Entendu en voyage…

avion-copierVoyages, WE, promenade dans un musée, on doit en dire de belles également mais voici mon top :

« Mesdames et Messieurs, ici le commandant de bord qui tient à vous préciser que nous survolons actuellement l’équateur ».  « sors ton appareil photo Gégé et surtout, ne le rate pas« . Gégé déprimé « je ne l’ai pas vu ». « Evidemment dès qu’il y a une photo intéressante à faire, on ne peut pas compter sur toi ». (Un couple un peu… spécial)

« C’est curieux, ils sont tous à l’ombre » (au Sénégal, commentaire concernant les autochtones installés sous l’arbre à palabres). (Un groupe de viticulteurs charentais).

« Pourquoi ils n’arrosent pas leurs champs ? » (toujours au Sénégal, le guide venant de nous signaler qu’il n’y avait pas eu de saison des pluies depuis 4 ans), (les mêmes que précédemment).

« Moi de toutes façons je ne ferai aucune excursion, je déteste les vieilles pierres » (en Egypte). (un con qui a essayé de se faire toutes les femmes du voyage…)

« Ca ne les dérangeait pas tous ces morceaux de piliers par terre pour leur jeux ? » (à Olympie). (une niaiseuse qui ne pensait qu’à ses talons hauts dans n’importe quel site).

« Il y a beaucoup de GO noirs dans ce club » (à Dakar) (Le groupe de viticulteurs charentais qui ne pensait pas qu’il y avait autant de noirs en Afrique).

« Chérie, regarde tous ces rochers au loin, on dirait des récifs » (c’est comme cela que ça s’appelle en mer…) (un niais)

« Ils sont cons de s’arrêter systématiquement dès qu’il y a un passage piétons » (A Stockholm où les gens sont très disciplinés) (un chauffard)

« Mesdames et Messieurs, ici votre commandant de bord. Nous franchissons actuellement le tropique du cancer ». « Ah bon, c’est là que ça s’attrape ? et puis d’abord comment il le sait ? ». Réponse exaspérée du mari « il regarde dans les lignes de la main de son copilote » – « Ah bon ! » (même pas elle était blonde la femme)

« Chérie j’ai oublié de débrancher le fer à repasser, tu crois qu’on peut leur demander de faire demi-tour ? »  (c’est courant quand on a déjà fait 3000 km dans un 747). « Pas la peine de te faire de bile, l’appartement est déjà certainement crâmé donc on ne peut déjà plus rien faire ». (femme flegmatique devant un mari apparemment distrait, mais je suis certaine qu’ELLE, l’avait débranché (le fer))

J’ai dû en oublier, mon préféré restant le passage au dessus de l’Equateur… J’ai senti ce couple en parfaite symbiose…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Petits conseils pour quand vous vous retrouverez enceinte…

Vous pouvez acheter UN livre sur la grossesse et l’accouchement. J’ai dit UN livre, pas UN QUINTAL de livres.

Ne faites pas votre test de grossesse trop tôt. Beaucoup de « retards » de jadis, étaient en fait des grossesses avortant spontanément (1 sur 3 paraît-il). Nos grands mères n’avaient pas d’autres moyens de savoir que d’attendre. 15 jours de retard sur des cycles réguliers c’est l’idéal. S’ils ne sont pas réguliers, vous ovulez peut-être le 21ème jour, voire même plus tard et donc le premier retard est normal. Il existe des jeunes femmes qui ont un test positif 3 jours avant la date des règles et les voient tout de même débarquer. Epargnez-vous cette déception.

C’est positif. Lisez le livre sans surligner au stabilo tout ce qui peut ne pas aller mettez juste des post-it. Vous saurez ce qui ne va pas, votre corps vous le dira, et une fois la grossesse lancée, en règle générale, cela ira bien.

Fuyez le gynéco/accoucheur s’il vous semble alarmiste ou trop inquiet pour rien finalement. N’hésitez pas à l’interroger : pratique-t-il des épisio systématiques ? A une époque c’était pour protéger soi-disant des risques de descente d’organes ou de fuites urinaires. Hors, il est prouvé que sans avoir eu d’épisio on peut ne jamais avoir de problèmes de ce style, alors que la meilleure copine de votre mère, elle, a ces problèmes malgré 3 épisio… L’épisio ne doit avoir lieu que s’il y a risque de déchirement du périnée, et cela se voit au dernier moment, donc trop tard pour l’effet protecteur « futur ».

De la même manière, prévoyez de refuser l’accouchement déclenché systématiquement avant un WE ou pont. L’enfant doit venir à son heure, et beaucoup de césariennes sont dues au fait que ce n’était justement pas l’heure, mais que putain, l’accoucheur partait en vacances le lendemain. Moralité, le gosse s’accroche à vos côtes flottantes parce qu’il veut rester bien au chaud, et il faut donc aller le chercher à la tronçonneuse. Pitié pour lui et pour vous !

