarque désobligeante concernant la même huile (je la reconnais bien là…)
  • Puis elle a voulu commencer directement la sauce et j’ai fais remarquer que moi je ne procédais pas comme ça, comme si je mangeais du homard tous les jours
  • Puisque c’est comme ça démerde toi, m’a dit ma mère en me tendant la mouvette en bois et en allant regarder les pièces de théâtre pour dire à Jean Poirotte que « madame sans gêne » ne la tentait pas et qu’elle préférait « j’y suis j’y reste ».
  • J’ai fait revenir les morceaux de homards qui remuaient encore (qu’elle horreur !) et j’ai commis le crime absolu de mettre le vin blanc sans demander l’avis de personne.
  • On m’avait dit « démerde toi… »
  • Ma mère a dit qu’elle mettait la farine avant le vin blanc après avoir retiré les morceaux de la cocotte
  • Mon père a dit qu’il était d’accord avec moi, pour voir à la fin s’il fallait ou non de la farine à rajouter suivant un procédé bien précis pour éviter les grumeaux
  • Mrs Bibelot a décrété qu’elle se chargeait des homards et qu’on n’avait qu’à la boucler. (Elle n’a pas arrêté de se plaindre que sa farine avait fait des grumeaux jusqu’à, pendant, et après la dégustation finale… (donc pendant la pièce, mais laquelle !))
  • Nous l’avons laissée faire, alors que je précisais à mon père que je préférais revoir « le noir te va si bien », non sans quelques rappels. Qu’elle a très mal pris, surtout quand elle s’est rendue compte qu’elle avait effectivement oublié la tomate (armoricaine elle aussi).
  • Puis, suivant la recette d’une amie bretonne pure souche, elle a mis dans la sauce tout un tas de trucs, qui ont transformé le homard à l’armoricaine en homard à l’internationale, puisque la copine bretonne mettait dans sa sauce : un dé de pastis, du martini, du whisky, en plus du vin blanc.
  • J’ai trouvé que le dé de pastis ressemblait plus à une tasse (j’aime pas l’anis), et j’ai persisté pendant la dégustation des pauvres petites bêtes (dont certains morceaux remuaient encore, quelle horreur !), alors que Jean Poirotte trouvait que non pour le pastis, mais que cela manquait de sel (pourtant ça ne manquait pas de sel du tout cette histoire…)
  • Mrs Bibelot au moment du dessert alors qu’elle préparait la sauce restante à congeler, nous a précisé que la prochaine fois, elle nous laisserait nous démerder tous seuls, en ricanant dans son coin. Vous pensez bien que c’est le genre de ma mère d’aller s’installer dans son fauteuil en ricanant, en laissant son mari et son ainée cuisiner sans elle. Curieusement Jean Poirotte et moi sommes très souvent d’accord contre elle, pour telle ou telle recette… (un exemple : elle est contre mettre du vin blanc dans certaines préparations, alors que nous adorons TOUS (sauf elle il faut croire) les sauces au vin blanc…)
  • Et puis tout le monde est allé regarder « Madame Sans Gêne » non sans plaisir. Parce que sur le plan du choix du programme TV, Jean Poirotte l’emporte toujours. A mon avis il a des moyens de rétorsion contre ma mère, dont je ne veux même pas savoir en quoi ils consistent…

Je dis « tout le monde », parce qu’il y avait ma soeur qui n’est pas comme tout le monde, qui, pas folle la guêpe, se garde bien de se montrer quand ses parents font la cuisine… S’ils s’entendent fort bien par ailleurs, ils ne peuvent s’empêcher de « se boutiquer » dès qu’il s’agit de recettes et de plats à préparer…

Et au moment où tout le monde s’est avachi pour regarder la pièce, j’ai constaté que le problème des couteaux, n’était toujours pas résolu…

Donc, à suivre…

13 réponses sur “Le 24 décembre…”

  1. Miam, du homard…
    J’ai savoure le recit tout autant que vous avez du savourer la recette (je n’aime pas l’anis moi non plus).
    Sinon, pour le homard…
    Soit il plonge vivant dans l’eau bouillante (il meurt tout de suite sans crier).
    Soit tu le mets d’abord au congel une heure ou deux (ou plus? a verifier avec le poissonnier) pour l’estourbir avant de le couper (vivant mais gele) en morceaux avec un couteau scie (enfin, c’est ce que fait mon frere le Chef, hin, moi j’aurais trop peur qu’il ne me coupe le doigt d’un coup de pince… ou qu’il bouge).

