Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'Chroniques d’une vie ordinaire'

In memoriam – 5 ans déjà…

Alaphilippe_Henri_cerceau_retouch_

Ce petit garçon souriant, c’est mon grand-père. Le papa de Mrs Bibelot, le lendemain de sa première coupe de cheveux.

On laissait pousser les cheveux des petits garçons à l’époque, aucune paire de ciseaux ne s’approchait d’eux et cela poussait… Et puis quand les 3 ans approchaient, maman commandait un petit costume de marin et un rendez-vous chez le coiffeur. On devenait un homme mon fils.

La famille avait de l’argent et c’est pourquoi j’ai beaucoup de photographies d’époque (où est passé la cassette nom d’un chien ???). Il y a donc la dernière photo du petit garçon en robe et à cheveux longs (des anglaises magnifiques), le passage chez le coiffeur non photographié, et la photo du lendemain prise avec le costume et les cheveux courts, en pleine méga indigestion du repas d’anniversaire.

Sauf que lui n’appréciait pas du tout ce nouveau costume qu’on lui avait fait essayer, et qu’il avait planqué dans la niche du chien après la coupe de cheveux, pour échapper à la séance “ne bougeons plus, le petit oiseau va sortir” qu’il s’était déjà farçie le matin avec ses anglaises et sa robe qui lui allait parfaitement pour courir partout.

C’était mon grand père. Sur cette photo sans qu’il le sache, il y a la grande guerre pour très bientôt, qui va changer son père et ravager la famille, il y a les cousins qui ne naitront pas, les frères et soeurs qu’il n’aura pas, les tantes à jamais célibataires, les veuves en noir pour toujours. Il y a Mrs Bibelot qui se pointera un beau jour, puis nous, ses petits enfants, puis ses arrières petits enfants. L’avenir est écrit et il ne le sait pas. Si son sourire est un peu crispé, c’est parce que sa mère lui a flanqué la première fessée de sa vie en découvrant le beau costume dans la niche. Ce n’est pas parce qu’il sait, parce qu’heureusement nous ne savons pas ce qui nous attend…

C’était mon grand père. Un homme passionné, de petite tolérance sur le plan politique, plein de savoir et d’intelligence, que j’ai apprécié assez tard. Fils unique, sans cousins/cousines, n’ayant eu qu’une fille, il avait du mal à supporter les hordes d’enfants, la horde commençant pour lui à 2. Quand nous étions tout petit, cela allait, après il nous redécouvrait vers 18 ans, passés les ricanements bêtes (l’âge bête quoi)..

Il avait vécu comme sa génération, beaucoup de choses difficiles, deux guerres mondiales, et en parlait facilement, pour peu qu’on lui en donne le loisir et qu’on lui pose les bonnes questions, en ayant passé l’adolescence qui l’insupportait… Il véhiculait les souvenirs des générations qui l’avaient précédé. C’était un passionné d’histoire, un homme érudit, un ours par certain côtés, qui ne s’est jamais remis de la défection de Mrs Morgan qu’il adorait. Ingénieur dans l’aéronautique, il me fascinait par sa capacité à reconnaître n’importe quel avion passant au dessus de sa maison, à n’importe quelle altitude. Je l’admirais pour sa grande connaissance qui est partie avec lui.

Aéronautique ou pas, sa vie pourtant a toujours été axée sur la nature. Son père garde chasse, il souhaitait devenir ingénieur des eaux et forêts mais pour son père ce n’était pas sortir de “sa condition” et pour lui faire plaisir, il avait dû choisir une autre voie. Il n’était pourtant jamais aussi heureux qu’en forêt, à nous montrer le pas de la biche, du cerf, du sanglier ou du chevreuil, ou à nous apprendre les arbres et les champignons. Il aimait aussi passionnément la chasse et a chassé jusqu’à l’âge de 85 ans, mais chacun a le droit d’avoir ses défauts. A 88 ans il m’a dit qu’il voulait me montrer “ses places” (à champignons) et nous avons erré toute une matinée dans cette forêt qui était la sienne. J’en garde un extraordinaire souvenir.

Son dicton à lui était “l’expérience des autres ne profite jamais”. Il ne donnait jamais de conseils donc, certain qu’on ne les suivrait pas. Il n’a faillit qu’une fois, après ma séparation avec Albert, alors que 4 mois après le fugueur semblait vouloir revenir. “Ma petite fille tu fais ce que tu veux, mais quand c’est terminé, c’est terminé, tu sais que je sais de quoi je parle”. Curieusement je l’ai écouté… Je savais de quoi il parlait et qu’il avait souffert une deuxième fois après un espoir vain. Son expérience m’a profité et il en a été ravi, triste pourtant de ma souffrance que je partageais un peu avec lui qui avait vécu la même.

Il nous aimait, mais détestait le montrer. J’ai vu sa partie faible à la naissance de Pulchérie, sa première arrière petite fille. Il était tellement heureux le samedi 19 décembre 1981, tenant sa première arrière petite fille dans ses bras, en ne voulant plus la confier à personne… Il est sur plein de photos, avec son sourire et sa joie. L’avenir était encore à lui.

