11 novembre…

11_novembreCette année le 11 novembre tombe un jeudi, et permettra à beaucoup de faire le pont, sans forcément penser que ces congés ils les doivent à la fin de l’horreur absolue d’une guerre absurde.

Un jour férié c’est un jour férié, c’est sacré, on ne travaille pas et c’est vachement mieux de ne pas travailler un jour où l’on travaille d’ordinaire (enfin c’est mon point de vue). Je n’ai pas d’états d’âmes particuliers lors des jours fériés, sauf pour 2 : le 11 novembre et le 8 mai.

Parce que ces jours là, si vous restez chez vous à vous la couler douce et à faire la grasse mat
mes lecteurs adorés (et moi avec quand je bosse),
c’est
parce que des millions de gens sont morts
et que l’on a décidé de se souvenir d’eux
.

Et que j’ai donc décidé de les honorer chaque année, parce que je suis chiante…

Le 11 novembre est la date anniversaire de l’armistice de 1918 qui nous préparait la guerre mondiale qui allait suivre, comme si une ne suffisait pas (Hitler s’est assez servi de l’humiliation de l’Allemagne en 18 pour réclamer des guerriers). Vous vous en foutez, vous êtes nés après, mais n’oubliez jamais que vous vivez sur ces morts… Nous ne sommes que l’avenir de ceux qui sont morts en pensant nous le donner meilleur… (espoir insensé, vu la nature humaine)

Le 11 novembre quand que j’étais petite, j’aimais bien : il n’y avait pas école. Jusqu’à ce jour fatal où j’ai assisté à une scène que je n’oublierais JAMAIS. Après je n’ai plus jamais pu le voir uniquement comme un jour férié où l’on fait la grasse mat. Le mal, la souffrance, rôdaient…

J »avais mon arrière grand mère et sa soeur : tante Hortense (que mon arrière grand mère appelait « la gamine » d’ailleurs). Qui avaient connu en plein cette guerre. Je me disais qu’elles étaient déjà vieilles à l’époque vu qu’elles avaient déjà 28/30 ans environ lorsque cela s’était terminé… (leur vie quasiment sur la fin, 30 ans c’était vieux pour moi qui en avait 14, ça fait sourire après coup)

Ce jour là, pour un repas quasi dominical , elles avaient ressorti de vieilles photographies (oui on disait avec « graphie ») et les avaient commentées, sans que mon grand père ne moufte (pourvu qu’elles ne parlent pas du Général…). Les photos étaient celles du mariage de mon arrière grand mère, des parents de mon grand père donc… Il restait pensif et mélancolique.  Nous savions qui étaient ces jeunes gens souriant et heureux en ce jour de fête vraie. La photo avait été prise en 1910 et ils savaient s’amuser et profiter de la vie. Mon grand père regardait peu : il savait.. Il se souvenait de ce qu’avait été cette guerre pour le petit garçon qu’il était…  Je l’ai compris après.

« Tous morts » disaient-elles avec tristesse. Oui pour ces deux familles tous les hommes présents sur cette photo montrant une jeunesse heureuse et optimiste, étaient morts pendant cette guerre, sauf le marié qui avait eu la chance de revenir, gueule cassée et gazé, il en est mort (des gaz) quand les allemands ont envahi la France à la suivante. Les allemands en France il ne pouvait vraiment pas supporter, il a cessé de lutter contre ses poumons en vrac, alors qu’il s’était battu jusqu’au bout de l’horreur en disant « plus jamais » (il avait eu du bol, il avait été blessé et gazé rn 1916..). Oui cet homme que je n’ai jamais connu avait tenu le coup jusqu’au bout en se disant qu’il épargnait l’horreur aux générations futures… Ils y croyaient vraiment, tous, que c’était la der des der…

Le repas s’est achevé tout de même sur le dessert, les hommes sont partis à la chasse, maman avec mes emmerdeurs de frère et soeurs, et je suis restée seule à écrire mon journal, tâche importante lorsque l’on a 14 ans…

Et tout à coup… Elles s’étaient fait un thé, et elles se souvenaient. Tout haut, ne pensant pas que dans mon escalier (où j’adorais écrire), je pouvais les entendre et d’ailleurs je ne faisais pas plus de bruit qu’une souris (et encore).

