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Notre boîte mémoire (Fin)

72196972Notre boîte mémoire nous joue néanmoins des tours, cela a été la conclusion de l’expérience, avant le goûter de remerciement à notre participation.

Il y a les faux souvenirs en premier lieu. (Nous n’étions pas que des cobayes, mais aussi là pour nous instruire)

Généralement, ils se construisent par rapport à ce que l’on nous a raconté. Parfois, un tiroir merde et mélange un peu. On peut en être conscient car l’horrible maîtresse de CM2 n’a jamais pu être AUSSI le prof d’histoire de 3ème. Encore que les faux souvenirs viennent plutôt de la petite enfance.

Les souvenirs dont nous devons le plus nous méfier, sont ceux où nous nous voyons de l’extérieur. J’en ai un très précis mais cela peut arriver à tout le monde, surtout avant l’ère du film familial.

  • Dans la cuisine d’origine de la maison dont maman a dû se séparer, on entrait directement.
  • Elle était éclairée par une ampoule assez faible, accrochée à une suspension que l’on baissait pour que l’apiculteur en rentrant puisse lire son journal et faire ses mots croisés.
  • C’était le vieux truc moche que tous les “vieux” comme moi, ont connu un jour. Et les ampoules n’étaient jamais fortes : question d’économie.. Et puis surtout pour une ancienne génération, l’éclairage trop fort pouvait “brûler” les yeux (ce qui n’est pas totalement faux puisque trop d’exposition à la lumière SOLAIRE peut générer des cataractes précoces)
  • Monsieur B, venait une fois par semaine “présenter ses hommages” à madame mon arrière grand-mère. A l’époque, les hommes portaient tous chapeau, ou casquette, bref, on sortait couvert. Les femmes “en cheveux” commençaient à avoir le droit d’exister sans être mal vues…
  • Généralement, il venait quand mon grand-père était là, espérant non en vain, qu’on lui offre un verre de guignolet.
  • Et il ne manquait pas d’ôter son chapeau, pour saluer largement mon arrière grand-mère, avant de s’asseoir “mes hommages chère madame” ! Cela m’impressionnait fort cet hommage quand j’étais là. Je le regardais avec admiration, s’asseoir et boire son guignolet, en louchant sur le chapeau accroché à sa chaise.
  • Un soir, il était arrivé trop tôt et en saluant, son chapeau avait heurté la suspension qui n’avait pas encore été descendue, faisant éclater mon arrière grand-mère de rire, alors qu’affolé, il essayait d’équilibrer la lampe dangereusement mal fixée (en plus d’être moche)
  • J’ai appris cette mésaventure le soir au cours du repas, étant ce jour là seule chez l’apiculteur et sa mère,  mais en visite au moment fatidique chez mes autres arrières grands-parents à 300 mètres de là, au sujet de ruches à mettre dans le fond de leur jardin (ce qu’ils ont toujours refusé avec toute leur énergie).
  • POURTANT, je me REVOIS, de derrière la fenêtre, de dos, mes cheveux alors blond platine sur les épaules, mon chemisier en vichy rouge et blanc, voyant ce monsieur heurter la suspension avec son chapeau. Je me revois de l’extérieur.
  • J’étais bien en vichy rouge et blanc, les cheveux sur les épaules, mais je n’étais pas là pour assister à la scène. J’avais 3 ans.
  • Je m’étais donc forgé un souvenir venant d’autres souvenirs de cet homme, de la suspension sans doute un jour bousculée par quelqu’un d’autre pour une autre raison qu’un chapeau,  et de ce qui avait été raconté avec rires par mon arrière grand-mère.
  • Un faux souvenir. C’est obligé, mon grand-père et sa mère m’ayant répété que je n’étais pas présente le jour où Monsieur B avait bousculé la suspension vu que j’étais à 300 mètres.
  • Je veux bien croire à un peu d’extraordinaire dans notre vie, mais pas d’avoir été quelque part et en même temps derrière la fenêtre à me voir ailleurs que là où j’étais vraiment…

Il y a les souvenirs enjolivés, ou au contraire attristés.

