Quand on a mal à son travail

Je sais que je ne serai pas seule sur ce coup là, mais là la coupe est pleine…

Il a arrêté de fumer, sa femme le trompe, il a un troisième testicule qui pousse ou été séropositif à la grippe aviaire, on s’en fout. Trucmuche a pété un plomb et tout le monde trinque.

Alors qu’il a 6 mois tout le monde était prêt à se mettre en 4 pour lui, parce que l’ambiance était chouette et qu’on l’aimait bien, il a décidé de rappeler à tout le monde qu’il était le grand chef, l’unique chef et que cela allait chier.

Et effectivement ça chie un max. Et nous sommes prévenus en plus : ce n’est qu’un avant goût du pire qui nous attend… On a touché le fond, mais il a prévu une pelleteuse pour creuser.

Maintenant on équipe les voitures de société (m’en fous j’ai ma vieille caisse, mais je déteste le principe)  d’espionnage par satellite dès fois que les plus fous de boulot soient en fait dans une maison close et non pas en clientèle à l’heure dite (à la demande générale, tu parles Edgard). Ca réjouit tous ceux qui bossent samedi et dimanche et sont capables de poster un mail à 22 H 40 alors qu’ils ont femme et enfants.

Maintenant on demande à chacun de faire le ménage sur le serveur, alors qu’il y a 6 mois c’était « gardez tout !!! ». Sauf que de garder tout, ça prend une place pas possible. Et le ménage il faut le faire en 5 minutes… Tout en faisant son boulot du jour d’ailleurs qui s’entasse… On a tort de se donner du mal, le ménage il le fait : il ne sait pas ce que c’est : supression directe.

Maintenant ça gueule sur tout le monde. Avant c’était convivial, désormais on ne croise que des visages livides, décomposés. Depuis quelques temps il dit vaguement bonjour d’un air haineux, ne sert plus les mains, et gueule sur tout le monde, sans aucun respect. Depuis qu’il est zen, il a donné à tous une tâche qui ne rentre absolument pas dans ses attributions, à faire en plus, quand on peut, il ne veut pas le savoir. C’est réunion sur réunion, réorganisation totale, décidée de manière unilatérale par lui. Il trouve un dossier sur le serveur qui l’énerve parce qu’il a la flemme d’aller voir de quoi ça cause ? Poubelle. 3 mois de travail de perdu pour celle à qui il avait dit « mettez le là, je vais le classer ».

On bosse et tout à coup le fichier disparait : il ne sait pas ce que c’est, il jette. Il traque tout et il a accès à tout, passe sa journée à espionner tout le monde, d’ailleurs nous sommes prévenus, nos téléphones auront des mouchards et internet aussi. Beaucoup savent qu’ils payent pour ceux (très rares) qui ont abusé, mais là c’est lui qui abuse. Car comme il a accès à tout il sait bien qui va consulter « Je redoute » à l’heure du déjeuner ou bien « petites cochonnes.com »  après retour à 22 H 30, en récoltant un virus qui plante l’ordi….

C’est tout le monde soudain qui a envie de lui flanquer un coup de fusil dans le café. Tout le monde qui vient en marche arrière. Bien sûr il y a ceux qui savent qu’ils trouveront ailleurs dès hier s’ils le veulent et envisagent de partir. Mais il y a les autres… Comme moi, qui vit (mal) de mon seul salaire. Je ne suis pas la seule. Et à l’aube de la cinquantaine il n’y a rien pour une secrétaire, même chevronnée…

Il y a tous ceux et de plus en plus nombreux qui carburent à la pilule rose pour tenir le coup, car ils ont l’impression justifiée (ou non) qu’il veut les pousser à la démission. Tous ceux qui ne dorment plus ou si mal, qui partent de chez eux avec des nausées le matin et qui vomissent le dimanche parce qu’il faut y retourner demain… Les kg qui sont perdus ou pris actuellement, suivant que l’angoisse coupe ou augmente l’appétit, personne ne veut en faire le compte.

Il y a tous ceux qui sont malades de leur travail et sur qui on hurle « si cela ne vous plaît pas, vous n’avez qu’à aller voir ailleurs !!! ». Il y a votre sorcière qui en est tombée à moitié dans les pommes l’autre matin parce qu’il gueulait comme un malade qu’elle n’était « même pas fichue » d’accrocher le tableau dont il avait besoin en urgence dans son bureau, et à qui il a dit qu’il mettait la pression et que ce n’était qu’un début. Il y a celle dont il a flanqué l’armoire par terre en lui intimant de tout ranger en 5 minutes. Il n’y a plus que de l’angoisse à y aller, le dimanche à être malade en pensant au lendemain. Parce qu’il traque tout le monde pour le moindre « s » manquant, du boulot encore et encore en plus, à faire sinon c’est la porte, ou la faute provoquée, parce qu’il a accès à tout et peut tout modifier.

Il y a les mails que l’on s’envoit chez soi en espérant que le disque dur ne pètera pas un câble, comme lui, avec les copies écran de ce que l’on a fait, parce que le lendemain cela a disparu… Il y a un des délégués du personnel qui se prend la tête, parce que c’est le choeur des lamentations.

Si on pouvait la prendre cette porte, volontairement… Comment qu’on lui déposerait la clef sur le bureau en lui disant « je ne reviens pas demain démerdez-vous ». 30 manquants sur 52 tout à coup, ça lui ferait les pieds, mais il sait que ça ne risque pas de lui arriver.

Si euromillion fait fortune… C’est grâce à des gens qui ont mal à leur travail, l’interdiction de s’en plaindre parce qu’eux ils en ont un, et qu’en France le patron peut faire tyran quand il veut…

Et on se demande pourquoi le français est le premier européen à consommer de la pilule rose… (moi sur ce coup là je peux faire exploser les stats). Au lieu de faire un constat, il faudrait se demander pourquoi… Dans ma boîte, la consommation de pilules roses a fait un bond soudain, depuis que le big boss a pété un plomb… Nous sommes désormais une majorité à en consommer pour tenir le coup… Car si l’on s’absente c’est être dans le colimateur pour 6 mois, lui ne s’arrêtant jamais.

Quand on a mal à son travail on a mal partout. Moi j’hiberne en faisant des cauchemars, mais tout à coup sans l’aide de la Faculté, je ne pourrais même plus dormir…

Et c’est aussi regarder le mal que l’on s’est donné, que l’on nous demande de multiplier par deux en précisant hors témoin « sinon c’est la porte ».

Bref c’est une histoire somme toute ordinaire, mais justement, il n’est pas normal qu’elle devienne ordinaire…

Une sorcière sur le point de s’ouvrir les veines pour avoir autre chose à faire qu’à mal dormir… En fait, du coup je suis partie contribuer au déficit de la sécu en allant voir le Docteur Acromion, alors à ce soir…

Edit du retour : une sorcière à qui le docteur Acromion a bien remonté le moral. Ben oui, il me faut des pilules roses, mais la sorcière ne s’arrêtera pas de travailler, ne donnera aucun motif à Truchon pour lui en vouloir, et tiendra jusqu’au bout. Si un jour il veut la guerre, il l’aura…

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