Oui ce 11 novembre c’était « le souvenir » (et non la célébration) de la fin de cette horreur, sauf que les morts ne se relèveraient jamais même si le jeu était terminé. Tante Hortense avait perdu son fiancé (qu’elle n’a jamais remplacé), une majorité des cousins, petits cousins, amis étaient morts, certains dès le début, d’autres sur la fin (un chanceux le 11 novembre 1918 précisément 4 heures après la signature de l’armistice, un autre 2 jours après). Une grande majorité des hommes présents ce jour heureux étaient morts. Amis, cousins, ils avaient tous déserté la terre entre 14 et 18… Pour elles le 11 novembre c’était la journée où elles revivaient quatre années qui avaient plombé leurs vies.

Le marié était encore à l’hôpital le 11 novembre 1918 et ne redeviendrait jamais comme avant après tout ce qu’il avait vécu et vu ce qu’il était devenu. Pour tout le petit village où vivait mon arrière grand mère à l’époque : quasi aucun mâle à revenir à l’exception de 7 éclopés à jamais. Le 11 novembre c’était pour elles le symbole d’une guerre, des veuves, des fiancées  inconsolables et sans maris potentiels, des orphelins, un monde foudroyé, une génération fauchée.

Et elles pleuraient en se souvenant d’une femme du village (veuve, qui pensait sans doute que son mari allait revenir maintenant que c’était terminé) qui était sortie, débraillée le 12 novembre en chantant que tout était terminé et qu’elle était heureuse. « La pauvre, se rendait-elle compte ? » « ces cris de joie, comment pouvait-on être heureux ? Tu te souviens ? et ces horribles feux d’artifices avec tous ces disparus ? Tu te souviens du cousin Mac, le premier mort de la guerre pour nous ? » « et tu te souviens de la pauvre Madeleine qui s’est pendue en apprenant que Georges était mort deux jours après la fin ? » (un beau jeune homme sur la photo).

J’avais du mal à les entendre pleurer, une boule dans la gorge : elles ne représentaient plus uniquement des vieilles dames qui normalement ne pleurent pas. Je découvrais leur jeunesse, leur chagrin. Elles étaient tout à coup la sagesse et la paix de l’esprit à jamais endeuillé, et je découvrais leur souffrance et que l’âge ne protège de rien. J’imaginais tous les hommes de ma vie ayant disparu, et j’ai refermé mon journal sans faire de bruit pour écouter et m’esbigner en douce après coup. Elles ont parlé longtemps et le temps s’était suspendu, personne n’est venu troubler leurs souvenirs.

Ce jour là, le 11 novembre, nous le leur laissions chaque année, et nous l’avons fait jusqu’au bout. Tout le monde s’éclipsait quand elles parlaient « thé ». Accord tacite de leurs proches : le 11 novembre n’était pas un jour de joie et il était à elles qui avaient vu la première guerre mondiale décimer leur génération. C’était pour elles la fin d’une époque. La fin d’une horreur. La fin tout simplement. L’horreur restait à jamais présente en elles.

Pour elles rien n’était terminé que leur jeunesse à tout jamais, avec ses fêtes et tous ceux qui n’étaient désormais plus là pour se souvenir. Pour toujours il y avait l’attente, la lettre espérée datée de 15 jours avant, l’angoisse du maire arrivant avec son chapeau et ses adjoints, précédant de peu l’avis mortuaire, qui allait chez la mère alors que l’on n’était que promise ou amoureuse… Il y avait pour elles à tout jamais les larmes et les sanglots d’une femme seule désormais et se devant d’être digne malgré la mort de son mari ou de tous ses fils. Il y avait les lettres contenant toute l’horreur de la guerre que les hommes leur taisaient (le croyant)  (« je te remercie de m’envoyer une ou deux paires de chaussettes, il fait subitement un peu froid, ne t’inquiète pas pour moi, je suis à l’abri dans une tranchée ») (Je n’aime pas lire ces lettres, elles sont trop atroce quand on sait).