De la même manière, si vous pouvez vous renseigner sur le taux de césariennes dans la maternité de votre choix, ce n’est pas plus mal…

Vos amies déjà mères sont désormais priées de vous épargner le récit de leurs accouchements. Sauf celle qui a fait cela en 20 minutes, dans le taxi qui l’emmenait à la maternité et qui n’a rien senti (ça existe, pourquoi pas vous ?). A elle vous pouvez dire « alors raconte encore ! »

N’oubliez pas qu’il y a les progrès de la médecine, mais aussi, depuis toujours, des « modes », concernant la grossesse, et comment s’occuper d’un nouveau né. Parfois les avis des plus anciennes peuvent être intéressants, surtout s’il s’agit d’une mère qui a vu prospérer sans problèmes ses 4 enfants en faisant un peu selon son instinct.

Vous pouvez interroger votre mère si vous le désirez, sur le déroulement de ses grossesses, accouchements, et autres (sauf qu’elle a dû déjà vous en parler). Mais aussi, et c’est important, sur ce qu’elle sait des accouchements et grossesses de vos grands-mères…

En effet, moi par exemple, je tenais de ma mère pour l’accouchement (72 H pour le premier, mais on ne laisse plus faire maintenant) qui faisait ricaner ma belle-mère parce qu’elle avait fait cela en 3 fois 20 minutes maxi. Mes deux filles peuvent très bien tenir d’elle, et rien ne vaut d’avoir le moral remonté à bloc.

Et sachez répondre à « si tu veux mon avis », alors que vous n’avez rien demandé, « non merci ! »

Et surtout n’oubliez pas de faire lire à Albert le chapitre obligatoire destiné au père « comment faire face à un accouchement précipité ». Ca aussi, ça remonte le moral…

Et dites vous bien quand vous aurez vu le test virer au positif, que vous allez vivre une aventure extraordinaire, la plus belle, la plus unique, et qu’il ne tient qu’à vous de ne pas vous transformer en baleine échouée sur le canapé, à bouffer des glaces toute la journée…

Le top de l’orthographe sur le net…

L’essentiel est dans lactel récolté sur face de bouc et dans des commentaires bloguestes…

J’ai mal à mon Bled…

  • ya plus de gazoil comment faire pour allé bossé et ba il reste plus qu a ceux glissé sous la couette (c’est sans commentaire, et si de prime abord, comme moi, vous n’avez pas TOUT compris, demerdakess…)
  • et bien le pleuple se rebelle pour se faire entendre mais faite te le avec un peu de inteligence sans trucs cassé sinon tous ces mouvement Ivons dans les poubelles de l’état car le gouvernement ne voit que le coté finance mais ne voyent pas le cote de la vie de la santé a quoi sert de cotisées pour les retraite en etant a peut pret sur qu’on auras pas le plaisir d’y allée ou de très peu 62 ans (on sent la haine révolutionnaire, mais je cherche de l’aspirine…)
  • Les profes sons tout des kons (oui, et les profs de français plus que les autres…)
  • jé a pein eu le tant de finir quelle ma dis que sétait nul (on se demande comment elle a vu cela du premier regard et a osé se prononcer abruptement et sans précautions oratoires, sans fard…)

La vie n’est qu’un long calvaire…

Les étranges histoires familiales, part 2.

Simone_02Le prisonnier partit en stalag où il resta bien trop longtemps.

La guerre n’était pas terminée quand Mrs Tricot eu connaissance d’un moyen de libérer son mari.

Elle était toujours capable de n’importe quoi pour faire rentrer son mari le plus rapidement possible, malgré le temps passant, n’ayant déjà que trop passé.

Les allemands renvoyaient chez eux les « soutiens de famille ».

Avec la complicité de son père (toujours à la mairie), devenu faussaire pour une bonne cause elle se retrouva avec un acte de décès de ce dernier (considéré par les allemands comme le chef et soutien de famille en ce qui la concernait), + deux actes de naissance de deux jumelles nées en 1940, à une date plausible par rapport à la dernière permission de son mari, s’appelant Colette et Michèle.

Je me demande quel effet cela a fait à mon arrière grand père de rédiger sur du papier officiel son propre acte de décès. Les faux papiers n’eurent pas l’occasion de servir, après le débarquement les allemands ne libéraient plus personne de leur plein gré, mais les papiers étaient bel et bien là, au cas où.

Et le prisonnier rentra.

Mrs Tricot se retrouva enceinte immédiatement ou quasi (à son avis le soir même du retour).

Ils surent assez tardivement qu’il s’agissait de jumeaux (à l’époque il fallait attendre la naissance pour savoir de quels sexes il s’agissait). Là déjà, sans doute dans la tête de Mrs Tricot avait commencé un travail que personne d’autre qu’elle ne pourrait analyser.

Et au bout du compte, ce sont bien deux petites filles qui sont nées, qui se sont donc appelées : Colette et Michèle.

