B comme Belle au bois dormant

La_belle_au_bois_dormant_bel8Avant de vous faire les contes les plus atroces et les plus barbares, je me devais de faire un petit tour  dans ce bois sympa où l’on a le droit de roupiller tout à son aise.

Déjà le concept m’a toujours plu : être obligée de dormir ! 100 ans en plus !  J’ai toujours aimé dormir et vivre une autre vie au travers des rêves, ce qui n’est pas top en ce moment.

Donc au départ, c’est un conte de Perrault, strictement réservé aux adultes  Dans cet horrible cas de figure, l’histoire ne se termine pas avec le mariage du prince et de l’endormie : la mère du prince est une ogresse… (aurait fallu que je chourre à Mrs Bibelot son intégrale des contes de Perrault de collection, ne serait-ce que quelques jours, la tâche était rude) qui veut bouffer sa bru (normal) et ses petits enfants (ça c’est moins normal)

Disney a bien entendu revisité le mythe et tout changé. C’est un de mes préférés dans les contes anciens mis en dessin animé. Je craque devant les trois bonnes fées, et la très belle maléfique avec son corbeau à l’oeil torve.

Tout d’abord, l’histoire débute classique. Un couple qui ne peut pas avoir d’enfants (c’est incroyable ce qu’il pouvait y avoir de couples stériles jadis, sans pollution pour tuer l’ovule ou perturber le spermogramme), et qui se retrouve du jour au lendemain (une distraction), avec une petite fille. Généralement c’est une fille qui vient à point à qui sait attendre, jamais un garçon, c’est étrange (voir Blanche Neige !) (ce n’est jamais une de mes filles non plus, c’est bien dommage, comment qu’elles vous auraient revisité le conte de fées avec leurs bricolages, draguages, voyages, fugues, et autres…).

Grande fête dans le royaume pour célébrer le BB. Vient le roi voisin avec son fils à qui les parents sympas destinent leur enfant (sans se demander s’il sera charmant ou non). Les trois bonnes fées sont là bien entendu, pour faire chacune un voeu. Alors : une jolie voix c’est l’évidence même. Si Disney ne peut pas nous placer deux ou trois chansons de l’héroïne il ne peut pas faire un dessin animé, tout le monde sèche en mordillant son crayon (oui c’était le vieux temps avant les images de synhèse) (et moi perso, trop de chansons ça me gave, mais ça me regarde). Pour la petite sirène il a fallu qu’il nous colle la jolie voix quand même quand elle est muette (je sais il était mort depuis longtemps, mais je parle des studios).

La beauté en don également, bien sûr : z’avez-vous déjà vu une princesse moche ? Non ? Il paraît pourtant que l’histoire a eu son quota de mochetées en grande majorité, avec le prince non charmant dépité… La troisième n’a pas le temps de l’ouvrir que se pointe Maléfique, la méchante, que l’on a oublié d’inviter (et pour cause). Elle lance une malédiction sur la pauvre enfant « qui avant l’âge de ses 16 ans, se piquera le doigt à la pointe d’une quenouille ce qui la tuera »… Déjà il faut savoir ce qu’est une quenouille, un fuseau et tout le bataclan… Difficile à expliquer à des enfants qui n’ont jamais vu leur mère seulement tricoter…

Ne reste à la 3ème fée qu’à essayer de contrecarrer ce sort atroce qu’elle ne peut pas tout bêtement annuler, sinon l’histoire s’arrête là. La demoiselle tombera dans un sommeil qui certes sera fort long (des clous !) (on ne parle plus de 100 ans déjà, comme dans le conte d’origine), mais un baiser d’amour la sortira de ce si long sommeil (laissez moi dormir).

Les 3 bonnes fées décident de s’occuper de l’enfant (n’importe quoi ! Perrault doit se retourner dans sa tombe !), et l’emmènent dans la forêt pour l’élever normalement, sans magie, loin de toutes les quenouilles que le roi a fait brûler.

Là se pointe au bout de 16 ans, la première héroïne de Disney qui ressemble à une jeune fille. Blanche neige et Cendrillon c’est peanuts. La belle Aurore a de la poitrine et une taille fine. C’est une vraie jeune fille qui ignore tout de sa destinée mais qui ressemble à une femme. Elle chante dans la forêt (encore une chanteuse !) avec les animaux (encore la faune de la forêt !) et bien naturellement attire par son chant de sirène, le prince Philippe qui avait grimacé devant son berceau 15 ans et 10 mois auparavant (on reconnaît bien là l’homme et son intuition de pinces à asperges…)

Bref : ils vont tomber amoureux en deux temps trois mouvements, comme dans les films (d’ailleurs c’est un film). Ils prennent un rendez-vous crapuleux d’amour pour le soir, dans une cabane dans le vallon (il saura lequel). Mais Maléfique recherche la gamine depuis sa naissance. Elle va avoir 16 ans ce soir, elle n’a plus que quelques heures, et il n’est pas question qu’elle loupe son sort. Encore une obsessionnelle. Ca pullule dans les contes (avec les marâtres et les chanteuses)…

Fort heureusement les fées se disputent à grand coups de baguettes sur le « rose », ou « bleu » de la robe de rêve (Perrault est définitivement à plat ventre dans sa tombe), ce qui alerte le corbeau de la sorcière parti à la recherche de la belle… Bien évidemment la Maléfique arrive à ses fins. Elle ressort un vieux fuseau de derrière les fagots, truque la cheminée du château parental, hypnotise la belle pour qu’elle se pique le doigts et s’endorme, et kidnappe le prince au baiser d’amour au passage pour le garder pour plus tard (dans 90 ans environ).