Mon arrière grand mère se souvenait toujours de son coeur « explosant » quand elle avait vu arriver la délégation ne lui annonçant QUE la disparition. Elle se souvenait de son soulagement quand elle avait su qu’il était vivant, des semaines après (des semaines de quoi ?, comment pouvait-elle vivre son quotidien ?). Elle se souvenait de sa souffrance et de son choc en le voyant gueule cassée opérée par des chirurgiens défiant l’impossible (et encore il avait été relativement épargné si j’en juge par ce que j’ai pu voir comme photos des opérations pratiquées sur des  hommes atrocement mutilés, leurs chirurgiens préparant sans le savoir la chirurgie esthétique de nos jours) (et Pulchérie se demande pourquoi j’ai jeté l’oeil de verre : par respect peut-être, personne n’avait le droit de le regarder en rigolant, et pourquoi ne l’a-t-on pas enterré avec ?).

Mon arrière grand mère lui a toujours tout pardonné après. Pouvait-elle faire autrement ? La guerre lui avait pris tellement d’êtres aimés, les enfants qu’elle aurait pu avoir et qui ne naîtraient jamais plus (les chocs répétés l’avaient ménopausée précocement, ça existe). Comment pouvait-elle se réjouir UN 11 NOVEMBRE ? Et encore elle n’estimait pas avoir le droit de se plaindre : son homme était revenu : en vrac mais tout de même.

Cette photo du mariage je l’ai chez moi. Je sais qui des hommes présents ce jour là ne sont jamais revenus de l’enfer. Et c’est atroce. Ils sont si nombreux, beaux et jeunes, plein d’espoir, regardant l’avenir avec défi surtout, comme tous les jeunes, et pourquoi sont-ils morts en fin de compte ? Qui se souvient de Plinistinius Gaeus mort contre les gaulois en 50 avant JC ? Pourquoi a-t-il donné sa vie en fin de compte ? (ne cherchez pas, c’est une image…)

C’était curieux pour moi de voir ces vieilles dames pleurer sur ce jour très précis qui me semblait un jour de délivrance, et cela m’a fait voir le jour férié d’une autre manière. Oui c’était une délivrance, la fin enfin, mais qui n’effacerait jamais les deuils. Le 11  novembre c’est un hommage

Quel jour sont-ils morts ? On dit « tombé au champ d’honneur« . Ca fait plus classe, mais cela veut dire la même chose… Ils sont morts tout simplement et nous on en profite… On ne travaille pas parce qu’ils ont vécu dans la boue, la faim et le froid ou une chaleur infecte, la crasse, parce qu’ils avaient peur, des poux et des morpions, la dysenterie, pensaient à leurs proches, attendaient une permission, voyaient leurs amis se faire tuer les uns après les autres, étaient aspergés de sang et d’autres choses immondes quand l’obus tombait sur le copain, parce que quelque part un obus ou un balle les attendaient… C’est ça le 11 novembre. C’est le souvenir de ces poilus qui pensaient nous donner du meilleur pour l’avenir. Je n’oublie pas les allemands au passage qui ont donné aussi… mais pour qui ce n’est pas férié (comme quoi l’homme est con…)

Depuis longtemps le 11 novembre je pense à mes deux vieilles dames qui me manquent. Aujourd’hui encore je regarderai certainement un jour gris de toutes manières, comme si une étrange destinée avait  placé cet armistice volontairement un mois gris et pluvieux. Je me dirai que je n’ai jamais attendu MON homme, mon père, mon frère, mes amis, jamais soutenu mes amies et mes soeurs, je me dirai que je n’ai pas vécu cette attente… Et je remercierai le ciel de n’avoir pas connu cette horreur.

Je rends hommage à ceux qui m’ont précédée. Je n’arrête pas de me dire que je n’aurais pas eu leur courage… C’est très bête, mais c’est comme ça (je suis très facilement terrassée par l’angoisse). J’ai vu deux vieilles dames dignes pleurant sur l’absurdité et je n’oublierais jamais. Je pense que j’aurais été paralysée, en attente de nouvelles, incapable de vivre normalement… Nous n’avons qu’une vie et ce gâchis est à gerber, comme tant d’autres.

