Biologiste : encore une vocation mise à mal…

prix-nobel-copierAyant renoncé à devenir une artiste célèbre, j’avais été fort impressionnée, juste après la naissance de ma dernière soeur (surnommée la « suite et fin » au bout de 10 ans) par une visite organisée par le collège d’un je ne sais plus quel museum d’histoire naturelle.

J’avais été fascinée en particulier, par les animaux conservés dans des bocaux remplis de formol.

La prof de sciences nat (on les appelait comme cela, à l’époque), nous avait précisé que l’alcool conservait bien aussi, mais que pour une raison ayant trait à l’alcoolisme qui ne conserve pas le foie, on utilisait de préférence du formol.

Ce qui n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde.

Je me souviens que ma fascination la plus extraordinaire avait été la contemplation d’un bocal énorme, contenant un homard de 15 kg, et que devant la taille de la bête, je m’étais demandé comment on pouvait être assez stupide pour pêcher un truc de cette taille pour le mettre dans le formol au lieu de le bouffer, car j’aimais déjà le homard, découvert lors de nos dernières vacances en Bretagne où mes parents avaient dû renoncer à me faire prendre steak haché/frites au restaurant.

Mais qu’à cela ne tienne, ma nouvelle vocation était là. Si je ne pouvais pas devenir artiste, je serais la biologiste du siècle (toujours modeste). J’étais bien consciente qu’il fallait commencer petit pour percer un jour, et ce fut la chasse aux escargots, limaces et autres. Même un cadavre de mésange décédée de mort naturelle, faisait l’affaire.

Je ne vous raconte pas l’histoire des oeufs de papillon à mettre en bocaux, pour avoir des chenilles etc… (sinon vous allez appeler BB).

Restait à conserver le truc. Le cadavre, la bête morte, l’avenir de ma vocation.

Le formol était introuvable dans l’armoire à pharmacie. Point de pharmacie dans le village à qui demander 10 litres de formol, car je voyais petit pour le départ, mais grand pour la suite. J’ai profité avec perfidie d’une visite au village voisin qui avait lui, une pharmacie, pour m’enquérir du prix du formol.

  • « C’est pour des engelures ? » m’a demandé le pharmacien
  • « Evidemment ! » ai-je répondu alors que Mrs Tricot m’avait demandé juste d’acheter un flacon de shampoing pendant qu’elle allait elle, faire l’acquisition  de soles chez le poissonnier.

Au moins, j’avais une excuse toute trouvée pour acheter du formol par petites doses (avec la monnaie du shampoing qu’on me léguait généreusement, car là, j’avais juste l’équivalent d’un flacon d’alcool à 90°), sans imaginer que des engelures en plein mois de juin c’est suspect.

D’ailleurs je ne savais même pas ce que c’était, et j’avais noté dans mes neurones encore intacts des « anges lures », lures devant être un terme latin ou grec dont je chercherais la signification plus tard (Internet n’existait pas qui vous donne tout de suite la réponse).

Vous aurez eu l’occasion de constater que le « plus tard » était une expression clef pour moi… ce qui n’allait pas sans me poser de graves problèmes quand je l’utilisais alors que maman venait de me demander d’aller mettre la table…

Le pharmacien m’eusse-t-il revue, sans doute que qu’il m’aurait-il dénoncée, mais il ne m’a point revue, car mon argent de poche était pauvre.

L’alcool conservait, ça je le savais, mais mon arrière grand mère tenait un compte très strict de son alcool à fruits, et c’était précisément le moment où elle faisait ses délicieuses cerises à l’eau de vie. Après, viendraient les prunes, les mirabelles, les confitures…

Les confitures ! Le sucre aussi, conserve. J’étais épatée par ma propre intelligence, QI 290 pour le moins, j’allais conserver mes cadavres, et même, les étiqueter…

Restait tout de même à chourer discrètement des pots de confiture vides, l’aïeule n’y verrait que du feu. C’est ce que je pensais, sans imaginer une seconde qu’une personne ayant connu les deux guerres mondiales et les privations qui allaient avec, sait toujours combien elle a de pots ou de bocaux pour faire des réserves.

J’avais décidé de conserver ma future collection de prix Nobel, dans de l’eau très largement sucrée, puisque le sucre conserve. Puis j’ai dû très rapidement renoncer au « très largement sucrée ». Mon arrière grand mère, avait en effet constaté une baisse très nette dans le sucrier et avait même demandé aux gosses, dont moi, qui qui lui piquait des morceaux de sucre. Avec les adultes elle n’avait pas osé enquêter trop avant, mais je sentais bien que sa curiosité était excitée, car une personne ayant connu les deux guerres mondiales et les privations qui allaient avec, sait toujours combien de sucre elle a d’avance !

Saleté de boches ! pensais-je, un peu désarmée…

Deux sucres par jour, cela pouvait encore aller pour ne pas se faire remarquer, sauf que pour la conservation : un animal = de l’eau + un sucre, et bien c’était insuffisant.

On pouvait savoir qu’il y avait une mésange mais uniquement en voyant les plumes. Les limaces et autres n’avaient plus figure humaine, et je n’osais pas ouvrir les pots pour jeter le tout, parce que l’odeur était franchement dérangeante.

Tellement dérangeante d’ailleurs, que malgré les couvercles des pots, c’est à l’odeur que mon grand père (encore lui), à trouvé ce qui sentait le cadavre dans la grange.

Il a été ra-vi de découvrir ma collection (seul un escargot pour qui j’avais sacrifié tout mon formol, était reconnaissable), mais surtout qu’il ne s’agisse pas d’un vrai cadavre, d’autant que le voisin avait disparu depuis 3 semaines (en fait, il était parti avec un danseur du Bolchoi, le voisin).

Sa mère a poussé des cris d’horreur en découvrant TOUS SES POTS DE CONFITURE DISPARUS, et comble de l’horreur, ON m’a fait jeter ma collection dans le fond du jardin,  avant de me demander de laver moi-même les fameux pots.

Je suis restée stoïque, au bord de l’évanouissement et de gerber tripes et boyaux, en prétendant que « ça ne sentait pas si fort que ça ».

Après j’ai reconsidéré le fait de devenir biologiste. Le coup de grâce ayant été qu’après mes explications sincères, on m’avait précisé qu’il fallait être bon en maths pour faire une carrière scientifique.

Et que moi, les maths, je les aurais bien formolisées, atomisées, pulvérisées, confiturées, pour qu’on n’en parle plus !

La vie n’est qu’un long calvaire.

Une réponse sur “Biologiste : encore une vocation mise à mal…”

  1. Je suis morte de rire. Qu’est ce qu’on peut faire comme âneries quand on est môme ,! Pour avoir senti l’odeur de cadavre, gamine, par un paysan qui transportait une vache morte sur une carriole, je le demande comment tu as pu laver toout ça. Beuuuuurk ! Punition qui tuerait n’importe quelle vocation du genre dans l’œuf ! Finalement tes filles avaient de qui tenir 😂.
    J’adore toujours autant tes articles, tu as vraiment un don pour l’écriture.

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