Le destin est étrange, ou nous voulons le voir comme tel. Les filles auraient pu s’appeler autrement que comme sur de faux papiers qui n’ont jamais servi…

Mais bon, avoir ces jumelles déjà nommées, imaginées sans qu’elles existent déjà, avait dû les marquer tous les deux. Comme s’il y avait un destin à respecter absolument…

Le père de Mrs Tricot n’était pas mort, mais les jumelles sont bel et bien nées, alors quelque part, elle devait respecter le destin qui l’avait inspirée…

C’est après que tout soit terminé qu’elle a trouvé la foi, et fort malheureusement un peu enquiquiné sa famille avec…

Mais notre destinée n’est-elle pas étrange parfois et même souvent ?

Les étranges histoires familiales part 1.

Simone_02Sur cette photo : la maman de Jean Poirotte, autrement dit ma grand mère paternelle.

C’était ma grand mère, et cela reste pour moi une grand mère, timorée parfois dans certains cas, culottée dans d’autres, cas plus rares, une femme que finalement je ne connaissais pas..

Comme disait mon père, son fils « nous ne savons rien de nos parents ». Et il avait raison. Ca et là tout de même percent quelques histoires, surtout pour ceux qui ont vécu une époque troublée…

Mrs Tricot était pour moi « j’ai peur de tout ». J’avais bien entendu sa mère me raconter qu’à 19 ans elle s’était offert un baptême de l’air sans l’autorisation de son père, mais j’étais trop petite pour me rendre compte du traumatisme que cela avait été pour mon arrière grand père.

1940, le prisonnier est capturé sur une plage de Veule les Roses…

Il en parlait peu. Un jour il m’a raconté « le coup de la morue », qu’une paysanne désolée par tous ces prisonniers dans ses champs, était venue leur distribuer pour qu’ils aient à manger, et de la soif qui les avait hantés après, toute la nuit…

Il parlait peu de cette débâcle qu’il avait vécu comme une humiliation, nous disant de temps à autres, qu’il s’était endormi à côté d’une batterie de 75 (il était dans l’artillerie à cheval), tellement il était épuisé. Ou nous expliquant que son armée et son pays n’étaient pas préparés vraiment d’où cette défaite sanglante tout de même, et si rapide.

Puis le prisonnier partit vers une destination inconnue, avec arrêt dans une ferme dans la zone interdite. Miracle, il put faire passer une lettre à sa femme.

Ma grand mère, celle qui n’osait rien, beaucoup plus tard.

Zone interdite, peu connue de la jeune génération. Elle tarabusta son père qui était conseiller municipal (avant d’en devenir pour des années, l’adjoint au maire)  à la mairie du village toujours occupé par mes parents qui s’y sont connus.

Elle lui a extorqué de faux papiers. Pour elle, et pour mon grand père.

Elle a pris des vêtements civils pour mon grand père, et elle est partie sur les routes, telle Amélie dans « les semailles et les moissons ». Pour son mari elle était prête à tous les culots et elle les a eus.

Arrivée à la frontière de la zone interdite, à peu de km de la ferme où séjournait mon grand père, elle a pu attendrir un fermier. Sa femme et lui lui ont fourni des vêtements de paysanne et elle est partie avec lui, livrer des légumes, pour arriver dans la ferme où elle a retrouvé son mari.

Elle disait juste sobrement qu’il y a des nuits qui valent une vie. Elle est restée deux jours avec son mari, essayant de le convaincre de revenir avec elle. Tout était prévu avec le fermier, il passerait la ligne sous un convoi de légumes. Il serait en civil pour le reste, avec de faux papiers, elle était prête à tout.

Sauf que lui, les allemands lui avaient dit, comme aux 9 autres, que s’il y avait une évasion, tous les civils seraient fusillés… Il ne pouvait pas imaginer une chose aussi horrible : être responsable de la mort d’une famille. Il avait déjà vu…

Sauf que lui, comme beaucoup, ne pensait pas que cela pourrait durer et durer et durer. Il pensait être rentré chez lui en moins d’un an…

Et qu’il a donc refusé de la suivre, ne voulant pas apprendre un jour qu’il avait été responsable de morts innocents. Parce qu’il se connaissait et qu’il y serait retourné.

Elle est donc repartie, en paysanne, ayant laissé quelque part, les faux papiers, les vêtements civils de son homme qui n’avait pas voulu la suivre, en pleurant.

Mais elle l’a fait son odyssée en zone interdite, prête à tout…

Ma grand mère… Qui n’osait pas dire au boulanger que son pain était mal cuit (mais signalait sur la plage, aux allemands, qu’ils avaient oublié leurs bouteilles de coca…)

Qui avait encore de la ressource….

Car c’est la part 2 qui vous révèlera pourquoi, il y a d’étranges histoires…

Le pense bête…

Nous n’avons pas vu tout de suite que Mrs Morgan perdait ce qu’elle appelait « son si peu ».

Elle ne venait pas voir maman toutes les semaines, tenait des conversations au téléphone des plus normale. Et puis petit à petit, il y a eu des indices qui ont inquiété Mrs Bibelot, sa fille unique.

Et un beau jour, invitée à déjeuner chez sa mère, elle a machinalement regardé la grille des mots fléchés que sa mère faisait tous les jours.

