Les premières rentrées, part 2 : Delphine

estelle-sainte-marieLe cadet est toujours forcément différent du premier. Dès son plus jeune âge il sait que l’amour des parents n’est pas destiné qu’à lui, même si l’amour ne se divise pas mais se multiplie.

Delphine restait secrète, c’était sa nature, sur son envie d’aller à l’école ou de rester avec maman. J’ai su très tard que Pulchérie faisait un petit compte rendu à sa soeur, sur tout, le plus faux possible évidemment, sinon cela n’aurait pas été drôle. Je l’ai compris quand avant sa rentrée au CP, Delphine très angoissée m’a demandé : « c’est vrai qu’on nous fouette en CP ? », sa soeur devenant écarlate, car cela se passait pendant le dîner… Mais bon, c’était à venir…

Donc Delphine savait qu’elle rentrait à la maternelle, mais ne m’en parlait jamais. J’avais la chance d’avoir une amie (que si vous en avez une comme ça vous pouvez vous passer d’ennemie), ex instit dans l’école où rentrait Delphine, et qui m’avait rencardée de première.

  • Ah ma pauvre, forcément en première année, elle va avoir madame Schlag.
  • C’est une horreur cette bonne femme
  • Elle tyrannise les gosses. Elle les humilie. Elle les piétine.
  • Elle a ses têtes. Si ta fille ne lui revient pas, elle va en baver et tu auras juste à la boucler (regarde moi bien, mais le premier qui touche à mes filles, je lui pète le clavier)
  • Elle est atroce
  • Elle est méchante
  • C’est à cause d’elle que j’ai demandé à changer d’école (non, en fait, pour avoir des horaires plus intéressants sur Trappes, mais motus, je ne vous ai rien dit)

J’étais donc légèrement stressée en emmenant Delphine pour sa première rentrée. Qui ne manifestait rien, son pouce dans la bouche, comme toujours sérieuse et déjà appliquée. Elle n’a pas pleuré du tout, mais m’a tout de même jeté un petit coup d’oeil un peu brillant quand je suis partie, obéissant à la maîtresse…

Le midi elle se sentait bien et avait tout trouvé super, sauf que contrairement à sa soeur, elle avait été heureuse de me voir arriver à 11 H 30. Elle devait manger à la cantine dès le lendemain…

Car là, l’histoire familiale s’impose.

Pulchérie faisait limite anorexie et la faire manger était une horreur. Je l’avais donc inscrite à la cantine où là, elle mangeait un minimum. L’émulation jouant parfois, et surtout l’assistante la prenant sur les genoux en lui disant « une bouchée pour papa, une bouchée pour maman ». Trop la honte. Elle mangeait UN PEU. Je me démerdais avec le diner en flippant à l’avance.

Impossible d’en inscrire UNE à la cantine et pas les DEUX. Albert me délivrait une fausse attestation de travail pour que les deux filles soient à la cantine.

Premier soir de récupération de Delphine après journée totale avec cantine, et la maîtresse diabolique ravie :

« Quel amour cette enfant ! et en plus elle se tient bien à table, c’est un plaisir, j’en ai encore qui mangent leur soupe avec les mains… » « elle aime tout, est-ce normal qu’elle pique le camembert de ceux qui n’aiment pas ? Oui ? » « En plus elle est super en classe, quelle enfant charmante et délicieuse ! toujours souriante, obéissante, et si câline (le monstre aimait bien les câlins). « Ah si je n’avais que des enfants comme elle, je serais au paradis » (SIC).

Photo de classe prise 2 semaines après la rentrée. Delphine y est bien souriante, la main de la maîtresse souriante également posée sur son épaule.

L’amie que quand on l’a on peut se passer d’ennemie, me déclara aigrement.

« Bon, bah pas de soucis à te faire comme je le regrette, mais ta fille est dans les petits papiers de la maîtresse ». Avec, en plus de l’aigreur, un rien de sous-entendu que je n’ai pas relevé, cela sentait trop la haine.

Cela s’est globalement très bien passé pour Delphine, avec un petit plus :

Elle savait sauter à la corde en dernière année de maternelle et elle était la seule. Vu les cours que sa soeur lui avait donnés, je n’étais pas surprise, mais les institutrices si. Il paraît que la motricité obligatoire pour sauter à la corde, c’est niveau CP et pas avant.

Elle était donc la seule, et pas peu fière, à sauter à la corde pendant la récréation, aux mois de mai et juin, devant des collègues envieux et des institutrices baba…

Comme quoi, il faut laisser pousser la salade comme elle le peut.

Et je ne suis pas une mère indigne. Mais n’étant pas en cloque pour la rentrée en maternelle de Delphine, je n’ai jamais pleuré…. Et j’ai toujours plutôt été heureuse que tout se passe bien.

Pour Pulchérie, vous retirez les hormones qui font pleurer et je pense que tout aurait bien été (pour moi)

Mais la vie n’est qu’un long calvaire… (je vous l’ai déjà dit ? J’ai un blème…)

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