Sa mère nous avait quittés à 96 ans, sa tante à presque 100, il avait l’étoffe des centenaires et la réserve qui allait avec. A 85 ans, il plaçait à la banque sur 15 ans avec optimisme…

Et heureusement qu’on ne sait pas. Oui il ne pouvait pas savoir ce 19 décembre 1981, en serrant Pulchérie dans ses bras, qu’il mourrait précisément là, dans cette maternité transformée en maison de retraite, un 13 décembre, 20 ans plus tard. Il ne savait pas qu’il serait enterré le jour même des 20 ans de Pulchérie. Nous non plus d’alleurs. La vie nous épargne de voir l’avenir, mais en regardant les photos de la naissance de ma grande puce, j’ai désormais le coeur qui se serre un peu, et les yeux qui pleurent beaucoup, je vois les signes que nous avons tous manqués, parce qu’on ne les comprend qu’après.

Il était taillé pour vivre 100 ans, c’est ce que le médecin m’a expliqué, quand je suis allée le voir, alors qu’on avait dû lui couper les deux jambes (parce qu’on sait mettre enceinte une femme de 50 ans, mais pas déboucher une artère chez une vieille personne !). Recroquevillé dans son lit, déjà absent et ne voulant plus vivre, ne répondant plus quand on lui parlait, dans une détresse absolue dont personne ne pouvait le sortir malgré l’amour que nous avions pour lui, refusant de se nourrir, souffrant sans mot dire pour ne pas faire de mal à sa fille, il avait à brûler toute l’énergie que la vie lui avait donnée jusqu’à 100 ans, encore 10 ans de vie à consumer. Il lui a fallu 6 mois. 6 mois à se laisser mourir de faim et de chagrin, devant nous, impuissants… 6 mois pour 10 années. Trop de souffrances pour lui… et révolte de notre part : pourquoi ? Pourquoi s’acharner sur le vital et refuser le comprimé rose “parce qu’il va s’habituer…” ? A 90 ans il pouvait devenir accro et peut-être avoir autre chose que de l’angoisse à vivre.

Maman aurait préféré qu’il lui fasse de la peine en lui confiant ses chagrins et sa douleur. Moi aussi d’ailleurs, nous tous. C’était de lui qu’il s’agissait et qu’importait notre chagrin à nous, nous n’avions pas besoin d’être épargnés. Mais quand il répondait encore, il prétendait toujours que tout allait bien, c’est à d’autres, un peu étrangers, qu’il confessait “c’est tellement dur”. C’est pour lui mais trop tard, que Mrs Bibelot a fondé une association d’accompagnement des vieilles personnes à domicile (pas vraiment au point, les mentalités bloquent). S’il avait sû qu’il pourrait rentrer chez lui, il serait toujours là, j’en suis certaine, mais à l’époque ce n’était pas possible et il ne voulait pas non plus vivre chez sa fille. Il voulait être chez lui et non pas dans la meilleure maison de retraite possible. Il voulait être libre et ne le pouvait plus.

J’ai envie de lui dire aujourd’hui qu’il me manque depuis 5 ans très exactement, que je l’aime toujours, et que je l’aimerai toujours. Que sa fille l’aime toujours et porte en elle le souvenir du jeune papa qu’il a été. Je voudrais lui dire que pour moi il est toujours celui qui sait, aussi grand que le chêne qui portait son nom et qu’il m’avait fait découvrir. J’espère qu’il est heureux là où il est, qu’il n’y a pas de souffrance, qu’il arpente des forêts merveilleuses et rentre le soir avec sa récolte de champignons pour nous nourrir tous. J’ai envie de lui dire que j’avais plein de questions à lui poser et qu’il m’a fait un sale coup en se faisant trahir par son corps. J’ai envie que l’on sache qu’il a existé et que tant que ceux qui l’ont connus vivront, il sera toujours vivant.

Et vous les jeunes et les moins jeunes qui avez la chance d’avoir encore vos grands parents ou des arrières grands parents, peut-être qu’ils déparlent un peu, peut-êre qu’ils vous saoûlent avec leurs souvenirs. Prenez des notes, écoutez les, parlez-leur. Quand ils seront partis, il sera trop tard. Et c’est terrible le trop tard. Ils portent mai 68 ou n’importe quoi d’autre, une époque que vous n’avez pas connue, quelque chose qui vous échappe. Ils portent une vie à eux seuls, qui mérite une écoute, un regard, une question.

Delphine voulait interroger son arrière grand-père sur la deuxième guerre mondiale. Comme tout le monde, elle pensait qu’elle avait le temps. Elle reste en rade de ses questions et lui de la joie de la voir arriver et de lui répondre. Moi aussi quelque part et Mrs Bibelot également. Nous pensions, comme lui, avoir le temps.

Mais le temps fait ce qu’il veut, et nous ne savons pas celui qui nous est imparti. Carpe Diem. Un jour vous regretterez les radotages de grand maman… Et vous ne savez pas si demain sera pour vous, un autre jour… 5 ans que je me dis régulièrement “je le lui demanderai, il doit savoir…”. Sauf qu’il n’est plus là… Et 5 ans, c’est long, et cela n’ira pas en s’arrangeant… Plus le temps passera, et plus il me manquera, alors que je me rapprocherai de plus en plus des âges où je l’ai connu.

La vie c’est aussi perdre en chemin ceux que l’on aime. Aimons les vraiment pendant qu’ils sont là.

Une sorcière pas drôle sur ce coup là, je sais, mais c’est comme ça… (vous n’êtes pas ici que pour rigoler)

Posté le 13 décembre '06 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.

Je me suis mariée… Part 2

Je_me_suis_mari_e_56801229L’avant veille du mariage (un jeudi soir donc), Albert et moi nous sommes couchés le plus tôt possible, cannés. J’avais des courbatures partout et pour la démarche de la mariée descendant les marches de la mairie je craignais le pire, d’autant que je n’avais pas “fait” mes chaussures.