Du n’importe quoi. Des lettres mises au hasard. Fort malheureusement, elle s’en est ouverte à son beau père, qui ne faisait lui, jamais de mots fléchés…

Cet homme pour lequel j’avais de l’affection, n’était intéressé dans la vie que par trois choses : les femmes, le fric, la bouffe. En vieillissant, il avait changé l’ordre de ses préférences… Il était évident que « mon chou » (ma grand-mère) était important pour lui, mais il s’est révélé sans scrupules…

Dans certains cas, on peut comprendre que certains en viennent au meurtre (je parle des héritiers)… Car en ce qui le concerne, il savait très bien que sa femme perdait la tête et était persuadé qu’elle partirait avant lui. Il avait merdé dans certains domaines et voyait là enfin, le moyen d’assurer son avenir.

Nous avions donc pris conscience qu’elle perdait la tête, et maman a pris un RV chez un neurologue en expliquant bien le problème : il s’agissait de dépister Alzheimer. Le motif de la visite avec l’accord du médecin : une visite de contrôle 1 an après une fracture du col du fémur et anesthésie pour mettre en place la prothèse.

Grave erreur, maman a averti son beau-père de la ruse. Il s’est empressé de tout faire pour annuler le RV, et ma grand mère a refusé de s’y rendre.

Pendant qu’il en était encore temps (pour lui), il lui faisait signer des donations chez le notaire, auxquelles elle s’était toujours refusée quand elle avait toute sa tête. En clair il déshéritait quasi totalement ma mère au sujet de laquelle il racontait partout qu’il avait été un père pour elle. Alors que Mrs Bibelot avait bel et bien son père, sans rupture entre elle et lui…

Mais bon, le destin rattrape parfois les malveillants. Il était persuadé qu’elle partirait avant lui et avait tout prévu pour. Sauf que c’est lui qui a été victime d’une attaque, le premier.

Maman et moi sommes parties immédiatement, pour trouver une femme totalement perdue, ne sachant pas ce qu’il se passait. Impossible pour Mrs Bibelot de la prendre chez elle : il fallait la faire hospitaliser et le médecin de famille était donc requis.

La pauvre a lutté, pour faire croire qu’elle avait toute sa tête, qu’elle était habituée à vivre seule pendant les absences « pour affaires » de son mari (ce que le médecin savait être totalement faux) pendant que je fouillais les papiers avec l’impression de jouer les vautours. Quelqu’un était passé avant moi : le fils du mari, premier sur la liste des personnes à prévenir. Tous les biens de valeur de Mrs Morgan avaient disparus.

Ses bijoux, destinés à sa fille et ses petites filles. Son argenterie. Sa vaisselle de grande valeur, tout, tout avait disparu ! Les bijoux, cela a frappé Mrs Bibelot au coeur : ils n’avaient pas une énorme valeur, mais cela venait de la famille. Pour les papiers, il y avait une attestation de son mari dans son sac à main : il ne pensait pas qu’elle servirait un jour.

Il y reconnaissait que tous les meubles de la propriété avaient été achetés par ma grand mère exclusivement, et l’état de ses biens en bijoux et autres.

Pendant que ma pauvre grand mère était embarquée par des ambulanciers très très gentils, vers un hôpital psychiatrique (point de salut sinon), accompagnée des larmes de sa fille, je constatais, consternée, ce qu’elle avait pu signer. 10 ans plus tôt elle avait bien dit, et devant son mari, que la donation au dernier vivant était hors de question etc… Tout était là, dans mes mains…

+ un pense bête, qui m’a fait comprendre pourquoi à chaque visite, elle montait tout le temps dans sa chambre.

  • Je m’appelle H. Morgan
  • Je suis née le 8 mai 1911 à Paris 14ème
  • J’ai une fille qui s’appelle Mrs Bibelot
  • Qui est née le 4 juin 1937 à Paris 14ème
  • Je suis divorcée de l’apiculteur
  • Je suis remariée avec Maurice depuis le …
  • J’ai 4 petits enfants qui s’appellent…
  • Coraline a 2 filles : Pulchérie et Delphine

Maman et moi avons pleuré devant ce pitoyable rappel des faits. ELLE SAVAIT. Il y a eu un moment où elle s’est rendu compte qu’elle perdait la boule.

L’examen de ses agendas après coup nous a révélé que toute seule, elle avait consulté des neurologues, plusieurs, et donc qu’elle s’était bien sentie partir de la tête. Qu’elle avait dû avoir peur. Que son mari avait bien profité de la situation (et fort heureusement, le notaire a remis les choses bien en place vu que c’est le mari qui est parti en premier et qu’il craignait une plainte pour signature d’une personne non capable, au grand damn du fils qui se voyait bien embarquer la moitié des meubles (il avait préparé une liste…)

Le pense bête je ne l’ai pas laissé à maman. Je le garde chez moi. Les soirs où je suis inexplicablement triste, je le relis et je la vois, partie pour encore 15 ans dans la dégringolade.