Là, Disney a fait très fort. Les petites fées vont découvrir que c’est le prince Philippe qui est amoureux de la belle et Visse Versailles, elles vont l’accompagner pour l’aider à sortir Aurore de son sommeil qui au départ devait être fort long. Si l’on compte bien, entre la délivrance du prince capturé pour ne pas chercher sa belle, les ronces qui poussent autour du château comme des orties et le passage dragon qui sera fatal à Maléfique, elle aura dormi maximum 3 heures, c’est trop horrirrifiant ! (une nuit de 3 heures, j’appelle cela de l’insomnie).

Mais bon bien entendu, elle supporte bien l’insomnie comme toute princesse qui se respecte, se réveille fraiche et rose et sans poil aux pattes pour aller danser avec l’homme de sa vie, sans s’étonner de rien (comme Blanche neige, ont-elles des neurones ?), en changeant de couleur de robe toutes les 3 secondes, sous les yeux émerveillés de ses parents qui la retrouvent.

Je le trouve très tarte ce dessin animé. Je l’adoooore. D’ailleurs Pulchérie et Delphine le connaissaient par coeur, comme les enfants savent le faire quand il ne s’agit pas de règles de grammaire ou de tables de multiplication. Elles me l’ont souvent « fait » en son, en voiture, en m’épargnant le « quand c’est qu’on arrive »…

Par contre, par rapport au conte véritable, il y a vraiment un nom respect de l’auteur…

B comme Blanche neige…

Blanche_neigeUn vrai conte de fées !!! Le premier que j’ai appris à Pulchérie avec un livre illustré Disney (car j’adoooore Disney). Je n’aurai pas trop de 3 vies après celle là, pour expier mon péché.

Pour Delphine j’aurais voulu édulcorer un peu, mais je me faisais reprendre par l’ainée…

Il était une fois… Une femme (reine) qui désespérait d’avoir un enfant. Elle brodait sur son balcon, sous la neige (!) (je ne vous retiens pas, allez broder sur votre balcon sous la neige), dans un fauteuil en ébène et se piqua le doigt avec son aiguille. Une goutte de sang tomba sur la neige, et elle fit un voeux : avoir une fille qui aurait les cheveux noirs comme l’ébène, la peau blanche comme neige et les lèvres rouges comme le sang qu’elle appelerait « Blanche neige » (ne cherchez pas la scène, elle est désormais coupée, mais existait bel et bien quand j’étais petite, on voyait la mère de Blanche Neige).

Vous sentez le drame pointer et vous n’avez pas tort. Toute petite que j’étais, j’avais bien compris que broder et se piquer le doigt avec une aiguille était mortel et à fuir absolument. Car la reine meurt en mettant au monde sa fille tant espérée (faut dire qu’il y a de quoi en crever, sans médecin génial à proximité + un anesthésiste). Petite, je croyais que c’était la piqûre qui l’avait tuée cette pauvre femme, d’où ma haine des piqûres (et de la couture).

La mère de blanche neige morte, le père n’a qu’une hâte, se remarier, avec une harpie bien évidemment. Si la marâtre (la femme du père, à ne pas confondre avec la belle mère qui est la mère du mari, mais le terme marâtre est tombé en désuétude) n’est pas infâme, le conte ne tiendra pas debout (voir entre autres, Cendrillon). Il faut en plus que le père décède tout de suite après le remariage, sinon c’est pas drôle (on ne sait pas de quoi il meurt d’ailleurs, ce ne doit pas être important).

La reine est très belle et tient à le rester (la pauvre ignore du temps l’irréparable outrage). Elle tient également à être la plus belle de toutes. Elle déteste Blanche Neige qui s’occupe de la vile besogne au château, mais chante divinement bien (voir Cendrillon) en nettoyant les marches d’un escalier dans le jardin. Son chant attire un prince (forcément charmant, sauf que dans le dessin animé il est assez falot, je veux dire moyennement séduisant) qui s’éprend d’elle (Blanche Neige), bien entendu.

La reine a des pouvoirs magiques (hou la vilaine !) et un miroir qui cause .

Je préfère personnellement faire l’impasse sur l’objet qui me dirait « vous avez une ridule au coin de l’oeil droit, une pustule sur le front, une petite mine ce matin, et vous êtes tout à fait moche quelconque » (brr, j’en frémis).

Le miroir ne sait pas mentir, et il est bien obligé de révéler à la reine qu’elle n’est plus la plus belle, mais que c’est Blanche Neige. Il le sait parce qu’il est magique. La reine se met en colère et décide d’éliminer sa rivale. Courageusement elle fait appel à un chasseur qui doit tuer la petite et ramener comme preuve son coeur dans un coffret (oui oui, on raconte cela à nos enfants, dès 3 ans…)

Le chasseur se dégonfle, Blanche Neige s’enfuit dans la forêt et pour moi c’est un grand moment du film que nos terreurs d’enfants face à l’inconnu, dans cette forêt qui lui semble si hostile (oui, ce dessin animé a sû retracer très exactement nos peurs enfantines). Pulchérie avait très peur également et elle avait bien raison. Jusqu’à ce que les yeux maléfiques se révèlent être de gentils lapins, ratons laveurs, cerfs et biches, etc… (« ouf, on se sent mieux, hein ma chérie ? – Vi » (mère indigne)).

