Guérison miraculeuse (pas besoin d’aller à Lourdes)

Coeur_rogn__LS015908J’ai entendu et lu ça et là que nous serions nombreux à avoir au fond du coeur comme une blessure qui ne veut pas guérir….

Le premier amour… Un grand amour, de toutes manières un loupé quelque part.

Je n’ai pas échappé à la règle. Avec lui il ne s’est jamais rien passé, du coup j’ai fantasmé le personnage, rencontré quand j’avais 14 ans, qui m’a attaqué le palpitant au marteau piqueur jusqu’à notre bac réussi, du coup je n’avais plus grande chance de le rencontrer, vu que le lycée c’était l’endroit où je le voyais tous les jours, haïssant donc les WE et les vacances de la troisième à la terminale incluse…

Si que l’on m’avait demandé mon avis, j’aurais carrément aboli TOUTES les vacances ! Consultée sur les rythmes scolaires, j’aurais été impitoyable : point de repos pour le guerrier !

La vie passe avec ses revers. A chaque revers amoureux, je pensais à lui. J’étais sûre et certaine qu’avec lui tout aurait bien été, que je n’en serais pas là, à mordre mon oreiller de désespoir en perdant le sommeil, et que nous attendrions la retraite sereinement main dans la main (curieusement avec lui j’avais toujours Pulchérie et Delphine, mais ne nous arrêtons pas sur cette invraisemblance chromosomique…)

Le temps passe vraiment. Là il faut compter 36 années pour le moins (même si je l’avais croisé une fois sur un quai de gare, étant déjà avec Albert, mais cela m’avait tout de même perturbée).

Et sur qui je tombe il y a quelques semaines ? Sa mère. Elle me connaissait bien dans la mesure où j’étais une copine de sa fille et que c’est comme cela que j’avais rencontré l’élu… La voilà qui s’approche de moi pour m’embrasser affectueusement, ce qu’elle n’avait jamais fait de sa vie. Et moi les idées tourneboulant un peu, jJe calcule, déjà autant de temps ? c’est vite passé finalement…

  • Ah ma petite Coraline, tu n’as pas changé (c’est gentil mais sûrement que si… ou bien elle confond avec le jour de l’enterrement de papa) et blabla. Nous parlons souvent de toi avec Bertrand (son mari) et blabla, nous avons espéré longtemps que tu serais notre petite bru (et moi donc… d’ailleurs j’y songeais il y a peu…) et blabla…

  • Si tu savais ce que nous sommes contents finalement que tu aies échappé à cela (à quoi ?). Il nous en a fait voir et blabla… Il en est à son 4ème mariage, son 5ème enfant à 59 ans, tu te rends compte (mais de qui parle-t-elle ?) et blabla…

  • On peut dire que de nos 5 enfants, Olivier est celui qui nous en a le plus fait voir… Et toi ? J’ai vu ta mère dernièrement, le monde est petit depuis quelques temps, il paraît que cela n’a pas été rose tous les jours pour toi ? Tu as échappé au pire, crois-moi, et je parle de mon fils le coeur serré… Et blablabla…

Je la quitte un peu secouée par toutes ces révélations. Le monde est décidément petit, car le surlendemain, clac, je tombe sur la soeur, l’amie perdue de vue depuis le bac… Depuis 1976, que d’années à se raconter devant la banque à passer pour des braqueuses en puissance. Là voici qui me parle de son frère pour m’en dire pis que pendre, comme sa mère… Elle doit se tromper elle aussi… C’était l’homme idéal qui n’a pas su voir en moi la femme idéale et que je regretterai toute ma vie…

  • « Tiens justement, le voici », me précise-t-elle au bout d’un moment. « Il buvait un coup en faisant son tiercé »

  • Je scrute les alentours, le coeur un peu dans les godasses. Mais je scrute inutilement. Il est là, c’est juste que je ne l’ai pas reconnu du tout.

