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Commémoration du 8 mai 1945

Alphonsine_accouchePour ceux qui ne la connaissent pas, voici la Tante Alphonsine, dont j’ai beaucoup parlé ici.

4 fils. Tous les 4 dans la résistance sans lui en avoir jamais parlé bien entendu. Fort heureusement, elle protégeait déjà l’oncle Jules qui avait son réseau mais faisait léger (deux ou trois messages de temps à autre, sinon il était privé de sel, elle avait trop peur).

Elle n’a jamais été inquiétée : elle prenait l’air tellement niais quand on l’interrogeait vaguement… Elle pensait naïvement et vraiment que ses fils étaient en dehors de tout cela… Alors que tous les mâles de la famille étaient en plein dedans, dont l’un aura son post à part parce qu’il était à part…

4 fils arrêtés un beau jour (pas le même mais à peu d’intervalle et deux par deux) et partis pour elle ne savait où. Une prison certainement. 2 seulement, de ce qu’elle en savait, étaient passés par le siège de la Gestapo et ça lui foutait tout de même les jetons. Pour les deux autres, elle ne savait pas, sauf qu’ils avaient été arrêtés ensemble, et que la maison avait été perquisitionnée en vain heureusement.

Elle a envoyé des colis semaine après semaine, elle assiégeait le mari de sa soeur de missives incendiaires pour qu’il se rappelle qu’il fabriquait du beurre, du fromage, et tuait le porc 365 jours par an. Il lui fallait de tout pour ses fils. Qu’elle envoyait à une adresse qu’on lui avait donnée avec des missives comme les écrivent les mamans aimantes. Les allemands ont bien mangé et jeté les lettres bien entendu.

Et puis le premier communiqué sur “certains prisonniers rentrant d’Allemagne” à l’hôtel Lutecia… Elle s’y est précipitée pour voir 10 morts vivants débarquer. Elle leur a posé juste une question “combien de temps avez-vous survécu ?”. Elle a fait ses comptes. Elle a eu peur, elle savait… Elle a déclaré à Mrs Morgan avoir vomi à n’en plus finir après ces premiers vagues entretiens, et avoir perdu le sommeil pendant une éternité…

Bien avant le 8 mai 1945, les choses vont vite, les libérations ont précédé l’armistice, petit à petit… On sait où étaient parties certaines personnes. D’où elles revenaient… Elle savait finalement qu’ils ne pouvaient revenir d’autre part ses fils… Ils étaient partis dans des camps de la mort, et point barre. Déterminée, elle y allait tous les jours tout de même à l’hôtel Lutecia, muette et résignée à faire partie des meubles, en attendant les rescapés au grand désespoir de l’Oncle Jules qui ne croyait plus en rien…

  • Retour de Louis. Ce n’est pas elle qui l’a reconnu, c’est lui qui a vu sa maman et lui a sauté dessus en lui faisant peur, qu’elle a ramené en pleurant et en se privant de manger et l’oncles Jules avec (le ticket d’alimentation était toujours en vigueur). Le médecin qui soutenait ce fantôme ambulant lui avait précisé qu’on avait fait le maximum pour lui mais qu’il n’était pas sorti d’affaire. Elle avait un oeuf coque par jour à lui donner rapport au voisin compatissant qui avait des poules et pas l’envie sur ce coup là d’en profiter un max (et qu’Alphonsine le dégomme un jour par hasard avec un 24)
  • Retour de Léon, en pire état que son frère. Les services sanitaires de son camp avaient été trop débordés pour le soigner assez longtemps. 3 mois pour le tirer d’affaire et récolter de quoi le nourrir aux voisins et amis. Là je ne sais pas ce qu’elle a fait. Je sais simplement que mon arrière grand père l’apiculteur lui a apporté lui même 10 kg de miel. Pas envie qu’un affamé de la poste (ça existe), chourre le colis précieux. Je sais aussi qu’elle avait du lait assez facilement en prenant son vélo et en faisant 20 km en dehors de Paris, lait qu’une amie d’enfance lui donnait pour ses fils.

Et puis vient l’annonce de la “reddition inconditionnelle de l’Allemagne”, signée le 8  mai 1945. Les deux rescapés sont tirés d’affaire. Ils garderont de leur captivité l’habitude de récupérer d’un doigt, la moindre miette sur la table…

Pour l’Europe, la guerre est terminée. Et Alphonsine s’est mise à attendre le retour de ses deux autres garçons…

Elle les a attendus jusqu’à sa mort.

