Delphine au supermarché avec maman…

Dès sa naissance, Delphine a été branchée bouffe, la survie de l’espèce passant par elle.

Il est très agréable d’avoir une enfant qui mange sans problème, est curieuse de tout « je peux goûter maman ? » « mais oui ma chérie » « oh, c’est bon le boudin », et qui vide son assiette après avoir terminé celle de sa soeur.

J’allais faire mon plein le vendredi midi à Carrouf. C’était le jour des stands de dégustation et Delphine n’était pas bien haute, vu qu’elle n’allait pas encore à l’école maternelle. Je ne l’asseyais pas dans le caddy, elle ne risquait pas de me perdre de vue, n’essayant pas de se perdre (comme sa soeur). Elle déambulait donc à son aise dans le magasin, moi à portée de vue.

Pour elle, ces stands de dégustation étaient une aubaine, et il m’a fallu du temps pour comprendre qu’en rentrant, il était inutile de la faire déjeuner : c’était fait.

Je revois mon petit bout de bonne femme, dans sa robe préférée, repérant les stands intéressants : fromage, charcuterie, terrines. Elle était trop petite pour être vue de la présentatrice qui voyait ses canapés fondre comme neige au soleil… Devant le stand, ma Delphine, sa petite main attrapant le canapé, puis un autre, puis un autre… Jusqu’au jour où elle a été prise en flagrant délit au stand « fromages ».

La dame voyait bien que ses canapés disparaissaient, mais, elle ne voyait personne. Jusqu’au moment où elle a vu une petite main attraper « hop là », un morceau de reblochon. Elle s’est penchée, a découvert ma fille en train de boulotter, avec son air grave et souriant à la fois, juste en dessous de la ligne d’horizon de la table de dégustation.

  • Ah c’est toi petite biquette ? qui pille mes fromages tous les vendredi ? » ?
  • Vi !
  • Et tu veux quoi ma poussinette ?
  • Du Babert !
  • Tiens, voilà une jolie part de camembert ma biquette… Dieu qu’elle est mignonne votre puce madame. C’était tellement adorable, cette petite main que j’ai vue tout à coup. (j’espère que vous avez les larmes aux yeux au moins…)

La même main qu’au stand charcuterie vers lequel elle se dirigeait, en habituée, elle connaissait par coeur le parcours de dégustation. N’y a jamais été prise d’ailleurs. Les rillettes, saucissons, saucisses sèches, jambons crus, y disparaissaient mystérieusement… Avec la complicité certainement avouée de la dame aux fromages juste à côté. Car on ne m’ôtera jamais de l’idée que la dame du stand charcuterie déposait le « à déguster », volontairement à portée de ma puce…

Elle extorquait un fruit un peu tapé au rayon fruits et légumes et rentrait à la maison pour aller digérer en faisant sa sieste…

Championne du monde dans le style. Manquant être battue par son cousin, 15 ans plus tard, qui savait très bien dire, quand ma soeur s’arrêtait au stand charcuterie

« moi je l’aime bien le petit sisson ».

Et il repartait avec quoi le chiard ? Avec deux tranches de saucisson, deux de mortadelle et deux d’andouille. Personne ne pouvait résister devant ses yeux innocents de celui qui aime le saucisson, et c’est les larmes aux yeux (tout de même) que les gérantes du stand charcuterie/viande fraiche, le voyaient partir, l’air innocent en boulottant son butin…

Jusqu’au jour où il a tout gerbé sur la caissière, à cause d’une peau mal venue. Delphine sort donc, tête haute, du concours…

Comment aimer les bandes d’ados…

Fille_et_bricolageJ’ai loupé cela avec les filles, et je l’ai regretté longtemps. Car j’ai connu au moins trois mères vachement fortiches pour faire trimer leur marmaille. Je ne sais pas comment elles faisaient, mais le fait était là.

Moi je n’avais pas le truc. Sinon vous pensez bien que j’aurais fait refaire papiers, peintures, moquettes, etc, en ayant juste à acheter le nécessaire et en montrant comment procéder.

Déjà, les faire participer aux bêtes tâches ménagères me pompait mon énergie, alors pour le reste… Jugez plutôt…

En premier lieu ces trois femmes étaient migraineuses de nature. Pas la vraie migraine. Le mal de tête qui permet de vivre, mais allongée sur le canapé sans trop de bruit autour sauf celui de la TV. Celle qui nécessite que les enfants restent à proximité pour apporter le verre d’eau, le paquet de gâteaux. Cela m’a toujours scotchée le « je ne peux pas sortir, maman a mal à la tête, il faut qu’on reste ». J’ai fait deux migraines dans ma vie : couchée dans le noir, et foutez moi tous la paix en me laissant mourir tranquille.

Donc un bon coup de migraine qui ne les empêchait pas de faire une liste pour les deux ou trois adolescentes. Du genre :

  • Faire la salle de bain à fond avant de la repeindre, les pots sont dans la salle de bain
  • Faire la cuisine à fond avant d’y mettre un coup de peinture, les pots sont dans la remise et les pinceaux également
  • Lessiver les toilettes et y mettre un coup de peinture, gnagnagna
  • Passer l’escalier au papier de verre et vernir une marche sur deux deux jours de suite, faut tout de même pouvoir monter se coucher
  • Repeindre les étagères de l’entrée en mauve
  • Tondre la pelouse
  • Ranger la remise

Ca, ça occupe les vacances à l’époque de Pâques, ou je ne m’y connais pas.

Mais les mères indignes avaient bien raison. Les filles, résignées (ça existe), obtempéraient sans moufter, ça laisse rêveuse. Je pense que si j’avais accroché une liste dans le même genre, j’aurais retrouvé Pulchérie et Delphine réfugiées chez leurs grands parents avec un quart de pomme et un croûton de pain (faut suivre).

C’est là que « la bande de jeunes » entre en scène. La mère n’a plus mal à la tête pour signifier à la bande qui vient chercher ses filles « pour sortir » officiellement, « pour traîner un coup » officieusement, que non, Maria, Mélusine et Stéphanie ne peuvent pas sortir tant qu’elles n’auront pas terminé de peindre la salle de bain.

Et là, qu’est-ce qu’elle fait la bande de jeune, à elle toute seule ? Elle ne va pas se fendre la gueule. Les garçons retroussent leurs manches : à eux 6 ils vont torcher la salle de bain correctement en deux temps et trois mouvements. Donc les filles peuvent sortir. Aujourd’hui tout au moins.

Ils se farciront tout le reste, en piétinant parce qu’il n’y a qu’une tondeuse.

Les grandes vacances étaient l’occasion d’avoir mal à la tête tous les jours, parce que la chaleur c’est pervers, mais également et c’est un must, de faire entièrement refaire la maison du grenier à la cave.