Tout ce petit monde là l’emmène dans une petite maison occupée par des nains (7, c’est le chiffre fatal). La première chose que Blanche Neige voit, c’est que c’est mal tenu. Il faut faire le ménage. Moi j’aimerais bien faire le ménage avec la même aide qu’elle (et tant pis pour les voisins) car tout le monde s’y colle : toute la faune de la forêt participe. Après toutes ses émotions, elle va s’écrouler sur plusieurs lits et s’endort. Tout va bien, l’enfant est serein (il a zappé le coup du chasseur et du coeur dans le coffret).

Les nains rentrent du boulot hé ho hé ho. Ils trouvent Blanche Neige et décident de l’adopter. Ca tombe bien, elle est bien là au fond des bois, où un jour son prince viendra… Je ne sais pas si Freud à fait une étude sur Blanche Neige habitant avec 7 nains, d’ailleurs je déteste Freud. Mais j’aimerais bien savoir ce que les psys en pensent… (hé hé… « oui ma chérie je tourne les pages »).

La reine apprend du miroir toujours franc, que Blanche Neige est vivante et qu’elle a été duppée. Toute femme la comprendra, il faut faire quelque chose. On ne peut faire confiance à personne qu’à soi-même (et encore !) et elle va s’occuper du cas elle-même pour être certaine du résultat. Elle décide de se transformer en immonde vieille femme (quand je pense que c’est cela qui me guette, « oui je tourne les pages ma chérie »), et empoisonne une pomme pour tuer endormir la malheureuse enfant. Notre malheureux enfant à nous ne moufte pas sur le coup du poison et continuera à bouffer des pommes (c’est admirable !)

Je vous passe la visite de la vieille dame horrible et ses conseils sur la tarte aux pommes meilleure que celle aux prunes, l’autre andouille de boniche des 7 nains qui goûte la pomme (alors que tous les animaux l’ont avertie de quelque chose) et se pâme par terre (forcément c’était empoisonné), la poursuite des nains qui vont réussir à faire mourir la vieille sans y toucher (bien fait !) « c’est quoi les oiseaux qui s’envolent maman ? » « des vau… des vauriens ma chérie… »

Et les nains ne peuvent se résoudre à l’enterrer tellement elle est belle (blanche neige) (« c’est quoi enterrer maman ? » « oui je tourne la page mon trésor »). Ils lui font un cercueil de cristal où chacun peut la contempler.

Le prince arrive sur son cheval blanc (j’aime bien un cheval noir aussi, mais bon, dans les comtes, ils sont forcément blancs). Il ne se dégonfle pas lui, il soulève le couvercle du cercueil et embrasse la morte (berk)  (oui tout le monde pense qu’elle l’est). Du coup elle déglutit son quart de pomme et se réveille. Le prince la prend dans ses bras, et l’emmène chez lui et gnagnagna…

TOUT VA BIEN !

Quelle belle histoire pour nos enfants… Et il y en a pour critiquer qu’on les laisse regarder (accidentellement) les informations qui sont souvent traumatisantes ! (le prochain qui pointe son nez, je pourrais lui faire l’intégrale de Disney, après il se remettra de tout !)

Le syndrome Blanche Neige c’est rester chez soi à récurer (en chantant), en se goinfrant de tartes (aux prunes) en attendant que le prince charmant sonne à la porte. On peut aussi s’ouvrir les veines et attendre les pompiers : à mon avis ce sera plus efficace…

Marie Laure…

J’ai remarqué que dans la vie, nous rencontrons tous un jour ou l’autre une situation extraordinaire, digne d’un film alors que tout le monde dirait que le scénariste avait du voir la vierge avant d’écrire l’histoire et fumé l’intégralité de la moquette. Ou bien qu’il avait fumé l’intégralité de la moquette avant de voir la vierge.

Marie Laure travaillait dans une petite société depuis 10 ans. Elle s’était arrêtée 3 ans après avoir mis au monde des triplées conçues de manière normale, un cauchemar, puisque nés 14 mois après l’ainée….Et puis son chef n’avait pas supporté les triplés et les 3 ans d’absence, et surtout son retour qui éjectait la remplaçante avec laquelle il entretenait des relations torrides et plus que louches…

Vers 1985, ça se faisait déjà de pousser quelqu’un à la démission. On en parlait moins par contre. Marie Laure commença à vivre un histoire abominable au travail. Impossible de démissionner : c’était une chançeuse et son mari l’avait quittée sans le vouloir en lui laissant sur les bras une petite fille de 18 mois, des triplés de 4 mois et une petite assurance vie qu’elle avait forcément épuisée, pendant le congés qu’elle était obligée de prendre. Nourrice pour 3 = salaire.

Marie Laure donnait beaucoup : du sourire, de la bonne humeur, des conseils demandés. Marie Laure avait un don très sûr et quand elle disait « j’ai un pressentiment, une intuition », nous prenions des notes pour vérifier après. Nous avions donc sympathisé fortement, moi la sorcière un peu voyante et elle tout simplement voyante.

Son Truchon à elle, finit par la virer malproprement. Elle était en pleine procédure prud’hommale, dans une mouïse pas possible avec ses quatre gosses, quand elle a reçu un appel : elle était compatible avec un leucémique en attente de greffe urgente.