  2. Hihi ! Non je n’en ai pas rien à faire, ça m’amuse, mon père était pareil ! Quand on lui demandait pourquoi la sieste dans le salon, il répondait qu’il ne dormait pas ! Il s’était juste endormi sur son livre ! Les rallonges aussi, sauf que celles de mon père ont un dessin pour pense bête ! Je m’y croirai j’ai aussi connu ces couteaux là chez ma grand mère, mais on les a abandonnés dans la placard !

    Ah ! Ces parents c’est folko parfois, mais on ne peut pas s’en passer ! Je t’envie car j’ai souvent passé mes réveillon solitaires (du temps où mon ex prenait le filles) avec mes vieux parents… Maintenant que ma mère est seule, elle vit trop à l’étroit et préfère se faire inviter. Ça ne fait pas le même effet, nous aussi on aimait bien retourner au cocon se faire dorloter !

    Profites bien de tes parents !

  3. Hin hin hin … je ricane…
    enfin, cette année, j’ai viré tout le monde de la cuisine et j’ai fait le chapon moi-même comme je voulais. Na.
    Et j’ai subrepticement collé du ruban adhésif sous la rallonge qui coince parce qu’elle ne va que d’un côté (alors que l’autre rentre parfaitement des deux côtés. (re-na)
    La suite !(je me pourlèche les babines)

  4. Joliment raconté, comme d’hab… La cuisine est un endroit trop sérieux pour se partager la tâche, on peut se moquer d’un tas de choses on peut rire de tout mais pas de nourriture !

    Bleck

  5. Réponses en vrac !

    Princesse Strudel : oui j’avais lu le coup de les estourbir au congélo (pauvres bêtes !). Mais comme je n’en mange que très très rarement, je trouve toujours un tueur…

    Louisianne : t’inquiète, je profite. Je sais que le temps passe toujours trop vite… Quant à cette manie de s’endormir sur le canapé, sans s’en cacher, je n’ai jamais supporté…

    Nita : je cuisine assez rarement, mais j’ai horreur quand je le fais que l’on s’en mêle. Assez curieusement quand JE fais un plat chez mes parents, ils ne font aucune remarque. Et je vois que le coup des rallonges c’est un peu chez tout le monde pareil !

    Bleck : que veux-tu, ils adorent ergoter pour une histoire de petits plats, dont ils ne se privent pas d’ailleurs !

  6. savoureux… pimenté… ne manquant pas de sel ni d’allant…

    A savourer sans modération…

    On s’y croirait, et incroyable, comme finalement…. toutes les familles se ressemblent… et ce passage de recettes… où le truc est toujours meilleur chez l’autre… j’adore…

    mais non voyons c’est pas comme ça… ;-)…

  7. Depuis que j’ai entendu des langoustes hurler sur le brasero où on les avait placées à griller, c’est coup de machette direct. Tête tranchée net. Pas de gigotage intempestif (jusque dans l’assiette ?? vrai vrai??)

    par contre, ta recette, je confirme, elle a rien d’armoricain (beark le pastis..)

  8. Wow que d’activité pour faire cuire du homard chez toi… Pour ma part j’en ai mangé deux fois dans ma vie… et la dernière fois dois bien remonter à prêt de 15-20 ans ! Et pourtant j’avais plutôt aimé… mais bon c’est pas le genre de truc que l’on se fait seul à la maison non plus… et quand personne n’aime dans son entourage on s’en passe…

  9. Réponses en vrac !

    Bruno : il faudrait faire le repérage des rallonges dès la première utilisation. La table a plus de 100 ans tout de même !

    Marie : oui c’est vrai que toutes les familles se ressemblent et que ce sont ces ressemblances qui font le piquant de la vie (d’auteur)…

    Dom : tête tranchée net, c’est ce que fait mon père en premier, on peut aimer le homard et respecter la souffrance des animaux. Mais bon il est vrai que certains morceaux gardent des mouvements « réflexes », mais bon pas jusque dans l’assiette. Et je ne bénis pas particulièrement la bretonne qui leur a donné la recette…

    Vladyk : on rencontre parfois de petits homards, pour une personne… C’est vrai qu’un vrai homard breton, c’est succulent !

  10. Je n’ai jamais pensé me payer un tel festin quand je suis seul… Il faut dire que bien plus souvent que autrement quand mon fiston n’est pas là je mange bien simple… Pas mal, mais juste des trucs qui peuvent se faire relativement rapidement !

    Quand on est seul on prend souvent moins le temps de se faire une grosse bouffe sauf de temps à autre… Pour ma part je me « force » au moins une fois par semaine à me faire un petit repas tranquille avec la musique comme douce compagne… et parfois même un petit verre de vin :o)

  11. alors en fait vous êtes une sorcière ou pas ? parce que moi je veux être une sorcière gentille pour aider mes amies et ce qui mentourent . alors si vous pouvez m’aider ? je vous remercie de me répondre
    bonne continuation

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