Pour l’absence d’église il nous avait fallu être très fermes, les plus intolérants sur ce coup là étant les non pratiquants des deux familles, comme quoi il y a toujours des surprises

Le maire avait délégué ses pouvoirs à un de ses adjoints ami de papa qui était ravi de me marier m’ayant connue haute comme ça. Tout était prêt.

Sauf le bouquet de la mariée non commandé par Albert comme le découvrit Mrs Bibelot avec horreur le vendredi en fin d’après midi. Réquisition d’un ami fleuriste à Jean Poirotte qui se fit une joie de le préparer pour un tarif prohibitif (entre amis hein…). Mrs Bibelot refusa d’avancer le prix du nénuphar supérieur à celui du safran à Albert : ça porte malheur (et les perles donc, elle ne savait pas plus que moi). L’ouragan pointait : le mariage avait lieu le lendemain (détestant me lever de bonne heure, j’avais choisi 16 heures pour la Mairie et j’avais bien raison ! Le mariage, les photos, et hop ! tout le monde au vin d’honneur et au reste).

Albert partit régler le bouquet de la mariée en fin de soirée le vendredi en maudissant sa future belle mère (chacun son tour), alors que je lui avais demandé de faire des neuvaines pour qu’il ne pleuve pas le lendemain. Et c’est là que nous avons réalisé que nous n’avions pas préparé la table ! Qui, où, comment, avec qui ?.

Dessin solennel de la table en fer à cheval, fiches des invités à caser avec une vague inquiétude planant : où placer le furoncle (la mère d’Albert pour ceux qui n’ont pas tout suivi). Impossible de mettre la mère du marié sur un bout de table à la sortie des cuisines. Après discussion : on ne pouvait la mettre nulle part, sauf, en refaisant toute la table côté est et ouest, les mariés trônant plein nord avec leurs amis (nous avions punaisé nos papiers sur la table de Mrs Bibelot).

Finalement un arrangement fut trouvé, sans qu’Albert ne comprenne. La femme du remplaçant du maire était aussi bête et méchante que le furoncle, on décida de mettre les parents du marié en face de l’autre couple. Quelques couples à déplacer Est/Ouest pour éviter que l’ex soixante huitard ne s’entretue avec le stalinien zélé et à 23 H tout était bâché…

Nous avions déposé une liste de mariage aux galeries farfouillettes et recevions régulièrement des avis de cadeaux dûment choisis par nous. Certaines personnes manquaient à l’appel et nous avions peur avec raison, ces personnes là étant connues de tous pour leur goût délicieux… Le samedi matin la famille d’Albert débarqua et sa gentille grand mère (il en avait une méchante), m’intima l’ordre de me rendre chez mes parents, une mariée ne devant pas se préparer sous le même toit que le marié qui avait juste à se raser, enfiler son costume, après avoir regardé le match de rugby un jour où la France a gagné…

J’avais tout embarqué chez mes parents où ma tante vint me rejoindre pour la coiffure. Pour constater que j’ai vraiment le cheveux fin et raide (pour la répétition j’avais mis des bigoudis et elle avait trouvé un peu de texture, là elle dû sortir son fer à friser et frôler la dépression devant la capacité de mes cheveux à ne prendre que le faux pli, mais elle eut raison de tout). Coiffure aboutie, maquillage, habillage, bien entendu j’étais en retard. Je ne vous raconte même pas l’animation qui régnait dans le 5 pièces de mes parents avec plein de femmes en slips et les caquetages qui allaient avec (mon père et les hommes intelligents s’étant réfugiés chez moi devant le match avec le futur marié et ses beaux-frères).

Prête en retard comme il se doit, papa m’emmena après le départ de tout le monde, heureux comme tout, sauf que le garagiste lui avait réparé une aile froissée la semaine précédente en temps et en heure (pour le vendredi donc), en la repeignant de la mauvaise couleur. Je partis donc en voiture bicolore rejoindre tout le monde.

Ce qui est curieux c’est cette impression d’être absent de ce que l’on vit. Dire bonjour à tout le monde, embrasser tout le monde en évitant le rouge à lèvre de tante Hortense sur mes joues divines, entrée dans la mairie au bras de papa sans voir le bordel dans le cortège derrière, à découvrir sur le film la semaine suivante : c’est quoi ce travail, personne ne sait marcher au pas ?

A la question bête et rituelle répondre “oui” sobrement (et non pas comme une amie à moi “je ne suis pas venue ici pour dire non !”, le maire lui reposa la question…) Moi d’une petite voix, Albert avec détermination. Signatures. C’est fait nous sommes mariés et l’ami de papa fait son petit discours, vu qu’il m’a connue toute bébé, qu’il manque du monde qu’il salue au passage. Sachant que nous voulons un enfant pour très bientôt, nous signale que “ça commence par un tube digestif embouché d’un klaxon” et que dans 24 ans nous serons en train de pleurer parce que l’enfant chéri se marie…

Le vin d’honneur était très bien. C’est au cours de ce dernier que certains me firent la surprise du cadeau. Un vase marron avec des chiures de pigeon jaune/bleu/rouge (ayant coûté très cher en plus), un service de verres à vin avec écrit dessus “beuvez toujours ne mourrez jamais”, une nappe et les serviettes assorties brodés main, un service à porto que je n’ai jamais pu refourguer à personne même à 1 € dans une brocante, le tout à frémir d’horreur mais quand on est la mariée on fait au moins aussi bien que Lady Di… (seule meilleure amie avait des serviettes de toilettes super qui résistent toujours !)