  • Ne pas se souvenir de ce qu’il vient de se passer. Elle a donc totalement ignoré le décès de son mari. Elle le croyait à l’hôpital (comme elle) et trouvait la coïncidence extraordinaire. Elle n’a jamais eu ce deuil à vivre…
  • Elle s’est retrouvée en maison de retraite médicalisé, ravie d’y être. Elle avait oublié son mari. Enfin le deuxième. Elle se croyait toujours mariée à l’apiculteur, qui, informé, refusa de jouer la comédie. Elle lui avait fait assez de mal, et le reste il n’en avait rien à foutre !
  • Comme elle était toujours belle, elle acceptait de faire des défilés de mode. Oui, elle s’y plaisait bien dans cette maison de retraite dont elle ne comprenait pas ce qu’elle était vraiment !
  • Un jour elle m’a prise pour sa mère et m’a suppliée de ne pas l’abandonner une fois de PLUS. Ca me reste toujours coincé dans l’estomac…
  • Un jour elle n’a plus reconnu maman : sa fille était une petite fille de 6 ans, et il y avait des allemands en France.
  • Un jour, elle n’a plus reconnu personne…
  • Un jour elle n’a plus su parler. Pourtant on sentait bien que quelque chose voulait sortir. Dans sa tête c’était peut-être au point, mais une connexion manquait pour l’exprimer.
  • C’est la raison pour laquelle nous lui parlions normalement. Qui sait ce que ressentent vraiment ceux qui sont atteints de cette sale maladie ?
  • Et nous lui avons emmené les derniers nouveaux nés de la famille. Elle a semblé comprendre et a été heureuse…
  • Nous n’avons pu que lui donner de la tendresse et de l’amour.
  • Elle est morte un moche jour d’on on ne sait quoi. Nous n’avons pas cherché à savoir. Elle avait 90 ans et était enfin libre…

Le pense bête était désormais inutile.

Je pense à elle comme à cette femme extraordinaire qui me donnait 50 F à ne pas dépenser n’importe comment dans une parfumerie.  Elle reste pour moi ma grand mère ET marraine, qui a veillé sur mon bon goùt, parce que le sien était impeccable.

C’est quand elle a cessé de se maquiller que nous avons compris, ma mère et moi que c’était vraiment la fin de son « si peu »

Et que qui que ce soit nous épargne tous…

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

Le prisonnier…

RolandVoici le deuxième de mes grands pères à vous présenter : le papa de Jean Poirotte.

Pas rigolo le grand père allez-vous dire avec mauvais esprit. Cette photo date de 1943 alors qu’il purgeait sa peine pour un crime non commis dans un stalag du nord est de l’Allemagne. (où çà pèle à mort l’hiver au cas où vous ne le sauriez pas…, et où c’est vraiment trop chaud l’été quand on travaille pour n’importe qui et surtout les nazis)

Capturé en juin 40 en pleine débâcle, sur une plage de Veule les roses, il était parti, un peu confiant, comme tous les prisonniers de 40, pour l’Allemagne. ON racontait que les allemands renverraient très bientôt les prisonniers chez eux, qu’ils ne pouvaient pas nourrir toutes ces bouches inutiles. En fait il y resta 5 ans. Sur cette photo il a la trentaine, autre chose à faire qu’à moisir en allemagne de l’est, et le regard joyeux du prisonnier qui se bidonne à mort tous les jours (chez lui on ne creusait pas de tunnel, non…).

Il est parti trop tôt, alors que stupidement nous ne nous y attendions  pas, alors que c’était évident, mais que personne n’a voulu voir l’évidence. J’avais 20 ans. Je l’adorais, mais non pas  comme l’autre, après, que j’ai eu pour longtemps. C’était différent, peut-être parce qu’il est parti trop tôt. Celui là, je pense que j’en étais secrètement amoureuse quand j’étais petite. Je le trouvais beau et j’aimais son regard mélancolique, sa voix douce (alors que je trouvais l’autre grand et fort et criant facilement). Je n’ai pas eu le temps de le connaître vraiment. Je l’ai connu trop tard au travers les livres qu’il aimait (et que sa femme m’avait spontanément donnés), en me disant qu’il était dommage qu’il ne soit plus là pour parler avec moi de ce qui était important pour lui, et moi soudain. J’en reparlerai…

Car quand je l’ai vraiment connu, il était trop tard et il reste le regret éternel à jamais de ma vie. C’est sa perte qui m’a donné l’envie de profiter de ceux qui restent, et c’est aussi une autre histoire… Mais depuis qu’il est parti, je pense souvent à lui, à ce que l’on aurait pu se dire, aux recherches qu’il avait faites et que j’ai fait moi même à mon tour, comme par hasard.