Ca, elle se doutait que cela arriverait un jour. Alors qu’elle donnait tout bêtement son sang, elle avait été contactée par le centre de transfusion. Groupe, rhésus, sous-groupes : elle avait tout pour être compatible faute de mieux avec beaucoup de personnes. On lui avait donné une chance sur 10 000, ce qui est énorme, après avoir pratiqué des examens complémentaires.

Elle se rend à l’hôpital, avec quelque part au fond d’elle même un curieux sentiment. Le don est anonyme. Donneurs et receveurs ne sauront pas qui… C’est certainement souvent dommage. A son sens c’était à revoir… Voir le visage de qui vous a sauvé la vie, voir celui que vous avez contribué à sauver, dans le cas des dons faits de notre vivant, cela devrait être autorisé.

RV pris en urgence, on procède aux prélèvements obligatoires pour vérifications. Appel dans le cabinet du médecin avec qui elle discute. A ses réponses, à son air gêné, à la manière dont il parle, elle comprend tout à coup que le malade qu’elle peut sauver est en ces murs. Dans cet hôpital même, cas de figure très rare.

Elle pose la question, mais évidemment le médecin ne répond pas. Elle doit revenir le surlendemain. Si les résultats sont positifs, on effectuera le prélèvement de moëlle le plus vite possible. Qu’elle vienne avec son sac.

Elle confie les triplées à sa soeur, la « grande » à sa mère, et se pointe avec sa valise, avec toujours cette curieuse sensation. C’est bon, elle est compatible avec un petit garçon de 8 ans. Le prélèvement sera fait à 16 heures, car le don pourra être fait immédiatement. Ce petit garçon de 8 ans, est donc bien là, dans cet hôpital.

Elle se mettra en pyjama le plus tard possible Marie Laure. Elle pose son sac dans sa chambre et part en pédiatrie enquêter. Avec toujours une curieuse sensation. Il y a la chambre 14 dans laquelle elle rentre en ayant frappé. Un petit garçon d’environ 8 ans, et sa maman. Un petit garçon tout pâle qui n’a pas l’air bien du tout. Elle s’excuse, comme les deux fois où elle s’est arrêtée : elle cherche un petit garçon en attente de greffe de moelle.

« Oui c’est lui » dit la maman « heureusement, il y a un donneur ici même. Il recevra le don tout à l’heure ».

Bien sûr qu’elle regarde le petit garçon. Elle a envie de lui dire, de leur dire « c’est moi »… Fugitivement, elle regarde le nom sur la fiche accrochée au bout du lit et se crispe : c’est le nom de Truchon. Un nom de famille rare.

La porte s’ouvre derrière elle, et comme dans un cauchemar elle voit Truchon rentrer. Non pas l’homme abominable qui la harcelait et voulait sa peau, un père abattu, ruiné. Mais elle ne revit que des mois et des mois de souffrances. Souffrances d’autant plus fortes qu’elle avait perdu son soutien, son épaule. Désormais on l’appelle « Veuve Y »

Truchon se fige

  • Qu’est-ce que vous faites ici ?

  • Je suis venue donner ma moëlle à un petit garçon de 8 ans

  • …maintenant que vous savez que c’est de mon fils qu’il s’agit, vous pouvez partir…

  • la mère se lève …

  • non je ne partirai pas. Si cela avait été vous, oui, je suis certaine que je serais partie, mais votre petit garçon ne m’a rien fait, et sa mère non plus. Je sais maintenant que je serai votre pire cauchemar : celle à qui vous avez fait tellement de mal et qui a sauvé votre fils. Je sais que vous ne pourrez jamais le regarder sans penser à moi et que vous regarder dans la glace sera difficile… C’est ma pire vengeance.

La greffe a pris. Marie Laure a refusé de recevoir les parents pendant son hospitalisation de 2 jours, couverte de fleurs qu’elle l’était par la mère sans doute. Elle est rentrée chez elle avec les fleurs, le coeur gros quand même, parce que revoir l’autre… C’était trop difficile. Et que l’on peut être bon et se poser des questions. Elle avait contribué à sauver les gènes de Truchon qui avait aussi été un enfant innocent.

Le prud’homme s’est arrêté net, sur une transaction 4 fois supérieure à ce qu’elle demandait. Et un matin dans sa boîte aux lettres, un chèque de Truchon à son ordre, de 350 000 F avec un acte notarié pour les impôts.

Le prix d’une vie, de la vie d’un fils. Et Marie Laure n’a pas déchiré le chèque. Ca c’est dans les films…

La vie voulait tout simplement être clémente avec elle pour une fois. Elle n’avait rien exigé, elle avait juste dit qu’elle deviendrait « le pire cauchemar ». Il est réel qu’elle aurait pu partir, refuser de donner sa moelle condamner l’enfant à la mort et le père au chagrin éternel. Le père le savait et connaissait sa culpabilité.

Elle me l’a confié un jour « quand j’ai vu ce môme livide et maigre, sachant que je pouvais le sauver, je n’aurais pas pu me débiner ». Mais Truchon qui avait l’âme mauvaise a pensé que lui était capable de se débiner. Puisqu’il a pensé spontanément que c’était ce qu’elle allait faire. Du coup, il a préféré payer.