Le repas fut très bien également, la table était super bien organisée et l’aile Est a vécu un grand moment lors de la rencontre du Furoncle et de la femme du remplaçant du maire (l’un d’eux déplora de ne pas avoir eu de magnéto pour enregistrer l’intégrale de leurs conneries). Le repas était excellent, nous avons bien bu, bien mangé et bien dansé (le seul couac fut la trombine des vacherins excellents mais pas du tout bien disposés).

Un de mes beau frères a réussi à faire croire à la femme du patron (ancienne hôtesse de l’air) qu’il était pilote de ligne, il engueulait sa femme parce quand son mari a bu une femme doit faire la tronche, et tante Hortense fit une valse avec un ami d’Albert qui l’avait sympathiquement invitée : elle était ravie.

Le furoncle tirait une tronche de cake après le repas pendant que tout le monde dansait et qu’il commençait à y avoir du laissé aller dans les tenues (j’ai un film, j’ai des preuves) : j’étais sa bru sa vie était foutue.

J’avais très peu bu et j’ai ramené Albert à l’hôtel où nous avions décidé de nous réfugier pour laisser notre appartement aux autres. Albert n’était pas franchement en état de conduire voyant les arbres tomber sur la route les uns après les autres + une soucoupe volante (c’est hallucinant le nombre de soucoupes volantes qu’il a pu voir certains soirs…). Pour arriver à la chambre il y avait un escalier à monter et j’ai renoncé à ce qu’il ne me prenne dans ses bras pour me faire franchir le seuil de la porte en nous tuant tous les deux.

Le lendemain mes parents avaient prévu un buffet froid. Dans mon souvenir, j’étais juste un peu fatiguée et tout le monde était en forme (RV chez mes parents prudents à 14 H pour les gens n’étant pas rentrés chez eux). Le dimanche s’est terminé tard. Pas autant que le mariage où le restaurateur nous avait viré à 4 heures avec diplomatie, mais tout de même, heureusement que nous avions trois jours pour nous en remettre.

Ce n’était pas le tout : nous étions mariés et nous avions un enfant à mettre en route ce qui représente une tâche écrasante à assumer (ne comptez pas sur moi pour vous donner des détails crapuleux). Le voyage de noce eut lieu plus tard, alors que j’étais enceinte de Pulchérie et la voiture pas du tout conforme à la photo…

Mais cela c’est une autre histoire que ce voyage de noce…

Posté le 16 novembre '06 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.

Je me suis mariée… Part 1

Je_me_suis_mari_e_1_871303_001Je me suis mariée. La première fois avec Albert qui m’avait demandé ma main (ce qui signifie que je me suis mariée une deuxième fois : vous avez gagné le droit de dévorer un pot de nutella et je vous le redis : quelle idée de se REmarier)

Quand nous nous sommes rencontrés, nous étions l’un et l’autre contre le mariage. Assez curieusement les hommes ne semblent apprécier que moyennement qu’une femme soit contre le mariage. Pour eux, on veut forcément les emmener à la mairie et ils développent tout un tas d’arguments contre, qu’ils se gardent pour eux avec dépit quand on leur précise “moi aussi je ne tiens pas à me marier”.

Pour eux forcément c’est louche (elle veut pouvoir me tromper à qui mieux mieux), vu qu’on rêve depuis que l’on est toute petite de se déguiser en meringue, mettre un voile sur la tête, et prendre l’air innocent et rougissant devant monsieur le maire et monsieur le curé alors que l’on concubine depuis déjà 2 ans… (pour certaines ce n’est pas faux, le fantasme de la tenue de “mariée” reste très fortement incrusté).

Donc Albert me demanda ma main, (après une crise au cours de laquelle j’avais failli rentrer chez ma mère), au grand désarroi de sa famille qui me détestait (et à ma grande surprise, je ne m’y attendais pas, à ce qu’il me demande ma main). J’ai dit “oui” justement parce qu’ils me détestaient (pas tous, mais bon ses parents, une de ses soeurs et donc son mari) et que d’un côté il leur prouvait qu’ils n’avaient qu’à la boucler. De plus nous avions en tête d’avoir un enfant et à l’époque cela me chagrinait que ma fille puisse porter un autre nom que moi (maintenant le problème est théoriquement résolu, mais les pères pas du tout d’accords pour que l’enfant prenne le nom de sa mère) (et oui, je voulais une fille) (et oui le problème est résolu, vu le divorce mes filles ne portent pas le même nom que moi !!!).

Préparer un mariage relève du parcours du combattant. Il faut déjà définir une date. Apprenant nos intentions matrimoniales, sa soeur (la pas gentille du tout d’Albert), décida de se remarier en novembre 1980, nous coupant l’herbe sous le pied. Nous n’allions pas faire cela en décembre juste avant les fêtes, ni juste après, février ce n’était pas possible fait trop froid, et nous avons donc arrêté le second samedi de mars.

La date arrêtée : prévoir les faire parts en n’oubliant personne. Constater qu’inviter tout le monde est impossible vu le budget. Dans mon cas papa payait pour toute la famille (donc pour moi pas de problèmes), mais les parents d’Albert l’avaient restreint. Obligation de faire des coupes sombres dans la famille d’Albert, et d’éliminer ses cousines et leurs maris (de ma faute bien entendu, c’est ce qu’on leur a fait croire) plus tout un tas de gens qu’il ne voyait jamais. L’incident diplomatique se profila immédiatement vu qu’une taupe (je me demande bien qui cela pouvait être), informa les cousines et les autres que si leur cousin (ou autre) ne pouvait pas les inviter, il invitait tout de même ses meilleurs amis et que c’était dû à ma néfaste influence.

