Les filles, leur mère, et le sapin de Noël…

Fille_et_sapin_356801110Quand les filles étaient petites, je profitais lâchement de leur séjour à l’école pour aller acheter puis faire le sapin toute seule comme une grande. Je gardais les autres décorations à faire avec elles… Quoique…

Pulchérie étant du 18 décembre (elle ne me le reprochera jamais assez, comme si mon souhait le plus ardent n’était pas qu’elle naisse le 15 quand tout à commencé, mais bon, d’accord, cela restait proche de Noël), je faisais le sapin juste avant. J’en prenais un vrai, et il fallait qu’il tienne jusqu’à l’arrivée des rois mages…

Et puis un jour elles ont été assez grandes (!) pour participer à la fête (la mise en place du sapin), et en avant pour l’étripage, les crêpages de chignon, les « je te hais » « pas plus que moi d’abord ». Et gnagnagna… Paix sur terre…

La chose se déroulait de la manière suivante.

  • J’allais acheter le sapin.
    Première année dans l’appart : sapin simple qui ruina la moquette avec ses aiguilles.
    L’année suivante sapin en pot que je pensais replanter dans le jardin des parents, que j’arrosais tous les jours matin et soir et qui ruina la moquette avec ses aiguilles.
    Année suivante : Nordman qui ne perdait pas ses aiguilles, mais s’effondra un beau jour comme un soufflé, à démoraliser n’importe qui.
    Année suivante : Nordman en pot qui s’effondra également avec juste 5 jours d’écart avec son prédécesseur.
    C’est un choc de rentrer chez soi pour retrouver le sapin les branches touchant terre… J’en avais marre, et profitais des soldes de janvier pour acheter un faux sapin faisant bien son effet (je reste difficile là-dessus). Et puis ce faux sapin, cela en ferait un de moins à sacrifier en fin d’année les années suivantes (voir Phobee dans Friends…)

  • Nous remontions de la cave les cartons relatifs à la décoration du sapin et de l’appartement + la crèche

  • Nous passions 2 heures à monter le sapin et mettre les branches en bon ordre pour qu’il fasse vrai.

  • Nous passions 2 heures à démêler les guirlandes électriques alors qu’elles avaient été bien rangées (les caves sont pleines de trolls qui viennent mettre le bazar dans vos cartons) et à les tester pour changer d’éventuelles ampoules.

  • Nous étions prêtes à vivre un grand moment de l’année, et effectivement cela l’était.

Voici le déroulement de l’opération, généralement un samedi (il faut le dimanche pour s’en remettre)  :

  • Je mets un CD de chants de Noël : ça met dans une ambiance de calme, de paix, de sérénité, dans l’ambiance de Noël.

  • Pulchérie commence à disposer mes instruments de musique dorés en les répartissant bien partout comme il faut, pendant que Delphine s’occupe exclusivement d’une façade du sapin en la surchargeant bien (la façade) avec des guirlandes à l’ancienne destinées à décorer le reste de l’appartement mais surtout pas le sapin (j’ai toujours privilégié les cheveux d’ange dorés).

  • Pulchérie rouspète que sa soeur n’a aucun goût. Première claque, première boule  « que tu vas avaler tu m’entends ! » – « t’arrête ou je te ligote t’étrangle avec une guirlande ! » – « maman ! elle m’a donné un coup de pied » – « même pas vrai d’abord, ce n’est qu’une menteuse ! »

  • Maman (donc moi) défait tout ce qui n’a pas été fait par elle au son de « si c’est pour vous entendre vous disputer, je préfère le faire lundi toute seule ! »

  • Pulchérie piaille que ses instruments de musique ont été disposés symétriquement, au mm près.

  • C’est bien possible, mais j’irais bien cultiver du chou de Bruxelle en Egypte…

  • Delphine part s’affaler sur le canapé en pleurant « j’en ai marre de vous deux, je ne m’occupe pas de ce sapin qui sera moche de toutes manières et snif ! » pendant que le CD entame « Noël Blanc »

  • Pulchérie vérifie que les boules rouges, dorées, vertes, sont bien réparties équitablement autour du sapin. Je lui fais remarquer qu’il y a un endroit que personne ne verra jamais, dans l’angle du mur. Le CD attaque « Minuit chrétien ».

  • Elle s’en fiche, et puisque c’est comme ça je n’ai qu’à terminer toute seule, et je me débrouille pour entortiller les guirlandes électriques de manière équitable avec une boudeuse dans le canapé et une boudeuse dans le fauteuil, qui se bouchent les oreilles pour ne pas entendre mes : « l’année prochaine je le ferai toute seule pendant que vous serez au collège/lycée » (« la fac »/ »la maternité »).

  • Tous les soirs à venir jusqu’à l’arrivée des rois mages (voire même après, vu que le sapin ne risque pas de perdre ses aiguilles) : « qu’il est beau notre sapin maman ! » « ah il est super beau notre sapin ! » roi des forêts que j’aime ta verdure/parure.

Oui… Il est magnifique… Un coup de bol qu’il ne soit jamais passé par la fenêtre et les filles avec… Et qui s’occupait de l’allumer pas trop tôt et de l’éteindre pas trop tard le sapin (et les autres guirlandes électriques), rapport aux économies d’énergie ? Qui ?

S’il m’avait fallu compter sur les filles, tout aurait brûlé toute la nuit… Voire même toute la journée, en notre absence…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Telle un écureuil… je stocke !

Est-il mignon…

Tout a commencé à mon adolescence. L’adolescence est un moment magique atroce où l’on ne sait plus qui l’on est, qui que l’on va devenir, mais où pointent tout de même des traits de caractères qui vont aller en s’affirmant et s’accentuant (au secours !!!!).

