Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'Coup de gueule'

Et encore des vacances…

6222-000049Parfois j’ai l’impression d’être née à la préhistoire, alors que j’ai vu le jour juste avant la 5ème république (il serait temps d’en changer, c’est mon avis et je le partage, parce que comme moi, elle aurait besoin d’un lifting complet).

En écoutant d’une oreille distraite les infos ce soir,  j’ai appris que c’était à nouveau les vacances Comme je n’ai plus d’enfant à charge scolarisé à la maison depuis longtemps, je suis cela très vaguement. Comme le temps passe…

Par contre tout de suite à suivi l’épisode “sports d’hiver qui vont rapporter un max”.

Cela m’a rappelé les dernières vacances scolaires, qui débutaient mal à deux jours près, parce que les petits chéris, doivent travailler X semaines et se reposer 2 semaines… Et qu’il n’était donc pas question de les faire terminer un vendredi soir au lieu du mercredi, parce qu’à 2 jours près, on n’aurait pas pu compter les morts… Perte sèche parait-il pour le secteur du tourisme, aucun rapport n’ayant été fait sur l’absentéisme qui a résulté de cette idiotie digne d’un énarque…. (Lire la suite…)

Posté le 2 février '17 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule, Crise de nerf. 19 Commentaires.

Des nouvelles du front (X sur X)

Femme horrifiéeBen comment dire, cela ne va pas être le top.

2015 n’a pas été l’année du blog rapport à la mort de papa, 2016 ne fera guère mieux… Pourtant je voudrais TELLEMENT pouvoir me consacrer à vous…. Et donc à moi également, mais je suis d’un égoïsme monstrueux.

  • En gros maman s’est fracturé l’humérus droit, mais cela vous le savez, ce qui lui a immobilisé son bras moteur pour au moins trois semaines. Priez avec moi, mes frères et mes soeurs, et si j’avais un marteau, que le 22 décembre prochain on puisse lui annoncer une consolidation certaine, à rééduquer avec modération (avec elle on ne le répètera jamais assez).
  • Donc j’ai fait garde malade, avec fracture le 2, déménagement le 5 et signature de la vente le 7. Si l’arlésienne n’existait pas, je pense que je l’aurais inventée…
  • J’étais en effet totalement épuisée de supporter et d’aider maman nuit et jour. Ma soeur qui bosse, ELLE, a fait tout ce qu’elle a pu pour me ménager des heures de sommeil.
  • Et puis lundi, on était quel jour du mois de décembre lundi ? Maman s’est totalement écroulée de souffrance rapport à sa sciatique, et il m’a fallu appeler le SAMU et passer avec elle 6 heures aux urgences.
  • Après des débats pas possibles avec le médecin qui la voyait LUI, Très BIEN, rentrer chez elle (qui est devenu mon chez moi contre mon plein gré), il a (le médecin) décidé de la garder car même l’emmener pisser ce n’était pas possible.  J’avais en effet, suggéré, de ma voix la plus sirupeuse possible qu’IL l’accompagne lui-même aux chiottes. Il n’a pas apprécié, mais bon il n’a pas eu le choix. Je suis très désagréable quand il le faut… (Lire la suite…)

Posté le 17 décembre '16 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule. 10 Commentaires.

Le ravage du “j’entasse” qui saute généralement une génération… (1)

fouillis-copierVous remplacez le bordel par des bouquins, et vous éviterez ainsi de venir m’agresser en me demandant comment il se fait que les livres de ma mère ne sont toujours pas triés (Pulchérie avait un jour mis en illustration une photo de 2 bibliothèques de mes parents, mais je ne l’ai pas retrouvée…)

Et évitez-vous de sauter une page, ce serait dommage…

Si je dis que le “j’entasse” saute généralement une génération, ce n’est pas pour rien.

En effet, j’ai pu constater que la grand-mère maternelle d’Albert jetait un peu tout et n’importe quoi. En réaction sa fille gardait tout, et en réaction ses filles jetaient un peu tout et n’importe quoi et Albert idem.

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Posté le 26 octobre '16 par , dans A lire, à relire, à découvrir, Ah ces parents !, Ah je l'aurai méritée ma place au Sénat !, Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule, Crise de nerf. Pas de commentaire.

Le désertique mois d’aout (enfin, tout dépend où vous vous trouvez)…

aoutLes terroristes ont-ils réussi leur coup, en mettant notre pays KO ????

Non, c’est le mois d’août… J’ai déjà gueulé en 2009 au sujet du mois d’août, mais cela ne fait qu’empirer.