Ils ne sont jamais revenus… Seuls leurs frères qui savaient tout vraiment, n’espéraient plus rien.

Et pour tous, le temps passe, et ceux de ma famille qui avaient connu cette guerre ne sont plus là pour nous en parler.

C’est à eux que je rends hommage ici aujourd’hui, à tous ceux qui ont vécu cette guerre absurde et inhumaine (comme s’il y avait des guerres humaines…), ou qui en sont morts.

Ne les oublions pas plus que nos poilus de 14/18

La vie n’est qu’un long calvaire…

Posté le 8 mai '14 par , dans J'aime bien l'histoire.
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8 commentaires »

Comment par Tilia
2014-05-08 14:48:05

Une pensée émue pour tous les Justes qui ont risqué leur vie et pour tous les Résistants qui l’ont risquée aussi et, hélas, trop souvent perdue.

 
Comment par Louisianne
2014-05-08 17:53:28

Bel hommage, histoire belle et triste. Tu as raison de lui rendre hommage, il ne faut pas oublier. Ni cette femme courageuse, ni son mari, ni ses 4 fils.
C’était une belle femme, vous avez de la chance d’avoir gardé des photos. Je savais aujourd’hui que je trouverais “chez toi” un beau billet !

 
Comment par Louise
2014-05-10 20:03:17

Mais quelle beauté !!!! Dans ta famille ils sont tous magnifiques dis donc !! Merci pour ce beau texte, tant de souffrances dans nos familles…. J’ai deux grands -parents résistants, une belle-famille qui cachait des juifs… Etdans ma famille ou celle de mon mari le lot inévitable de disparus, de morts au combat prisonniers en stalags…..ou en camp…. Revenus squelettiques, certains à moitié fous, ou mourants… Fasse le ciel que nos enfants n’aient jamais à connaître de telles horreurs…..

 
Comment par Calpurnia
2014-05-10 23:34:22

Titia : c’est bien de ces justes dont je parle…

 
Comment par Calpurnia
2014-05-10 23:38:27

Louisianne : merci beaucoup, tu me connais trop bien -:)
Mais ce n’est pas la vraie tante Alphonsine dont nous n’avons AUCUNE photographie, alors que je la fais passer à la postérité, parce qu’elle le valait bien !!!

 
Comment par Calpurnia
2014-05-10 23:42:34

Louise : merci de ton commentaire qui me prouve que je ne suis pas la seule à ce jour à commémorer.
Néanmoins je me dois de préciser que ce n’est pas la vraie photographie de la tante Alphonsine, mais la plus proche qu’il m’ait été donné de trouvé sur le Web, lui ressemblant…
Ceci pour un souci exact de vérité. Mais c’est cette photo que tu retrouveras dès qu’il s’agira d’Alphonsine…

 
Comment par Gisèle Subscribed to comments via email
2014-05-14 14:16:56

Difficile de commenter tes posts sur la guerre, la résistance…
à part le fait que mes parents, tantes, etc. aient été envoyés à la “campagne” pendant la guerre de 39-45, je n’ai entendu que très peu de choses. Mon grand-père maternel ayant 4 enfants n’avait pas été mobilisé quant à mon grand-père paternel il est décédé accidentellement quand j’avais tout juste 4 ans, donc pas de souvenirs non plus… je ne sais même pas s’il avait fait la guerre.
Tout ce que je sais je l’ai appris à la télé pratiquement, puisque j’ai quitté le “lycée” en troisième pour partir en technique, et je n’ai donc jamais étudié les deux guerres qui étaient au programme en seconde ou première…

 
Comment par Calpurnia
2014-05-18 17:44:42

Gisèle : j’ai eu la chance de connaître mes 4 grands-parents, plus quelques personnes de la génération d’avant, d’où tout ce que j’ai pu engrangé.
Pas n’importe quoi d’ailleurs : un grand-père parti au stalag pour 5 ans après la débâcle, alors que l’autre était en Afrique, à se battre contre Romel avant de rentrer en France démobilisé.
+ tous les souvenirs de l’occupation, des résistants, et de maman se rappelant encore sa terreur quand les sirènes donnaient l’alerte (papa était lui, à la campagne…)
Rien de tel que le souvenir des anciens pour apprendre l’histoire…

 
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