Donc, j’avais 14 ans et si ce n’est pas l’adolescence en plein, vous repasserez un beau jour. C’était donc en l’an 1000 avant JC (Jules César) et fleurissait dans les magasines une publicité pour une ombre à paupières.

A l’époque où que j’étais bête et en pleine restructuration (déjà), et là je fais appel à mes lectrices de la même génération que moi, genre 1956/1962 pour date de naissance, existait un magasine qui s’appelait « Mademoiselle Age Tendre ». Je l’achetais régulièrement (enfin maman me l’achetait en soupirant  et en regrettant que je ne lise plus « Lisette » ou « 15 ans fillette« ). Tous les ans, ce mensuel élisait une « mademoiselle Age tendre » (qui enterrait miss France) + 2 dauphines. Les dauphines ont mieux réussi que les mademoiselle Age tendre en règle générale. Pour exemple : la mère de Marcel Pagnol dans « la gloire de mon père » et « le château de ma mère », est Nathalie Roussel : une dauphine de l’élection d’une certaine année… (Alzheïmer frappe quand il veut)

Quel rapport avec les écureuils se demandent les malheureux qui sont arrivés là par hasard avec une recherche gogole mentionnant « écureuil » ? Aucun. Il n’y a aucun rapport, c’est juste une introduction pour une publicité d’ombre à paupières… Et SURTOUT un rappel sur le fait que l’écureuil fait des réserves… (dont il oublie le lieu, moi pas)

Donc une dauphine élection Mlle Age Tendre, vantait les mérites d’une ombre à paupière comme maintenant ils n’oseraient jamais en vendre. Une base bleue ou verte bien flashante et à bien tartiner. Rajouter du lumineux avec le deuxième pinceau, via des paillettes. Troisième couche avec deux ou trois étoiles à coller sur le tout. Hideux, maintenant que j’y pense.

Meilleure amie et moi rêvions de cette ombre à paupière qui nous agressait dans tous les journaux que nous lisions (le monde, figaro, science et vie…). Un beau WE nous voici chez Mrs Morgan dans sa maison de campagne. Meilleure amie adorait y aller, moi aussi (c’était magique). Mrs Morgan était une femme de grande intelligence, de haute culture, ET sophistiquée à mort, avec un goût très sûr.  Il fut acquit pour elle que nous ne pourrions survivre sans cette ombre à paupière qu’elle qualifiait « d’atroce« , et nous donna généreusement 500.000 dollars à claquer dans la parfumerie de son bled. Petit bled, mais parfumerie trèèèèèèèès bien pourvue, car pourvoyant à 50 Km à la ronde.

En ce qui concerne l’ombre à paupière en 4 teintes, je pris le vert, meilleure amie le bleu. Au passage je pris également de « l’air du temps », meilleure amie n’osa pas : c’était ma grand mère et pas la sienne qui payait la facture.

En rentrant, meilleure amie, se maquilla immédiatement. Si Mrs Morgan souffrait d’un théorique problème cardiaque, il ne se manifesta pas ce jour là. Quant à moi, je rangeais soigneusement mon ombre à paupière pour « le jour où »…

Ah, vous voyez pointer l’écureuil… Oui, je n’allais pas séduire l’élu avec cette ombre à paupière verte. Je la gardais pour quand je sortirais avec lui. Donc l’ombre à paupière c’était pour plus tard, un jour… Elle n’a jamais été utilisée…

Depuis mon adolescence, c’est horrible ce que j’ai pu acheter comme ça, pour plus tard, pour « quand ». Le sérum que je mettrai quand j’aurai mauvaise mine, l’anti ride que je mettrai quand j’aurai un jules. Le merveilleux maquillage que j’utiliserai pour… quand je passerai à la télévision… Tout ceci gardé précieusement pour le jour où (n’importe quoi fait l’affaire)… Et je continue à faire des réserves pour l’avenir…

Les filles ont vite repéré à l’adolescence qu’il y avait des choses dans mes placards de salle de bain, intactes et non descellées… Mouth n’y verra que du feu, et comment que je lui pique ses collectors Dior et Yves Saint Laurent pour moi m’en servir. Sauf que Mouth a rencontré un mec et qu’elle recherche le collector Yves Saint Laurent acheté il y a 3 ans mais toujours intact, pour se faire une mine de rêve. Mouth hallucine : disparu de sa salle de bain (au prix que ça coûte, au pire elle pensait les revendre sur internet, les collectors ça vieillit bien et c’est très demandé, pour payer sa vidange). Les filles interpellées d’urgence ramènent un collector avec bouchon cassé et poudre diminuée de moitié. Ou comment ne pas trucider sa descendance parce que cela ne se fait pas.

Je peux affronter une grève des parfumeurs et para-pharmacies avec sérénité : j’ai de quoi me tartiner la peau pour les 120 ans à venir… Oui j’ai tout acheté pour plus tard… Ce n’est pas maintenant… Maintenant j’utilise une crème ruineuse (+ le contour des yeux qui va avec) donnés par Pulchérie qui a travaillé dans une boîte de luxe. Le tout conservé soigneusement, non descellé, au frigo, pendant 4 ans, tout de même (ou 5 ou 6 ? comme le temps passe…)

Je les aurais bien gardée pour plus tard, au cas où, mais curieusement étant fauchée, j’ai craqué et ouvert le package (d’un autre côté le tout est super, j’aurais eu tort d’attendre…). J’ai eu tort d’attendre…

Ce syndrome ne m’atteint que sur le produit de beauté ou de maquillage, de luxe, voire même le parfum… J’ai ainsi quelque part à la maison, mais je ne sais plus où, deux poudres libres de Caron, dont finalement je me servirais bien actuellement. Malgré leurs dénégations, je soupçonne les filles (hou la vilaine mère !) de les avoir poudrenapées.