Si que j’avais été dans le coma jusqu’au 1er août, j’aurais pu me situer dans l’année, en me réveillant, rien qu’en regardant le parking de ma résidence. 3 voitures sur 4 manquent à l’appel, ça fait vide. Moralité on perd l’habitude de faire un créneau et à la rentrée on conduit comme une quiche… Tous les commerçants sont fermés PARTOUT, sauf U, c’est grandiose. (Lire la suite…)

Posté le 14 août '16 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule, Dans la série Diabolique. 10 Commentaires.

Le fils imaginaire… (1)

Chromosome XYC’est assez joli à regarder, mais c’est le reflet d’une triste réalité : naître XY dans notre monde, c’est mieux que de naitre XX.

Loin de moi de vous parler de tout ce qui peut être négatif qui attend les XX (parfois la mort dès la naissance), sauf qu’encore maintenant, dans les pays développés, on prend en règle générale les femmes pour des connes, dès qu’elles ne sont pas accompagnées d’un HOMME.

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Posté le 21 juillet '16 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule. 12 Commentaires.

La vengeance ne nous appartient pas toujours…

6222-000049J’en ai un peu marre pour le moment, de la CNAV qui est actuellement dans mon collimateur (mais je j’ai pas de bazooka), qui vous raccroche au nez dès que vous demandez des explications-j’attends, bref, on reviendra aux papiers plus tard (car ce n’est pas terminé).

Après Truchon qui m’avait remerciée après 9 années de bons et loyaux services, et sur lequel je reviendrai, pour les nouveaux, j’avais eu la chance extrême de retrouver du travail au bout de 8 mois. A 50 ans, c’était un exploit…

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Posté le 20 janvier '16 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule, Dans la série Diabolique. 14 Commentaires.

Bon ben ce n’est pas le tout…

Nous sommes le dimanche 10 janvier, l’année n’a pas vraiment démarré sur des chapeaux de roues, mais il va falloir que je m’y remette, car bon, les vacances, cela va un peu, mais il faut bien en terminer un jour.

J’ai tellement à râler (pour l’instant) contre notre chère administration, que je ne sais pas par quel bout la prendre… J’ai découvert en effet certaines lois et surtout leurs effets pervers, tellement aberrantes que je me demande COMMENT IL EST POSSIBLE QUE PERSONNE N’EN PARLE JAMAIS !

En tous cas, je sais par quel bout vous prendre, et j’espère pouvoir le faire avec humour.

Juste une petite demande de ma part : si vous êtes ou vous sentez concernés par ce qui suivra dès demain (ou après-demain), n’hésitez pas à commenter, cela me fera du bien et pourra peut-être faire avancer le schmilblick… Quand je gueule, c’est tout de même aussi pour cela : faire bouger si possible les choses (vaine illusion ?)

Merci pour vos voeux (toujours pas le coeur à dire “bonne année”), et donc, au plus tard, à mardi…

Posté le 10 janvier '16 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule. 2 Commentaires.

Quand je serai grande, je serai écrivain.

Pulchérie m’a envoyé un jour un message qui portait ce titre “quand je serai grande je serai écrivainecrivain-3.

Coucou
Je lisais ton post ce matin, et ça m’a fait rire (c’était l’oeil qui fait pouêt).
Et je me suis dit que tu écrivais décidément trop bien pour te cantonner à ton blog. (le reste nous appartient, sauf que j’ai dû rectifier deux fautes de sa part, et que le “décidément trop bien” c’était un peu trop pour moi…. Si vous ne l’avez pas compris, je me hais…).

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Posté le 17 décembre '09 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule, Je m'insurge, Nos grands moments de solitude. 37 Commentaires.

Il y croyait… 11 novembre 1918 – 8 mai 1945

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Il y a eu un jour 3 frères très proches, qui s’adoraient. Une enfance de rêve malgré la tourmente passée et celle à venir.

Des enfants de la soeur de Louis, pas d’Alphonsine. Des enfants de Léontine.

Des garçons. A une époque la famille côté maternel pour moi, ne savait fabriquer que ça. D’ailleurs de tous les côtés, il n’y avait que cela : des garçons.

Et les cris ont commencé bien avant 1940. Les hurlements de 3 hommes juste adultes et pas d’accord du tout du tout. Léontine en tremblait dans sa chambre de ses fils s’insultant tout à coup, se détestant, chacun étant certain de détenir la vérité.