Et je serais contente (!) si en me lisant vous leur avez consacré une petite minute (bon OK, 5…)… (Serge Dalens avait écrit « la guerre serait un jeu merveilleux si les morts se relevaient quand elle est terminée »).

Et pour ceux qui le souhaitent, hommes ou femmes, à lire : « Les semailles et les moissons » de Troyat. Pour ceux qui n’ont pas peur « a l’Ouest rien de nouveau » (Remarke, ce livre me flanque trop le bourdon pour que je recherche l’orthographe exacte, c’est la même absurdité côté allemand). Pour les films vous avez « un long dimanche de fiançailles », « les sentiers de la gloire » et tant d’autres désormais, dont les images cruellement réalistes peuvent sembler irréelles.

Et que de temps a-t-il fallu pour évoquer enfin les sacrifiés pour rien, les mutilés volontaires, les mutineries…

Parfois, la vie est vraiment un long calvaire…

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  1. Remarque, Erich-Maria Remarque.

    A lire aussi: Ceux de 14 de Genevoix, les croix de bois de Dorgelès, le feu de Barbusse , Orages d’acier de Jünger pour les plus connus.

    Mon grand-père, qui l’avait faite, en parlait fort peu et que les jours où il avait un peu forcé sur la chopine. Un grand oncle est revenu avec une jambe en moins, et il a fallu que je retrouve des vieux papiers pour savoir qu’il était chevalier de la Légion d’honneur pour sa conduite au feu.

    « Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
    Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
    Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
    Un obus éclatant sur le front de l’armée
    Un bel obus semblable aux mimosas en fleur »

    Apollinaire.

    1. Oui, ils étaient assez silencieux sur le sujet, ceux qui sont revenus…
      Mon arrière grand père avait justement été gravement blessé par trois éclats d’obus mais il ne se souvenait plus comment, tellement le traumatisme avant, avait été fort.
      Il y a deux ans, je me suis plongée dans « lettres de poilus », puisque beaucoup d’ouvrages étaient sortis sur le sujet à l’occasion du 90ème anniversaire.
      C’était flippant…
      (belle citation)

  2. Moi non plus je n’aurais pas eu leur courage. Je le sais, c’est honteux mais c’est comme ça.

    Quand j’étais petite on ne faisait pas la grasse mat’ le 8 mai et le 11 novembre, on allait vendre des bleuets !!

    1. Elles avaient pour elles toute une éducation sur l’honneur et la joie de servir son pays…
      Nous pas, nous avons les mauvais souvenirs de nos familles et de ces deux guerres que certains ont traversées.
      Toutes les femmes d’un autre côté, n’ont pas eu l’héroïsme d’autres, mais comment leur en vouloir ?

  3. Finalement, on ne « fête » que des combats, pour nos fériés.
    Et oui, finalement, on dit plus souvent « fêter » que « rendre hommage » ou « commémorer ».
    C’est triste (le fait) et beau (ton texte) à la fois.

    1. Normal de fêter la fin de l’horreur.
      Mais une fois que l’on a su ce qu’avait été cette horreur, cela devient une commémoration, un hommage à tous les disparus.
      Et le temps aujourd’hui semble nous rappeler, pourquoi l’on peut rester chez soi bien au chaud…
      Un vrai temps de 11 novembre…

    1. Oui, je l’ai vue chez toi (je me doutais bien que tu parlerais du 11 novembre aussi), et cela fait froid dans le dos…
      Quelqu’un avait commenté une année, en me disant qu’il y avait quelque chose de viscéral en nous concernant cette guerre, et pour moi cela reste toujours d’actualité…

  4. Merci de ce très beau texte. J’ai moi aussi « baigné » dans la Grande guerre, comme disait mon grand père. Aujourd’hui, en tant que prof, j’essaye de transmettre cet héritage à mes élèves qui ont trop souvent une vision romantique de la guerre. Leur rappeler que ce fut d’abord une boucherie qui a tué des hommes qui n’avaient souvent que quelques années de plus qu’eux me semble un hommage nécessaire à tous ces disparus d’un camp comme de l’autre.