Par contre, du jour où j’ai utilisé le produit une fois, je vais jusqu’au fond, sauf si bien entendu il me donne des boutons…

Et vous, vous gardez quoi pour l’avenir « un jour » (en vous souvenant de la planque, contrairement aux écureuils) ?

La vie n’est qu’un long calvaire…

D’autant que curieusement, en cas de panne d’approvisionnements de grandes surfaces, je n’ai aucune réserve de bouffe, chez moi… Meilleure amie a par contre de quoi affronter une nouvelle occupation teutone, et une de mes ex collègues collectionnait les compléments alimentaires aucazoù

La première vraie robe de Delphine…

J’avais choisi la première robe, ayant la certitude que c’était encore (chic !) une petite fille (à savoir en sortant après échographie), et beaucoup d’autres robes après. Après des années de galère financière, Albert gagnait enfin plein de sous, vraiment plein, j’ai su pendant une période ce que c’était que d’avoir de l’argent et de ne pas se poser de question.

J’avais arrêté de bosser pour m’occuper des filles, de la maison, du jardin, etc… Tous les jeudi j’allais « traîner » avec Mrs Bibelot et Delphine qui n’était pas encore à l’école, pendant que Pulchérie grimpait dans les pommiers à l’école maternelle.

Ce jeudi là, j’avais RV avec la banquière. C’était l’époque bénie où elle me téléphonait pour me proposer des placements et non pas me demander comment combler le trou. Pendant ce RV, Mrs Bibelot avait parcouru la rue principale de Rambouillet avec Delphine (attention, ce n’est pas les champs non plus, ne pas rêver, pour un habitant d’une vraie grande ville le réflexe est « c’est une rue principale ça ? »).

Bref, elles m’attendaient toutes les deux à la sortie de la banque, Delphine ayant lâché son pouce et me regardant d’un air un peu anxieux. Et sa grand-mère de préciser : « elle a vu la robe de ses rêves chez Materna ».

Bon, direction Materna, Delphine précédant la marche et y entrant d’un pas assuré. Et la voici sur le portant circulaire, faisant défiler les petites robes pour me montrer LA ROBE.

Saumon, avec du plumetis blanc, gansée de blanc au col et aux manches (courtes). Certes pas ce que j’aurais choisi pour ma fille, mignon tout de même, mais elle semblait tellement en admiration que j’ai demandé s’il y avait sa taille. Angoisse à nouveau chez elle, mais OUI, il y avait sa taille.

Essayage : « nous la prenons »

  • « Et la petite demoiselle, elle veut la garder sur elle ? »

Quelle question ! Elle n’a pas arrêté de se mirer dans toutes les vitrines, le sourire aux lèvres, toute heureuse.

Peut-on, quand on peut faire le contraire, refuser ce coup de foudre à un enfant ?

Je sais qu’elle s’en souvient. C’est SA ROBE…

La lecture de l’horoscope….

Zodiaque_BC6335_001Un samedi ordinaire chez mes parents (il y a hélas très longtemps déjà ☹️) lecture de l’horoscope pendant l’épluchage des patates.

Ca tombe bien, il y a du monde et personne n’est du même signe. Dans la cuisine, bélier, taureau, gémeaux, lion, vierge, balance et sagittaire.

Pulchérie entame la lecture en commençant par son grand père (bélier). Elle est au centre de la page : elle est le signe de la semaine, elle se garde donc pour la fin.

  • BELIER  : Amour : « attention à l’esprit volage qui partage votre vie » (regard en coin vers Mrs Bibelot qui ne suit pas, comme d’habitude). « Ailleurs l’herbe n’est pas forcément plus verte » (faudrait savoir). Travail (il est à la retraite) « la semaine a été difficile, la  prochaine vous verra plus détendu et plus reposé ». Forme : faites de la danse. (Tout le monde s’esclaffe sauf Jean Poirotte qui n’a plus les vertèbres nécessaires pour faire des entrechats et qui le regrette)

  • TAUREAU (moi) Amour : « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour peu que vous sortiez un peu » – Tu vois maman tu vas rencontrer l’amour de ta vie c’est écrit là, hein Delphine qu’il faut qu’elle sorte plus ? La soeur répond, on perd un temps fou sur les avantages et inconvénients du coup de pied dans un buisson pour en faire sortir 10 (hommes) ou de la fréquentation assidue d’un pub après le boulot. Travail : « semaine calme » (quoiiii ?), « vous prenez des forces pour la suivante » – Et tu te plains d’être fatiguée, tu exagères comme d’habitude… Forme : « rien à signaler » (alors que je sors de chez le dermato et que je me trimballe une brûlure énorme sur le front et un oeil poché. J’en rajoute, c’est écrit que je suis en forme, que j’arrête avec mon oeuf de pigeon sur le front même si c’est vrai qu’il est moche.

  • GEMEAUX (Mrs Bibelot qui est parti chercher de l’ail, donc on va passer à Delphine). BALANCE : Amour : « des désaccords avec l’être aimé, envisager une séparation temporaire pourrait s’avérer nécessaire ». Gendre n° 2 fait la tronche et s’épluche le pouce gauche, la frangine aussi, mais Pulchérie persiste : l’horoscope c’est quand même important, c’est une tendance. Travail : vous manquez d’assiduité, remettez vous à l’ouvrage avant qu’il ne soit trop tard. Tête de Delphine qui planche déjà ses partiels. Sa soeur insiste : elle a tendance à glander, c’est écrit là. Forme : couchez-vous de bonne heure (on a dit qu’elle planchait et généralement les étudiants planchent la nuit, c’est comme ça.)