Mais peut-être a-t-il du mal à se regarder dans la glace tout de même…

P comme Parent d’élève…

Parents_d__l_vesVous étiez parents tout court, et puis un beau jour le petit ou la petite passe le seuil de l’école maternelle, et vous voilà parents d’élève…

Vous allez devoir affronter des instituteurs successifs, avec lesquels le courant ne passera pas forcément (mais pour le bien de l’élève on la boucle), des bulletins qui se seront pas tous glorieux, et puis surtout, surtout, d’autres parents d’élèves.

Je faisais partie de ceux qui n’ont pas trop de questions à poser à la réunion fatale du début d’année : l’instituteur va se charger de nous mettre au courant. D’autres le devancent tout de suite avec une liste de 3 pages car ils n’ont que des questions et des objections à tout : repérez les, ils vous gonfleront pour toutes les réunions à venir, si vous ne déménagez pas. Les enfants en effet se suivent généralement d’une classe a l’autre.

Pulchérie avait une copine de CM2, (pendant que Delphine débutait son CE1 dans cette école où elle allait faire tout son primaire) dont la mère m’a pourrit la vie pendant toute l’année scolaire. A savoir qu’elle était en compétition, via sa fille, avec tous les autres parents d’élèves. Pas de chance pour elle, la classe était dominée depuis le CP (Pulchérie tombait là tout à coup) par deux têtes d’exception que sa fille n’avait aucune chance de battre. Je savais par contre par Pulchérie, toujours honnête et outrée par la triche, que Ludivine copiait plus que largement sur une des deux têtes d’où une baisse de résultats si une grippe venait à terrasser l’autre.

La seule conversation de cette femme était « combien Pulchérie a-t-elle eu à sa compo de maths ? 17 ? Ludivine a eu 1/2 point de plus » (m’en fous). « Jusqu’à quelle heure Pulchérie travaille-t-elle le soir ? Ah mon dieu, Ludivine révise jusqu’à 22 heures » (m’en fous toujours). Elle prenait la parole dès le début d’une réunion et ne la rendait à l’instituteur qu’après l’intervention exaspérée d’un autre parent (elle était brouillée quasiment avec tous, d’où son affection pour moi, fraîchement débarquée « en CM2 »).

Passage en sixième, Pulchérie échappe à Ludivine qui se retrouve dans une autre classe, sans les grosses têtes. Je me croyais débarassée de la mère : j’avais tort. Je me suis toujours demandé si elle n’avait pas placé des micros espions dans ma voiture, voire même la maison de mes parents, pour savoir quand j’en sortirais. Je la voyais surgir, poussant la poussette de son 4ème pour me raconter les déboires de Ludivine travaillant jusqu’à minuit à s’en user les yeux (bien fait la copieuse) et s’enquérir des (bons) résultats de Pulchérie qui la consternaient dans la mesure où elle s’était traînée derrière l’autre avc 1/2 point de retard pendant le CM2. Il m’a fallu lui préciser un jour « les résultats scolaires de Ludivine ne m’intéressent pas du tout, d’ailleurs demandez-vous pourquoi elle s’en sort mal sans Charlène à proximité » pour en être débarrassée (je sais ce n’est pas charitable, mais il faut ce qu’il faut, je n’allais pas me l’appuyer une année de plus). Elle m’a quittée ce jour là rouge comme une framboise et outrée, mais bon c’était pour une bonne cause (la mienne).

Il y a plusieurs sortes de parents d’élèves, que l’on retrouve partout :

  • Ceux qui trouvent qu’il y a trop de devoirs

  • Ceux qui trouvent qu’il n’y a pas assez de devoirs

  • Les lèves tôt qui étaient pour le maintien de la classe le samedi matin pour filer faire leur plein à l’hypermarché sans la compagnie de leurs têtes blondes (ou brunes)

  • Ceux qui étaient contre le maintien de la classe le même jour, car ils ont des milliers de choses à faire dès le vendredi soir, y compris filer en province (maintenant c’est de l’histoire ancienne)

  • Ceux qui prennent l’école pour une garderie et y envoient leurs enfants avec une maladie bien contagieuse. Exaspération de l’instit qui voit les rangs se creuser.

  • Ceux dont les enfants n’attraperont jamais un pou, donc, ils ne leur regardent pas la tête et ils ont tort : c’est leur gamin non traîté qui en refile régulièrement aux autres, merci pour les parents qui traîtent leurs enfants (là c’est le terrain miné par excellence)

  • Ceux qui vous toisent parce que leur môme a 1/2 point de plus que le vôtre nananèreu !

  • Ceux qui sous prétexte que vous êtes au chômage donc disponibles, vous refilent leur pétition à faire circuler (que l’on benne vu qu’on n’est pas d’accord avec le samedi non libéré).

  • Ceux qui militent contre l’instit excellent qui est trop sévère, à l’ancienne qui exige du respect non mais, ils rêvent, pour militer l’année d’après contre l’instit qui remplace le précédent cité qui est parti à la retraite et a été remplacé par un jeune franchement trop cool : ils rêvent encore. Ceux là ne seront jamais contents de l’instit sans se poser de question sur leur môme dont ce n’est forcément pas la faute s’il galère parce qu’il n’en glande pas une.

  • Ceux dont l’enfant n’est qu’un pauvre bouchon innocent, alors que votre môme n’est qu’une teigne infâme, même si le bouchon innocent lui a ruiné le tibia droit.

