Quand la mort s’invite chez vous… (3)

200405784-001Rentrée CHEZ MES PARENTS, je vais prendre ma douche et me laver consciencieusement, pensant avoir vécu le pire très bien finalement. Je n’ai pas relié ce que j’ai vu comme ossements à mes grand-parents… On va nettoyer les bijoux, reste la mise en bière, à 14 H, l’enterrement étant prévu à 15 H.

Je ne sais pas ce qu’il se passe : un regard de Mélodie sur moi, une intuition forcément déclenchée par quelque chose. Une fois propre et bien habillée, je nettoie les bijoux, personne d’autre ne voulant y toucher, parce que cela sort d’une tombe… (chacun sa manière de voir les choses, je ne juge personne). Je remets les alliances, la bague de fiançailles à mes deux tantes qui ne se disputent pas pour savoir qui prendra quoi, et nous laissons en place au nettoyage, le bijou mystérieux, qui comporte du cuivre qui mérite un traitement spécial, mais ce sera pour un autre jour…Je le regarde, c’est bien de l’or, mais il manque des morceaux. Ce qui est curieux est de l’avoir trouvé sur Mrs Tricot. Aucune de ses filles ne se souvient de ce bijou.

Et je me sens de plus en plus nouée, j’ai peur tout à coup. On m’oblige à manger un peu de jambon, avec du pain beurré. Mon frère arrive avec son ex et ma dernière nièce qui a fait un très beau dessin à déposer dans le cercueil de « papy ». Tatie chérie me trouve pâlotte, elle pense que cela vient du matin, mais je lui dis franchement que j’ai peur de la suite…

C’est à 14 H que papa sera visible. Maman n’a pas payé pour qu’il le soit une heure par jour depuis le mercredi précédant, personne ne manifestant le désir d’aller le veiller, et nous partons à trois…

Il faut bien que je loupe l’entrée du funérarium, que je prenne  le temps de me garer où il le faut. Mélodie avec toute son équipe nous attend. Normalement le funérarium ouvre à 14 H 30, mais pour nous, évidemment, il y a une exception.

Je revois la salle, le cercueil, papa dedans, et je me souviens du choc que j’ai ressenti, et du cri que j’ai poussé : « mon Dieu, mon petit papa ! » avant de m’écrouler dans les bras de tatie chérie, sans pouvoir pleurer, mais en hoquetant comme un BB malheureux, le souffle coupé.

Ce n’était pas mon père.

  • Ses yeux fermés n’étaient pas les siens quand il dormait,  la fente n’était pas normale, beaucoup trop large.
  • On lui avait refermé la bouche en forçant un peu : on aurait dit une bouche de grenouille car il lui manquait des dents, ce qui l’avait indisposé et beaucoup complexé pendant ses dernières années.
  • Bien sur il n’avait plus sa moustache.
  • Et en plus, toute sa figure montrait qu’il était bien mort (le contraire nous ayant posé problème) et qu’il semblait s’en foutre totalement !
  • Le pire c’était le je ne sais quoi d’ironique qu’il dégageait, et qui m’a perturbée plus que tout le reste. C’est l’image qu’encore aujourd’hui je garde de lui. Elle n’est plus classée dans ma mémoire temporaire : il me faudra faire avec…

Je me suis écroulée sur une chaise, parce que je n’avais plus de jambes, de manière à ne plus voir que le haut de son visage et ses beaux cheveux blancs bien coiffés, car il avait échappé à la calvitie qui avait tant complexé son père, le prisonnier. Mélodie s’est inquiétée, car j’étais au bord du malaise vraiment. Tatie pleurait, mon frère se contentant de regarder son père d’un air stupéfait, avant de déposer le dessin de sa fille sur la poitrine de papa.

Je suis allée pisser, évidemment, car la moindre émotion me déclenche une envie de vidange immédiate, et en revenant, j’ai demandé à tatie et à mon frère, s’ils en avaient terminé. Ils ont dit que oui, et j’ai demandé, puisque j’étais celle qui devait tout signer, à ce que l’on ferme le cercueil, bien avant l’heure prévue.

J’ai pu voir que l’on dégonflait un oreiller sous la tête de papa, et mon regret sera de ne pas m’être penchée sur lui, une fois cet oreiller ôté. Dès que je l’avais vu, j’avais su que je serait incapable de le toucher un dernière fois, et peut-être que… Mais c’est trop tard. Peut-être qu’il aurait été plus mon père, et non pas ce qui était à la fois lui, mais pas lui si on ne nous l’avait pas montré avec sa tête relevée qui accentuait le mauvais côté du bas du visage. Peut-être que je ne garderais pas en moi, incrustée à jamais, cette image  anormale.

J’ai signé les papiers, et nous sommes partis, pour arriver après le corbillard, au cimetière.

On ne nous montre que le torse et le visage du défunt…

J’espère que papa n’avait pas sur ses pieds, un cadavre de nouveau né…

Parce que sinon, un jour que je souhaite le plus tard possible, nous serons un peu dans la merde…

Et je l’ai toujours dit et là c’était vrai : la vie n’est qu’un long calvaire…

14 réponses sur “Quand la mort s’invite chez vous… (3)”

  1. J’ai préféré garder l’image de mon père dans le comas, qui respirait encore, « se ressemblait » encore. Je n’ai pas voulu le voir dans son cercueil. La vue de mon grand-père à 15 ans m’a suffi pour le reste de ma vie, je crois.