Les faire parts envoyés, restaient : à trouver une salle ou un restaurant, un traiteur, une toilette pour la mariée, organiser l’hébergement de la famille de province (quelle idée aussi d’habiter en province). Avec Albert nous avions en plus eu la bonne idée de programmer un déménagement le week end précédant le mariage…

Pour la toilette, Mrs Morgan qui me rêvait en meringue, se proposa à me la payer avec THE budget. Menace de rupture avec Albert qui voulait bien que je sois en blanc, mais pas dans une robe de mariée (le salaud !). Fleur bleue, bavant devant les meringues, j’allais choisir avec lui (les filles ne faites jamais ça, c’est votre jour) à reculons une robe plutôt jolie mais qui ne faisait pas du tout robe de mariée (en fait c’était tunique grecque), avec Albert donnant son avis et aux vendeuses qui sentaient que l’heure était grave l’envie de le trucider.

Trop tard la robe était achetée sur ses instances. Me restait du budget de quoi craquer seule dans une boutique rue de Rennes pour une robe crème 1900 très mignonne en louchant sur les mêmes un peu plus sophistiquées en soie ou taffetas, de vraies merveilles, en me maudissant d’avoir demandé son avis à Albert… Achat de la seconde robe donc, et je déclarais au futur mari qui n’avait qu’un mot à dire pour cesser de l’être (le futur) que l’autre me servirait de robe de lendemain de noce car je venais de relire “autant en emporte le vent”. Pour se venger, Albert loua un costume 1900 dans lequel il était très bien, à condition qu’il évite de mettre le chapeau (trop petit). D’un autre côté pour aller avec le costume son grand père maternel lui céda la montre à gousset en or de la famille et Albert regretta la robe de mariée 1900 en soie ou taffetas qui lui aurait permis d’avoir la chaîne en or avec, et la rupture pointa son nez une fois de plus…

Papa avait de l’argent devant lui, il m’offrit en plus une veste en mouton rasé (j’ai dis mars) ainsi qu’un renard à Mrs Bibelot (hou la vilaine, mais à l’époque ça se faisait). J’ignorais l’adage “qui perle en mariage portera tout à loisir pleurera” et acceptais les boucles d’oreilles en perles que m’offrit ma mère pour le grand jour (je peux affirmer que l’adage est totalement 200 % exact, voir outre moi : Marie Antoinette et l’impératrice Eugénie, et certainement la reine Margot et d’autres, mais je n’ai pas pu vérifier).

Il fallait régler le problème des parents de Mrs Bibelot divorcés, mon grand père refusant de rencontrer Mrs Morgan sous quelque prétexte que ce soit… Un compromis fut trouvé : il serait mon témoin et assisterait au vin d’honneur, elle nous rejoindrait pour le dîner et la soirée. Ceci après 122 coups de téléphone et une menace de ma mère de démissionner et de partir cultiver du chou en Finlande (pourquoi du chou et en Finlande ? le mystère reste à ce jour entier).

Mes parents, Albert et moi avons fait tous les restaurants du secteur dès le 1er décembre 1980 et essayé des traiteurs multiples, pour découvrir la perle rare (un restaurant) au bord de l’indigestion et le porte feuille sacrément dégonflé contrairement à notre foie. Le restaurant fut retenu pour le vin d’honneur et le dîner + la soirée, vu qu’il avait l’autorisation de 4 heures du mat par les autorités (clause importante après digestion).

Restait à se battre pour se mettre d’accord sur le menu, avec une mariée qui n’aime toujours pas la viande rouge (moi, oui, je sais, je suis une chieuse). Les tractations furent affreuses : il y eu viande et poisson en plus de l’entrée. Albert et moi détestions la pièce montée et pour une fois d’accords, imposâmes des vacherins dont le restaurateur, apparement habitué aux engueulades concernant le menu certifia mensongèrement qu’ils seraient disposés en pièce montée.

Restait à loger tout le monde. Chez nous de préférence, ce qui fit que le déménagement eut lieu sur les chapeaux de roues car nous ne pouvions pas faire dormir la famille d’Albert dans des cartons (déjà que j’avais tous les défauts).

Il fallait que je sois coiffée ce jour là. Test fait chez un coiffeur qui me loupa comme pas possible, et eut l’audace de me présenter la note après m’avoir transformée en coker trempé. Je rentrais en larmes à la maison en voulant tout annuler. Tatie coiffeuse se proposa gentiment et la répétition coiffure eut lieu le WE précédant le déménagement. Le chignon 1900 était au point, le restaurant retenu, les cartons étaient tous déballés le mercredi précédant le mariage.

Tout était OK, prêt pour le grand jour… (Part 2) les deux futurs mariés étant sur les rotules…

Posté le 15 novembre '06 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.

Moi et le téléphone (déjà)…

Je_t_l_phone_53328817J’avais une chance inouie : mes parents avaient le téléphone. Il faut dire que Jean Poirotte s’était mis à son compte et qu’il attendait les appels de clients potentiels. Sinon les médecins et les riches étaient les seuls à l’avoir (le téléphone).

Pendant longtemps mes parents furent les seuls à posséder un combiné dans tout l’immeuble. Celà nous posait un peu et permettait à mes copines de me traiter de crâneuse (même pas vrai, je trouvais cela normal, mais cela leur faisait plaisir). En cas de problèmes médicaux graves en pleine nuit, les voisins venaient timidement sonner chez nous pour que l’on appelle le médecin d’urgence.

