Quand la mort s’invite chez vous (5) : l’inconnu du cimetière…

Il était une fois dans l'ouestJe ne sais plus qui, en feuilletant le livre du souvenir pour y apposer sa note perso, est tombé sur un nom inconnu et a posé la question fatale : « qui c’est ce Nicolas Roudine ? ».

Tout le monde est passé à l’interrogatoire, mais personne ne savait qui était ce Nicolas Roudine. Non ce n’était pas le Jules de l’ex belle-soeur de l’Arlésienne. Non ce n’était pas son fils non plus (au Jules). Quelqu’un avait-il vu une personne à part ou totalement inconnue et ne parlant à personne ? Non. Les portables sont entrés en action, et les smartphone également car Nicolas Roudine avait laissé son adresse, à Plaisir… avec ses condoléances…Ceux qui avaient écrit avant et après lui, on été dûment contactés, et ne se souvenait pas de qui était après ou avant eux, malgré des questionnaires très précis… (je me demande si la police est aussi précise dans ses interrogatoires…). Nicolas Roudine restait un mystère et tout le monde tapotait sur son phonetruc autour de la table.

Première hypothèse : il y a des hirondelles de cocktail (expliquer aux jeunes ce que c’est), il y a peut-être des hirondelles de cimetières, qui ne louperont pas un enterrement pour tout l’or du monde. Nicolas Roudine était donc un détraqué qui hantait les cimetières en laissant ses condoléances et tout le monde perplexe. Par contre il n’était pas venu au goûter, sinon nous l’aurions remarqué, QUOIQUE… Il y avait vraiment du monde qui se mélangeait sans cesse…

Deuxième hypothèse : en mettant en place les feuilles, les pompes funèbres n’avaient pas remarqué ce nom isolé sur une page,venue d’un autre livret, et Nicolas Roudine était désormais brouillé avec toute une famille, parce qu’il n’était même pas venu à l’enterrement d’un être qu’il disait avoir réellement aimé, puisque l’on n’avait pas retrouvé trace de lui dans le livre du souvenir.

Nous ricanions devant les deux hypothèses.

Ce malheureux fut le fantôme de la soirée, et il nous hante toujours… (si tatie chérie reste trop longtemps sur répondeur, je suis capable de lui dire qu’elle a bien pris son temps à faire des galipettes avec Nicolas Roudine, et à ma soeur idem…)

  • L’ouverture facile du jambon, pas facile du tout : c’était un coup de Nicolas Roudine, certainement énarque car seuls les énarques nous pondent le plus inepte.
  • Il manquait une baguette de pain : Nicolas Roudine l’avait embarquée…
  • Donc il était venu au goûter ce rat, tout le monde pensant que tout le monde savait qui il était…
  • Ma tante souhaitant rentrer ? Pour retrouver Nicolas Roudine, son amant secret, dont elle aurait pu nous parler plus tôt et tant qu’à faire nous le présenter…
  • Nous pensions qu’il restait plus de cake ? encore un coup de Nicolas Roudine, qui avait embarqué du cake en plus de la baguette de pain.
  • D’ailleurs l’ampoule qui a grillé dans la cuisine au cours du dîner, c’était aussi de sa faute.
  • Un craquement à l’étage : Nicolas Roudine dissimulé dans ma chambre, que j’occupais depuis le 2 mai, est-ce que je voulais que l’on aille vérifier ?
  • C’était sans fin…

Cela l’est toujours d’ailleurs. La sécheresse exceptionnelle cette année, le vent asséchant les jardins, la grosse chaleur, les plantes de maman crevées, c’est Nicolas Roudine, ne cherchez pas…

C’est même lui d’ailleurs qui a organisé (mal), la réfection des trottoirs et de la chaussée dans le village de mes parents (mais c’est une autre histoire).

Après le départ de tout le monde, compliqué car tout le monde avait occulté que j’avais bien dit en revenant du cimetière que je ne conduirais plus de la journée, que je l’avais répété à chaque fois que quelqu’un repartant proposait de déposer quelqu’un à une gare quelconque, ce qui fait que c’est l’Arlésienne qui s’est attelée à emmener les jeunes à la gare (mes filles et gendre n° 2), maman et moi avons décidé d’aller nous coucher.

Elle semblait lasse, mais pas une seule fois je ne l’avais vue pleurer. Ce qui ne veut rien dire, car on pouvait dire la même chose de moi.

Il était 22 H, je n’avais pas sommeil, et je me suis mis le western préféré de papa* : « il était une fois dans l’ouest », le coeur serré. Il m’avait emmenée le voir pour m’expliquer le coup des cache-poussières, des bandes différentes, en gros l’intrigue car j’étais un peu jeune (10 ans) pour la saisir réellement, et j’entendais encore sa voix, quand il me murmurait à l’oreille pour que je comprenne bien… Il a toujours eu une voix magnifique, jusqu’à la fin, une voix de jeune homme, envoutante, juste, belle, que je n’oublierai jamais.