Moi je dis « chapeau ». Si quelqu’un réussit cet exploit de nos jours, mais les migraineux tyranniques doivent bien toujours exister, qu’il me donne son truc, même s’il est trop tard pour moi…

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

Delphine et la fleur à Horloge…

Depuis qu’elle était petite, Delphine savait que la fleur maudite qui poussait n’importe où, s’appelait « la fleur à Horloge ».

Elle n’est pas très calée en botanique, ce n’est pas un truc de la famille : la botanique. Donc,  nous n’avons pas pu seriner les noms latins et l’historique du prunier venant au départ de Chine, à ma descendance (ni aux autres d’ailleurs). Ils ont au moins échappé à cela…

Donc nous avons :

  • La fleur à horloge dont Mrs Bibelot a eu l’inconscience d’en récolter des graines pour les planter chez son père. Maintenant c’est l’envahisseur devant lequel chaque année nous avons lutté parfois vainement… je ne sais pas si les actuel propriétaire (de notre ex) maison sont encore envahis, ou s’ils ont tout fait raser…
  • La fleur à RORO. Une horrible fleur orange et bien moche, qui défigurait la cour, et qui s’appelle comme cela car c’est ma première belle mère qui a gracieusement fait cadeau à mes parents du premier plan (un coup du furoncle : un !). Je me demande toujours pourquoi mes parents avaient pris le risque de planter cette horreur où elle se trouvait…
  • Les haricots Philibert… Ceci parce que le premier à en donner des plans à mon arrière arrière grand père, portait ce prénom. Chez mes parents on mangeait des Philibert, c’est comme ça, mais inutile d’en demander au marché…
  • Dans l’ancienne maison, il y avait « l’arbre à Nénesse ». C’était l’arrière grand père des filles du côté de leur père, via leur grand mère. Le nom scientifique nous a toujours totalement échappé, sauf que nous savions que c’était un poison pour les chevaux. D’un autre côté, comme nous n’avions que des chiens et des chats, PFFFFUIT !
  • C’est sans fin…

En mythologie ou histoire de France nous sommes très calés, en écriture aussi et ornithologie, mais sur le plan botanique c’est zéro pointé de A à Z…

Et donc Delphine, rancunière, me raconte qu’elle est allée se promener dans le parc de Vincennes avec une copine, et qu’elle voit tout à coup des fleurs à Horloge…. dont j’avais alors connu le vrai nom

« Tu es sûre demande la copine suspicieuse-on-se-demande-pourquoi, que c’est le nom de cette plante ?

  • Affirmatif ! on en cause dans ma famille depuis que je suis toute petite !
  • Ah bon ! On dirait pourtant des impatiens sauvages de l’Himalaya…
  • MEU NON, ce sont des fleurs à Horloge.

Mise au point avec mouth (c’est moi)

  • DIS DONC MAMAN, C »EST QUOI LES FLEURS A HORLOGE ?
  • Ben des Impatiens sauvages de l’Himalaya, pourquoi ?
  • Parce que je suis passée pour une conne dans le parc de Vincennes avec une copine…
  • Mais non ma chérie… Bon, si tu fais le marché de temps à autres, ne demande pas des haricots Philibert, c’est privé, c’est un truc de famille…
  • Et le muguet c’est le vrai nom ?
  • OUI (OUF !)

Parce que sinon, il y a aussi un champignon que nous appelons le « raboteux », et qui est un dérivé du cèpe de Bordeaux. Sauf qu’un cèpe c’est un cèpe, et un raboteux, un raboteux…

Tout comme le « suiiiiit » est un troglodyte mignon…

La vie n’est qu’un long calvaire et nous éduquons mal nos enfants.

D’un autre côté, ils ne gardent pas des souvenirs éblouis des moments où nous les avons VRAIMENT éduqués…

Pendant longtemps ma nièce, toujours traumatisée par mes cours d’histoire que ce ne soit pas Vercingétorix qui ait fondé Rome, répond toujours « je ne sais plus les noms », quand je lui évoque la savoureuse (pour moi) légende de la naissance de Rome. Je crains le pire : à 25 ans, elle dira au recruteur que c’est Vercingétorix qui a fondé Rome. Et il lui mettra 10/10 parce qu’il sera d’accord…

Bon, laissons tranquillement Delphine digérer l’impatiens sauvage du bout du monde…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Les filles en visite : Delphine

Filles_en_visite

Les filles ayant quitté le domicile maternel, chacune pour une chambre de bonne à Paris, restaient désormais les visites (elles me reprochaient d’ailleurs mon manque de visites à moi, mais Paris n’est qu’une jungle, j’ai la phobie des transports en commun et j’étouffais dans une chambre de bonne : je suis une mère indigne).

Maintenant il y a belle lurette qu’elles n’ont plus de chambre de bonne…

Plusieurs types de visites étaient à décliner :

La visite programmée, j’étais dûment prévenue 8 jours à l’avance… (je cherche quand c’est arrivé… Ah oui c’était pour l’anniversaire de Delphine…). Impec, rien à redire, j’avais même fait son dîner préféré.

Delphine me téléphone au boulot le vendredi soir « je peux venir demain ? je resterai jusqu’à dimanche ». Coup de bol je n’ai rien de prévu, sinon reste à planquer l’amant sous le lit (ma mère un amant !!!!). Je dis OK. En rentrant du boulot j’achète de quoi la nourrir convenablement, prévoyant même le cas où elle ne repartirait que le lundi matin.

Le samedi quand je n’ai rien de prévu j’ai une sale tendance à zoner à mort tout en rangeant un peu, dans une tenue que je ne vous décrirai pas sous peine de vous voir quitter illico ce blog. Coup de fil à 15 heures « maman, j’arrive à la gare hyper chargée, est-ce que tu peux venir me chercher en voiture, j’arrive dans 3 minutes ? (la gare est à 5 minutes à pied). Bien obligée de dire oui. Me voilà donc enfilant un pantalon correct, un pull correct, des chaussures sans rien (c’est l’hiver) et de me précipiter à la gare avec ma vieille caisse (je persiste et je signe).

Que vois-je sortir de la gare ? Un énorme sac, monstrueux et, tenant le sac dans ses bras comme un très très très gros bébé, ma fille que je reconnais à ses chaussures et un oeil qui dépasse. Elle monte dans la voiture avec son sac : pas besoin de boucler la ceinture, elle a l’air bag.

Bisous maman, « j’ai apporté quelques lessives à faire » (utile précision). Sitôt arrivée à la maison, recherche du chat qui est toujours ravi de la voir après avoir flanqué par terre dans l’entrée : l’air bag + 3 petits sacs qu’elle portait en bandoulière. Direction la cuisine, où elle ouvre avec violence le lave linge et commence à y entasser le linge foncé. La machine se remplit doucement. Coup de téléphone, elle cherche son portable partout, parlotte avec je ne sais qui, raccroche. « Maman je peux aller voir tonton et tatie ? » (ma soeur habitait à 100 mètres, le coup de fil c’était elle).

