Quand que j'étais petite…

Et_moi_dans_tout__a_tlp753093Et moi dans cette famille, qui suis-je en dehors de la mère de filles un peu originales et délurées ? Ex femme de ? Fille de ? Petite fille de ? Amie de ? Secrétaire dans une PME ? Et mon MOI ? Il devient quoi ?

Je suis née en 1958. Ce n’était plus tout à fait le baby boom, mais c’était juste 13 ans après la dernière guerre mondiale qui rôdait encore.

En 1968 quand le raz de marée de la révolution passat sur la France, mes parents furent imperméables aux diktats issus de la flambée soixante huitarde, pour un temps. J’avais déjà 10 ans et eux le temps de s’adapter jusqu’à l’adolescence… (ce qu’ils firent contraints et forcés et pourtant nous les jeunes de 10 ans en 1968 étions très moyennement révoltés. D’accord nos aînés étaient passés là, mais ils nous semblaient un peu martiens…)

Mes parents étaient modernes pour leur époque mais tout de même il y avait certaines limites à ne pas franchir. En mai 68 j’étais simple écolière se préparant à entrer au collège que l’on appelait « lycée » en souvenir de l’époque où il fallait passer un examen pour rentrer en sixième.

Aucune mère n’aurait mis de pantalon à sa fille pour aller à l’école, même si comme la mienne, elle avait défié ses propres parents en portant « des jeans » noirs de préférence et bien serrés, ou bien des shorts ras du cul à faire frémir son arrière grand mère (ce qu’elle ne manquait pas de faire). On mettait des jupes et de grosses chaussettes et la preuve est faite qu’on ne s’enrhumme pas pour cause de jambes mal couvertes. Au pire on mettait un collant en laine. Par moins 10° la mère pouvait se résigner à nous mettre un pantalon par dessus le collant et à nous voir expulsées de la classe. Dans le cas contraire, les autres filles, cuisses gelées nous tournaient autour pendant la récréation en criant « oh le garçon, oh le garçon ». La honte. On signifiait donc à maman que le pantalon c’était hors de question. Sauf qu’on n’avait pas trop le choix.

Personne ne nous demandait notre avis sur notre habillement. On s’habillait comme maman l’avait décidé et sans aucune idée de la ramener même si on trouvait la tenue tarte. Idem on donnait peu notre avis pendant les achats et on nous le demandait rarement, sauf les grand mères gâteaux. Celles qui s’habillaient à leur gré « tournaient mal ». La blouse fut obligatoire, jusqu’en mai 68 où elle fut abolie des écoles, collèges et lycées (j’y coupais donc en entrant en sixième avec un an d’avance, perdue dans ce collège mixte et maudissant cette foutue avance qui m’avait fait perdre toutes mes copines). C’était pourtant un truc bien pratique, qui évitait de tacher ses vêtements d’encre (et qui mettait tout le monde sur le même plan social). Pas le choix de toutes manières quand elle était de rigueur : pas de blouse = expulsion : c’est beau la liberté !

Pour apprendre à écrire c’était : porte plumes avec plumes multiples suivant les écritures demandées par la maitresse (pour les filles séparées des garçons en primaire, qui eux avaient des maîtres.  – Complètement débile d’ailleurs parce que la maternelle était déjà mixte). Donc encriers à remplir et écriture soignée (et parfois éclaboussures). Le stylo plume était toléré (avec réprobation) à partir de la 6ème et le bic interdit formellement sous peine de galères ou de terminer sur l’échafaud qui fonctionnait toujours. Le feutre ne devait pas exister : je n’ai pas souvenir qu’il ait été interdit, c’est un signe (engin du diable)…

Nos mères n’ayant pas de lave linge mais se coltinant tout à la lessiveuse, la blouse permettait de protéger les vêtements de jets d’encre ou de taches de confiture. Le goûter se résumait en effet à tartines de confiture (généralement sans beurre qui fait couler la confiture en imperméabilisant le pain), tartines de fromage ou de saindoux salé (le premier(ère) qui se fait une tartine de saindoux salé pour goûter aura droit à une chanson de Dorothée….) C’était délicieux. J’ai vu l’apparition du choco BN que ma mère méprisait (dépense inutile quand on peut faire pain + un barre de chocolat noir). Pour le petit déjeuner c’était café au lait, ou quand les parents y étaient opposés comme les miens car maman était en avance sur son temps et très diététique, du babania qu’il fallait cuire. Nos mères se sont ruées sur le Nesquik instantané à son arrivée, je me suis ruée sur le retour du banania à l’ancienne quand il est revenu…

Les réfrigérateurs étaient rares (on commençait à dire « frigo » rapport au frigidaire qui est une marque). Les courses étaient faites tous les jours et on faisait bouillir le lait scrupuleusement. La télévision était quasi introuvable, (en noir et blanc avec une seule chaîne), les téléphones encore plus. Si papa avait une voiture il avait toute la place pour se garer, et en dévalant la route en patins à roulettes qui sciaient les chevilles avec leurs courroies, on pestait contre ces maudites voitures… Car on jouait beaucoup dehors (maman souriait et appelait cela « le sirop de la rue » cette attirance que nous avions pour le « dehors »), dès qu’il faisait beau. Sinon on lisait. Bibliothèque rose, puis verte, puis rouge et or, rouge et or Dauphine… Nos parents vérifiaient que c’était « de notre âge » et se coltinaient nos futures lectures. Sinon ils nous sélectionnaient de leurs vieux livres à eux, bibliothèque verte de l’époque qui vaut une fortune aujourdh’ui.

Les enfants étaient tous propres à 18 mois maxi (ils n’avaient pas de problèmes à maîtriser leurs sphincters comme maintenant). Quand on lave des couches en tissu à la main ou à la lessiveuse, cela motive pour que l’enfant soit propre. La maman travaillait rarement et s’occupait de sa marmaille (la contraception ne fut légalisée qu’en 1969 et eut du mal à percer), qui dépassait généralement 2 enfants sans que cela ne choque personne.

L’instituteur avait parole d’évangile. Rentrer avec une mention en rouge dans la marge d’un cahier, c’était s’exposer aux foudres paternelles ou maternelles, voire avec de la chance comme moi, les deux. Et les parents de mauvais élèves se rendaient tête basse affronter le maître ou la maîtresse. Dans les petits village l’instituteur était d’ailleurs automatiquement secrétaire de mairie ce qui posait un homme ou une femme.

Le feutre n’existait donc pas (là je remonte avant l’âge de pierre). On faisait des fresques murales avec des crayons de couleur (ben oui on faisait aussi des bêtises).

Et quand on arrivait à un certain âge, maman acceptait à contrecoeur que l’on troque couettes et nattes pour la queue de cheval des « grandes » et nous achetait la gabardine de rigueur. Tout le monde savait que l’on rentrait dans le monde des grands, bien surveillées tout de même par les parents… Allaient se pointer bientôt les mâles du secteur en pleine mue que papa appelait « les chiens qui vont venir pisser devant ma porte », (mon grand père préconisant la sortie d’un parapluie rouge pour les éloigner, ce qu’il regrettait visiblement de ne pas avoir fait (non pas qu’il ait des regrets, mais maman l’avait fait grand père un peu jeune, avec l’aide de papa, totalement désintéressée, s’entend…))…

A nous la belle vieQu’on étaient belles avec nos gabardines et nos queues de cheval de grandes ! Toute la vie devant nous, et que des espoirs !
(la fille de droite avait du bol : la frange c’était « mauvais genre »)

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