On ne saura jamais si la semaine des gendres avait été conforme aux prévisions, Pulchérie veut lire son horoscope de la semaine presque terminée pour vérifier que tout était bien bon. Elle est le signe de la semaine, zut alors…

  • SAGITTAIRE. Amour : « tout va pour le mieux dans votre petit nid douillet » (c’est parfaitement exact hein mon namour ?). Travail : « vous prenez votre ouvrage au sérieux, la réussite vous guette » (hé hé, je le savais). Forme : malgré vos multiples imperfections dont vous devrez faire abstraction (on ne saura jamais la suite)

Elle referme subitement le magasine d’un coup sec, le visage figé, le regard qui tue : « comment ça mes multiples imperfections ???? ils se foutent de notre gueule, tous des cons dans ce magasine !!!« 

L’horoscope si vous voulez son avis (et le mien), c’est de la daube….

HI HI HI !

La vie n’est pas toujours un long calvaire…

Les aventurières… (2)

Les ENFIN aventurières du Rio Grande (et toc papy), avaient le matin, plein de choses à nous dire.Cela allait d’un bruit qu’elles avaient entendu mais pas la chienne, du coup elles n’avaient pas peur, et allaient voir avec la lampe de poche, pour découvrir un hérisson, en passant par la nuit des étoiles, où elles étaient ressorties de la cabane en douce pour regarder un aussi beau ciel et faire des voeux.

Et puis LA découverte, un beau matin. Il faisait grand jour, et il y avait un petit trou dans la porte de la cabane, qui ne laissait pas passer que de la lumière.

Grande excitation au petit déjeuner (vers 10 H, les filles sont aussi matinales que moi) :

  • Tu sais maman, sur le « mur », en face du trou de la porte de la cabane, nous avons vu l’image de la porte du sous sol et de l’arrière de la maison !
  • Mais à l’envers maman !
  • Fallait se mettre juste au bon endroit qui changeait tout le temps, mais on étaient certaines que c’était bien l’arrière de la maison que l’on voyait !
  • Mais à l’envers maman !
  • C’ETAIT QUOI ? UN MIRAGE ?

Et bien mes aventurières, c’était ce qui avait permis d’inventer la photographie… C’était bien l’image inversée de l’arrière de la maison qui se reflétait via le soleil, sur le « mur » d’en face le petit trou… Et c’est parce que le soleil change tout le temps de place que la terre tourne, que le bon endroit changeait tout le temps…

Pour bien expliquer le principe de la découverte, il a fallu ressortir les « tous l’univers » et pour une fois, faire un petit cours en révisant (chut !) en étant certains d’être écoutés.

Mais quelle horreur pour elles que de constater que pour leur grande découverte, quelqu’un était déjà passé avant elles !!!

J’avais ressenti la même déception en découvrant le pouvoir de la vapeur (en me brûlant, on connait mes dons innés), mais que Denis Papin avait fait la même longtemps avant moi et que le brevet avait été déposé depuis longtemps…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Les aventurières… (1)

C’était l’époque où de sombres maléfices m’avaient amenée avec mes filles chez mes parents. Au départ c’était pour 3 mois, nous y sommes restées 4 ans…

Cette année là (la la la), j’avais les filles au mois d’août et Albert pour le mois de juillet (moins une semaine sur la fin). C’était un bel été plein de promenades en forêt, au cours desquelles les filles jouaient les aventurières (pour les aventures en forêt, ce sera un autre post).

Dans le jardin de mes parents « leur » cabane, apportée par le père Noël avant qu’Albert ne décide de cesser d’hiberner avec moi. Cette cabane de jardin classique, en pin, avait été déménagée, et ne servait pas à grand chose d’autres qu’aux enfants et c’était sa vocation première, mes parents ayant un immense sous-sol pour y ranger leur bordel de jardinage…

Et puis un bel après midi, idée de génie des filles « maman, on aimerait bien dormir dans la cabane jusqu’à la fin des vacances » « Siteupléééé ! ».

Pourquoi pas ? Rien à craindre vu la manière dont le terrain était clos, et vu la garde assidue que montait ma chienne, leur petite soeur…

Déménagement de 2 matelas de rab dans la dite cabane + 2 oreillers + couette. Dormir dans la cabane d’accord, mais façon « hôtel 2 étoiles ». Pour la première  et sans doute unique fois de leur vie, elles furent ravies de balayer, passer la serpillère, avant installation de la literie + une petite table de nuit pour bouteille d’eau et lampe de poche.

Ma mère optimiste, avait acheté plein de piles pour la dite lampe et jamais elles n’avaient manifesté un tel désir d’aller se coucher, ce qui fut fait à 22 H, la mère (moi), vérifiant que sa progéniture était bien installée.

A cet âge là, on se lève rarement la nuit pour aller faire un petit pipi, mais elles avaient tout de même accès au sous sol, où il y avait des toilettes…

0H00, je suis en train de lire tranquillement dans mon lit, fenêtre ouverte sur le jardin, quand des hurlements me font bondir et descendre l’escalier quatre à quatre. Mon père qui regardait la TV est en train de se lever pour aller voir, inutile, j’y vais.

Mes deux filles, se tenant dans les bras l’une de l’autre, étaient debout sur une souche, à hurler.

En me voyant arriver, le ton baisse.