A peine a-t-elle raccroché, qu’elle est déjà dans l’escalier. La machine à laver fait « couac » : elle l’a trop chargée et la sécurité s’est mise en route. A moi de récupérer la moitié du linge et de remettre le cycle en route. Puis le cycle achevé, je remets à laver l’autre moitié de linge en étendant la première. Vu la quantité à laver, il ne faut pas perdre de temps.

Troisième lessive à mettre en route. Les radiateurs sont déjà saturés, je cherche un deuxième tancarville pour étendre les lessives futures. Coup de fil à 19 H « dis ma metite mamaannnn, je peux rester dîner chez tonton et tatie ? » « mais oui ma chérie, amuse toi bien ».

Hop une pizza au congélateur : celle prévue pour le samedi soir. Quand je vais me coucher aux alentours de minuit, il y a du linge qui sèche partout. J’ai passé mon temps à détendre le déjà sec (chez moi l’hiver il fait chaud et les radiateurs sont bouillants) pour étendre le toujours trop mouillé, tout en remettant une lessive en route. L’ambiance est moite : on se croirait sous les tropiques.

Le dimanche je reprends le cycle des lessives infernales, je plie le linge sec, je fais un gros tas, décoratif sur ma table de salle à manger. Réveil de la petite vers 14 H 30 : elle s’est couchée à 4 heures du matin, ayant fait la folle avec ma soeur et mon beau frère. Elle s’installe dans la salle de bain, se fait couler un bain, et va se faire successivement les 35 masques que je possède, moi assise dans le couloir pour parlotter avec elle. Vers 17 heures, j’ai mal aux fesses, une créature divine (mais en caleçon) débarque dans le salon. Il y a toujours du linge partout « merci ma petite mouth ». On va pouvoir continuer à parlotter un peu. D’ailleurs finalement elle ne repart que lundi (gagné !).

Manque de bol, le dimanche soir je suis toujours hantée par l’idée de commencer ma semaine en étant crevée dès le lundi matin. Je me couche donc assez tôt avec un livre humoristique et un demi comprimé de somnifère. Il faut ce qu’il faut, pas ma faute si je n’ai plus 20 ans, et puis comme je me suis levée à midi, impossible de dormir sans un coup de pouce. Delphine squatte l’ordinateur dès que je suis partie me coucher et les cliquetis du clavier m’empêchent de me concentrer. Puis c’est son téléphone qui sonne, puis c’est la télé qu’elle allume toujours un peu fort. A minuit je me lève pour lui demander de faire moins de bruit, ceci pour le 3ème fois.

Le lendemain matin, je m’efforce de faire le moins de bruit possible, vu qu’elle s’est installée avec couette et tout le barda, dans le salon (vu les DVD répandus, elle a dû regarder la TV tard).

Le soir quand je rentre j’ai une inquiétude : Delphine a été enlevée ! Sûr et certain qu’elle n’a pu quitter l’appartement que sous la menace d’un commando terroriste. Il y en a partout (du linge qui ne devait pas être sec qu’elle reprendra la prochaine fois). La salle de bain ressemble à une piscine et tout est resté en vrac sur le canapé. Je l’appelle mais non ça va, elle est juste partie un peu vite, mais pas sous la menace, ce qui ne l’a pas empêché d’oublier un truc important genre chargeur de portable. Au passage d’ailleurs elle a échangé l’air bag pour ma petite valise noire beaucoup plus pratique et à roulettes qu’elle oubliera de me ramener 3 fois. A moi de faire l’Egypte avec l’air bag.

J’ai comme une vague idée de ce que doit être le passage d’un cyclone…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Le restau sur les champs… (2)

Nous n’avions particulièrement pas prévu que Pulchérie, munie de son CD de Ace of Base et ayant digéré sa glace, n’avait qu’une hâte : rentrer. Exit le restaurant, notre vrai plaisir du jour avec ma mère. Elle s’en foutait complètement du restaurant. Delphine moins, qui n’avait pas décidé de faire limite anorexique.

Elle a commencé (Pulchérie bien sûr) à chipoter devant les menus que nous contemplions avec toujours l’idée d’aller chez Lééééonnn. Là elle a carrément crisé car :

  • Ces salauds cuisinent le lapin avec de la bièèèèère

  • J’aime paaaaaas les moules

  • Et j’aime paaaaaaas les frites

  • Le reste Beuuuuurk… Etc…

Elle nous a fait un caca nerveux sur le trottoir. Tentation de la baffe à lui dévisser la tête, mais devant le public qu’il peut y avoir sur les Champs, ça la fout mal (de quoi se mêlent les autres, je vous le demande, une claque n’a jamais tué personne). Elle le sentait parfaitement et en a rajouté une couche pour nous trouver LE restaurant idéal (pour elle)…

Nous y sommes rentrées non convaincues. Un restau sur les Champs qui n’a pas un péquin à table à 19 H 30, c’est forcément louche. Nous ignorions débuter une grande aventure culinaire et que les aventuriers n’ont que ce qu’ils méritent : des merdes en général et seulement, parfois la gloire (je vous rappelle que Christophe Colomb cherchait les Indes et ne les a pas trouvées, et que du coup on ne lui a accordé que la Colombie, ce qui est consternavrant). (Comme toujours je m’égare)

Une superbe blonde à l’entrée, trônant derrière son téléphone et sa caisse, nous a demandé si nous venions dîner. Bonne question vu l’heure. Elle faisait très distinguée, jusqu’à ce que nous l’entendions décrocher son téléphone.

  • Ouais, l’Elysée Marrant j’écoute

  • Ouais, c’est pour dîner ?

  • OK je note, s’lut ! M’ouais, c’est noté.

Dommage, je ne peux pas vous retransmettre le ton. Sachez toutefois qu’Arletty avec son atmosphère, à côté d’elle, faisait très distinguée…

Nous commandons, Pulchérie ayant l’ordre de se décider rapidement vu qu’elle nous a entraînées dans un piège. Ma mère et moi commençons à nous demander pourquoi on ne lui a pas flanqué une baffe à lui dévisser la tête devant tout le monde, pour aller chez Lééééonnnn ! (Pulchérie on va chez Léon, c’est comme ça et pas autrement, ah mais !)

  • Première arrivée de plat : premier loupé, ce n’est pas ce que Mrs Bibelot a commandé. Le serveur l’air aigre, vérifie et confirme : ils se sont trompés de table (quelle autre table a du monde ?). Elle ne veut pas manger son plat quand même (aucune excuse) ? Non ? Quelle emmerdeuse (il l’a pensé tellement fort qu’on l’a entendu)

  • Arrive mon plat alors que les filles ont pris le menu enfant (je vous rappelle qu’elles détestaient le steack haché et les frites, et ont donc pris jambon grillé/purée c’est top à payer au restaurant). Moi j’ai pris des coquilles Saint Jacques. J’adore, normalement. Mais là, elles baignent dans une sorte de gelée suspecte. Pendant que Mrs Bibelot attend sa langue sauce piquante en lieu et place de la cervelle aux épinards précédemment apportée, nous testons mon plat. Elle trouve : c’est du riz qui a cuit dans la sauce et pris cette consistance gélatineuse. Ma mère est le Dr House de la cuisine.