Il parlait peu de la guerre et de sa captivité « quand j’étais prisonnier ». Depuis que j’étais née, je savais qu’il avait été « prisonnier ». Cela faisait partie de la culture familiale, ce côté « prisonnier », c’était plutôt glorieux. Généralement quand il se laissait aller, c’est parce qu’il avait ce que l’on appelle vulgairement un « coup dans le nez ». Ma grand mère détestait qu’il ait un coup dans le nez alors il évitait. Mais parfois, Noël ou autre moment, très rarement le laissaient avec un verre de trop et là il parlait. Comme toutes les personnes secrètes, il était l’illustration vivante du dicton « in vino veritas » (et moi qui déteste les dictons…)

J’avais 15 ans et j’étais donc très con, parce qu’à 15 ans on est très con, la première fois où il se laissa aller vraiment devant moi. Nous passions notre mois de juillet les parents et nous, en vacance avec lui et sa femme, tous les ans depuis que j’étais petite. Quitte à sacrifier une journée  ou deux de plage, je partais et rentrais avec eux depuis plusieurs années. Il avait pour moi quelque chose de magique et le couple qu’il formait avec ma grand mère aussi. Mes autres grands parents étaient divorcés, et à l’époque c’était quasi la honte et interdiction en tous cas de prononcer le nom de l’un ou l’autre devant l’un ou l’autre : c’est toujours confortable pour un enfant.

Nous étions rentrés de Bretagne, et avant de me déposer chez l’autre grand père et de prendre ses quartiers d’août à 100 mètres, chez les parents de sa femme (en fait il travaillait en août et profitait du Paris qu’il aimait tant et ne rentrait que le WE), tradition pour lui : restaurant.

Il avait estimé que j’étais suffisemment grande pour apprécier un bon restaurant, et il apprécia les bons vins (et moi les bons plats). Il fut convenu que sa femme prendrait le volant après, et il me raconta soudain, comment que c’était bien quand qu’il était prisonnier en Allemagne.

J’avais déjà su par lui un soir de confidences, peu de mois auparavant, après avoir visionné un film de guerre propre américain des années 60, que la guerre c’était super drôle quand c’est la débâcle et que l’on meurt de trouille, que l’on s’endort d’épuisement à côté d’une batterie de 75 (il était dans l’artillerie) et de mourir de soif en attendant de monter dans un train qui va faire un très long chemin… Je savais aussi que la guerre c’est les morpions, les poux, la dysenterie, la pluie mortelle pour les mycoses s’incrustant, et de manière anectodique,  le copain coupé en deux de manière pas franche par un obus, qui va hurler pendant des heures sans qu’on ne puisse faire quoi que ce soit pour lui avant qu’il ne crève en demandant « pourquoi ???? Je veux ma mamannn ! » ‘Je n’ai rien fait de mal ! Aidez moi !!!! ». J’étais archi anti-guerre et héroïsme tellement beau dans les films et tellement moche quand il se lâchait…

Sur le coup j’ai cru qu’il voulait plaisanter quand il a commencé à parler de « quand j’étais prisonnier », mais rien n’était drôle. En plus, des larmes coulaient par moment de ses yeux et pour la première fois devant moi il intima l’ordre à sa femme qui voulait le faire taire, de « la boucler ». Il fallait que je sache. Et j’ai compris surtout que mon grand père pouvait pleurer et que ce soir là c’était l’option obligatoire, sinon il s’ouvrait les veines pour se punir d’avoir survécu…

C’était tellement drôle, ces hommes morts du typhus, de la dysenterie, de n’importe quelle pneumonie ou bronchite dans le stalag de rêve. On enterrait les copains, tu comprends ? les allemands prenaient juste des photos et gentiment nous donnaient les tirages. On écrivait à la femme et aux enfants en France qu’il ne fallait plus attendre. Et puis un beau jour, bombardement ! Clac une bombe en plein sur le cimetière. Youpeee !

C’est hilarant d’aller ramasser les morceaux du copain enterré il y a 6 semaines. Il fallait le faire quand même, en attendant son tour… Ou le prochain bombardement, et enterrer à nouveau ce qui jadis avait été un ami… Là les larmes coulaient vraiment et j’étais pétrifiée. Un grand père ça ne pleure pas et ça n’a jamais été malheureux !

Son tour n’était pas pour cette époque là. Il rentra, malade et épuisé, amer et désabusé, car rentra mal. Sur le chemin du retour, au gré des campements d’infirmerie avec leurs antibiotiques salvatrices : les camps, les vrais. Les vrais morts vivants, l’horreur absolue, ceux qui lui retiraient le droit de se plaindre.

Parfois, certains noëls il demandait à papa « ma chanson« . « Nuits et Brouillards« . Pour un noël c’est super gai ! Papa chantait seul en s’accompagnant de sa guitare, et nous regardions le grand père pleurer silencieusement dans son coin, mal à l’aise et peu pressés de comprendre. En plus, un grand père ça ne pleure pas !!! Un grand père c’est un grand père, ce n’est pas un homme. Un père non plus d’ailleurs et je l’ai dit un jour à Jean Poirotte « oui mais toi tu n’es pas un homme ! ».

Les photos d’avant la guerre sont différentes, c’est lui déjà, sauf le regard. Le regard n’est pas le même, il est joyeux, il pétille, il a la vie devant lui mon grand père. Après il a toujours gardé ce regard de ceux qui savent, qui ont vu, qui n’ont pas vaincu, et qui ont souffert. Il avait le regard de ceux qui ont touché la souffrance, l’abîme et l’horreur et après cette visite, les yeux ne changent plus. J’ai vécu chez un autre de ceux que j’aime cette perte du regard, fort heureusement restauré. Chez lui, rien n’a pu y faire, il a terminé sa vie avec son regard triste et mélancolique que j’aimais tant.