  • On a entendu une grosse bête
  • On a vu une grosse bête (genre, les visiteurs)
  • On ne veut plus dormir dans la cabane…

Je récupère la couette, et direction la chambre que nous partageons, où elles s’endorment rapidement, vu que je leur intime l’ordre de se taire, la grosse bête allant fort probablement passer du hérisson à l’ours, puis au mammouth laineux…

C’était sans compter sur leur grand père qui partit à l’assaut dès le lendemain matin :

  • Ah elles sont belles les petites filles des bois !
  • Ah les aventurières du Rio Grande !
  • Debout sur la souche d’un tilleul à bramer comme jamais, et pourtant dieu qu’elles savent faire !
  • Ah comment qu’elles ont décabané les aventurières !
  • Décabaner ça n’existe pas papy (ton vexé)
  • Si, les iroquois employaient cette expression
  • Ah les iroquoises !
  • Elles ont entendu un ours fort probablement !
  • Ou pire !
  • Hi hi, voici les aventurières à la conquête de l’ouest
  • Vous préférez votre viande cuite ou cru pour le déjeuner les aventurières ?
  • Etc…

Piquées au vif et fort vexées de s’être fait traiter d’aventurières du Rio Grande HI HI, toute la journée, elles décidèrent de retenter l’aventure, mais avec une condition : que ma chienne ou celle de mes parents leur tienne compagnie.

Ma chienne n’était pas l’idéal, elle était effectivement capable de gueuler toute la nuit en entendant un hérisson dans le jardin, et allait s’étaler de tout son long sur le lit en leur mordillant les orteils pour avoir  plus de place. La chienne de mes parents fut donc mise à contribution. Plus petit gabarit, et plus trouillarde tu meurs. Elle était idéale pour RASSURER les filles, pendant que la mienne monterait vraiment la garde dans la maison.

La petite épagneul  n’avait jamais rêvé de dormir sur une couette. La deuxième nuit, se passa donc sans encombre, avec la « gardienne » (attention, chien trop gentil) ravie de dormir sur couverture pour protéger la couette : confort absolu.

Ma mère alla délivrer sa bête dès son petit lever, pendant que les filles pionçaient du sommeil du juste.

Elles passèrent tout le mois d’août dans la cabane, ravies d’avoir été à la hauteur de leurs souhaits. Et puis ça sentait bon dans la cabane, et puis elles pouvaient parlotter, et puis c’était super.

L’arrivée de la cousine pour le premier WE de septembre gâcha tout. Elle était moyennement décidée à dormir dans la cabane et passait son temps à allumer la lampe de poche pour en scruter les parois.

Et que donne une toute petite araignée grosse comme l’ongle du petit doigt, grossie X fois par une lampe de poche ? Ca donne une tarentule. Au moins.

Chienne de garde ou pas, ce soir là, ce sont les 3 cousines que nous avons retrouvées debout sur la souche, se serrant les unes contre les autres, en criant « au secours, à l’aide, PITIE ! »

Terminé la cabane…

Mais bon, Pulchérie et Delphine pouvaient tenir la tête bien droite, face à leur grand père qui ne se moquait plus d’elles : elles avaient été des aventurières même si le Rio Grande c’était loin, et c’était leur cousine qui avait tout gâché !

NA !

Delphine et son bac option arts dramatiques

Mes deux filles ont fait du théâtre, avec un certain talent, je dois le reconnaître en toute objectivité. J’ai malheureusement loupé la dernière représentation de Pulchérie au lycée, suite à une dispute stupide, car c’était l’époque où nous nous prenions le chou deux fois par jour. Si que je serais un homme, je m’en boufferais toujours les couilles… Mère/Fille, la mère n’est pas forcément la plus intelligente…

Delphine avait choisi l’option « arts dramatiques » et cela pesait lourd en coefficient pour son bac. Elle y a eu 18 si mes souvenirs sont bons, c’était plutôt correct…

C’est sympa d’avoir un enfant qui fait art-dra. Si si. Je vous le souhaite. D’un autre côté, je ne le regrette pas, je regrette juste qu’elle n’ait pas continué après, car elle avait du talent (et sa soeur aussi d’ailleurs), mais on emmerde sa mère comme on peut, et les compagnies de théâtre amateur manquaient cruellement à Paris…

Delphine avait donc un prof à l’ancienne. Normal. Depuis les grecs et bien avant, il faut travailler sa diction. Très important la diction… Michèle Morgan le raconte dans ses mémoires en parlant du très renommé « cours Simon ».

Et voici donc ma Delphine, un crayon coincé entre les dents, en train de déclamer une tirade du Cid dans l’appartement. Le but : être compréhensible malgré le crayon, même du bout de la salle. Hors le bout de la salle c’était au delà de l’appartement et les informations devenaient inécoutables. Si c’était maintenant où je ne regarde plus les infos si déprimantes, cela m’empêcherait tout de même de me concentrer sur ce que j’écris. Et puis « le Cid », j’ai toujours dit « bof » désolée pour les puristes…

La tirade le crayon entre les dents : c’est tous les jours… Viennent des bribes que l’on ne comprend pas trop : c’est normal : c’est pour le pestacle qui va être donné pour les parents avant le bac, et Delphine tient de son père l’art de la surprise.

Pour sa soeur, il s’agissait d’une pièce assez drôle, et Pulchérie avait un peu transformé son rôle pour faire une chipie (farpaitement réussie). Delphine devait faire une tirade d’Hernanie, et jouer quelques scènes de Hedda Gabler d’Ibsen.

Elle a commencé par extorquer à Jean Poirotte un de ses révolvers pour Hedda Gabler. Mon père avait une belle collection d’armes (non chargées évidemment) et c’est tout juste si nous avions le droit de les regarder. J’ai donc été sciée quand Delphine est rentrée avec le colt de son grand père dans son sac pour l’emmener au théâtre.

La représentation a été très bien, et ma fille était la meilleure bien entendu, particulièrement pendant sa tirade que deux cons m’ont un peu gâchée car ils n’arrêtaient pas de se demander quand aurait lieu la fameuse bataille (d’Hernanie)… Elle vous tirait des larmes et de la haine dans sa réplique. Puis J’ai découvert Hedda Gabler au travers des quelques scènes qui en étaient extraites, avec Delphine en amoureux transit, que j’ai trouvée parfaite (mais pas que moi, na na na…)

Pour le révolver elle avait bien fait de l’emprunter à mon père. Bien entendu le bruit des détonations était enregistré, mais la vision de l’arme a permis à la moitié de la salle de se demander si c’était un vrai.