  • Aimable, comme toujours, mais toujours prête à déraper dans le style emmerdeuse qui tue, j’appelle le serveur qui me confirme : c’est bien du riz qui, au lieu d’être présenté à part, est cuit directement dans la sauce avec le reste. Il me précise fièrement « c’est une spécialité du chef »

  • Et moi toujours aimable, je lui rétorque « et bien le chef ferait bien de changer de spécialité » (je sais que les filles s’en souviennent…).

  • J’ai commandé des coquilles St Jacques, j’ai eu des coquilles St Jaques, de quoi puis-je me plaindre ? On se le demande car :
  • Mrs Bibelot renonce à faire changer les rognons apportés en lieu et place de sa langue sauce piquante (ça tombe bien, elle aime les rognons) depuis le temps qu’elle attend. Mais on ne va pas faire tous les plats non plus…

  • Delphine pas du tout difficile, renâcle devant son jambon grillé/purée, ce qui est un comble car c’est son plat préféré. Pulchérie la boucle. On en profite, c’est tellement rare. Elle doit sentir venir le coup de Sirroccccco qui l’attend dans la voiture… Du coup elle avale le jambon et la purée et se dévoue pour terminer celui de sa soeur (quelle abnégation !)

  • Pour le dessert, elles n’ont plus faim. Elles veulent bien une glace, mais alors une boule seulement alors que 3 sont prévues par coupe. Je demande si l’on peut servir une boule à chacune et compter juste un dessert. On me répond sèchement « ouiiiiiii »

  • Mrs Bibelot et moi ne prenons rien, non merci, j’ai le riz gélatineux qui me plombe l’estomac et elle, commence à se débattre avec ses rognons. Il y a des luttes de ce genre qui peuvent perdurer plusieurs jours. Le garçon insiste, du coup nos précisions ne le satisfont pas.

  • La jolie blonde répond toujours au téléphone, de plus en plus mal aimable et de plus en plus mal embouchée. Le restaurant est complet, elle ne peut prendre personne (????)

  • L’addition arrive. Moment historique. J’arrive à faire rayer pour Mrs Bibelot « langue sauce piquante + rognons » et je rouspète pour les desserts. Pour chaque fille on a compté un dessert complet (donc 6 boules au lieu de 2). On m’a rajouté des cafés non bus (car jamais commandés) et pour moi un supplément pour le riz.

  • J’arrive à faire descendre l’addition en menaçant de faire un scandale. Delphine est toute pâle (pas de scandale, pas de scandale… petite mère)

  • De guerre lasse, je paye, et nous quittons cet endroit maudit où nous avons si mal mangé, pour si cher.

  • Et Pulchérie se prend le coup de Sirrrroccco dans la voiture.

  • Son grand père nous demandera le lendemain pourquoi nous ne lui avons pas flanqué une claque à lui dévisser la tête avant de rentrer chez Léééonnnnn (2 fois moins cher en prenant la totale et nous savons que nous nous serions régalée, enfin moi la fois où je suis allée chez Léon, je me suis régalée)

Bonne question…

On ne flanque pas une claque à une emmerdeuse sur les champs Elysées…

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

Le restau sur les champs… (1)

Un beau jour de décembre, avec Mrs Bibelot, nous avons décidé d’aller « traîner » à Paris, avec les filles.

Au mot « traîner » qu’il s’agisse de moi ou de ma plus jeune soeur, ou pire, d’un trio infernal, Jean-Poirotte demandait avec philosophie à sa femme de lui acheter des tripes pour son déjeuner et/ou son dîner. Ne sait quand  reviendra, ne peut à sa tour monter, et il fallait qu’il se sustente le pauvre… (comme il adorait les tripes il se les réservait pour quand sa femme n’était pas là, car elle, bof…) (tout le monde s’en fout, j’adore écrire ce genre de trucs !)

Les filles étaient encore petites, en CM2 et CE1 et étaient ravies de cette ballade à Paris.

Le programme était plutôt sympa : voir les illumination de Noël sur les Champs, aller prendre une glace chez Haaaagen Dazzzz, faire une visite chez Virginnnnne et Séfffora, et dîner sur place dans un bon restaurant.

Nous voici donc parties. Les filles ne pensaient qu’à une chose : la glace, ou les glaces chez le renommé marchand, et éventuellement Virginnnne dès fois que je leur achète une cassette ou un CD.

Pour contempler les illuminations, il fallait attendre la nuit, donc nous avons fait Séfffora avec Mrs Bibelot (« berk » des filles, surtout de Pulchérie qui avait juré craché alors que je l’enregistrais qu’elle ne se maquillerait, épilerait, etc, jamais…). Devant leur hâte et leur hyper-salivation évidente, nous nous sommes rendues chez le marchand de glaces pour leur offrir le goûter qui, nous l’espérions, marque un enfant, en buvant nous, un thé (Mrs Bibelot et moi n’etions pas fans des glaces, oui ça existe, comme moi qui ne suis plus fan de chocolats…). Après, Virginnnne où je me suis faite escroquer d’un CD de « Ace of Base », enfin la nuit, et du temps pour contempler les illuminations.

Et Mrs Bibelot et moi, non rassasiées par un thé au lait, même avec 2 toasts, de chercher un restaurant. Sur les Champs, ça ne manque pas, et nous avions prévu d’aller chez Lééééon de Bruuuuxelles que nous n’avions jamais testé.

Nous n’avions pas tout prévu, fort hélas…

Les filles en promenade

Promenade_200396161_001Quand on habite à la campagne, forcément la forêt est un endroit que l’on va visiter souvent, via la promenade.

Les chiens à sortir, les enfants à aérer, et se détendre un peu, voilà le but de la promenade. A certaines périodes on ramasse des mûres, des champignons, des chataîgnes. Bref, tout le monde est content, sauf les enfants au départ, pour qui la promenade en forêt est une corvée (avant la promenade, après c’est la complainte « pourquoi on est rentrééééées »).

La promenade en forêt c’est pourtant chouette. Il y a l’arbre abattu sur le tronc duquel on marche en s’imaginant être un grand aventurier (maman tenant tout de même la main). Il y a la cabane à construire en mettant pile poil la main sur un nid de fourmis rouges pour récupérer de la mousse destinée à garnir le toît. De zolis marrons à ramasser à la pelle pour qu’ils se déssèchent sur une commode où ils avaient été posés pour faire beau. Il y a une vieille grotte où l’on joue à l’homme préhistorique, et le parcours du combattant où l’on s’imagine être un super grand aventurier (avec maman derrière, c’est bon, on peut y aller). Il y a les mûres avec lesquelles on fait une super tarte en rentrant, voire même des confitures, et qui n’a jamais vu mes filles racler une vieille bassine à confiture, noires de partout et rigolant, ne sait pas ce que c’est que d’être bêtement heureux. Il y a les chataignes que l’on fait griller, les champignons à éplucher, bref, que du bonheur.