Il y avait l’aîné qui avait gardé une jambe raide depuis la guerre d’Espagne à laquelle il avait participé de son plein gré, soutenu par le petit dernier et un silence poli de la famille. Il y a des silences OUI et des silences NON, c’est ainsi dans la vie… Là, le silence poli c’était “oui” et il se savait totalement soutenu.

Hurlant plus fort que les autres :  le cadet, résolument pour la grande Allemagne, une Europe déjà, promise pour un Reich de 1000 ans.

Alors ça gueulait tous les soirs,  l’aîné obligé de se servir d’une canne pour marcher et menaçant le cadet avec, le petit dernier étant admiratif, et l’autre criant au boiteux qu’il avait choisi le mauvais camp, qu’il boitait pour rien, pour du faux, que l’avenir était dans la dictature, l’ordre strict, l’épuration ethnique. Alors cela hurlait encore plus. Et entre frères c’était la haine. Il y en avait toujours 2 ou 1 qui manquaient pour le dîner sacré du soir, ils avaient pu juste s’entendre sur ce point très particulier.

Et Léontine en était malade, chaque soir. Son mari, grand blessé de 18 n’entendait quasiment pas, sauf le mot “allemagne” qui lui déclenchait des crises d’épilepsie. Ses fils attendaient que lui, dorme enfin, avant de s’affronter, comme 3 fauves, dans l’arène du salon familial, la haine aux yeux, la voix rauque, les muscles gonflés prêts à servir pour du vrai…

Son opinion, le cadet l’a tenue jusqu’au bout du bout, du tout.

Il est vrai que pour toute la famille, être rentré dans la résistance ou être resté neutre (il n’y avait que peu de héros finalement, sauf Robert Benoist (ICI)) était le mieux que l’on puisse faire. Mais il était seul contre tous. Peut-être que cela a été une vraie motivation. En tous cas il avait choisi son camp en étant sincère. Il y croyait. C’est ce qu’il a dit à sa mère avant d’être fusillé en 1944. A une époque tellement troublée qu’on ne sait pas qui avait tort ou raison.

Il y croyait vraiment, aux forces mauvaises des juifs, aux races inférieures, à l’horreur des francs maçons. Il le pensait vraiment que les allemands se battaient pour du pur. Il voyait vraiment les bolchéviques sur le sol français. Il oubliait tout simplement que des francs-maçons, il y en avait beaucoup dans la famille et qu’ils ne voulaient de mal à personne, sauf qu’ils ne lui ont pas, au moment crucial,  pardonné de trahir leur camp car rien n’est neutre dans les temps troublés. Tous les francs maçons de la famille se sont élevés contre lui, se sont révoltés contre une image fausse d’eux qu’il renvoyait. Juste comme ça, juste avec des attitudes, des négations bien montrées, sans rien de plus. Eviter de lui parler, faire celui qui ne l’a pas vu, pour ne pas répondre à une provocation, pour oublier de l’inviter à un anniversaire, une fête de famille.

Il oubliait et reniait tout, parce qu’il y croyait vraiment.  Il avait été avalé par la doctrine, subjugué par la grande Allemagne. Il revivait l’ancienne guerre à sa manière. Mais il y croyait et se sentait tellement seul chez les siens, qu’il a trouvé une autre famille.

Il n’a pas reculé devant ses vraies croyances. Disparaissant devant ses frères pour tout de même ne pas trop en savoir et ne rien avoir à dire, il a été un collabo actif, avant d’entrer dans la milice, sa vraie famille désormais,  avec au coeur, l’idée qu’il avait raison. Il y a cru jusqu’au bout.

Toute la famille, même ses frères, ont eu tout de même de l’admiration pour lui, jusqu’au bout. Parce qu’il s’était battu pour un idéal auquel il croyait. Pour la famille c’était important, même si tout le monde pensait qu’il se trompait, et qu’en se trompant, il avait approuvé trop d’horreurs qu’il appelait des erreurs.

Beaucoup de ses proches se sont détournés de lui. Pour aller le voir en prison, juste avant son exécution, il n’y a eu que sa mère (mais une mère reste une mère, et la résistance l’a laissée passer),  le benjamin qui pourtant s’était battu de l’autre côté du miroir, donc on l’a laissé passer également. Pour s’entendre dire : “tu t’es trompé”.

Et un oncle grand maître d’un ordre qui lui a tendu la main de la franc-maçonnerie en se refusant de juger, restant fidèle lui aussi à lui-même et à ses croyances profondes. L’aîné avait disparu avec sa canne dans “nuits et brouillards” pour revenir en 1945, mais tout le monde disait qu’il serait allé malgré tout voir son frère, la veille et le jour de son exécution. Il l’a confirmé en rentrant, fantôme survivant au bout du compte et au bout des erreurs de son frère.