-« Mais non tu es folle ! »
-« Je te dis que c’est un vrai ! »
-« N’importe quoi… » et gnagnagna

Et pendant ce temps là, les acteurs donnent leurs tripes, le trac au ventre, et le personnage bien ancré en eux…

PITIE ! juste un conseil. Si vous vous posez des questions, que ce soit au CINEMA, AU THEATRE, ou AUTRE. gardez-les pour la sortie.

Parce que pour les autres, les commentaires stupides « c’est quand la bataille d’Hernanie » « comment ils vont jouer la scène ? », ou savoir si l’arme est authentique, chimique atomique ou non, C’EST GAVANT.

Surtout quand votre enfant si doué, est sur scène…

Mais la vie n’est qu’un long calvaire…

La fugueuse…

Fille_fugant_3248261Tous les enfants ne décident pas de fuguer un jour, comme Pulchérie qui détestait les réflexions oiseuses, pour elle (ICI), mais certains décident un beau jour de sauter le pas…

J’avais une copine de classe en CM1 et CM2, qui était passée reine dans l’art de la fugue annoncée. Martyrisée par sa mère et sa grande soeur, elle prenait la décision, 2 fois par semaine, de se sauver en emportant quelques provisions (un quart de pomme et de la flotte sans doute), et de se planquer dans la cave pour bien profiter de l’animation que son départ ne manquerait pas de créer. Le top pour elle était de monter l’escalier à pas de loup, d’écouter à la porte « si j’entends ma mère pleurer, je frappe, sinon je redescends à la cave ». Elle s’y voyait déjà…

Quand j’ai redoublé ma cinquième et que nous nous sommes retrouvées, elle ne parlait plus de fuguer, et d’ailleurs, déclarait que sa mère était charmante…

BREF…

Comme hier… je passe devant un petit square avant de faire un petit tour de rondpoint pour me garer à MA place. Il y a 3 immeubles, et le reste de la résidence, est composé de pavillons, une soixantaine en gros…

Je vois fugitivement une tête blonde dans le square, se baisser à mon passage. Je me gare, je suis sur le point d’oublier, mais je me demande finalement ce que fait un gosse dans le square puisque normalement il y a école.

Du coup, je vais jeter un coup d’oeil.

Il y a bien une petite fille, 6 ou 7 ans, assise sur un banc, à regarder les feuilles mortes qui se ramassent à la pelle, d’un oeil morne, en triturant une boucle blonde. Pas d’adulte à l’horizon… Ni dans le square, ni dans la rue.

Je vais peut-être me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais je rentre dans le square. L’ange blond me regarde d’un sale oeil.

  • « Qu’est-ce que tu fais ici toute seule ? Tu n’as pas école ?
  • « Je n’ai pas le droit de parler à des inconnus, même à des dames qui pourraient me vendre à des méchants messieurs.
  • C’est bien, elle a retenu la leçon. Lui extorquer des aveux risque d’être difficile.
  • « Tes parents savent que tu es là ?
  • « Je n’ai plus de parents, je les déteste. J’attends Fleur qui va m’apporter mon goûter
  • « Qui est Fleur ?
  • « Ma meilleure amie, je l’ai appelée sur son portable, mais je n’ai pas le droit de parler à des inconnus, même des dames qui pourraient me vendre à des méchants messieurs.
  • Je pose mon cul sur le banc (glacé) à côté d’elle, et elle fait un saut de carpe pour aller se poser sur la première marche du toboggan. Je ne suis pas prête de lui mettre la main dessus.
  • Je suis tout de même ennuyée, cette gosse n’a rien à faire là, toute seule, et de quoi est-ce que je me mêle ?
  • « Tu es fâchée avec tes parents ?
  • « Oui. Ils veulent m’emmener chez le médecin parce que je suis malade, il va me faire faire une prise de sang j’en suis sure, alors je suis partie, mais  je n’ai pas le droit de parler à des inconnus, même des dames qui pourraient me vendre à des méchants messieurs.
  • « Il y a longtemps que tu es partie ?
  • « Oh OUI ! AU MOINS DEUX HEURES (Il est 16 H) mais je n’ai pas le droit de parler à des inconnus, même des dames qui pourraient me vendre à des méchants messieurs.
  • Une fugueuse. C’est une fugueuse qui n’est pas à l’école parce qu’elle doit aller chez le médecin. D’un autre côté elle n’a pas l’air bien malade. Encore que, les yeux sont un peu battus, elle doit avoir de la fièvre.
  • Si je lui pose la main sur le front pour vérifier, elle va hurler « au secours, une vilaine bonne femme m’enlève », et je ne serai pas dans la merde quand tous les résidents oisifs du secteur vont se pointer dans le square.
  • « Tes parents se sont surement aperçus que tu es partie, ils doivent te chercher partout !
  • « Papa est au travail, maman regardait la télévision, je suis sortie par la fenêtre, mais je n’ai pas le droit de parler à des inconnus, même des dames qui pourraient me vendre à des méchants messieurs.
  • Indice : elle habite un des pavillons sans étages, et a donc sa chambre à hauteur du jardinet… Les parents ne sont jamais assez prudents. La chambre du trésor adoré doit forcément être blindée avec barreaux aux fenêtres, ou munie d’une alarme…
  • Ou alors c’est une acrobate et elle est descendue du 1er étage. Les gosses sont capables de tout (je sais de quoi je parle…)
  • L’idéal serait que je prenne la fugueuse par la main (essayer juste pour voir me semble risqué) et d’aller sonner à tous les pavillons… pour la restituer à la mère qui va forcément à un moment ou un autre, constater que sa gamine est partie.
  • Je me dégonfle, je dégaine mon portable et j’appelle le 18.
  • Les pompiers me signalent que la police c’est le 17
  • Je fais le 17
  • Que je garde la gamine sous les yeux (ça va être simple, je le sens), ils arrivent.
  • Il est 16 H 20 quand ils arrivent. Ils sont 2, et me demandent de rester pour que la gamine soit en confiance avec eux.
  • C’est cela, et le père Noël existe…
  • Parce que la gamine se met à geindre que je suis une méchante bonne femme et qu’ils sont de faux flics.
  • Personne ne leur a signalé qu’une gosse avait disparu.
  • Il faut bien se fâcher un peu, mais la gamine refuse de dire son nom, son prénom, son adresse, d’ailleurs, elle attend Fleur et le goûter, pour la nuit, elle verra bien où elle va la passer
  • « Au poste » lui répond un flic qui est visiblement agacé « jusqu’à ce que tes parents nous signalent ta disparition »
  • Le deuxième lui demande de lui passer son portable pour qu’il vérifie s’il n’a pas de GPS qui permettrait à un vraiment méchant monsieur, de la localiser (on fait ce qu’on peut parfois, et il y a de pieux mensonges).
  • La gamine hésite, et donne le portable. Elle a effectivement téléphoné il y a une heure, sans doute à Fleur, et n’est pas partie depuis si longtemps que ça. Sa mère la croit sans doute en train de dormir (cette innocente) et alertera la police d’ici peu.
  • Enfin non, parce que le numéro des parents est bien dans le registre du portable, et les flics appellent une pauvre femme qui tombe de l’armoire.
  • Oui elle a bien une fille, blonde, aux cheveux bouclés, mais elle est patraque et fait la sieste depuis 14 H environ (c’est cela…). Oui elle a bien un manteau rouge vif, elle rêve assurément, et va de ce pas, vérifier que le trésor adoré dort bien (et moi je suis le pape et j’attends ma soeur)…
  • Ah bah non…
  • 45 secondes plus tard, déboule une femme affolée. Le pavillon est à 50 mètres du square, effectivement la fenêtre de la chambre d’amis en bas est restée ouverte. La mère n’a rien entendu, elle s’en veut à mort.
  • La gamine nous foudroie du regard (surtout moi), et est restituée à sa génitrice en larmes « une fugue, à son âge, mais qu’est-ce qui a bien pu lui passer par la tête ? » (ne cherchez pas madame, vous expiez des crimes horribles commis dans une vie antérieure, et cela ne fait que commencer).