Il y a aussi des bestioles et là les choses se gâtent. C’est Pulchérie ramassant du muguet (y’en a de trop j’aime bien chercher – y’en a pas assez j’aime pas chercher), découvrant une petite araignée se faufilant entre les feuilles de muguet et se mettant à sautiller en criant au secours « Au secours, à moi ! Papy au secours !, y’a des araignées ! » (Papy n’étant pas venu, pas si fou…). Dans la mesure où nous étions bien loin du chemin, elle a sautillé comme ça pendant un quart d’heure, horrifiée de la précision : on peut compter 1 million d’araignées à l’hectare (+ 1 tonne de vers de terre).

Il y a les limaces (c’est rigolo), les bousiers (berk, qu’est-ce qu’ils font maman ?), parfois un lapin, mais jamais, jamais de grands animaux. J’en voyais quand j’allais me promener toute seule et elles le savaient pertinemment. « Pourquoi on n’en voit jamais nous des cerfs et des biches, et des chevreuils, et des sangliers ? ».

Vu le bruit qu’elles faisaient dans la forêt leur seul espoir était la vieille bête sourde et quasi aveugle, rhumatisante qui plus est pour ne pas pouvoir se carapater en les percevant aux vibrations…

Il est à noter, et c’est important, que malgré 10 000 hectares de forêt aux alentours, il y aura fatalement un moment où les enfants viendront vous marcher sur les pieds…

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

2 H 15 derrière l’armoire

Attente_tlp769507Ces femmes là attendent chez le coiffeur que cela sèche, elles ont de la lecture, ce sont des femmes heureuses (même si elles ont franchement une tronche de cake sur ce coup là).

Je vous ai fait la belle soeur dans le placard, je vais vous faire la sorcière derrière l’armoire (moi donc, et c’est tout à ma gloire)…

Déjà je rectifie, ce n’est pas une armoire, c’est une bonnetière… Dans la maison que nous avions achetée avec Albert, nous avions une énorme cheminée. Large et profonde. A gauche mon bureau (genre elle fait ses papiers comme personne, sans ordinateur dessus ça ne se faisait pas), et à droite la bonnetière dans laquelle nous avions mis la TV, la chaîne stéréo, etc… Pour faire joli nous avions harmonisé l’emplacement de la bonnetière avec la limite de la cheminée, ce qui laissait de la place derrière…

Albert m’ayant quittée, prenait régulièrement à l’époque ses filles, pour les lourder le dimanche soir (façon siège éjectable) en me précisant que Pulchérie n’avait pas fait ses devoirs, de préférence quand il se pointait à 23 heures, et ce n’est pas une heure pour coucher des enfants, donc, pire, leur faire faire leurs devoirs. Je faisais louper régulièrement la classe à Pulchérie le lundi matin parce que la maîtresse (une salope celle-là, la seule de ma carrière de mère, mais elle était tellement gratinée qu’elle aura son post), était contre le divorce et malgré mon mot d’excuse, flanquait 100 lignes à l’innocente vraie (pour une fois…).

Ma soeur était venue s’installer chez moi dès la désertion d’Albert. Jean Pascal faisait son service militaire et revenait le WE. Un dimanche soir, Albert par téléphone (le portable n’existait pas) signala à ma soeur qui avait décroché, qu’il serait en avance et déposerait les filles vers 19 H.

Là, j’ai fondu mon premier fusible, je ne sais quelle idée m’est passée par la tête, mais je ne voulais pas être là pour le recevoir. Sauf que j’étais là.

  • « Tu n’as qu’à te planquer » me suggère ma soeur d’un ton tranquille, vu que c’est un jour d’hiver verglacé et que je n’ai pas envie d’aller me réfugier chez mes parents (pour attendre un coup de téléphone salvateur, pas question d’aller planquer sur un parking et revenir au moment où Albert arrive, en me vautrant dans un fossé (ma voiture est donc bien en évidence)).

  • Bonne idée, mais où ? Il est capable de monter visiter l’étage ce rat, sous prétexte d’installer ses filles. Filles qui vont chercher maman partout c’est évident… (elles l’ont fait d’ailleurs)

  • « Derrière la bonnetière » est mon idée lumineuse. Y’a de la place…

  • Effectivement c’est parfait. J’y emmène un tabouret. Je m’installe 1 minute, TVB, sauf que je ne peux pas fumer car la fumée me trahirait (malgré la cheminée allumée plein pot et ma soeur et mon beau frère clopant à mort). J’ai tout bien testé, ma soeur est toute OK pour emmerder Albert en le réceptionnant elle-même et en lui demandant pourquoi il n’a pas fait faire ses devoirs à Pulchérie et c’est indigne de sa part, elle ne veut pas se mêler de notre séparation, mais il chie dans la colle sur ce sujet là…

  • Voiture s’arrêtant dehors, je me précipite derrière la bonnetière et je m’installe. J’ai pris un livre, mais je n’y vois pas assez pour lire. Me reste à écouter…

  • Ouverture et fermeture de porte d’entrée. Le classique, qui énervait tant mon père quand maman ne nous tombait pas sous les yeux illico « où elle est maman ? » (petits coeurs…)

  • « Ah Albert » dit ma soeur sans se démonter, « Coraline n’est pas rentrée, ce serait sympa de ta part de faire dîner les filles ». Je me fige derrière la bonnetière. Quelle idée lui est passée par la tête ? Elle est folle ? il n’a jamais été question de ça !!! Juste qu’il donne des « explications j’attends » sur les devoirs de Pulchérie, les mette éventuellement en pyjama, et basta !

  • « Tiens Coraline n’est pas là ? il y a sa voiture pourtant ! »

  • « On la ramènera en retard, et je suis trop fatiguée pour faire diner les poussinettes, tu t’en occupes ? »

  • Je suis tétanisée d’horreur. Je suis là pour au moins deux plombes… Je ne sais pas quel compte ma soeur règle avec moi…

Il n’allait pas dire non ce rat. Le voilà en train de fouiner pour trouver du tout fait, et moi je commence à me morfondre sans nicotine, parce que je sais qu’il va lui falloir un siècle pour faire cuire quelques pâtes, car le tout fait manque cruellement dans le congélo. En plus j’ai envie de faire pipi. Je sais c’est comme ça, ça prend quand ça veut…

  • Je n’avais qu’une envie (outre me précipiter aux toilettes), me tirer de ce trou à rat, mais je ne pouvais pas le faire discrètement et avec grâce… J’étais piégée derrière ma bonnetière…

  • J’entendais Albert tourner dans la cuisine pour faire cuire des pâtes, les passer, chercher le beurre, les servir, avec de la sauce, et « Pulchérie termine ton assiette ! » (ça pouvait prendre une heure !) alors que ma soeur feignait l’indifférence la plus complète (non je ne lèverais pas mon cul du canapé pour t’aider…) (elle faisait tante indigne avec dignité et soeur sadique avec)

  • Arriva le moment où ma soeur sentit l’alerte rouge pointer et mon beau frère aussi, qui avaient mis la TV à fond : la chienne qui, depuis qu’elle était réveillée était allée fêter ses petites soeurs, et me cherchait partout, dont le nez enfin sollicité tout à coup fonctionnait trop bien… Et il fonctionnait trèèèès bien…

  • « C’est bon Albert (dégage !), je vais les coucher, merci de les avoir fait dîner » « je m’occuperai de la table après » (dégage !)