  • « Bonjour Coraline, tu n’as pas changé » (lui aussi ?! dois-je comprendre que j’ai l’air aussi tarte qu’à 18 ans ? ou que je fais vachement jeune, ce que mon miroir ne me dit pas ?) Et le voici qui me fait la bise pour la première fois de sa vie et de la mienne. Je me serais damnée pour cela il y a… Il y a…

  • C’est donc lui, faisant « vieux beau » à 59 ans seulement, ayant trop abusé des UV, qui prend une pose avantageuse en me lorgnant d’un air intéressé (trop d’années de retard mon pauvre vieux),  c’est pas possible, maman au secours ! J’ai beau le regarder, il ne me « parle » pas. Je ne le reconnais pas. Je balbutie un « toi non plus » (tu n’as pas changé) hypocrite avant de filer comme une voleuse… Je l’aurais croisé dans la rue, sans présentations, je serais passée à côté… J’ai peur de lui avoir refilé au hasard le premier n° de portable qui me passait par la tête (pas le mien forcément, les filles pardonnez-moi si c’est tombé sur vous, interdiction de donner le bon numéro…)

  • Exit le « heureux de t’avoir retrouvée mon amour » « … » « Je t’ai cherchée en vain mon amour… » « … » « c’était toi ma vie mon amour » « … » (oui, ne rien répondre dans ces moments là, plutôt que « moi aussi mon amouuuur… »)

Moi mariée depuis 1976 avec ça ? Non mais vous rigolez ? Dommage que je ne l’ai pas revu plus tôt. Son frère m’avait parlé de lui il y a une quinzaine d’années en me disant « tu ne le reconnaitrais pas… » Dommage je ne l’avais pas écouté. Ce devait être l’époque où il se faisait faire des brushings (j’en avais vaguement entendu parler, mais je n’avais pas voulu y croire, quand on est con, on est con…)

Je me serais épargné 15 ans de plus à imaginer quelle vie idyllique j’aurais passé à ses côtés…

Et vous, vous l’avez revu(e) ce regret lancinant planté dans votre pauvre petit coeur d’artichaut ? Non ? C’est dommage…. Ca guérit de tout… (sauf des impôts, mais rien ne guérit des impôts…)

Sauf que… J’aurais eu une belle doche sympa et… Coraline aux pieds et va te coucher !!!! (mais non sinon, rien de tel que de le/la revoir pour guérir enfin…)

La vie n’est qu’un long calvaire…

3 réponses sur “Guérison miraculeuse (pas besoin d’aller à Lourdes)”

  1. Ce regret est devenu un « ami » sur facebook et ainsi j’ai pu voir les incompatibilités. Il possède d’ horribles gros chiens et je n’ai que des chats délicats. Sa déco n’ est que beaufitudes. Je ne lui envie que sa petite maison de pêcheur rénovée pour les vacances tout pile sur les lieux de notre bluette. Mais étonnamment, je suis rassurée de le savoir à portée de clic de nos souvenirs et je lui garde beaucoup de tendresse.

  2. Ah mon  » grand regret  » à moi est toujours aussi parfait 25 ans plus tard…( même si celui qui partage ma vie a des qualités que lui n’a pas.)

  3. Oh ben alors moi, je suis le contre-exemple parfait de ça puisque ça fait bientôt 7 ans que je suis avec celui dont j’ai été folle amoureuse de ma 6e à ma 3e. Devenu un bon copain ensuite au lycée (avec toujours ce petit pincement au coeur quand même), puis complètement perdu de vue après son bac à lui, en 1992 donc. Revu très brièvement (le temps de se faire la bise…) chez sa parents en 1999 (sa maman était comme ma 2e maman… mais elle aussi avec le temps je l’ai perdue de vue), puis plus rien jusqu’à quelques vagues échanges sur Facebook en 2011. À chaque fois qu’on reprenait le contact, même vaguement durant toutes ces années (en 99, en 2011…), on était en couple chacun de notre côté. On s’est revus toute une après-midi durant l’été 2013 car j’avais très envie de revoir sa maman, perdue de vue depuis trop longtemps. Il venait de se séparer, je venais de me séparer… mais on a juste été contents de se revoir et on en est restés là. Au printemps suivant il m’a envoyé un message pour me dire qu’il aimerait bien me revoir. Je suis allée passer un week-end chez lui et après quelques péripéties initiales, on peut dire qu’en gros on ne s’est plus quittés. Quelques années (et un bébé) plus tard, c’est toujours l’amour, le grand amour. Bref, des fois ça marche…

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