    1. Avec les films horriblement réalistes que nous avons maintenant, je pense que c’est l’idéal pour faire passer le message…
      Cette vision romantique de la guerre, comment peut-elle revenir ?
      Car n’oublions pas qu’en 14 ils sont pour la plupart partis la fleur au fusil…
      Pas mes grand-pères en 39…

  5. Aujourd’hui j’ai mangé deux Berliner apportés par une collègue (je travaille dans une boîte allemande, et aujourd’hui n’est pas férié)) en raison du début du carnaval en cette date funeste, à 11h11 à Berlin. Ce qu’ils sont drôles. Mais bon, y a eu armistice depuis longtemps, hein. Et autant de morts tragiques, autant de familles décimées, de vies brisées, d’espoirs anéantis de part et d’autre, je suppose. Eux n’ont sans doute pas de date pour les commémorer, leurs morts, puis qu’ils sont « coupables ».

    1. Je trouve cela stupide. Ils avaient « perdu » si l’on veut, mais il n’empêche que ce jour mettait un terme à une boucherie qui les avait décimés effectivement, autant qu’en France…
      Il y a deux ans, notre président avait pour la première fois, rendu hommage également aux combattants de l’autre côté, et pour une fois, j’étais d’accord avec lui.

  6. Je trouve cet article particulièrement émouvant, et il m’a fait tressaillir à plusieurs reprises.
    Je n’ai que 19 ans, et n’ai jamais connu de membre de ma famille capables de me  » raconter  » cette période, mais depuis que je suis toute petite, le 11 novembre n’est pas l’occasion d’une grasse matinée et je me rends avec toute ma famille au monument aux morts pour la cérémonie( lorsque j’étais plus jeune, je portais les fleurs ) .
    Une chose est sûre, je remercie le ciel de n’avoir jamais connu cette horreur, et j’espère que nous en serons preservés encore longtemps.
    La vie serait bien plus agréable sans les tensions, et la peur au ventre.
    Bises,
    Charlie.

    1. Cette année, les cérémonies sont discrètes…
      Comme s’il fallait oublier. Mais justement, il ne faut pas oublier.
      Ma famille nous a transmis un devoir de mémoire, que je respecte totalement.
      Et même si mes filles n’ont pas vraiment connu de personnes ayant vécu cette guerre, puisque tante Hortense est morte en 1988, j’espère qu’en ma mémoire, un jour, elles prendront le relais…

    1. Merci de ce lien.
      C’est une excellente idée car effectivement, le noir et blanc rend les photos un peu irréelles maintenant.
      D’un autre côté, cet irréel affreux donne l’impression que cela a vraiment été des années noires…
      Il faut un peu de tout !

  7. j’entendais hier des gamins dire que De gaulle était un roi, ou une école, voire un arrêt de tram.
    D’autres plus vieux, ne pas se rappeler de la date de l’armistice.

    On peut ne pas avoir envie de continuer à célébrer des fins de guerre qui ne nous parle plus, ça je peux comprendre, mais c’est toujours bien de savoir d’où on vient.

    Je viens de commencer le siècle de Ken Follet qui couvre la période de la première guerre mondiale. (j’avais adoré les piliers de la terre)
    Complètement captivée par ce récit, cette saga historique.

    1. Effectivement il est toujours bien de savoir d’où l’on vient…
      Cela peut nous sembler loin, mais cela a contribué à forger le monde d’aujourd’hui.
      Il faudrait peut-être insister un peu auprès des enfants sur tout ce que cette guerre a changé, y compris dans le mode de vie et les mentalités.
      Pour Ken Follet, quand tu auras terminé, tu me tiendras au courant, car moi aussi j’adore cet auteur !!!

