Au mauvais endroit et au mauvais moment… (LES EXPERTS…) (fin)

Cow boysAprès avoir quitté les pompiers avec tous les honneurs vu que je n’ai pas piqué de crise de nerf (comme si une femme qui se respecte devait forcément piquer une crise de nerfs), je file chez mes parents, passer mes nerfs justement, sur le mirabellier qu’il faut secouer 3 fois par jour (quand le temps des mirabelles est passé, il est trop tard !), après avoir été faire pipi (oui un blog c’est personnel ou pas, là ce n’est pas « ou pas »).

J’ai dans ma tête une seule vision : un homme, et une arme, qui m’a regardée comme le fait un fusil pour un lapin. Limite, je fusille papa d’avoir été chasseur et il bredouille des excuses pour me faire plaisir (mais ce n’est pas pour rien qu’il a arrêté de chasser, c’était juste une pauvre bête qui un jour s’est arrêtée épuisée, et l’a regardé en demandant « pourquoi ? », et lui terminée la chasse…)

Et j’ai de plus un récit à faire qui va consterner mes parents. Même par chez moi, on peut désormais s’attendre à tout !

Le médecin qui me prend « entre deux »me trouvera en bonne forme quoique (tension, RC…), le traumatisme peut se révéler réellement des semaines plus tard. Il me délivre donc un ITT de 3 jours (à ne pas confondre avec un arrêt de travail). (Et porter plainte me fera du bien sur le plan psycho : j’y cours tout de suite après la consultation après être passée aux toilettes (note de l’auteur : un gros stress est très diurétique, c’est bon à savoir)).

Au commissariat, c’est tout juste si on ne m’attendait pas, et je suis prise en charge par une aimable fliquette qui prend ma déposition avant de la confronter avec les rapports de ses collègues (pendant sa confrontation personnelle, permettez que j’aille faire pipi).

En héroïne qui se respecte, j’ai toujours la bloblotte, le coeur qui bat trop vite, et tout le reste qui merde (PIPIIIIIII !)

Tout concorde, je ne suis pas une mythomane (que ça à faire que de perdre un après midi pour se faire remarquer) et c’est là que les experts vont pouvoir aller se rhabiller.

Pour la voiture, il est acquis que c’est le modèle vu par au moins 8 personnes (6 pompiers et 2 témoins de l’écrabouillement du piéton) sur lequel je suis restée vague, mais qui correspond, donc on va passer au conducteur armé.

Ma description fait cracher à l’ordinateur 3 photographies, mais je suis formelle : aucune ne correspond, même en coupant les cheveux aux deux hippies bien trop âgés, ce que le logiciel ne sait pas faire. C’est à moi d’y réfléchir : que ça à faire…

Je précise que j’ai surtout une mémoire orale grandiose. Son, ton, manière de parler c’est mon truc. Le timbre de la voix aussi compte ! avec un bon programme, je vais trouver le mec qui tenait le flingue.. MAIS aucun programme n’est prévu pour: je ne suis pas à la bac et c’est fort dommage Je ne suis que dans un commissariat de quartier et ma fliquett et son pote en sont un peu dégoutés.

L’accent : est-ce que j’ai entendu un accent particulier ? On se préoccupe tout à coup de mon oreille… Non, pas d’accent, juste une phrase mal formulée (car le « tu dégages » était très clair), dont j’ai du mal à me souvenir exactement. Fort heureusement ma première déclaration faite chez les pompiers me fait confirmer. Une chose est certaine pour moi : verbes dans le mauvais ordre. Vu la description du suspect et ce que j’ai déclaré en premier, on se rabat immédiatement sur l’Europe de l’est…

Et on va essayer si cela ne me dérange pas, de faire un portrait robot…

Si on me laisse aller pisser je veux bien, et je vais affronter après, le portrait robot que les témoins,  dans toutes les séries, arrivent à faire en moins de 5 minutes.

La fliquette et un de ses collègues venu en renfort (l’affaire serait plus grave que ce que je peux penser ?), m’expliquent qu’il est beaucoup plus difficile de faire le portrait robot d’une personne que l’on connait BIEN, que d’un inconnu croisé quelques secondes. C’est étrange, mais c’est comme cela (procurez-vous un logiciel, et essayez de faire le portrait robot de votre mère et vous verrez…). Je le savais déjà, ayant testé ce genre de truc dans un centre commercial où une brigade de la gendarmerie opérait : impossible de faire le portrait robot d’Albert, encore mon époux chéri à l’époque…

Sauf que, et c’est là que le bat blesse, l’homme m’a fait fugitivement penser à un acteur. Et que mes neurones en déroute n’arrivent pas à retrouver quel est cet acteur. Cela me reviendra dans 6 mois, à  5 H du matin, c’est toujours comme cela, comme quand je cherche où j’ai déjà vu cet acteur, où quelle est cette voix qui en double un autre (je déteste la VO)…

Au bout d’une 1/2 heure force est de devoir constater que je ne peux pas faire le portrait robot. J’ai retenu la couleur des yeux (qui a sauté aux miens en 1/4 de seconde, comme un coup de pied aux fesses avant que je ne me sente menacée), la couleur des cheveux, la coupe courte des dits cheveux, le fait qu’il s’agissait plutôt d’un bel homme, ET POINT BARRE. Je sais simplement que si je rencontre cet homme, je le reconnaitrai, et encore, il se présentait de 3/4 par une fenêtre de voiture ouverte.