  • « De rien, c’est normal, je suis leur père après tout… » (départ précipité, la chérie attend à Paris et il a deux heures 16 minutes de retard)

  • Exit Albert au moment où Chloée (la chienne) me repérait derrière la bonnetière à grand coup de snif snif ! Qu’elle renifle c’était une chose, mais qu’elle se mette à remuer la queue en même temps signifiait « j’ai trouvé ! » Albert le savait et les filles aussi…

  • « Il était temps » me signala Jean Pascal en douce, en faisant se coucher la chienne dans le panier alors qu’elle manifestait l’envie de venir me rejoindre vu qu’elle ne pouvait pas vivre sans moi… (et la chienne se glissant derrière la bonnetière en faisant son petit « ouarf » de contentement, aurait été moyen pour mon auréole d’absente)

  • Pendant ce temps là, ma soeur faisait monter les filles pour les mettre en pyjama. Impossible qu’elles puissent raconter à leur père qu’en fait j’étais derrière la bonnetière. Pendant le débarbouillage, je pris le large pour ouvrir discrètement la porte d’entrée et la refermer à grand fracas !

  • « Maman t’es làààààà ? » (petits coeurs) (Maman était rentrée, tout allait bien…)

  • « On n’aime pas quand on rentre que tu ne sois pas là » (petits trésors) Tu nous aime maman hein ?

  • Oui mes chéries… Je vous aime très fort et je n’aimerais jamais personne plus que vous (et ça c’est vrai). Gros calin du soir (après pipi obligé) et extinction des feux…

Le résumé c’est que moi comme une conne, rien que pour emmerder Albert et lui faire croire que j’étais partie crapuler ailleurs (et que sa copine lui fasse une scène finalement, grâce aux idées lumineuses de ma soeur, ce qu’elle fit, je l’ai sû après), je suis restée assise sur un tabouret de merde, derrière une bonnetière, pendant 2 H 15 (ce qui n’était pas prévu au départ)… Et qu’encore heureux que la chienne dormait quant je me suis glissée derrière le meuble… Sinon elle m’aurait dénoncée dès le début en décidant de s’installer avec moi pour ressortir dire bonjour à ses petites soeurs, avant de revenir me rejoindre…

La vie n’est qu’un long calvaire… (et vous trouvez ça drôle ?)

Une journée vraiment mémorable…

Cette journée là fut donc mémorable, car tous les survivants s’en souviennent avec nostalgie (pour Albert je ne sais pas trop et pas envie de l’appeler pour lui demander s’il s’en souvient aussi avec regrets… alors que je sais que mon ex belle soeur s’en souvient elle très bien…).

Nous partîmes donc à 4 voitures pour la première étape : le pont du Gard. A l’époque le site était encore agréable. Nous connaissions ce pont par coeur, mais c’était toujours un plaisir de le revoir.

Mes deux soeurs n’avaient pas envie de monter sur le pont d’avignon y dansons… Elles voulaient se baigner dans le Gardon. Ma grand mère se proposa pour les surveiller et s’installa confortablement sur les cailloux pour faire sauveteur qui nage comme une planche à repasser… J’aurais bien fait comme mes soeurs, mais comme une cruche, j’avais oublié de prendre mon maillot de bain.

« Viens donc chérie » m’intima Albert qui n’avait jamais vu le pont du Gard ce veinard. L’année précédente, papa m’avait fait le coup de sortir de la conduite d’eau (tout en haut) au son de « tu ne risque pas de tomber, c’est large, et la vue est vraiment magnifique ». C’est large oui (2 mètres il appelle ça large ?), mais moi j’ai le vertige, je n’ai rien vu du paysage et j’ai rampé jusqu’à la prochaine trappe donnant sur la conduite pour y pénétrer la tête la première et faire le rétablissement du siècle, à la grande surprise de ceux qui, pas fous eux, restaient à l’intérieur à admirer le débit que cela devait représenter vu qu’on y circule à l’aise, debout…

Arrivée dans la conduite (ça monte et il fait chaud) avec Albert me promettant de me tenir la main à l’étage au-dessus pour que m’éviter d’être terrorisée. Je n’ai point peur, j’ai le vertige, nuance, ça ne s’explique pas, c’est comme ça, j’ai des ventouses qui me poussent au bout des pieds et tout le sang qui descend dans les ventouses. Je reste dans la conduite, tu sors si tu veux… Les romains étaient peut-être des constructeurs géniaux mais moi, j’ai dû me farcir cette fichue conduite 10 fois, ça fera 11 (mais pourquoi suis-je montée ?). Pendant ce temps là mon frère et ma future belle soeur s’engueulaient comme de coutume, et pour la même raison : il voulait qu’elle monte et elle ne voulait pas : ça raisonnait bien dans la conduite. Les hommes terminèrent le pont du Gard sur le dessus, les femmes dans la canalisation supérieure en ce demandant bien diable pourquoi elles avaient grimpé : « c’est la dernière fois que ton père m’a sur ce coup là » me déclara Mrs Bibelot qui se fit gruger encore 10 fois…

J’ai toujours adoré d’ailleurs, tout de même finir par sortir et aller au premier étage où je n’ai pas le vertige vu que si je tombe c’est dans l’eau., pour toujours y trouver un ou deux énergumènes munis d’un fil à plomb pour vérifier que l’ouvrage est bien droit… Bien sûr qu’il est droit banane, il tient depuis 2000 ans et des poussières ! Que construisons-nous qui tiendra autant de temps ? Moi perso j’aimais bien regarder les inscriptions faites par les compagnons du tour de France, et nul besoin d’un fil à plomb pour constater que l’édifice tiendra bien encore 2000 ans si un boeing ne se crashe pas dessus…

Une fois les hommes redescendus, conciliabule car la prochaine étape c’est la fontaine de Vaucluse. Un océan de verdure dans la Provence qui brasille sous l’été… On mange là-bas ou on trouve un restau sur la route (les hommes étant affamés…) ?. On décide d’aller jusque là-bas, on trouvera bien de quoi se restaurer. Les hommes boudent à l’idée d’un hamburger ou hot dog, on les fait taire, c’est rare, on en profite.