  8. Je suis canadienne par mon père, mais française par ma mère. Dans les années 60, quand nous avons vécu à Paris, ma grand-mère, qui venait de Lunéville, m’a offert un livre intitulé « Riki, demoiselle de la Légion d’honneur ». C’était un de ces romans pour petites filles qui racontait l’histoire d’une jeune fille de 13 ans qui perd son père pendant la guerre de 14-18 et qui est envoyée aux Demoiselles de la Légion d’honneur pour y faire ses études. Le livre était accompagné de notes écrites par ma grand-mère, commentant les côtés vrais et moins vrais du roman. Elle avait perdu son père pendant la 1re guerre mondiale et a passé bien des années à la Maison d’éducation de la Légion d’honneur of Saint-Denis, et avait gardé des souvenirs aigre-doux. Sa grand-mère avait perdu son mari pendant la guerre de 70, sa mère le sien pendant la 1re guerre. Elle a elle-même perdu son premier mari à elle à l’aube de la 2e guerre mondiale. Ma mère a été élevée dans un milieu familial totalement matriacal — peu d’hommes avaient survécu des deux générations précédentes. Les seules photos que je possède de ces hommes étaient posant en uniforme avec leurs décorations, qui le bras en écharpe, qui s’appuyant sur une canne, en permission, récupérant de leurs blessures, avant d’aller se faire tuer une fois pour toutes.

    Ici, au Canada, nous n’avons perdu « que » 65 000 soldats pendant la 1re guerre et cette année, le dernier ancien combattant canadien de la 1re guerre est décédé, plus que centenaire. Il reste ceux de la Seconde guerre, mais l’Armistice est célébrée ici aussi, marquée par les commémorations, même ce n’est pas un jour férié. Tout le monde observe, au travail et ailleurs, une minute de silence a 11 heures. Il est certain que l’effet n’est pas le même sur les jeunes générations que sur celles vivant en Europe — nous portons tous un coquelicot rouge à la boutonnière pour marquer cette date, allusion à un très beau poème écrit le 3 mai 1915 par un Canadien, le lieutenant-colonel John McCrae, dont voici la traduction française :

    Au champ d’honneur, les coquelicots
    Sont parsemés de lot en lot
    Auprès des croix; et dans l’espace
    Les alouettes devenues lasses
    Mêlent leurs chants au sifflement
    Des obusiers.

    Nous sommes morts,
    Nous qui songions la veille encor’
    À nos parents, à nos amis,
    C’est nous qui reposons ici,
    Au champ d’honneur.

    À vous jeunes désabusés,
    À vous de porter l’oriflamme
    Et de garder au fond de l’âme
    Le goût de vivre en liberté.
    Acceptez le défi, sinon
    Les coquelicots se faneront
    Au champ d’honneur.

    1. Merci de ce témoignage.
      J’ai cherché un moment hier qui m’avait parlé de coquelicots : Maritza.
      En Angleterre ils commémorent également le 11 novembre en portant un coquelicot de papier à la boutonnière…
      Je trouve cela émouvant…

  9. Les coquelicots reviennent alors qu’il y a quelques années, ils menaçaient de disparaître. Cela veut-il dire que nous reprenons le sens des valeurs? que nous continuerons à nous souvenir?
    Hier, j’expliquais à mon petit-fils de sept ans le sens de cette commémoration du 11 novembre, que c’était le jour où nous nous souvenions de tous ces gens morts pour que nous vivions libres. Qu’en retiendra-t-il?
    Merci pour ce très beau texte et pour ton sens de l’humain que tu nous fais partager.

    1. Les coquelicots à porter ce jour là, on ne m’en a jamais proposé et c’est dommage (parce qu’évidemment je l’aurais fait)
      Malheureusement on ne peut évoquer cet armistice avec les jeunes générations, qu’en expliquant que ce n’était pas fini, qu’il y avait une autre tourmente à venir…

  10. merci pour ton texte et la réflexion qu’il amène.
    Je viens de terminer « La chambre des officiers » sur les « gueules cassées ».
    On ne peut ignorer le tribut payé par les hommes pour cette guerre, les monuments aux morts avec leurs listes interminables sont partout.
    A l’école, ma fille de 7 ans a un peu compris le pourquoi de cette journée. Je compte l’emmener au mémorial Canadien de Vimy, là je m’était vraiment rendue compte de l’horreur des tranchées.