L’intervention d’un autre collègue qui est aussi sur l’affaire mais pas me concernant, toutes les 10 secondes, n’aide personne et surtout pas la fliquette qui s’exaspère…

Implantation des cheveux : pas remarqué, forme de la bouche et des yeux non plus, le nez : quel nez ? la hauteur du front : pas fait attention, etc… L’affaire a dû durer 3 ou 4 secondes, à peine…

Corpulence à mon avis moyenne (vu le peu que j’en ai vu), pas de signe particulier (sauf la couleur des yeux assez rare), l’homme semblait propre sur lui bref… je suis un témoin ordinaire… Le témoin ordinaire est un mauvais témoin.

Alors j’ai eu tout faux parce que l’on pense toujours :

  • Que l’on va noter la plaque d’immatriculation, la marque, la couleur et le modèle du véhicule (valable si on le suit depuis un moment, on enregistre inconsciemment…)
  • Que l’on va tout bien fixer pour le noter tout de suite ! (faudrait pouvoir écrire)
  • Que l’on sera le témoin du siècle.

Mais ne souffrant pas du syndrome « unforgettable » j’ai fait comme tous les témoins : je me suis plantée dans 90 % de cette affaire qui m’a laissée en vie, mais non sans traumatisme…

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

(Et les experts vous savez ce que je leur dis aux experts ?)

8 réponses sur “Au mauvais endroit et au mauvais moment… (LES EXPERTS…) (fin)”

  1. Suite au cambriolage de mes voisins il a fallu que je décrive une voiture que j’avais croisée un court instant. L’enjeu, la peur de me tromper, je ne me souvenais plus du tout de la couleur ni de la marque. Pourtant avec un petit garçon fan de Cars je mange de la voiture depuis pas mal d’années… Je me suis sentie inutile alors que j’aurais pu aider…
    Tu as fait ce qu’il fallait, maintenant il faut penser à toi…

  2. Meg : c’est tout à fait cela. Généralement tout se déroule très vite, et on ne voit RIEN !
    Certaines personnes rares ont la capacité de tout mémoriser, généralement on fait partie des autrs personnes : moi je ne vois que des yeux désormais, et encore, je ne suis pas certaine d’être dans le vrai, homis la couleur…

  3. Mes trois zigotos avaient la capuche traditionnelle des zyvas de banlieue. J’ai aussi essayé de mémoriser leurs traits, mais ce fut imparfait. Les policiers arrivés sur les lieux en premier, 20 minutes après mon appel, m’ont dit qu’il fallait porter plainte, mais pas au commissariat, mais à une brigade de répression du banditisme vu qu’il s’agissait d’une attaque à main armée. Les flics de la brigade étaient très sympas, très motivés et très déterminés, ils avaient déjà fait le tour du quartier et trouvé un témoin qui les avait vus, un apprenti du boulanger qui se trouve à 50 m de mon échoppe, car les faits se sont passés à 6 heures du matin. Ils avaient visionné les images de la camera de surveillance qui se trouve en face du lycée à 20 m de la boutique, mais avec leurs capuches, impossible d’avoir une identification. Trois mois après, je recevais l’avis de classement.

  4. Bien dommage que tout soit classé ainsi. Qui sait si un jour je ne reconnaitrais pas ce type qui m’a braquée et qui aurait fait d’autres choses plus grave ?
    Pas facile de mémoriser, mais on peut peut-être reconnaitre, si on en a l’occasion…
    Je pense que pour toi l’expérience a été assez traumatisante !

  5. Eh bien ! Il t’en arrive des choses quand je ne suis pas là ! Je n’imagine même pas comment j’en serais sortie si ça m’était arrivé !
    Quant à être capable de faire un portrait-robot ? moi ? noooooooooonn ! Aucune mémoire visuelle, je ne suis pas physionomiste… tout pour plaire ! Les flics s’arracheraient les cheveux !
    Par contre un bon point à ton père… j’ai déjà entendu l’histoire d’un chasseur qui s’est arrêté de chasser le jour où un faon orphelin s’est réfugié dans son jardin : dommage que ça n’arrive qu’à un très petit nombre de ces assassins !
    P.S. Je ne suis pas chez moi, l’ordi d’emprunt n’a donc pas en mémoire mes coordonnées, je pense que tu me reconnaîtras quand même… Bon courage, j’espère que d’avoir mis ton histoire par écrit t’a déjà fait un peu de bien. 🙂

  6. Gisèle (Armande) : les flics ne se sont pas arraché les cheveux, ils n’ont pas voulu aller plus loin car j’avais été nette : je pourrais reconnaitre l’homme mais le portrait robot…
    Sinon, un proche m’a dit texto « tu t’en sors bien, moi je me serais chié(e) dessus ».
    Et c’est vrai : cela fait du bien d’en parler…

  7. Non, le soir, j’ai dormi comme un bébé. Mais j’avais intégré que tenant un commerce, je devrais un jour ou l’autre me faire braquer.

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