C’était un téléphone noir qui sonnait pire que l’alerte des pompiers le jeudi à midi pile. Oui en cette époque préhistorique, c’était le jeudi le jour sans école. A la naissance de la dernière, maman fut obligée de cerner la sonnerie avec des coussins pour éviter que BB ve soit réveillé en sursaut et en hurlant de terreur (justifiée) par la sonnerie DRIIIIIIINNNNNNNGGG !

Quand je fis connaissance avec meilleure amie à l’âge de 12 ans (donc on se fréquente depuis 36 ans), le téléphone se répandait petit à petit. Ses parents avaient également le téléphone + la télévision, mes parents eux étant réfractaires à l’unique chaîne.

Bien évidemment, une fois rentrée à la maison en bus ou en vélo, je n’avais qu’une idée en tête : appeler meilleure amie pour lui raconter la dernière du jour, alors que l’on s’était quittées une demie heure plus tôt.

A l’injonction “raccroche, ton père attend un appel et va faire tes devoirs”, je boudais un peu, histoire d’exister, et m’éxécutais en silence tout de même.

Le temps passant je me mis à ramper sur le dalami et à faire la chandelle en parlant “codé/parents pas compris” pendant des heures avec meilleure amie. Tout cela pour ne rien dire. Enfin si c’était très important. Il faut dire que sa mère à elle travaillait (était donc absente pendant le coup de fil),  que meilleure amie était tombée amoureuse de son voisin de pallier (qu’elle a épousé et qui lui a fait 4 enfants, ils sont toujours ensemble merci). Elle l’avait croisé en rentrant du lycée et devait urgemment m’avertir de la nouvelle du jour.

  • Il m’a dit bonjour que dois-je penser ?

  • Il m’a regardée que dois-je penser ?

  • Il m’a ignorée que dois-je penser ?

  • Il m’a sourit que dois-je penser ?

Tout ceci pendant que cet innocent mangeait des chips en regardant la 1 ou la 2, vu qu’il n’y avait pas d’autre chaînes (l’arrivée de la 3ème chaîne fut émouvante pour tous).

Je passe sur les coups de fil idiots (il y en a eu très peu, si si… j’insiste). Genre “j’ai fait du thé très fort, c’est super pour teinter les jambes !” “La tomate c’est génial contre les points noirs” “qu’est-ce que je fais demain matin, je fais semblant d’avoir crevé ? pour voir s’il me porte secours ? (roue dégonflée à juste regonfler à coup de pompe à vélo, ancêtre de la bombe anti crevaison)

Au bout de deux heures, maman m’intimait l’ordre de raccrocher “ton père cherche peut-être à nous joindre” (argument bidon et suprême, mon père a toujours détesté le téléphone, comme Albert).

Ces mères quelle plaie ! La vie n’était déjà qu’un long calvaire… voir là

Posté le 3 novembre '06 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.

Quand que j'étais petite…

Et_moi_dans_tout__a_tlp753093Et moi dans cette famille, qui suis-je en dehors de la mère de filles un peu originales et délurées ? Ex femme de ? Fille de ? Petite fille de ? Amie de ? Secrétaire dans une PME ? Et mon MOI ? Il devient quoi ?

Je suis née en 1958. Ce n’était plus tout à fait le baby boom, mais c’était juste 13 ans après la dernière guerre mondiale qui rôdait encore.

En 1968 quand le raz de marée de la révolution passat sur la France, mes parents furent imperméables aux diktats issus de la flambée soixante huitarde, pour un temps. J’avais déjà 10 ans et eux le temps de s’adapter jusqu’à l’adolescence… (ce qu’ils firent contraints et forcés et pourtant nous les jeunes de 10 ans en 1968 étions très moyennement révoltés. D’accord nos aînés étaient passés là, mais ils nous semblaient un peu martiens…)

Mes parents étaient modernes pour leur époque mais tout de même il y avait certaines limites à ne pas franchir. En mai 68 j’étais simple écolière se préparant à entrer au collège que l’on appelait “lycée” en souvenir de l’époque où il fallait passer un examen pour rentrer en sixième.

Aucune mère n’aurait mis de pantalon à sa fille pour aller à l’école, même si comme la mienne, elle avait défié ses propres parents en portant “des jeans” noirs de préférence et bien serrés, ou bien des shorts ras du cul à faire frémir son arrière grand mère (ce qu’elle ne manquait pas de faire). On mettait des jupes et de grosses chaussettes et la preuve est faite qu’on ne s’enrhumme pas pour cause de jambes mal couvertes. Au pire on mettait un collant en laine. Par moins 10° la mère pouvait se résigner à nous mettre un pantalon par dessus le collant et à nous voir expulsées de la classe. Dans le cas contraire, les autres filles, cuisses gelées nous tournaient autour pendant la récréation en criant “oh le garçon, oh le garçon”. La honte. On signifiait donc à maman que le pantalon c’était hors de question. Sauf qu’on n’avait pas trop le choix.

Personne ne nous demandait notre avis sur notre habillement. On s’habillait comme maman l’avait décidé et sans aucune idée de la ramener même si on trouvait la tenue tarte. Idem on donnait peu notre avis pendant les achats et on nous le demandait rarement, sauf les grand mères gâteaux. Celles qui s’habillaient à leur gré “tournaient mal”. La blouse fut obligatoire, jusqu’en mai 68 où elle fut abolie des écoles, collèges et lycées (j’y coupais donc en entrant en sixième avec un an d’avance, perdue dans ce collège mixte et maudissant cette foutue avance qui m’avait fait perdre toutes mes copines). C’était pourtant un truc bien pratique, qui évitait de tacher ses vêtements d’encre (et qui mettait tout le monde sur le même plan social). Pas le choix de toutes manières quand elle était de rigueur : pas de blouse = expulsion : c’est beau la liberté !