  2. J’ai refusé moi aussi de voir mon père dans son cercueil – et suis arrivée pile à temps pour les obsèques, ce qui m’a valu bien des regards noirs et d’abondantes accusations de « fille indigne » – les obsèques ont d’ailleurs failli tourner au pugilat… La famille (du moins une partie de la mienne) n’est qu’un long calvaire itou…

  3. Moi ça m’a plutôt apaisée de voir ma mère. Elle semblait sereine, par contre mon père et moi ne l’avons pas veillée le temps qu’elle a passé au funérarium, deux jours je crois. Nous avons parlé d’elle.
    Actuellement j’accompagne mon père vers une fin plus ou moins proche et il se préoccupe un peu de l’état du tombeau familial, il arrive à me faire rire…
    Comme le votre c’est un costaud, mais juste dans la tête aujourd’hui. Je vous embrasse.

  4. Je me suis promis perso que jamais plus je n’irai voir un mort dans son cerceuil. L’image de ma grand-mère en a été à jamais ternie. Ce n’était pas, ce n’était plus elle, c’était une poupée de cire. C’est précisément ce qui m’est venu à l’esprit à l’instant où je l’ai vue, avec les regrets instantanés mais venant hélas trop tard, d’avoir voulu la voir une dernière fois ( idiotie totale ) Je ne sais pas pourquoi ce sont ces images là, les mauvaises, qui restent gravées, alors que la vision n’a duré que quelques petites minutes. Sans doute le choc. C’est ça qui marque pour toujours.

    Et elle jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus ….

  5. Louisianne : heureusement j’ai gardé AUSSI l’image de papa sous respirateur, anesthésié totalement, serein, dormant. Les deux seuls morts que j’avais vus semblaient dormir…

  6. Princesse : je n’avais pas trop le choix : ma mère avait déjà prévenu qu’elle ne voulait pas assister à le mise en bière, l’Arlésienne s’était récusée, je pouvais bien sûr laisser un officier d’état civil et ne pas me porter volontaire, mais j’aurais toujours eu un doute.
    C’est con, mais quand on est con, on est con…

  7. kty : Mrs tricot sur son lit de mort semblait dormir, Mrs Morgan dans son cercueil semblait dormir également. Je ne pensais pas trouver papa si changé, après ma dernière vision de lui sous respirateur…
    Mais même quand Mélodie nous avait précisé « il est marqué », je savais que j’irais.
    Bizz également.

  8. vivi : on peut jurer ce que l’on veut… Fort heureusement nous avons des films qui ont été mis sur DVD. Je sais que de les revoir me délivrera de cette dernière vision.
    Le choc, oui, cela peut en être un. Pour Mrs Morgan j’avais accompagné maman qui avait pleuré en prenant la main de sa mère, et longtemps son image figée, mais non comme une poupée de cire, m’a hantée…
    Jusqu’à ce que je vois les films…
    Advienne que pourra, de toutes manières, c’est fait…

  9. Ma mère, 5e d’une fratrie de 7 a géré l’enterrement de son père comme une chef d’entreprise. Je ne l’avais jamais vue comme ça. Ma grand-mère ne s’en sentait pas capable, ses frères et soeurs n’en avaient pas envie, il fallait que quelqu’un le fasse. Elle l’a fait.
    Elle n’a pas versé une larme jusqu’à ce que tout soit fini, là, elle a craqué. Mais pour son frère elle n’a pas pu.

    Mon père a un copain embaumeur. Avant de maquiller son « client » il demande souvent une photo de lui à ses proches. Ils lui fournissent souvent celle qu’ils préfèrent, l’image qu’ils veulent garder de lui. Ca lui permet de conserver les barbes ou les moustaches…
    Drôle de métier tout de même…

  10. Meg : j’ai l’impression de me retrouver un peu dans ta mère. C’est curieux, on ne sait jamais comment on va réagir…
    Quant au métier d’embaumeur, je préfère ne même pas y songer…

  11. Je ne sais plus qui a dit qu’on ne sait pas à quel point on est capable d’être fort(e), jusqu’à ce qu’on soit obligé(e) de l’être. C’est bien que tu aies pu l’être pour tout le reste de la famille.

    Ton histoire de capiton me fait froid dans le dos, je l’avoue.

    Quant à la moustache, c’est dégueulasse. Que celui qui a fait ça chope des pustules aux fesses !!

  12. Madame Patate : nous avons tous eu notre force à nous, mais nous réagissons tous différemment…
    Pour la moustache nous n’avons effectivement pas compris, mais le monsieur que j’avais eu, à l’hôpital, semblait tellement content de s’être bien occupé de papa, que je ne l’ai jamais recontacté… LUI a dû le trouver mieux comme cela…

  13. J’avais remarqué cet air un peu ironique sur le visage de mon père et j’ai pensé qu’il se foutait une dernière fois de ma gueule. Mais j’ai aussi pensé à vérifier que le croque-mort lui avait mis son alliance, et ma surprise fut grande lorsque j’ai constaté son absence, ce qui a valu un bon scandale feutré de ma part. C’est un oubli, me dit il, il n’empêche qu’elle était dans le corbillard. J’ai tenu à lui remettre moi même, et déplier des doigts raidis par la mort et glacés n’est pas une chose qu’on oublie.

  14. Le Nain : on ne peut oublier ces moments là. Chacun sa manière de voir les choses, s’il avait eu son alliance, je l’aurais demandée pour la donner à maman. Ceci dit, mamancette dernière est stricte : on ne l’enterrera pas avec son alliance, elle y tient, c’est tout juste si l’on ne devra pas récupérer ses dents en or pour payer la gravure de la pierre tombale. Nous nous voyons tous très bien en train de demander l’extraction des dites dents…

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