Et celui qui croyait a répondu, fidèle en ses croyances : “non c’est vous qui vous trompez… Moi j’y croirai jusqu’au bout”.

“Pourquoi papa n’est-il pas venu ?, pourquoi ne m’a-t-il pas écrit ?”.

Le père, mutilé de 18, avait renié son fils, mais “faisait” comme s’il ne s’en rendait pas compte. L’a-t-il regretté ? nous ne le saurons jamais. Sans aucun doute a-t-il entendu de loin la salve, tueuse de la chair de sa chair et en a-t-il été anéanti. Car il n’était pas loin du lieu d’exécution en ce petit matin blême où celui qui croyait ou n’y croyait pas, a refusé qu’on lui bande les  yeux pour affronter ses bourreaux, tous ceux qui se trompaient…

Parce que le fils croyait, lui, qu’il avait raison et ne s’était pas battu inutilement… Qui peut accepter de s’être battu pour rien ? Qui meurt pour rien ?

Il y croyait, tout le monde s’en souvient. L’oncle grand maître a décrété que chaque opinion est valable quand elle se vit jusqu’au bout et qu’il n’y avait pas à renier le sang de son sang. Jamais il n’a dit quoi que ce soit contre le sang de son sang, contre une pensée réellement sincère, même si, nous l’avons compris bien après, cela avait dû lui peser.

Mais dans la famille, cette foi obstinée  faisait penser aux inquisiteurs de jadis. Eux aussi pensaient qu’ils avaient raison.

Où est la vérité ? Quand tout bascule autour de nous ?

Il n’avait pas de tombe, alors les franc-maçons de la famille honnis par lui, lui ont érigé un petit mémorial, quelque part dans la forêt, à un endroit que seuls ceux qui ont du coeur et connaissent l’histoire familiale peuvent retrouver.

Curieusement, ce mémorial n’est pas loin de l’endroit où Madeleine a choisi d’en finir.

Destinée ?

Il n’a pas su, le 8 mai 1945, qu’il faisait parti du camp des perdants, il s’était déjà anéanti dans la terre d’une fosse commune, avec toujours la foi chevillée au corps, la certitude d’être une victime… Alors que le monde d’après le 8 mai 1945 faisait de ses frères les vrais héros.

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps, d’avoir à choisir un camp.

Je sais que certains m’en voudront de rendre hommage à un homme qui avait tout faux et que d’autres en profiteront pour venir me dire que ce post rend enfin hommage à la vérité. Je les mets tous dans le même panier : allez voir ailleurs… Ce blog n’est pas politique mais juste le reflet de vies ordinaires…

Posté le 8 mai '09 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule. Pas de commentaire.

Et la solidarité, on s'asseoit dessus ?

13 janvier 2009. Journée un peu morose au boulot, date anniversaire pour ma collègue d’en face, du jour où elle a enterré son fils ainé qui n’avait eu que 16 années à vivre. Il pleut, il fait moche même si le froid s’éloigne un peu, et la voir se perdre de toute évidence dans ses souvenirs me fait un peu mal.

Il y a des journées comme celles-ci. A 17 H tout bâclé, je pars vers la maison, enfin mon appartement, mon immeuble, mon chez moi douillet pour moi.

La route privée de ma résidence, fait pour moi un U avant que je ne puisse me garer. Un petit rondpoint gère les déplacements et joue les ralentisseurs. J’ai une place privée. Puis, conception de l’immeuble oblige, il y a une marche à monter, puis un petit escalier à descendre pour rejoindre le hall. Cela a permis de mettre des appartements en rez de jardin et de ne pas sacrifier un appartement pour faire hall d’entrée (sauf que bien évidemment l’architecte a fait n’importe quoi en mettant une marche à monter et non pas une de moins à descendre, ne cherchez pas, ce sont les architectes…). Ne vous en foutez pas c’est important : le ralentisseur, et la topographie des lieux…

Donc à peine arrivée à hauteur de ma place pour me garer, je la vois. La vieille dame. Elle est assise sur la petite marche et il est clair pour moi qu’elle est tombée et n’arrive pas à se relever. Je fais ma manoeuvre rapidement : elle ne quitte pas ma voiture des yeux, et en me voyant en descendre, me fait un signe tremblant de la main.