Pour apprendre à écrire c’était : porte plumes avec plumes multiples suivant les écritures demandées par la maitresse (pour les filles séparées des garçons en primaire, qui eux avaient des maîtres.  – Complètement débile d’ailleurs parce que la maternelle était déjà mixte). Donc encriers à remplir et écriture soignée (et parfois éclaboussures). Le stylo plume était toléré (avec réprobation) à partir de la 6ème et le bic interdit formellement sous peine de galères ou de terminer sur l’échafaud qui fonctionnait toujours. Le feutre ne devait pas exister : je n’ai pas souvenir qu’il ait été interdit, c’est un signe (engin du diable)…

Nos mères n’ayant pas de lave linge mais se coltinant tout à la lessiveuse, la blouse permettait de protéger les vêtements de jets d’encre ou de taches de confiture. Le goûter se résumait en effet à tartines de confiture (généralement sans beurre qui fait couler la confiture en imperméabilisant le pain), tartines de fromage ou de saindoux salé (le premier(ère) qui se fait une tartine de saindoux salé pour goûter aura droit à une chanson de Dorothée….) C’était délicieux. J’ai vu l’apparition du choco BN que ma mère méprisait (dépense inutile quand on peut faire pain + un barre de chocolat noir). Pour le petit déjeuner c’était café au lait, ou quand les parents y étaient opposés comme les miens car maman était en avance sur son temps et très diététique, du babania qu’il fallait cuire. Nos mères se sont ruées sur le Nesquik instantané à son arrivée, je me suis ruée sur le retour du banania à l’ancienne quand il est revenu…

Les réfrigérateurs étaient rares (on commençait à dire “frigo” rapport au frigidaire qui est une marque). Les courses étaient faites tous les jours et on faisait bouillir le lait scrupuleusement. La télévision était quasi introuvable, (en noir et blanc avec une seule chaîne), les téléphones encore plus. Si papa avait une voiture il avait toute la place pour se garer, et en dévalant la route en patins à roulettes qui sciaient les chevilles avec leurs courroies, on pestait contre ces maudites voitures… Car on jouait beaucoup dehors (maman souriait et appelait cela “le sirop de la rue” cette attirance que nous avions pour le “dehors”), dès qu’il faisait beau. Sinon on lisait. Bibliothèque rose, puis verte, puis rouge et or, rouge et or Dauphine… Nos parents vérifiaient que c’était “de notre âge” et se coltinaient nos futures lectures. Sinon ils nous sélectionnaient de leurs vieux livres à eux, bibliothèque verte de l’époque qui vaut une fortune aujourdh’ui.

Les enfants étaient tous propres à 18 mois maxi (ils n’avaient pas de problèmes à maîtriser leurs sphincters comme maintenant). Quand on lave des couches en tissu à la main ou à la lessiveuse, cela motive pour que l’enfant soit propre. La maman travaillait rarement et s’occupait de sa marmaille (la contraception ne fut légalisée qu’en 1969 et eut du mal à percer), qui dépassait généralement 2 enfants sans que cela ne choque personne.

L’instituteur avait parole d’évangile. Rentrer avec une mention en rouge dans la marge d’un cahier, c’était s’exposer aux foudres paternelles ou maternelles, voire avec de la chance comme moi, les deux. Et les parents de mauvais élèves se rendaient tête basse affronter le maître ou la maîtresse. Dans les petits village l’instituteur était d’ailleurs automatiquement secrétaire de mairie ce qui posait un homme ou une femme.

Le feutre n’existait donc pas (là je remonte avant l’âge de pierre). On faisait des fresques murales avec des crayons de couleur (ben oui on faisait aussi des bêtises).

Et quand on arrivait à un certain âge, maman acceptait à contrecoeur que l’on troque couettes et nattes pour la queue de cheval des “grandes” et nous achetait la gabardine de rigueur. Tout le monde savait que l’on rentrait dans le monde des grands, bien surveillées tout de même par les parents… Allaient se pointer bientôt les mâles du secteur en pleine mue que papa appelait “les chiens qui vont venir pisser devant ma porte”, (mon grand père préconisant la sortie d’un parapluie rouge pour les éloigner, ce qu’il regrettait visiblement de ne pas avoir fait (non pas qu’il ait des regrets, mais maman l’avait fait grand père un peu jeune, avec l’aide de papa, totalement désintéressée, s’entend…))…

A nous la belle vieQu’on étaient belles avec nos gabardines et nos queues de cheval de grandes ! Toute la vie devant nous, et que des espoirs !
(la fille de droite avait du bol : la frange c’était “mauvais genre”)

Posté le 14 octobre '06 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.