Les yeux, le regard, sont le miroir de l’âme dit-on, et j’ai peine pour lui, franchement, de ses souffrances tellement présentes en lui qu’elles l’ont peut-être empêché de profiter de ce que la guerre lui avait laissé devant lui. Je souffre pour lui de ce regard que j’aimais tant pourtant, qui maintenant m’explique la maladie de l’âme qui l’avait touché alors qu’il était bien trop jeune. En fait il ne s’est jamais pardonné d’avoir survécu.

Il est celui de mes grands parents qui a vécu le plus difficile, je l’ai perdu trop tôt, et là encore, j’ai envie que l’on sache qu’il a existé et que depuis le 28 août 1978, je l’aime toujours…

Pour ceux qui ont le courage, lire « le choix de Sophie ».

Une sorcière qui n’en a pas terminé avec ses grands pères…

A ne pas dire à une femme enceinte

sourire1Quand on est enceinte, on a droit à TOUT ! Certaines petites phrases peuvent dater, j’attends les remarques plus modernes :

  • Tu es certaine que ce ne sont pas des jumeaux ?
  • Tu as pris combien de kg ?
  • La seule chose qui me passait mes nausées c’était de manger, j’ai pris 30 kg
  • Tu dois manger pour deux maintenant, reprends de la tarte (le père inquiet pour sa fille enceinte)
  • Tu veux savoir le sexe ?
  • Oui tu veux savoir ? moi je préférais ne pas savoir
  • Il est d’Albert ?
  • Non tu ne veux pas savoir ? c’est quand même plus pratique pour acheter les petites affaires et décorer la chambre…
  • Moi j’ai eu droit à une épisiotomie de 10 centimètres
  • J’ai accouché en 3 fois 20 minutes, pas de quoi en faire une histoire (la belle mère)
  • Pour toi cela a duré 4 jours (la mère)
  • Une coupe de champagne cela ne va pas le tuer tout de même
  • J’ai accouché dans le même hôpital, il y avait des cafards dans la chambre
  • Ma péridurale n’a pas marché j’ai cru mourir
  • Je viendrais m’occuper de Pulchérie pendant que tu seras à l’hôpital, et je resterais une quinzaine de jours pour t’aider à ton retour (la belle mère) au secours !
  • Rien ne vaut le lait maternel (la mère)
  • Le biberon c’est pratique (la belle mère)
  • Assieds toi délicatement ce fauteuil est fragile et j’y tiens
  • Tu vas enfler jusqu’à quand ? (Albert)
  • Je n’aime pas l’aspect de votre col (l’accoucheur)
  • Félicitations il y en a 3 ! (l’échographe-imbécile-heureux)

De toutes manières la vie n’est qu’un long calvaire

Quand j’étais jeune fille…

Je_revais___l_avenir_53329550Si j’avais été aussi jolie…

J’étais jeune fille désormais, cela se voyait partout et je n’étais même plus « autorisée » à me faire une queue de cheval, étant théoriquement libre de m’habiller et coiffer comme je le voulais (sans frange tout de même, c’était mauvais genre), jusqu’à ce que papa décrète que je l’énervais en pantalon au mois de juin.

Mrs Bibelot me ressortit une vieille jupe à carreaux et les soquettes allant avec, confisquant mes deux pantalons (oui notre garde robe était assez pauvre, mais c’était pour tous pareil). J’ai compris plus tard que maman avait vraiment du mal à voir ses enfants grandir et était ravie de m’habiller encore en petite fille. Le traumatisme fut tel que jamais je n’ai imposé à mes propres filles de s’habiller comme je le voulais. En effet, arriver à ce qu’on appelait « le lycée » en jupe à carreaux et soquettes c’était 15000 personnes minimum se foutant de votre tronche. Mes filles ont peut-être été certes ridicules parfois, mais de leur propre gré et avec l’agrément du collège… Assez de motifs de conflits pour ne pas en rajouter un inutile (d’un autre côté elles n’ont jamais exigé de se mettre des épingles à nourrice dans les oreilles et de s’habiller péri-esthéticienne (dixit Delphine – 8 ans)).

Meilleure amie arrivait donc le matin au volant de sa mobylette, avec un jean à elle, dans la cave où je rangeais la mienne (de mobylette) pour sauver mon honneur. J’enfilais le jean et sortais par derrière l’immeuble. Le soir je réapparaissais, méprisante et boudeuse, en jupe à carreaux ET socquettes blanches. Mon père cédat après 3 semaines d’air outragé et de bouderie au repas du soir (tout de même)

Passage important dans la vie que de devenir « jeune fille », maman se croyant obligée de préciser même au poissonnier : « c’est une jeune fille maintenant« . Compliments de tout le monde et nous l’envie de rentrer sous terre et de creuser après… Toute la famille était avertie de ce moment crucial qu’on aurait voulu taire, via le téléphone et pour ceux qui ne l’avaient pas : un télégramme (disparu depuis) « Coraline formée stop, bisous à tout le monde ». Retour de télégramme « heureux, stop, aurait pu attendre dimanche » (on payait au mot, jamais compris le pourquoi de la réponse…) (j’ai épargné aux filles les commentaires en précisant « vous ne savez-rien-je-ne-vous-ai-rien-dit » (elles m’ont toutes les deux fait cela chez ma soeur et téléphoné immédiatement bien sûr, mais pourquoi diable toutes les deux chez ma soeur ?).

