Histoire de mitraillette… (2)

MitrailletteC’est donc une longue histoire qui ne peut être comprise comme je l’ai précisé auparavant que lorsque l’on sait que mon grand-père maternel :

Adorait la chasse y compris celle aux champignons,
Arpentait donc la forêt dès qu’il en avait l’occasion,
Avait la sale manie de rapporter chez lui tout ce qu’il pouvait trouver

1947 : la famille a quitté Châteauroux, il a retrouvé sa forêt chérie près de Rambouillet, et il est parti, parce que c’est l’époque, aux champignons.

Les tickets de rationnement n’ont pas encore disparu, mais chez lui, avec les ruches qu’il entretient depuis la mort de son père, personne ne manque de rien dans la famille, le miel est une denrée en or pour qui pratique le troc et à la campagne c’est moins dur qu’à la ville…

Et puis dans un secteur un peu isolé où il sait qu’il y a une place à pieds de mouton* :

  • Je rentre dans le taillis
  • Tiens, un casque, mais on dirait un casque allemand !
  • Merde, le crâne est dedans ???
  • Mais il y a tout un squelette ???  avec des bottes un peu abimées aux pieds, et, au bout d’une main, une mitraillette et 1 chargeur.
  • L’uniforme est quasi intact ???!!!

L’étonnement de mon grand-père de trouver intact en 1947 , le squelette d’un mort au plus tard en 1944, avec les habits qui vont avec, pourra vous surprendre. C’est négliger la rapidité  dans la nature, avec laquelle un corps est dévoré, les os embarqués ça et là par des animaux, et surtout, le fait que le corps va s’enfoncer rapidement sous les feuilles mortes qui généralement ne se ramassent pas à la pelle dans la forêt, feuilles qui se transforment en humus… Ce qui fait que normalement, mon grand-père n’aurait jamais dû tomber dessus, car il aurait dû être dissimulé sous environ 3 à 4 cm de terreau (bien riche).

Pas de champignons dans le coin, mais il ramasse la mitraillette, et le chargeur, et, incorrigible, rentre chez lui avec, sans trop avoir à se cacher cette fois-ci. Il montre même l’arme à un voisin qu’il croise, parce qu’il était à pied, sans vélo et sans panier, avec juste un sac bourré de champignons trouvés avant la macabre découverte. Donc la mitraillette était bien visible.

Celle-ci, il l’a planquée dans l’armoire de sa chambre. C’est là que maman l’a trouvée quand elle a commencé a trier les affaires de son père qui ne rentrerait jamais chez lui… La première il l’avait planquée dans l’armoire de sa mère, sous un paquet de draps de lin.

Donc mes parents étaient bien emmerdés avec ces deux mitraillettes, et les chargeurs qui allaient avec.

Personne n’allait se risquer à les tester pour qu’elles nous explosent à la figure… Et puis même si l’on aime les armes et éventuellement tirer, une mitraillette ce n’est pas un fusil de chasse…

Le temps a passé un petit peu, et mes parents ont été cambriolés dans des circonstances fort douteuses… Mon père honnête, a déclaré le vol de ses colts, de ses fusils, que les gendarmes ont retrouvés deux jours après et lui ont rapportés, sans faire de remarque… Une panoplie d’armes de chasse comme la sienne ne semblait pas les surprendre.

Et là mon père, toujours honnête, leur a présenté les deux mitraillettes, pour les leur remettre… Parce que c’était autre chose que des armes de collection…

  • « Qu’est-ce que vous voulez qu’on en foute ? Gardez-les ! »

Donc elles sont toujours là. Enfin quand je dis « là », je pèse mes mots, parce qu’elles doivent être bien planquées, même si papa a préféré faire sauter les percuteurs pour rendre les trucs inoffensifs… (en disant plein de gros mots)

Et comme les chargeurs sont avec mes photos et les petits plombs du 22, personne ne risque donc de s’en servir un jour.

La vie n’est qu’un long calvaire…

*Le pied de mouton est un champignon dont le vrai nom est :  Hydnum repandum donc nous continuons à l’appeler « pied de mouton ». Sauf que nous savons vaguement dans quel secteur était le squelette, donc nous n’y mettons jamais les pieds. Même plus de 60 ans après, on n’est jamais trop prudent…

10 réponses sur “Histoire de mitraillette… (2)”

  1. Quelle famille !
    Dans ses dernières années, mon mari se contentait de ramener à la maison les clous qu’il trouvait dans la rue, je ne te dis pas la collection de clous et de vis qu’il y avait dans la boite à outils… mais j’ai aussi quelques objets que je conserve Dieu sait pourquoi, dont je ne sais même pas où il les a trouvés…

  2. Toujours aussi abracadabrandesque tes histoires de famille…
    Dans la famille de ma mère il y avait 1 oncle résistant et 1 oncle collabo… Ce devait être sympa les réunions de famille après la guerre LOL Je ne le saurai malheureusement jamais car je n’ai appris l’anecdote que récemment et tous les témoins sont décédés. Dommage.

  3. Un Luger tout rouillé me vient de mon grand-père. Je l’ai nettoyé, mais le canon est trop corrodé, il ne tirera plus, mais j’aime bien sa forme.

  4. fabienne : pourtant finalement, si l’on y regarde bien, j’appartiens à une famille normale… Pour le coup du d’accord ou pas d’accord pendant la guerre, du côté de la tante Alphonsine, ils ont connu cela et c’était réellement dramatique…

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