MAI 1968

Mai__1968Sur la photo “Dany le rouge” narguant les forces de police en mai 68. Le même se réfugia un jour, il y a peu finalement, derrière les mêmes… comme quoi… (je ne suis pas là pour faire de la politique, ça me gave, mais je pense ce que je veux de ce monsieur qui a renié son symbole en se réfugiant derrière des casques et boucliers)

J’avais juste 10 ans (je suis du 9 mai, youplà boum, et tout le monde sait mon âge maintenant, pour ceux qui n’auraient pas suivi !) quand la France vit déferler cette horde d’étudiants (au départ), contestataires donc pas d’accord et c’était un scandale pour beaucoup qu’ils ne fussent pas d’accord. Ils allaient en entraîner d’autres car quand on est étudiant on réfléchit et on peut imposer sa réflexion à d’autres :  ce qui était scandaleux également : si l’ouvrier ne reste pas chez lui à se morfondre sur son sort en silence, où va-t-on ? S’il se met à penser c’est Zola et Zola contre la dépression on fait mieux (si vous êtes tristes sans savoir pourquoi, lire “l’assommoir” ou “germinal” vous saurez pourquoi après)

Et ce fut la panne d’essence, la panne des sens, la bouderie du Général, les grèves en tout genre (ma science politique s’arrêtera là, je ne suis pas là pour vous gaver non plus,  vous pouvez très vous débrouiller tout seul pour plonger dans mai 68, ce qui ne veut pas dire que je suis inculte)

J’avais 10 ans et mes souvenirs sont assez particuliers. Je devrais vous faire du politiquement correct et très sérieux et c’est raté !

Ben oui. J’avais 10 ans et à cette époque là les enfants n’étaient pas informés comme maintenant… Je voyais ma vie bousculée par les disputes papa/maman (vont-ils divorcer, angoisse atroce, quand je pense que mes filles ont vécu cela…). Parce qu’à l’école on ne parlait pas des “évènements”, je n’avais que les discussions parentales et familiales pour suivre les dits évènements et n’y rien comprendre. Donc pour moi mai 68 c’est surtout la pénurie d’essence, et les grèves tournantes de l’EDF qui nous amusaient fort nous les enfants parce que nous dînions à la bougie.

Mrs Bibelot toujours pratique, déclarait haut, fort et clair qu’il était inadmissible que l’on ne trouve pas d’essence pour rallier la campagne  (dont je vais vous saouler bientôt) chez son papa et sa grand mère.

Jean Poirotte restait philosophe tout en cherchant de l’essence 3 bidons sous chaque bras. Ben, si les jeunes ne contestent pas, qui le fera ? Je prenais note, assise à l’arrière de la voiture en flanquant des coups de pied à mon frère et ma soeur pour qu’ils me laissent de la place. Ma contestation était contestée dès que ces derniers se mettaient à meugler, et la menace “Coraline tu vas te prendre une claque” était  écoutée (car généralement suivie d’effet)

Pendant ce temps là, les parent frôlaient le divorce : “Et mon père a fait 36″ !” “et le mien aussi et plus que le tien d’abord je te ferais dire”,  “d’ailleurs TON père n’a pas 5 ans de stalag derrière lui” “et alors le mien combattait Rommel en Afrique pendant que ton père se reposait en Allemagne je te ferais dire aussi” “oui un planqué !” “en tous cas mon père ne s’est pas fait prendre sur une plage de Normandie en juin 40″ (évidemment il cherchait de l’eau dans le Sahara, avec tout le pétrole qu’il y a) “c’est quoi ces allusions à mon père sur les plages normandes ?”. Et gnagnagna et gnagnagna, et ça se disputait dur à la station service qui délivrait 5 litres et pas plus. C’était dur côté parental. J’avais entendu qu’il était “interdit d’interdire” et j’attendais le jour où ce merveilleux principe serait mis en application.

Tout le monde arrivé à bon port à la campagne avec 5 L d’essence (on revient comment ?) les discussions reprenaient avec du renfort de chaque côté. Mon arrière grand mère qui avait vécu les deux grandes guerres avait fait des réserves de sucre, de farine et d’huile qu’elle nous rationnait en prévision d’un avenir incertain et qui encombraient les chambres. Elle était très inquiète des bouderies du Général qui avait sauvé la France fallait pas l’oublier et était suspendue à la radio qui n’était qu’une TSF à l’époque. Mon grand père avait dégotté de l’essence sans vouloir dire où, et rétorquait à sa fille que faire intervenir l’armée n’était pas envisageable sous peine de voir la France en pleine guerre civile, et à sa mère de lui foutre la paix avec son Général. Les repas étaient animés quoique la nourriture soit restreinte.

Je lisais le journal évidemment, en douce, et j’appris l’existence des gaz lacrymogènes. Cela permit à mon autre grand père venu à la campagne en train, de me faire un cour sur le gaz hilarant qu’il avait bien connu en Allemagne et de me préciser que ce n’était pas drôle du tout, évitant ainsi diaboliquement de répondre à mes questions sur ce qu’il pouvait bien se passer. Sa femme tirait la tronche suite à un graffiti anonyme vu à la Sorbonne “si Dieu existe c’est son problème” car elle était très pratiquante et cela agaçait mon père qui soutenait les étudiants. Il citait François Villon qui contestait déjà à cette époque là, et pour éviter lui aussi de répondre à mes questions m’autorisa à me plonger dans François Villon et juste après dans Jules Verne zut alors !

Bref mai 68 j’en garde un super souvenir et j’ai compris bien plus tard. C’était marrant tous ces adultes se racontant des histoires et se criant dessus. C’était dommage pour moi de n’avoir pas 10 ans de plus, car j’aurais bien bravé les parents et les flics en dépavant une rue quelconque de Paris si j’avais été étudiante…

La rentrée de septembre me trouva en 6ème où pour la première année scolaire de ma vie, la blouse n’était plus obligatoire, et donc ils étaient bien sympas ces étudiants qui avaient ruiné les locaux où je débarquais…

Posté le 23 septembre '06 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.