Evidemment, je me dirige vers elle. Sa main droite saigne, elle a du sang plein le visage, elle tremble.

Oui elle est tombée, et n’arrive pas à se relever. 4 voitures sont passées sans s’arrêter dont une qui s’est garée un peu plus loin, de laquelle sont sortis 4 jeunes qui sont rentrés direct dans le hall d’à côté.  Il fait encore jour, on ne peut pas ne pas la voir. Elle a froid, elle a peur, elle ne pourra jamais se relever toute seule. Elle sert étroitement son sac et sa canne.

Aïe, elle pèse plus lourd qu’il n’y paraît. Je n’arriverai jamais à la relever toute seule. Je vais poser mon sac et mon parapluie dans l’entrée et elle crie “ne m’abandonnez pas”. Non je ne l’abandonne pas, je lui ai dit “je reviens”. Arrive un minot rescapé du collège, je le connais bien. Il s’arrête près de la dame et sur un signe de moi, la rassure. Non je ne l’ai pas abandonnée, elle n’est pas abandonnée, il reste à côté d’elle après m’avoir crié que son père n’est pas rentré, d’un air navré.

Des jeunes hommes valides (3 désormais) dans le hall, aucun n’est rentré. Je remonte le petit escalier, et j’essaye en la prenant à bras le corps, aidée du minot qui semble terrifié et affolé. C’est un poids mort qui tremble et là, passe une voiture sans s’arrêter.

Si mes yeux avaient été des pistolets je lui flinguais ses roues et sa carrosserie à ce connard. Il ne va pas me faire croire qu’il n’a pas vu une vieille dame assise sur la petite marche, les fesses dans l’eau, et moi et le minot essayant de la relever ? Si il me le fera croire si je le retrouve et il ne faut pas que je le retrouve, alors que 4 pneus c’est si vite dégonflés…

Et là, elle pleure, elle se voit mourant là de froid et d’injustice. J’épie les fenêtres et qui est chez lui. Miracle, le voisin du dernier étage s’il n’est pas de prime jeunesse, est un homme visiblement encore très bien portant. Je sonne chez lui et le voici qui arrive avec sa femme, tous les deux catastrophés.

Difficile à nous deux de relever la vieille dame et il y a l’escalier à descendre. Le minot toujours un peu pâlot prend la canne et le sac à main, et péniblement nous arrivons à la faire arriver dans le hall. Combien de pas hésitants et tremblants, d’arrêts ? Qu’importe.  A chaque marche c’est la peur de la chute pour elle et nous, l’impression qu’un brancard serait bien utile. Elle pèse combien cette dame ? 45 kg tout mouillé, mais c’est le poids mort. Dans le hall cela s’anime un peu. La femme du voisin est là, qui a averti une autre vieille dame qui a toute sa tête. Faut-il appeler les pompiers ? Non pas à notre avis. Elle s’est juste ouvert la main sur une arête coupante de marbre contre lequel tout le monde vocifère depuis 4 ans, et le sang sur le visage c’est quand elle s’est essuyé les yeux. Quand elle a pleuré.

Ma voisine la connaît bien, et se précipite pour aller prévenir les enfants qui sont proches et dont elle a les coordonnées. Elle a les coordonnées de tout le monde et Je la soupçonne d’avoir les numéros de portables des filles, dieu sait comment. Mais la dame ne peut pas rentrer toute seule chez elle, personne ne l’envisage. Hésitante et toujours tremblante, elle s’accroche à mon bras, et lâche le monsieur, qui s’assure qu’à nous deux cela ira.

Aller jusqu’à l’ascenseur, la faire entrer, récupérer son sac et sa canne. Puis ouvrir chez elle. C’est joli comme tout. Pas mon petit nid douillet, les meubles ce n’est pas trop mon style, mais les 5 pièces dans ma résidence sont terriblement bien conçus.

Je l’aide à déboutonner sa veste de fourrure, elle n’y arrive pas. Elle tremble tellement… Elle est bien mise et coquette et en moi chemine la question “et si ?”