Bon courage à tous et vous saurez pourquoi la vie n’est qu’un long calvaire, car quand le trésor adoré rentre à la maternelle, vous en avez pris pour 15 ans s’il n’y a pas de loupé.

La vie n’est qu’un long calvaire…

T comme Téléphone : moi, 2 filles et 1 seul téléphone

Adolescente_au_t_l_phoneEpoque préhistorique où le portable faisait une timide percée et où je me suis retrouvée dans mon appartement avec Pulchérie et Delphine en pleine crise d’adolescence et seulement une ligne et un téléphone.

Téléphone bien sûr avec cordon…

Je pensais que ce téléphone était ma propriété, puisque j’en réglais la facture. J’avais tort.

A la première sonnerie, bruit de cataclysme dans la chambre des filles (zut tout s’écroule), ouverture sauvage de la porte et double précipitation sur l’appareil à grand coup de « c’est moi ! » « non c’est moi connasse ! » (sinon elles s’entendaient bien et s’entendent toujours bien). J’arrivais toujours trop tard. Quand c’était pour moi, elles me tendaient l’appareil avec réprobation et retournaient faire semblant de faire leurs devoirs.

Malheur à moi si je m’attardais à compatir aux malheurs de Fernande pendant 2 heures. Regardant d’un oeil la télé et me jetant l’autre très noir, elles me faisaient bien comprendre qu’elles attendaient elles aussi éventuellement un appel, voire même plusieurs.

Cas n° 1, appel pour Pulchérie. Delphine retournait dans sa chambre éplucher un kiwi en claquant la porte (les voisiiiinnnnsss !!!!). Pulchérie utilisait un langage codé que je comprenais parfaitement, ayant eu le même avec ma meilleure amie, Mrs Bibelot n°2. Du coup l’ayant compris elle m’enfermait dans la cuisine, s’asseyait par terre, coincée par la longueur du fil (oui, ce n’était même pas un sans fil, ayant eu des déboires avec le premier, antique, j’étais contre), chuchotait à m’en faire rappeler les locomotives à vapeur de mon enfance, et raccrochait au bout de 2 heures. Elle trouvait donc le repas froid et sa soeur hystérique qui avait dû louper au moins 4 appels. S’ensuivaient des échanges délicieux dont les voisins pouvaient profiter (curieusement je ne les entendais plus s’engueuler…).

Cas n° 2, appel pour Delphine. Pulchérie retournait dans sa chambre potasser ses maths en claquant la porte. Delphine s’allongeait par terre et chuchotait à son tour, tout en changeant de position toutes les 30 secondes à peu près. A plat ventre, sur le côté en se grattant le pied, sur le dos les jambes en l’air, reptations illimitées, pour terminer les jambes en l’air appuyées sur le mur (d’où la photo d’illustration). Elle raccrochait au bout de 2 heures et retrouvait sa soeur hystérique et le repas froid elle aussi. Elle s’en fichait totalement, mangeant de tout, à l’époque, et dans tous les états. Bien évidemment elle rétorquait à sa soeur et en faisait profiter les voisins, mais je m’en fichais, le film ayant commencé.

Delphine était la championne toute catégorie du « je me précipite sur le téléphone sitôt rentrée à la maison », (comme moi jadis et cela tapait sur le système de maman, je ne me demande plus pourquoi).

A savoir que Delphine était partie pour le collège le matin avec Marine. Qu’elle y avait passé la journée, toujours avec Marine, qu’elles rentraient ensembles, l’autre habitant quasi en face, parlottaient 2 heures en bas de l’immeuble. Le temps de monter l’escalier, de se poser (compter 1 minute 60 maximum), elle se ruait sur le téléphone pour appeler Marine et commençait sa gymnastique.

Ayant besoin de l’appareil pour mon propre usage, j’étais dans l’obligation de tourner à la mère indigne et d’exiger un « raccroche immédiatement où c’est la baffe, j’ai besoin du téléphone », quand j’attendais un appel ou éprouvait le besoin d’en passer un.

Elles raccrochaient donc, l’une et l’autre me fusillant du regard et quittant la pièce avec un air de princesse outragée très au point. Je prenais donc le téléphone, m’apprêtais à décrocher quand drrriiiiinnnnng !

L’appel attendu ? Non Mrs Bibelot me signalant que ma ligne avait été en dérangement pendant 3 heures, où cela avait sonné occupé pour elle tout le temps. « Mais puisque je t’ai en ligne ma chérie »…

Les deux filles se rongeant les poings dans leur chambre…

1 téléphone par personne de sexe féminin, c’est un minimum…

Est venue l’époque du portable où seule Delphine demeurait à la maison (snif). Hors à l’époque appeler un portable d’un fixe c’était la ruine garantie. J’ai d’ailleurs reçu une note de 1 500 F un jour et demandé à France Télécom « j’exige des explications ». J’ai reçu la facture détaillée et crisé à la vue du nombre d’appels que Delphine avait pu passer sur des portables. Facturation détaillée donc, et achat d’un sans fil que je pouvais coder pour interdire l’accès à certains numéros (je n’ai jamais réussi à bloquer le fatidique 06, mais la facture a fait une chute libre quand j’ai précisé à Delphine qu’il y avait un espionneur de numéros composés sur ce téléphone).