  • La mort de mon premier hamster : pour moi il pleuvait des cordes, alors que c’est faux. J’ai en moi les deux souvenirs : le soleil dehors, et maman m’annonçant la triste nouvelle un matin de printemps radieux, et là c’est la pluie qui vient.
  • La naissance de Pulchérie : il neigeait depuis la veille, et je me souviens avoir regardé en souffrant le martyr, cette neige tomber. Pourtant, mon vrai souvenir, c’est quand on m’a posé ma fille sur le ventre, et tout à coup ce grand soleil qui n’a jamais existé que dans mon imagination, car il faisait déjà nuit et que mes parents sont arrivés dare dare, sous la neige encore.
  • La naissance de Delphine : 1 H 35 du matin, mais grand soleil, autre que les sunlights des tropiques de la salle d’accouchement.
  • Le jour des résultats de mon bac : ciel sombre dans le train pour aller voir les résultats, de la pluie parfois, et grand soleil après le bravo général (nous n’étions que 8 sur 32 à être reçus). En plein juin 1976, année dont la sécheresse est restée légendaire (chez nous, du 1er mai au 30 septembre).

Bref j’ai appris une chose il y a longtemps, avant d’être un cobaye. Prendre des notes, même les plus anodines, les ordonner, les classer, les relire, marquer les dates aux dos des photos (pouf, la robe rose de Pulchérie je me souviendrais toujours quand c’était (oui mais pas pour la robe bleue))

Une habitude prise quand je tenais mon journal. Il y a la vraie mémoire, les choses qui nous ont marqués. Et il y a ce qu’il faut consulter de temps à autre. A force, cela rentre, ou pas. C’est la raison pour laquelle je garde mes calendriers sur lesquels je note l’essentiel) Ne pas compter sur celui de 2017 sur lequel  il y a peu de noté.

Car la mémoire c’est aussi cela : quand on ne veut pas se souvenir, on ne se souvient pas. Là si je l’avais voulu, j’aurais tout de même tout noté, mais non…

Curieusement, pour maman je n’ai pris aucune note depuis la nuit fatidique du 24 avril. Pas envie de me souvenir des dates depuis cette horrible nuit là, comme pour papa pour lequel j’avais tout en tête, à tel point qui lui qui préférait oublier, me faisait appeler, et maman de même.

Parce que la vie n’est qu’un long calvaire que l’on oublie en mourant, sauf pour les croyants que j’envie.

Ils ont cette consolation : de penser qu’il y a un après…

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin, après des considérations philosophiques qui ne concernent que les autres cobayes et moi-même.

Nous avions TOUS, une mémoire défaillante pour un jour précis, parties réussies ou non, musique plaisante ou pas, tics des autres ne servant à rien. Et nous avons appris qu’un jour, on nous avait diffusé, très peu, une odeur de charogne. Qui est généralement instinctivement rejetée.

La mémoire olfactive était là, et nos thés/cafés d’avant/après le test en étaient imprégnés.

Curieux d’apprendre que le jour où  l’on nous avait offert des financiers (ON savait ce que nous aimions ou pas) nous avions tous en tête de la fleur d’oranger et les parties qui allaient avec. Une de nous aimait la vanille, mais pas son odeur, cela avait brouillé son test. L’homme toujours impassible qui prenait toutes les notes, a  enfin compris ce qui l’avait perturbée. Moi j’ai longtemps adoré la lavande, mais depuis longtemps je n’aime plus cette odeur particulièrement, limite, elle me dérange, mais sans plus. J’ai cherché peu de temps. Jeune fille, l’été, je portais une eau de Cologne parfumée à la lavande, mais j’ai associé cette odeur à la mort du prisonnier un 28 août. Jamais mes vacances dans le midi n’ont pu surmonter ce premier deuil réel pour moi.

C’est idiot à dire : cela sent bon, mais je n’aime pas. C’est comme le café dont j’aime par contre l’odeur, en en détestant le goût en l’ayant jadis aimé.

Notre mémoire c’est notre vie, mais c’est aussi des palettes multiples, d’odeurs, de couleurs, de musiques, de chiffres, de mots, de romans, de cuisines, etc…

L’odeur de la charogne nous avait tous mis mal à l’aise : résultat : des tests loupés.

ILS n’avaient pas les moyens de nous faire tester le goût, mais Proust l’a fait à sa manière….

Vous remarquerez que dans nos rêves, ce que nous mangeons est insipide, n’a pas d’odeur. Seules certaines peuvent nous réveiller, comme celle du gaz qui est artificiellement parfumé pour nous donner l’alarme. Nous réagissons généralement à ce qui est odeur = danger.

Les gaz utilisés par des terroristes, n’ont aucune odeur. Comme l’argent qu’ils touchent…

Posté le 25 août '17 par , dans Dans la série Diabolique.
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Un commentaire »

Comment par Princesse Strudel
2017-08-30 07:41:01

Quelle expérience passionnante! Merci pour ce partage.

 
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