“J’avais mis de la fourrure pour ne pas avoir froid. Je sais que ce n’est pas bien, mais que voulez-vous, cette veste me vient de ma mère…

Passe un temps réellement mort…

“J’ai Parkinson mademoiselle. Normalement je n’ai pas le droit de sortir, ce sont toujours mes enfants qui m’emmènent et m’accompagnent quand je le désire. Mais là, après cette neige et ce froid glacial, j’ai eu envie d’aller en ville toute seule, d’être autonome. J’ai réussi à aller boire une tasse de thé “chez Dorothée”, et je suis revenue doucement, j’étais contente”

“Mais j’ai Parkinson mademoiselle. Et on ne sait jamais quand ça reprend. Ma jambe a tremblé comme je voulais monter cette maudite petite marche et je suis tombée. Comme un bébé qui apprend à marcher, sauf qu’un enfant ça se relève tout seul mademoiselle. Et je suis restée là, toute seule, assise, à regarder les voitures passer alors que je leur faisais signe. Quand je vous ai vue vous garer, je n’avais qu’une peur : que vous passiez à côté de moi en faisant semblant de ne pas me voir”

Elle tremblait toujours “de froid” et pleurait à nouveau, contemplant sa main coupée avec étonnement. Elle m’a indiqué comment nous faire une bonne tasse de thé, je l’ai installée dans ce qu’elle m’a indiqué comme étant SON fauteuil et sur ses indications je suis allée chercher une compresse dans la salle de bain pour désinfecter une coupure nette et pas grave. Et une autre pour laver ce sang de ce visage, dont je voulais m’assurer qu’il n’était pas le résultat d’une blessure.

Et puis elle a bu sa bonne tasse de thé avec un plaisir évident, et moi la mienne pour ne pas la désobliger (au jasmin, berk…) en faisant comme tous les Parkinsoniens, en s’aidant de son autre main. Elle a un peu arrêté de trembler et m’a déclaré ne plus avoir froid mais qu’elle avait un châle dans sa chambre à tel endroit, que je suis allée lui chercher. Je n’ai pas voulu le lui mettre, (elle s’est parfaitement débrouillée toute seule) pour ne pas l’humilier d’avantage. Si elle n’avait pas réussi, bien sûr que je l’aurais enveloppée dedans…

J’étais ennuyée de la laisser seule, donc, ne voulais pas la laisser seule, mais apparemment les enfants sont vraiment disponibles pour leur mère. A peine le châle mis, sa fille débarquait, en alarme “maman !” et s’est confondue en excuses et remerciements à mon égard pour m’offrir une deuxième tasse de thé au jasmin…

Et moi je regardais l’appartement si bien arrangé, cette vieille dame avec toute sa tête et encore une bonne dose d’inconscience, et je me disais enfin : “et si… et si c’était moi ?”.

Oui peut-être qu’un jour ce serait moi, la vieille dame inconsciente, voulant se prouver qu’elle le peut. Et je serais condamnée à rester à terre jusqu’à ce qu’une âme charitable normale s’inquiète de moi ?

Quand je suis redescendue, dieu soit loué, il y avait des gens qui m’attendaient pour me demander des nouvelles. Mais bien sûr, eux, dans leur appartement, devant la TV, ils n’avaient rien pu voir ni entendre et cela je le comprends tout à fait. Ma voisine m’a donné les n° de tel des deux enfants au caz’où et j’ai pu rentrer chez moi, un peu glacée malgré le thé (au jasmin, berk).

Car les autres, ceux qui sont passés sans seulement ralentir, donnant au fil des minutes certainement longues vu le sang qui décorait la dalle de marbre, à cette dame des angoisses à n’en plus finir. Eux ? Qui sont-ils ?

La solidarité on s’asseoit dessus ? Chacun pour soi et dieu pour tous ? Dieu reconnaitra les siens ? Moi d’abord, moi jamais ? Qui est seul au monde ?

Une main tendue, de la gentillesse, de la compassion, savoir être rassurant, demander de l’aide, rester à l’écoute, aider surtout, n’est-ce pas la moindre des choses ? N’avons nous pas appris à nos enfants à se mettre “à la place des autres ?” et même  au travers e des animaux, quand, telle Sophie ils découpaient des mouches ?

Le connard aveugle dans sa BM qui m’est passé sous le nez, alors que le minot faisait signe, qui est-il ?

Comme le dis la chanson des enfoirés “aujourd’hui nos paupières et nos portes sont closes, les autres sont toujours, toujours en over dose”. Une vieille dame assise sur un trottoir, un soir de janvier pluvieux et encore froid, c’est vraiment l’over dose ?

Je suis rentrée chez moi triste pour elle, mais la conscience en paix… En moi s’insinue juste la peur, la vraie. “Et si ?”. J’ai réalisé après qu’elle m’avait tout le temps appelé “mademoiselle”. Pour elle je suis une demoiselle. Que serais-je dans 10 ou 20 ans ?

Posté le 14 janvier '09 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de gueule. 29 Commentaires.