    1. Oui, dans le moindre petit village, le monument aux morts est là pour le souvenir, déjà, avec tellement de noms.
      Dans ma bourgade, il y a 5 fois le nom « Montsanglant » (authentique).
      Le père et ses 4 fils… (vu les dates de naissance)

  11. MONSANGLANT Félix Auguste 12-06-1885 78 – YVELINES (EX-SEINE ET OISE)
    MONSANGLANT Gaston Edmond 28-02-1891 78 – YVELINES (EX-SEINE ET OISE)
    MONSANGLANT Georges Louis 03-08-1882 75 – PARIS (EX-SEINE)
    MONSANGLANT Henri Victor 17-04-1894 78 – YVELINES (EX-SEINE ET OISE)
    MONSANGLANT Louis 21-03-1894 75 – PARIS (EX-SEINE)
    MONSANGLANT René 24-08-1893 78 – YVELINES (EX-SEINE ET OISE)

  12. Merci.
    Du coup je vais aller vérifier les dates et les prénoms !
    Oui parce que vu la petite bourrasque que nous avons eue le 11, on ne peut pas dire que je me suis pieusement recueillie !

  13. Merci pour ce beau texte. Parce que nous, les jeunes qui n’avons connu personne ayant vécu cette époque, nous avons besoin qu’on nous transmette ce flambeau…

  14. Ohhhh quelle claque ce texte ! J’ai 56 ans et pourtant, jamais je n’avais envisagé le 11 novembre sous cet angle… et pourtant, je SAIS bien que l’armistice c’est forcément l’entre deux affreuses (forcément) guerres. Merci de m’avoir réveillée.

  15. Bonjour. J’ai bien fait de suivre le lien que Marcus a mis sur son billet et ainsi d’arriver chez toi. Ton texte est très beau, très émouvant. Je t’imagine dans l’escalier à tendre l’oreille et les deux « dames » de raconter, raconter, de se souvenir. Quelle horreur ils ont tous vécu ! Difficile d’imaginer ces villages sans hommes ou seulement des éclopés et toutes ces femmes qui ont perdu leur père, leur mari, leur frère, leur oncle, leur cousin…
    Merci pour toute l’émotion que tu as si bien su délivrer.
    Chriss de La Réunion

    1. Bienvenue à toi et merci au lien de Marcus…
      C’était toujours beaucoup d’émotions pour elles, et tristesse également.
      C’est vrai qu’il nous est difficile d’imaginer ce que cela a réellement été…

  16. J’ai connu plusieurs personnes qui en sont revenues mais elles ne pouvaient jamais transmettre des expériences qu’elles avaient tout juste pu partager avec leurs proches. C’est au travers de lettres manuscrites, d’objets-souvenirs singuliers ou de communications officielles que j’ai pu découvrir leurs histoires. Celui-ci jamais revenu de sa permission parce que son bataillon avait été volatilisé pendant ses 2 jours de perm, celui-là devenu maniaque toujours rasé de frais avec une moustache impeccable parce que c’était un symbole pour lui après sa vie dans les tranchées, celle-ci à jamais seule parce qu »il » n’était jamais revenu et que les mœurs et les moyens de l’époque ne permettaient pas toujours d’être mère célibataire.
    Une chose toutefois: le manque d’homme a préparé le pays à une évolution de la place de la femme qui n’aurait pas forcément été possible sans cela.

    1. Leurs lettres sont poignantes quand on sait, et que l’on sait surtout qu’ils ne pouvaient pas tout dire à cause de la censure.
      En fait, on a vraiment tout su après…
      Et le manque d’hommes, le déroulement de la guerre n’a pas que préparé l’évolution de la femme, mais également la fin du patriarcat et d’autres valeurs semblant désormais désuètes aux anciens combattants.
      Dans « des grives aux loups », c’est très admirablement souligné !

    1. Les livres d’histoire ne sont que des suites de dates, et l’histoire apparaît aux enfants, comme irréelle par rapport à leur vie actuelle.
      D’où l’importance de leur faire lire suivant leur âge, certains romans qui en parlent eux, très bien…

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