Effectivement, un restaurant magnifique, au bord de l’eau, avec une terrasse extérieure bien à l’ombre, au son de l’eau glacée qui coule un peu plus bas. Le restaurateur est ravi de nous voir tous arriver (nous sommes 9 et nous devons avoir l’air affamés). Juste une table de prise à côté, par deux anglaises d’un certain âge qui débutent au pastis et ce n’est pas du tout comme cela que je me représentais Miss Marple. Elles ont l’air d’apprécier le pastis, elles en commandent un deuxième pendant que nous nous absorbons dans la lecture du menu (dis donc, ce n’est pas cher !) tout en buvant également l’apéro (les hommes un pastis, les femmes un kir, on se demande pourquoi). Ma grand mère généreuse décida qu’elle invitait tout le monde et prit le plus cher pour ne culpabiliser personne.

Je ne sais pas si après avoir pris la commande, le restaurateur aura continué son job ou décidé d’aller cultiver du haricot rouge en Finlande pour le restant de ses jours. 9 personnes qui changent d’avis tout le temps, ça doit être usant. Son calepin était bourré de ratures, et il avait deux épis qui pointaient dans sa chevelure trop longue.

Pendant ce temps là, les anglaises avaient visiblement opté pour le menu gastronomique auquel les plus solides appétits avaient renoncé malgré les encouragements de celle qui invitait. Une bouteille de blanc descendit chez elles, arriva une de rouge. On dit que les anglais sont réservés : celles-là ne l’étaient pas du tout. Elles riaient bien fort, tout en descendant également les plats sans sauce à la menthe. Elles ont même réussi à nous faire taire à les écouter, tous les 9, ce qui était un exploit, car on cause tous beaucoup dans la famille et que toutes les femmes peuvent suivre 3 conversations à la fois. Nous étions fascinées par la descente des anglaises, qui nous faisait songer à la montée que nous allions devoir faire pour visiter le site.

Tout à coup, arrivée d’une guêpe. Ma belle soeur (allergique et ayant oublié son cachet salvateur), se lève comme une folle et agite sa serviette. La guêpe furieuse fonce droit sur les anglaises dont une se lève également et part en courant jusqu’à la rambarde à laquelle elle s’adosse comme elle peut, en faisant des moulinets avec les bras.

Que s’est-il passé ? Tout à coup l’anglaise bascule par dessus la rambarde. Angoisse et horreur brèves puis on entend un « PLOUF ! » horrible (c’était mieux qu’un splatch sur les pierres). Tout le monde se lève, Albert retire déjà ses chaussures, Jean Poirotte précise que l’eau est glacée, et mon frère va mollement regarder ce qu’il se passe : il le sait que l’eau est glacée, il y est tombée il y a 6 ans, entraînant une de mes chaussures au passage…

Tout va bien, l’anglaise est bien tombée dans l’eau, elle a pied et semble se demander ce qu’il lui arrive. Elle crie « very cold ! », ma grand mère croyante entend « miséricorde » et se signe à tout hasard. Arrive le restaurateur alerté par 10 cris simultanés au moment du passage par dessus la rambarde. Il saute sans réfléchir. Re « PLOUF » (je pense qu’il est bien en Finlande à y bien réfléchir). On regarde le sauvetage. Tout le monde a largement pied, c’est pas le tout, il faut sortir de l’eau maintenant. Ce qu’ils font péniblement chez le collègue d’à côté qui, tel un habitué, sort une échelle qu’il met dans l’eau avec une maestria pas possible.

Nous terminons le repas allègrement. L’anglaise trempée est revenue s’asseoir et termine son menu gastronomique avec entrain. Une autre bouteille de blanc : elle sèche à vue d’oeil. Nous voici bien gais (une deux bouteilles d’offertes par le fils du patron pour s’excuser de l’émotion), partis visiter le site enchanteur. Ca monte et il fait chaud.

Arrivée à la pierre fatale. C’est de celle là que mon frère voulant se tremper les pieds a atterri dans l’eau glacée en me faisant perdre une précieuse sandale (je suis rentrée ce jour là avec un pied ruiné par le macadam brûlant). Bien évidemment Albert veut tâter l’eau du pied. Il se rend sur la pierre, se déchausse. Je lui signale l’incident d’il y a 6 ans, il s’en tape. Il tâte du pied : c’est glacial, et comment l’anglaise n’est-elle pas morte ?

Arrive ma soeur qui bouscule les chaussures d’Albert. Il en rattrape UNE de justesse (comme moi il y a 6 ans…) . L’autre part dans l’eau dont le courant est trop vif pour songer à la rattraper. Il est à noter que Delphine perdra une sandale sur la même pierre 8 ans plus tard, alors qu’elle était sous la garde de son père, et ma mère une espadrille exactement dans les mêmes circonstances l’année suivante et toujours au même endroit… d’où le surnom de pierre fatale.

Albert reste sur sa pierre, contemplant l’eau tumultueuse avec rancune. Il refuse de monter voir la fin du site à cloche pied. On le récupère au passage au retour, un peu sombre. Le macadam est brûlant (je sais, mais comment qu’il radote qu’il a mal à la plante des pieds !). Il ne va pas pouvoir conduire avec un pied nu (tant mieux, je vais prendre le volant, quand il conduit j’ai peur).

On ne peut pas faire la suite prévue à l’origine avec un homme dépourvu de sa chaussure droite. On rentre donc, directement au bercail.

Ben non, la rentrée n’a pas été directe, vous le savez… Mais pour fêter cette excellente journée, le soir, Albert ayant récupéré une paire de basket entière, nous avons donc dîné au restaurant. Ma grand mère généreuse a encore invité tout le monde.

Elle riait trop après la chute de l’anglaise et le passage  en défilé dans la ferme, pour envisager seulement de faire une salade de tomates…

La vie n’est PAS TOUJOURS UN LONG CALVAIRE !

Tourne à droite c’est un raccourci…

Femme_perdue_57210948Ou une journée mémorable…

Jean Poirotte et Mrs Bibelot louaient chaque année depuis mes 14 ans, la même baraque en Camargue pour tout le mois de juillet. La propriétaire les contactait dès janvier pour s’assurer de leur présence.

La location n’était pas chère du tout et la maison pouvait recevoir 10 personnes. Elle était très mal conçue, mais nous y avons passé des vacances merveilleuses jusqu’en 1988.

Un beau mois de juillet, nous étions quasi 10 dans cette maison, du 7 au 31 juillet. Mes parents, ma grand mère, mes deux soeurs (eux pour le mois complet), mon frère et sa future femme, Albert et moi (qui n’avions pauvres malheureux que 3 semaines de congés à prendre).