Elle me remercie chaleureusement, et part avec les flics (qui doivent y aller de leur petit rapport), et la gamine qui braille qu’elle va se re-sauver, car aller chez le médecin, c’est hors de question…

Le fait qu’il ne soit pas question de prise de sang ne la rassure pas (si vous voulez mon avis, elle est en pleine forme, juste un peu enchifrenée…).

C’est en me posant chez moi que j’ai réalisé que si cela se trouve, personne n’aura pensé à Fleur, qui va attendre peut-être dans le square avec le goûter destiné à sa copine, et que l’on va peut-être donc, chercher cette gosse partout d’ici quelques heures, à moins que la nuit tombant tôt ne fasse sortir le loup du bois que la dite Fleur va finir par rentrer chez elle dare dare, la peur au ventre.

Espérons que les flics et la maman auront fait leur boulot et alerté les parents de Fleur.

Je présente mes sincères sentiments aux parents des deux gredines qui ne sont qu’en CP (d’après ce que j’ai pu comprendre).  Donc, avec ou sans portable, elles ont encore tout le temps de leur en faire voir de toutes les couleurs.

La vie n’est qu’un long calvaire.

Ps : tout ceci avec le masque qui va bien et qui est noir pour les flics, ce qui a bien rajouté à notre allure « patibulaire »

Alphonsine a eu 4 enfants…

Alphonsine_accoucheAlphonsine eut avec l’oncle Jules, 4 fils nés respectivement en 1911, 1912, 1913 et 1914, tous les quatre un 15 août. On admire la performance (et on plaint la ménagère…).

Lorsqu’elle eut connaissance de sa première grossesse, sa mère crut bon de la « prévenir » de ce qui l’attendait. Nausées, vomissements, enfler jusqu’à ressembler à une baleine, et enfin risquer sa vie pour accoucher. Le programme sympa que beaucoup de femmes connaissent ou ont connu.

Tante Alphonsine avait déjà été « avertie » de ce qui l’attendait d’horrible à partager son lit avec un homme. Elle n’avait rien remarqué d’horrible particulièrement, bien au contraire, mais n’avait jamais osé contrarier sa mère sur ce terrain là, de peur de passer pour une femme de mauvaise vie.

Elle avait entendu ça et là tout de même, qu’accoucher c’était l’horreur, la douleur, que cela pouvait durer des heures et des heures, que la mère pouvait mourir et le bébé aussi, et que le père parfois était prié de choisir entre la mère et l’enfant. Cela devait remonter le moral comme pas possible.

L’oncle Jules pour une fois prudent, lui affirma qu’il choisirait la mère bien sûr… Pas envie de manquer de sel jusqu’à l’accouchement, et en plus il tenait à sa petite puce.