Je rêvais à l’avenir, écrivant mon journal (un cahier trafiqué pour faire cahier de maths qui a pu y croire ?…), songeant à ce qui allait m’arriver de super (oubliant bien évidemment au passage toutes les merdes qui pouvaient parsemer mon chemin). Naturellement j’étais amoureuse et l’élu de mon coeur faisait la une du dit journal avec des coeurs dessinés en gros, en bleu comme les yeux de l’élu et écrit en gros « Dominique je t’aimeuuu et je t’aimerai toujouuuurs ». Pendant ce temps là meilleure amie gribouillait en vert (comme les yeux de l’élu) en disant à peu près la même chose sauf que le prénom était différent. Aucune imagination (et nos lectures n’y enclinaient pas) (Je précise que meilleure amie a tout de même épousé son premier amour, moi pas…)

Nos échanges quotidiens par courrier (écrits au stylo plume, mis sous enveloppe, et trimbrés, le moyen âge juste après le chevaucheur) pendant les vacances étaient une rengaine extraordinaire « je l’aimeuu » « je l’aimeuu » « je n’aimerai jamais que luiiii » « moi aussiiii ». Et à part ça la santé ? et le thé sur les jambes et le concombre sur la figure ? Ca rend bien merci. On tartinait 3 pages par jour parce qu’il y avait autre chose à raconter, en particulier à quel point nos parents étaient emmerdants.

Jusqu’au jour où il nous fut impossible de passer nos vacances l’une sans l’autre. Mes parents se résignèrent à ce que nous squattions la maison de mes arrières grands parents à la campagne, (les parents de meilleure amie ayant la même chose mais en Bretagne : trop loin), las qu’ils étaient de traîner avec eux une martyre sans meilleure amie à la campagne. Las qu’étaient également les parents de meilleure amie de l’entendre pleurer sans moi le soir dans sa chambre…

La maison était sans chauffage central, sans eau chaude, avec juste un poêle à charbon et les toilettes dans le fond du jardin + un poêle à mazout dans la chambre.. Papa venait vérifier tous les jours que nous ne risquions pas de nous intoxiquer au monoxyde de carbone (et rallumait donc les poêles, nous étions nulles). Nous prenions nos vélos pour aller faire les courses. On écoutait de la musique plein pot sur mon vieil « électrophone » (c’est quoi tatie un électrophone ?), et notre occupation favorite était de parlotter jusqu’à des heures indues et d’écrire notre journal. La grande joie du soir etait de nous laver les dents en crachant l’eau de rinçage par la fenêtre, ce qui faisait hurler le chien du voisin à 22 H, à la campagne ça craignait à l’époque… Nous étions mal vues avec notre musique plein pot et les crachages nocturnes.

A J – 5 plus rien à manger et plus un centime. Mon arrière grand mère (l’autre) (mes parents étaient quand même juste à 200 mètres, chez elle) nous refilat donc en douce des parents heureux de nous prouver que nous ne pouvions pas nous débrouiller sans eux, des bocaux de lapins en sauce et de poulet en blanquette, trois pots de confiture + du pain destiné normalement aux poules, pour assurer notre survie (dieu la bénisse cette sainte femme qui rigolait bien !).

Consternation des parents : nous nous en étions sorties. Des mitaines aux mains pour gribouiller notre journal avec des coeurs partout tous les soirs, en écoutant Demis Roussos sur mon « toune disque » + les beatles. Question des neveux et nièces : c’est quoi un disque et pourquoi il tournait ? Renoncer à expliquer.

On essayait de se faire belles en copiant les stars d’après guerre et Brigitte Bardot, à grand renfort de recettes de grands mères et avions ruiné notre argent en concombres… (je vous ferai un post excusif là dessus, vous aller rire, mais meilleure amie est OK pour se ridiculiser avec moi (je précise c’est important)

A partir de ces vacances là, nous avons squatté la maison des arrières grands parents régulièrement. Nous maitrisions les poêles à mazout ou à charbon, et courageuses, nous nous lavions au jet d’eau (à Pâques c’est super), dans la cour, ignorant que le vieux voisin nous mattait. Nous avons été dans cette maison, les plus heureuses jeunes filles du monde, avec que de l’espoir et des certitudes…

Comme me l’a dit un jour meilleure amie : qu’est-ce qu’on étaient heureuses. Et on ne le savait pas (c’est le problème du bonheur qui est souvent le passé…) Car après quand on sait, c’est que la vie n’est qu’un long calvaire…