Et quand le jeune homme  tombe sur le sol à la fin, la musique m’a délivrée de la malédiction qui m’avait frappée depuis la mort de papa.

ENFIN J’AI PU PLEURER, VRAIMENT, TELLE LES CATARACTES DU NIL, SANS POUVOIR ME RETENIR…

La vie est étrange : jeune je me réveillais avec des yeux de grenouille irradiée. Maintenant, il n’y paraît plus…

Restait désormais à résoudre l’énigme du bijou mystérieux…

* Si l’on cherche un DVD chez mes parents, on trouvera surtout et beaucoup, des westerns, papa était un fan…

14 réponses sur “Quand la mort s’invite chez vous (5) : l’inconnu du cimetière…”

  1. j’ai une grande admiration pour vous, qui savez si bien raconter ce moment si difficile, nous faisant passer des larmes aux sourires.
    les hirondelles de cimetiere existent, plus la cause de la mort est tragique plus elles sont nombreuses… les détraqués sont partout, alors je prefere nettement l’histoire du voleur de baguette.
    en tout cas, et de manière totalement égoiste, merci de continuer ce blog si bien écrit!

  2. Et vous ne savez toujours pas qui c’est, donc , ce fameux Nicolas. Je gage que ça va alimenter les repas familiaux pendant longtemps.
    Histoire triste si bien racontée, ça me rappelle des souvenirs,ça. Des évènements invraisemblables au cimetière qui font partir les gens en fou-rire quand on leur raconte, et pourtant, sur le moment, ça vous plonge plutôt dans des abîmes de stupéfaction tant on se dit que ce n’est pas possible, et que le respect n’est plus ce qu’il était.
    Enfin, donc merci pour ta saga, j’aime vraiment ton style d’écriture.

  3. Si un jour tu n’as plus d’inspiration tu pourras toujours t’inviter chez Nicolas Roudine ou chez la personne dont il a noté l’adresse, ça promet de nouvelles histoires passionnantes à nous (ra)conter !

  4. Si Nicolas Roudine a laissé une adresse, quelqu’un lui aura-t-il envoyé un petit mot afin de s’enquérir de ses liens avec ton papa? C’est que je suis curieuse de connaître le fin de mot de l’histoire, moi…

  5. Trop drôle, tu gardes ton humour, c’est bien ! Au moins il a écrit son nom lisiblement ce Nicolas, il aurait pu laisser son numéro de portable, dommage !
    Et pour les larmes, oui je comprends… Parfois on se transforme en fontaine pour rien, et lors de grandes douleurs on est toute sèche..

  6. marie : merci beaucoup pour commencer, quant aux hirondelles de cimetières, cela me laisse pantoise…
    QUOIQUE… Il y a une vieille dame dans ma commune qui ne loupe aucun enterrement, reste à savoir si elle laisse des traces…

  7. vivi : ça y’est, ce Nicolas fait partie de la famille (en ce qui concerne tout ce qui ne va pas bien sûr).
    Je me serais bien passée d’écrire cette saga, mais il fallait que je le fasse,…

  8. Louisianne : pour les larmes c’est vraiment curieux effectivement, quand on sait à quel point je peux pleurer facilement devant un film, en lisant, quand j’en ai marre. Là c’était bloqué, vraiment !

  9. Mon père est mort en mars dernier, brutalement , son départ nous a laissé stupefaits et abasourdis, tant il portait haut et allègrement ses 93 ans ( il preparait une randonnée à Rocamadour ) ses notes et ses cartes trainent toujours près de son fauteuil. Je suis passée par tous les stades que vous décrivez et en sortant de l’eglise en partance pour le cimetière , le monsieur des pompes funebres et venu nous murmurer, tres inquiet, que les gens avaient signés sur les 2 registres de condoléances ! le sien et celui d’un autre monsieur dont la ceremonie orchestrée par les concurrents commencait une heure plus tard ! J’ai d’autorité recupéré les pages signées mais je ne sais pas si en remerciant à la multitude de gens qui est venu à la cérémonie, j’ai repondu rééllement aux amis et relations de mon père. certains doivent certainement se poser la même question que vous mais à l’envers  » qui sont ces gens qui nous remercient d’etre venus à l’enterrement de Tonton Paul ».
    Courage, le manque est toujours là mais la douleur s’atténue.

  10. Violette : le manque restera, mais je ne sais pas si la douleur s’atténuera vraiment. Ce qu’il faut c’est se résigner et j’en suis incapable pour l’instant…
    Pour ton histoire de condoléances, nous avons pensé à cela, mais cela voudrait dire que cet inconnu aurait, sur un AUTRE registre, utilisé deux pages RECTO/VERSO à lui tout seul…

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