En premier lieu, Alphonsine n’enfla pas particulièrement, comme beaucoup de crevettes de nature. C’est injuste mais les petites puces enflent parfois très peu, et les femmes « théoriquement » faites pour enfanter enflent elles, beaucoup. Juste le ventre et juste ce qu’il fallait. Elle marchait normalement (à noter, mon père repèrait une femme enceinte de dos à sa démarche…) et prit juste 6 kg pendant sa première grossesse. Tout le monde pronostiquait une fille, car elle « portait en avant ». Sinon elle pétait la forme, comme quoi ça existe. Elle avait un peu peur de la fin tout de même, toutes les femmes de son entourage se relayant pour lui raconter les pires horreurs, véridiques en plus. Il fallait qu’elle soit prête. Elle l’était. Elle écrivit son testament 30 jours avant l’échéance fatidique et fit jurer à l’oncle Jules que s’il reprenait femme après elle, il mangerait sans sel pour se rappeler d’elle…

On ne peut donc pas dire qu’elle était particulièrement préparée à un accouchement super. En plus elle lisait Freud, c’était une femme pervertie, et elle savait que le mental est important. Elle se préparait donc à accoucher dans la douleur, c’était écrit et raconté partout. Elle allait souffrir un martyr et peut-être même mourir. C’est à cela qu’elle se préparait : mourir dans la douleur pour avoir conçu l’enfant dans le plaisir (ça ne rigolait pas ce truc là). Donc le côté psychologique, exit sur ce coup là.

Le 15 août 1911, alors qu’elle devait accoucher finalement elle ne savait plus trop quand et le médecin non plus, vu qu’il la trouvait peu grosse pour une femme à terme,  elle se préparait pour la fête de sa mère (devinez comment elle s’appelait ?), se faisait belle, se poudrait un peu, se préparait pour une belle journée, quand elle ressentit une envie de faire pipi comme pas possible sur le coup de 12 H 30, alors que Jules commençait à lui signaler qu’elle allait être en retard comme de coutume, en allumant son cigare.

Elle avait bien remarqué que « la fille » lui appuyait sur la vessie depuis un moment, mais là, c’était à crever. Elle se précipita dans les toilettes. Jules en homme extravagant voulait les toilettes dans la maison et non pas dans le jardin, la population du village toute entière les regardait d’un sale oeil à cause de cela. C’est incroyable ce que certains peuvent être originaux !

Alors là, je vais être obligée de dire les choses comme elles l’étaient. Tante Alphonsine voulu s’asseoir sur le siège des toilettes (à l’intérieur de la maison, une honte), et ressentit quelque chose de curieux. De l’eau coulait d’elle, mais ce n’était pas de… Elle prit du papier et sentit qu’il se passait un truc anormal en s’essuyant. Effectivement il se passait quelque chose. La tête du bébé était en train de sortir. Elle était sortie !

J’imagine sa position et sa panique « Jules !!!!! » hurla-t-elle, « c’est le bébé qui est en train de sortir !!!! ».

L’oncle Jules qui fumait son cigare tranquille réalisa qu’il n’y avait pas d’eau à bouillir. Sa femme délirait très probablement… Dans les récits qu’il connaissait (par coeur, bien sûr), on faisait bouillir de l’eau en grande quantité, et des femmes envahissaient la maison. Un bébé ne nait pas en l’absence d’eau bouillante et de troupeau de femelles glapissant.

« Jules au secours, il est sorti tout entier, j’ai peur de le faire tomber, il glisse ! »

Jules nonchalant se dirigea vers les toilettes pour trouver sa femme dans une posture difficile, un truc gigotant et vagissant vaguement, à la main, éructant « une serviette ! vite ! ». Il n’eut que le temps d’aller chercher un drap ou autre chose (non, un drap) pour que la mère y dépose ce qui était en fait un garçon qu’il emporta dans la chambre après être allé chercher des ciseaux pour couper le cordon (finalement un sécateur…) avec la mine de la poule qui a couvé une clef anglaise et ne sait pas quoi en faire.

Pendant ce temps là, Alphonsine se pansa comme elle le put, rejoignit sa chambre pour s’affaler dans son lit et exigea du père pétrifié qu’il appelle au moins sa mère ou une voisine « enfin fait quelque chose chéri, tu verrais ta tête ! ». Ceci en récupérant le nourrisson même pas braillard et en parfaite santé apparemment, entortillé dans un drap de 120 pour le prendre contre elle, ne sentant pas le fils en sécurité à proximité de son père.

Les voisines et la mère accoururent au cri de ralliement de Jules. Il fut convenu qu’il était tout bonnement scandaleux d’accoucher aussi facilement, sans aucune douleur préliminaire. Le médecin arriva en même temps que le placenta et pu tout de même procéder à la délivrance et constater que mère et enfant se portaient très bien. Il n’avait jamais vu cela, il devait le revoir 3 fois…

Tante Alphonsine accoucha les 3 autres fois dans les toilettes également (et toujours un 15 août). Elle avait apprit, elle, par contre, vers la fin, à partir équipée de serviettes, langes, et tout et tout, quand elle se rendait dans les sanitaires trop petits pour un stockage tout bête. Parce que Jules se fit avoir à chaque fois. Car le malheureux était toujours présent et pour cause (jour férié oblige), et incrédule face au « Jules ! c’est le bébé ! ».

Pour le quatrième il était quelque part dans le nord de la France, suite à la mobilisation générale, et c’est sa belle mère qui se fit avoir sur ce coup là… Sauf qu’elle, tomba carrément dans les pommes…

Alphonsine expliqua à Mrs Morgan que l’accouchement ce n’est rien du tout, du pipeau, du n’importe quoi, « n’écoute pas les autres femmes ma chérie, c’est de la comédie… ». Elle ne chiait même pas une pastèque, elle avait juste envie de faire pipi… Et encore, c’était sans douleur.

Mrs Morgan, ma mère, moi-même, avons cru dur comme fer que le gène serait arrivé jusqu’à nous. Nous étions programmées pour accoucher dans les toilettes et sans douleur…

T’en foutrais moi du gène aléatoire… et de l’importance du psychisme sur le corps…