Pas grave, munie du sans fil, quand on l’appelait, elle pouvait faire les pieds au mur ou la chandelle dans sa chambre pendant des heures, à l’abri d’oreilles indiscrètes (moi) (d’où la photographie d’illustration) jusqu’à complet déchargement des batteries.

Maintenant je n’ai bien évidement plus la facturation détaillée… mais tout de même, ma facture a dégringolé significativement après le départ de ma dernière fille…

La vie n’est qu’un long calvaire…

T comme Téléphone : l’homme et le téléphone : l’homme qui adore téléphoner

t_l_phone_r_troJe ne vous referai pas le coup des croisades. Une autre fois peut-être mais pour un autre sujet.

Donc nous avons laissé là Albert et sa phobie du téléphone pour rencontrer l’homme qui aime bien téléphoner. Comme une femme quoi et c’est lassant ! Usant ! Flippant !

C’est Charles Hubert m’appelant 15 fois par jour (au boulot c’est  mieux) pour me dire :

  • Rien de spécial (!)

  • Le facteur est passé, pas de courrier…

  • Au fait j’ai oublié de te dire… (liste non exhaustive de ce qui peut attendre le soir)

  • Comment ça je te dérange ?

  • J’en ai marre d’être au chômage et de devoir t’appeler à ton boulot

  • Je te prends des carottes râpées ? il n’y en a plus (ben il me les prendra de toutes manières)

  • Je viens d’avoir Pulchérie, elle te rappelle au boulot. Ah tu es déjà en ligne avec elle ? Je voulais juste te prévenir

  • Rien sur les petites annonces Internet. Ah je te dérange encore ? On voit bien que tu ne sais pas ce que c’est qu’être au chômage (ben si j’ai su)

  • Comment on fait avec l’aspirateur ? Le brancher ? Oui bien sûr…

  • Qu’appelle-tu exactement : passer la serpillère dans la cuisine ? J’ai pris un torchon et le balais, c’est un peu mouillé mais quand tu rentreras ce sera sec. Quel produit ? Non j’ai juste pris de l’eau

  • Le chat n’arrête pas de miauler je ne sais pas quoi faire. Non il n’a pas l’air malade.

  • Toujours rien de spécial

Le pire c’est l’accro du téléphone au boulot. Il a 3 portables (?) et sa ligne fixe sur laquelle je peux lui transférer ses appels. S’il pouvait se faire greffer un portable à la place du bras gauche, il serait volontaire pour l’expérience (sa femme s’insurge et ses gosses aussi).

Mon ancien patron qui depuis à pris sa retraite (Dieu soit loué, Allah agbar (ne pas me reprendre sur l’orthographe je ne maîtrise que 3 phrases en arabe et non écrites), par Toutatis et tout le tralala)) ne pouvait absolument pas se passer de son portable. Il m’appelait pour un truc bien sûr supra urgent, et passait sous mes yeux éberlués tout en continuant à me causer dans le téléphone : en fait il avait décidé de m’appeler alors qu’il se garait en bas des locaux de la boîte, ne pouvant attendre 15 secondes pour me dire le truc urgent. Et moi le croyant loin, et le voyant passer « au secours le v’là ! Pitié ! A l’aide ! » (je goupillais ses voyages pour qu’il parte bien tôt et revienne bien tard, il s’est toujours étonné de la surcharge dans les trains, avions et autres, à des heures décentes).

Le collègue aux 3 portables avait une spécialité : il filait dans le stock pour vérifier un truc urgent également (c’est toujours urgent, un jour la terre s’arrêtera de tourner) en oubliant ses portables qui bien évidemment en son absence vont bourdonner comme des malades (il aimait bien le mode vibreur pour s’épargner les tympans quand il était déjà en ligne), sauf pour un qui reproduisait l’antique sonnerie du téléphone des années 60 : drrrrrinnnnnng !). Remontant pour prendre connaissance de mes nombreux messages sur le fixe, il prenait connaissance des autres et était in-joi-gnable pendant le reste de la journée. Pour une chantier à 1 million d’Euros, je pardonnais , pour un joint à 10 je m’insurgeais .

Pour le devis à 1 million à traiter en urgence, il était injoignable, ses trois portables me renvoyant sur le répondeur « déjà en ligne ». Il n’avait que deux oreilles et deux bras, à moins que quelque chose ne m’ait échappé.

A la maison (donc on quitte mon chef, et mon collègue déjanté) c’est l’homme qui se précipite sur le fixe (conservé au caz’où) avant nous, ce qui est humiliant parce qu’il nous coiffe toujours au poteau. Pour raccrocher au nez de notre meilleure amie : il attend un appel important rapport à son chantier en cours alors n’est-ce pas…  Qu’elle rappelle dans deux mois… Et son portable bourdonne jusqu’à 23 heures et dès 7 heures du mat.

On reprend le téléphone fixe quand il est parti forer la mer du nord à la recherche de pétrole (original), pour découvrir qu’on en a perdu le mode d’emploi (c’est ballot, mais il a acheté le plus compliqué qu’il pouvait, à lui aucun téléphone ne résiste)

C’est diabolique un homme qui squatte le téléphone…

Et la vie n’est qu’un long calvaire

T comme Téléphone : l’homme et le téléphone : l’homme qui n’aime pas téléphoner

Moyen__geIl y a eu toute une longue histoire sans téléphone. Maintenant on n’imagine même pas que cela ait pu ne pas exister, alors que si l’on regarde de près, dans l’histoire humaine, on vient juste de le découvrir.

Au moyen âge par exemple, Tristan s’en allait pour les croisades en abandonnant Iseult la blonde qui n’attendait que peu de nouvelles, car Tristan devait faire appel à un chevaucheur pour la joindre la poste toute bête n’existant pas non plus.

A savoir que parti depuis 4 mois du Pas de Calais et enfin arrivé à Aigues Mortes pour embarquer vers une terre sainte, Tristan réalisait qu’il n’avait pas dit l’essentiel à Iseult. Il dépêchait donc un chevaucheur à la belle et n’attendait que peu de réponse :

  • Parce que le chevaucheur pouvait croiser une épidémie de peste et s’arrêter là

  • Parce que le même pouvait très bien ne jamais arriver à bon port, les routes n’étant pas sûres (exit le doux billet « ma doulce amie je vous aime » piétiné par un brigand)

  • Parce que si le chevaucheur arrivait à bon port, la réponse d’Iseult (« moi de même mon bel ami, j’ai grande crainte pour votre vie et vous attends avec hâte » (bête en plus la belle, comme s’il pouvait revenir comme cela) pouvait ne jamais parvenir à Tristan pour les raisons suivantes :

  • Parce que Tristan avait laissé une indication vague au chevaucheur « je serai avec les armées du roi » et que le chevaucheur enfin arrivé à bon port au bout d’un an, comme tout homme qui se respecte se refusait à s’enquérir du chemin à suivre. Sinon il aurait sû que Tristan était coincé en crête suite à un détournement de navire et que le roi l’attendait justement et pouvait se charger de la missive.

  • Parce que les dangers étaient les mêmes pour le chevaucheur au retour vers Tristan, avec le courrier précieux (peste, bandits de grands chemin)

Sur l’image c’est Tristan qui revient des croisades au bout de 7 ans, et Iseult en cloque pour la 4ème fois du baron pas fou qui, lui n’était pas parti et lui a fait une cour assidue (Iseult à cédé : le chevaucheur n’était pas arrivé).

Aujourd’hui les routes sont sûres (qu’on croit), et une histoire pareille est à dormir debout, parce qu’il y a le téléphone !

Tristan ayant pris le TGV vous appelle de Marseille (Aigues Mortes est dans les terres maintenant, rapport au Rhône capricieux et son delta) 5 heures après être parti et vous hurle dans les tympans « Je t’aime, j’arrive !). Ceci pour le cas où il n’aurait pas de portable, sinon tout le wagon aurait profité de son amour fou (se déclarant au départ du train et il est coincé dedans jusqu’à Nîmes).

Albert était un champion toutes catégories du « j’aime pas le téléphone ». A notre époque lointaine, il n’y avait que le fixe qu’il décrochait le moins souvent possible. D’ailleurs je m’en chargeais, comme toutes les femmes j’adore le téléphone (sauf au bureau bien sûr, mais c’est pour moi du passé). Et puis, toujours à cette époque lointaine, pas de signal d’appel, pas de sans fil : qui appelait c’était toujours la surprise, et on était coincés sur une chaise l’engin fiché dans l’oreille tout le temps de la conversation.

Parfois Albert était obligé de décrocher l’appareil, moi étant prise ailleurs (tétée, change, bain du bébé, toutes choses qu’on ne peut pas lâcher sur l’heure pour se ruer sur l’engin, les escalopes pouvant bien brûler). Au son de sa voix je savais que cela pouvait être ma mère (une heure, occupes toi des escalopes), ma meilleure amie (deux heures, va voir les escalopes), une copine déprimée (nuit foutue les escalopes aussi). Il haussait le son de la télévision régulièrement pour me rappeler à l’ordre et me demandait exaspéré après raccrochage « mais qu’est-ce que vous pouvez bien avoir à dire pendant des heures !!!! (alors qu’il avait tout entendu)

Parfois il tombait sur son père. S’ensuivait une conversation extraordinaire et grandiose :

  • « Ah papa ! Ca va ?

  • « Ca va et toi ça va ?

  • « Ca va

  • « Bon bah tant mieux, tiens je te passe ta mère »

S’ensuivait un long calvaire pour Albert qui subissait sa mère et essayait de me la refourguer malgré mes dénégations fanatiques (j’aime bien parlotter au téléphone mais pas avec belle maman).

S’il m’appelait c’était pour une urgence extrême : guerre nucléaire, alerte au cyclone, préavis de peste bubonique ou pulmonaire. Sinon, il ne voyait pas l’intérêt du téléphone… Donc il ne s’usait pas l’oreille (sauf quand il agonisait dans son lit et que j’avais eu l’audace de le laisser seul pour aller bosser. Là il pouvait m’appeler 15 fois pour que je suive l’évolution des symptômes et rapplique avec un prêtre)

Il paraît qu’il a un portable maintenant (dixit les filles). Moi j’y crois pô…

La vie n’est qu’un long calvaire…

« V » comme « vlabadaboum » (2)

Mal de têteLe dimanche matin, le téléphone sonne sur les coups de 10 H 45, et mon petit doigt me dit que c’est maman.

Gagné, sans passer par la case départ et sans empocher 20 000 Euros…

« Ma chérie me dit-elle d’une voix mourante, je ne peux marcher qu’avec le déambulateur, j’ai cru que je ne pourrais jamais me lever, je n’ai même pas pu aller faire mes petites courses ».

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