9 personnes, 4 voitures. Vous allez me dire que l’on peut faire 5 + 4 = 2 voitures, mais ce n’est pas le problème. Il y avait celle de mes parents dans laquelle mes deux soeurs se flanquaient des coups de pieds à l’arrière et se haïssaient comme il se doit, celle de ma grand mère arrivant seule et aimant son indépendance (et repartant direct chez sa soeur à Dijon pour 3 semaines, donc elle se véhiculait toute seule), celle de ma belle soeur (et donc de mon frère) arrivés un jour après Albert et moi qui avions notre voiture à nous, et na !…

Un beau jour, nous voici décidant d’aller le lendemain faire une excursion. Je détestais cela quand j’étais petite (une journée de plage de loupée), et mes deux soeurs firent donc la tronche, comme moi avant mes 18 ans.

Au programme : l’habituel de chaque année. Le pont du Gard incontournable, les Alpilles et les Baux de Provence, Fontvielle, etc… Nous gardions Arles pour une autre journée, et le reste pour une encore autre journée.

Comment s’y rendre ? En voiture évidemment. Facile. Ma grand mère étant malade à l’arrière décida de prendre sa voiture à elle. Elle prit donc avec elle une de mes soeurs, ce qui évitait à mes parents de se coltiner deux pestes en train de se crêper le chignon à l’arrière.

Problème, Albert et moi étions malades à l’arrière aussi. Ma belle soeur a peur quand elle ne conduit pas, et mon frère ne supporte pas de se trimballer à l’arrière où sa fierté de mâle en prend un coup. Donc deux couples : 2 voitures. C’était l’époque où l’on ne se rationnait pas trop l’essence.

Nous partîmes 500 mais par un prompt renfort en retard, parce que pour la seule fois de l’année, Mrs Bibelot qui est matinale comme pas possible ne s’était pas réveillée pour sonner de la corne de brume aux pro de la grasse mat, en très grande majorité dans la baraque (et nous comptions tous sur elle pour nous faire lever, telle le clairon de l’armée).

Nous nous vîmes 5000 en arrivant au port : en cohorte de 4 voitures se suivant, ma grand mère suivant son fils pour ne pas le perdre de vue, Albert et moi la suivant pour la pister au cas où elle ne s’égare, ma belle soeur fermant la marche en ayant interdit à mon frère de conduire, ce qui fait qu’il fit la tronche même sur le pont du Gard d’où la vue est magnifique et moi tétanisée par le vertige restant avec Mrs Bibelot dans la conduite d’eau d’où l’on ne voit rien (pourquoi s’obstiner à monter, je vous le demande). Pendant ce temps là d’ailleurs mes deux soeurs faisaient trempette dans le Gardon sous la surveillance de ma grand mère qui avait un alibi pour ne pas monter sur ce fichu pont (tu parles d’un alibi, elle n’avait pas fait sauveteur de métier et nageait comme mon chat, c’est à dire qu’elle surnageait quand en se redressant elle avait de l’eau aux genoux…).

Cette journée mémorable méritera un deuxième post, sinon vous en avez pour 3 plombes (j’en entends qui soupirent).

Mrs Bibelot a le sens de l’orientation, ce qui nous ramène au titre, et a le mérite d’être souligné. Les femmes sont réputées pour ne pas avoir le sens de l’orientation. Quand on regarde Delphine cette réputation est 200 % exacte. Moi, j’ai le sens de l’orientation quand je suis toute seule (sinon je compte sur le mâle qui sait toujours où est le nord), enfin on dira que je prends des points de repère très stricts. Pulchérie tient de sa grand mère elle ne se perd jamais, sauf désormais en voiture (hé hé…), mais à sa décharge les routes ont été conçues n’importe comment…

Jean Poirotte faisait donc totalement confiance à sa femme pour faire co-pilote, d’autant qu’elle avait le guide truc qui précise « faites 423 mètres après avoir passé la ruine du moulin, et tournez à droite ».

Nous rentrions donc ce soir là, revenant des alpilles en groupe de 4 voitures bien collées (facile à doubler pour un fou du volant), un peu fatigués et espérant voir la ligne droite après Arles qui nous ramènerait au domicile sans plus avoir besoin de nous suivre les uns les autres. Toujours dans le même ordre de marche…

Tout à coup, la voiture de tête tourne à droite, dans ce qui semble être un chemin de campagne. C’est l’instant précis où Mrs Bibelot à dit à son époux « tourne à droite, c’est un raccourci« . Jean Poirotte à cru qu’elle avait consulté le guide truc, et a donc tourné à droite sans voir que sa femme contemplait waterloo morne plaine les champs de lavande et se fiait à son instinct (exact en fait, à vol d’oiseau c’était un raccourci, mais nous roulions, nous ne volions pas…).

Tout le monde à donc tourné à droite. Albert a eu un doute car juste à l’entrée du chemin il y avait une boîte au lettres…. Impossible de manoeuvrer pour faire demi tour dans ce chemin de merde juste bon pour une voiture, avec deux roubines le bordant (les roubines sont les fossés plein d’eau et très profonds du midi et non pas une allusion graveleuse…).

L’histoire se passe ainsi :

  • Jean Poirotte et Mrs Bibelot sont arrivés dans une immense cour de ferme (de mas) pour constater que c’était une impasse. Ils se sont arrêtés pour s’excuser de déranger. Ne voyant personne ils ont fait demi tour, 3 chiens gambadant en aboyant comme des fous furieux autour de leur voiture.

  • Ma grand mère a croisé son fils qui lui a expliqué qu’elle pouvait faire demi tour dans la cour à 10 mètres, qu’elle s’excuse si elle voyait quelqu’un et qu’elle fasse gaffe à ne pas écraser un chien.

  • Ma grand mère qui nous croisait après avoir fait demi tour, nous a expliqué à Albert et moi qu’il fallait qu’on se pousse un peu pour la laisser passer  (et comment qu’on allait se jeter dans la roubine) et qu’on pourrait faire demi tour sans problème d’ici peu en faisant attention à n’écraser aucune pauvre bête, ce qui nous a fait peur (un troupeau de moutons ?).

  • Albert et moi avons pénétré dans la cour pour voir une femme à l’air louche en train d’attacher trois chiens

  • Ma belle soeur et mon frère ont fait précipitemment demi tour aussi vite que possible en voyant un homme sortir du mas avec un fusil sous l’apparente impulsion d’une femme à l’air toujours louche qui tenait un chien en laisse pendant que deux autres se débattaient comme des fous en aboyant comme pas possible…

Nous n’avons sû ce que chacun avait vu, qu’à l’arrivée sans encombre (et sans plus de raccourcis). Du coup pour rire tranquillement en dînant, nous sommes tous allés au restaurant.

Il reste que dans ce bout du monde, nous avons laissé ce jour là, un couple qui ne voyait jamais aucune voiture (même pas celle du facteur), complètement traumatisé par le passage en 8 minutes de 4 voitures…

Qui sait quel drame nous avons créé ?

La vie n’est qu’un long calvaire…