T comme Téléphone : moi, 2 filles et 1 seul téléphone

Adolescente_au_t_l_phoneEpoque préhistorique où le portable faisait une timide percée et où je me suis retrouvée dans mon appartement avec Pulchérie et Delphine en pleine crise d’adolescence et seulement une ligne et un téléphone.

Téléphone bien sûr avec cordon…

Je pensais que ce téléphone était ma propriété, puisque j’en réglais la facture. J’avais tort.

A la première sonnerie, bruit de cataclysme dans la chambre des filles (zut tout s’écroule), ouverture sauvage de la porte et double précipitation sur l’appareil à grand coup de « c’est moi ! » « non c’est moi connasse ! » (sinon elles s’entendaient bien et s’entendent toujours bien). J’arrivais toujours trop tard. Quand c’était pour moi, elles me tendaient l’appareil avec réprobation et retournaient faire semblant de faire leurs devoirs.

Malheur à moi si je m’attardais à compatir aux malheurs de Fernande pendant 2 heures. Regardant d’un oeil la télé et me jetant l’autre très noir, elles me faisaient bien comprendre qu’elles attendaient elles aussi éventuellement un appel, voire même plusieurs.

Cas n° 1, appel pour Pulchérie. Delphine retournait dans sa chambre éplucher un kiwi en claquant la porte (les voisiiiinnnnsss !!!!). Pulchérie utilisait un langage codé que je comprenais parfaitement, ayant eu le même avec ma meilleure amie, Mrs Bibelot n°2. Du coup l’ayant compris elle m’enfermait dans la cuisine, s’asseyait par terre, coincée par la longueur du fil (oui, ce n’était même pas un sans fil, ayant eu des déboires avec le premier, antique, j’étais contre), chuchotait à m’en faire rappeler les locomotives à vapeur de mon enfance, et raccrochait au bout de 2 heures. Elle trouvait donc le repas froid et sa soeur hystérique qui avait dû louper au moins 4 appels. S’ensuivaient des échanges délicieux dont les voisins pouvaient profiter (curieusement je ne les entendais plus s’engueuler…).

Cas n° 2, appel pour Delphine. Pulchérie retournait dans sa chambre potasser ses maths en claquant la porte. Delphine s’allongeait par terre et chuchotait à son tour, tout en changeant de position toutes les 30 secondes à peu près. A plat ventre, sur le côté en se grattant le pied, sur le dos les jambes en l’air, reptations illimitées, pour terminer les jambes en l’air appuyées sur le mur (d’où la photo d’illustration). Elle raccrochait au bout de 2 heures et retrouvait sa soeur hystérique et le repas froid elle aussi. Elle s’en fichait totalement, mangeant de tout, à l’époque, et dans tous les états. Bien évidemment elle rétorquait à sa soeur et en faisait profiter les voisins, mais je m’en fichais, le film ayant commencé.

Delphine était la championne toute catégorie du « je me précipite sur le téléphone sitôt rentrée à la maison », (comme moi jadis et cela tapait sur le système de maman, je ne me demande plus pourquoi).

A savoir que Delphine était partie pour le collège le matin avec Marine. Qu’elle y avait passé la journée, toujours avec Marine, qu’elles rentraient ensembles, l’autre habitant quasi en face, parlottaient 2 heures en bas de l’immeuble. Le temps de monter l’escalier, de se poser (compter 1 minute 60 maximum), elle se ruait sur le téléphone pour appeler Marine et commençait sa gymnastique.

Ayant besoin de l’appareil pour mon propre usage, j’étais dans l’obligation de tourner à la mère indigne et d’exiger un « raccroche immédiatement où c’est la baffe, j’ai besoin du téléphone », quand j’attendais un appel ou éprouvait le besoin d’en passer un.

Elles raccrochaient donc, l’une et l’autre me fusillant du regard et quittant la pièce avec un air de princesse outragée très au point. Je prenais donc le téléphone, m’apprêtais à décrocher quand drrriiiiinnnnng !

L’appel attendu ? Non Mrs Bibelot me signalant que ma ligne avait été en dérangement pendant 3 heures, où cela avait sonné occupé pour elle tout le temps. « Mais puisque je t’ai en ligne ma chérie »…

Les deux filles se rongeant les poings dans leur chambre…

1 téléphone par personne de sexe féminin, c’est un minimum…

Est venue l’époque du portable où seule Delphine demeurait à la maison (snif). Hors à l’époque appeler un portable d’un fixe c’était la ruine garantie. J’ai d’ailleurs reçu une note de 1 500 F un jour et demandé à France Télécom « j’exige des explications ». J’ai reçu la facture détaillée et crisé à la vue du nombre d’appels que Delphine avait pu passer sur des portables. Facturation détaillée donc, et achat d’un sans fil que je pouvais coder pour interdire l’accès à certains numéros (je n’ai jamais réussi à bloquer le fatidique 06, mais la facture a fait une chute libre quand j’ai précisé à Delphine qu’il y avait un espionneur de numéros composés sur ce téléphone).

Pas grave, munie du sans fil, quand on l’appelait, elle pouvait faire les pieds au mur ou la chandelle dans sa chambre pendant des heures, à l’abri d’oreilles indiscrètes (moi) (d’où la photographie d’illustration) jusqu’à complet déchargement des batteries.

Maintenant je n’ai bien évidement plus la facturation détaillée… mais tout de même, ma facture a dégringolé significativement après le départ de ma dernière fille…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *