La vache à lait…

allaitementJe ne vais pas vous parler des automobilistes ou des contribuables pas du tout riches…

Encore que comme vaches à lait, ils se posent là…

Il y a pas mal de temps, un article de la Mère Joie sur l’allaitement et le lactarium a ranimé en moi de tendres souvenirs…

J’ai allaité mes deux filles par désir et même besoin profond, me heurtant pour l’ainée à des consignes données qui ne me convenaient pas trop, préférant donc suivre les conseils de Mrs Bibelot qui avait allaité 4 fois.

Pour mes deux filles, à la fin de la montée de lait, à la tombée de la nuit du troisième jour, quand on y voit plus clair,  j’étais transformée en représentation vivante de ce qu’il ne faut surtout pas demander à un chirurgien qui vous propose d’augmenter la taille de vos seins.

Je pouvais poser mon menton dessus, cela résume bien le truc. Surtout que mes seins, à la base, ce sont des oeufs sur le plat…

Avec Pulchérie, le démarrage s’est fait un peu lentement, malgré la quantité de lait qui finissait par se répandre dans le lit. Pour Delphine qui a trouvé le mode d’emploi du truc tout de suite, j’étais un peu soulagée mais pas top.

J’ai donc demandé une tireuse pour me soulager un peu, que l’on m’a refusée, suivant le principe que le corps fabrique le lait qui a été bu (ou tiré, enfin bref, évacué, enfin, OUF !), et que donc, le soulagement ne serait que temporaire sans amélioration en vue…

Là mon corps s’imaginait sans doute que j’avais eu des triplés, et la production ne baissait pas, malgré l’ardeur de Delphine qui parfois donnait l’impression qu’elle allait s’étouffer en tétant, semblant savoir d’instinct qu’une guerre carence puisse être  en vue et qu’il fallait VRAIMENT faire le plein A CHAQUE FOIS.

J’ai finalement (attendant en vain une tireuse)  vu débarquer à l’aube du 5ème jour, quand on n’y voit plus clair du tout, les 3 obstétriciens de la clinique qui avaient besoin de lait.

Par pour eux, je vous rassure immédiatement, pour un petit prématuré qui ne tolérait pas le lait maternisé et  dont la mère restait désespérément sèche.

On m’a donc proposé une tireuse (OUF !), ou bien d’allaiter l’enfançon moi-même. Je n’avais rien contre le fait d’allaiter un autre enfant, mais sa mère étant bien portante, il me semblait préférable qu’elle donne elle-même le biberon rempli de mon lait, à son rejeton. C’était mon point de vue et je le partageais totalement.

J’ai donc exigé réclamé accepté une tireuse.

La livraison eut lieu dans l’heure suivante, la faculté n’en ayant subitement plus rien à foutre de la hauteur de ma production. Pire, ils m’ont dépêché une femme du lactarium de Versailles, qui est venue m’encourager à continuer à donner mon lait après ma sortie de la maternité (à l’époque c’était 8 jours de séjour minimum, mais 10 c’était mieux).

Enfin, non, à le vendre. S’il s’agit d’un don aujourd’hui, en 1984, le lait maternel était acheté par le lactarium à hauteur de 90 F le litre, tout de même.

Les contraintes étaient légères quoique : tirer mon surplus après le passage de ma petite gourmande, via une « tireuse » qui me faisait songer au sort des vaches, mais me soulageait tout de même. Sauf qu’après ma petite gourmande, il me fallait essayer de m’aseptiser un maximum et que je trouvais cela très chiant.

Après chaque grattage tirage je mettais mon surplus non écrémé au congélateur, la tireuse donnant directement sur un biberon stérilisé.

3 fois par semaine, un homme charmant m’apportait des biberons de rechange et emportait ma production 100 % bio.

Et pendant ce temps là, Albert faisait les comptes.

  • 90 F le litre, en admettant que j’arrive à un litre par jour, cela permettrait de changer la literie et le buffet dans 3 mois
  • 90 le litre, en admettant que j’arrive à un litre et demi par jour, cela permettrait de changer la voiture dans un an
  • 90 F le litre, en admettant que j’arrive à 2 litres par jour, Delphine étant déjà passée au steack haché, je puisse maintenir la cadence pendant encore un bon moment, et on pourrait s’acheter une belle voiture, le lait bio maternel n’étant pas imposable…

Aux 4 mois de Delphine j’ai arrêté la tireuse, envisageant de la sevrer deux mois plus tard. Ma production s’est très rapidement adaptée, et le sevrage deux mois plus tard s’est parfaitement passé, étalé sur 4 semaines parce que je ne voulais pas traumatiser l’enfant.

Je n’ai eu comme déboire, vu ma production, qu’un engorgement se présentant comme une clémentine dans le sein gauche, bien évidemment un dimanche matin sinon-ce-n’est-pas-rigolo…

Et pourtant, j’avais sevré vraiment petit à petit… En commençant par stopper le tirage du superflu…

Bref ! Albert a vu la tireuse quitter l’appartement avec les larmes aux yeux, et tous les jours, quand il voyait son héritière téter encore avec application, je voyais bien une infecte machine à calculer réglée sur « perte sèche » s’afficher au dessus de sa tête.

A 90 F le litre, songez donc, nous aurions peut-être pu acheter une villa grandiose en bord de mer, dans le midi de la France… Un jour…

Mais bon, je n’avais pas de rêves fous. Et puis Albert a été désolé d’apprendre qu’ayant supporté la corvée de la tireuse et de la désinfection maximum à chaque tétée,  j’estimais que le chèque de 1590 F que j’ai reçu un beau jour, m’appartenait à moi seule et qu’il attendrait pour payer des enjoliveurs à la R5 (les hommes ont de curieuses priorités).

C’est peut-être à cause de ces 90 F le litre qu’il m’a quittée un jour. Parce que franchement, j’ai vraiment gaspillé à cette occasion là…

Allez savoir…

La vie n’est qu’un long calvaire…