Ras le caquelon à fondue de l’adolescence… (part 2)

Ange blondJ’avais écrit le « part 1 » le jour du dernier anniversaire de papa l’an passé, et du coup, après tout ce qu’il s’est passé, j’avais oublié le « part 2)…

Bien évidemment, déjà sortis de l’adolescence, encore que l’on se sente immortel très longtemps, ou tout au moins persuadé que le temps ne passe pas vite du tout, nous savons que nous allons vieillir. Encore qu’à 18 ans cela reste une idée très vague.

Or, et c’est consternant, personne ne nous prépare à vieillir.

Ce qui est vraiment regrettable, car nous sommes en plein « papy boom », auquel aucun gouvernement n’a voulu s’attaquer (d’où les manques en médecins, spécialistes, et structures ad hoc, mais j’y reviendrai prochainement)

Continuer la lecture de « Ras le caquelon à fondue de l’adolescence… (part 2) »

Ras le caquelon à fondue de l’adolescence… (part 1)

Ange blondA l’adolescence, tout change – ou beaucoup de choses, au niveau du corps comme de la tête (enfin ce qu’elle contient). Cette période peut être difficile pour le jeune, comme pour les parents (oui c’est clair, les parents vont douiller…)

« Les principaux changements sont liés à la puberté (on les plaint, les ados… ). Celle-ci se caractérise par un développement des organes génitaux, une forte croissance (en début de puberté, un garçon peut grandir d’un centimètre par mois !), une pilosité se développant à certains endroits du corps… le tout en relation avec des modifications des sécrétions hormonales. (On les plaint toujours, les ados…)

A coté de ces aspects physiques, les composantes psychologiques sont tout aussi importantes. De ce point de vue, les changements sont importants, et en l’espace de quelques mois, l’enfant comme son entourage doivent se « familiariser » avec ces évolutions (on ne dira jamais assez à quel point l’entourage doit s’adapter d’ailleurs...). Dans un certain nombre de cas, des problèmes surviennent, et un mal-être chez l’adolescent peut le conduire vers des situations critiques »… (merci Wikipédia) Continuer la lecture de « Ras le caquelon à fondue de l’adolescence… (part 1) »

Quand que j’étais petite, et jeune… (1)

Et_moi_dans_tout__a_tlp753093Et moi dans cette famille, ce blog, qui suis-je en dehors de la mère de filles un peu originales et délurées ? Ex femme de ? Fille de ? Petite fille de ? Amie de ? ex secrétaire de plusieurs PME ? victime d’un système qui me dépasse ? Révoltée en puissance devant ce système qui me rejette ? (poseuse de bombe potentielle à l’hôtel des impôts, la nuit…)

Me demandant ce que je suis devenue vraiment mais le savons-nous ? Je me souviens en tous cas de ce que j’ai été…

Continuer la lecture de « Quand que j’étais petite, et jeune… (1) »

Conseils utiles aux ignorants qui ont mis au monde des filles

A une certaine époque, quand je voyais les fils de mes amis, j’avais l’impression de voir, dès l’adolescence, de grandes choses molles, à la voix qui mue, scotchées à leurs consoles de jeux, la télé, une paire de roller ou un skate board. Des mâles en puissance très intéressés par la moto, la voiture, le dernier jeu vidéo intéressant, le foot, la F1, et accessoirement les filles (le temps passant).

Alors que les filles ont des centres d’intérêt beaucoup plus diversifiés et sont pleine de vie, de ressources et de surprises.

Et d’un : les filles mûrissent plus vite que les garçon. C’est écrit partout. Il faut se le mettre dans la tête. Quand la petite a passé 8 ans, les parents ont mangé leur pain blanc.

A 10 ans, tout est cuit.

Quand elles rentrent en CM2, alors que les garçons de leur e (dans les zones privilégiées), sont uniquement préoccupés par leurs résultats scolaires après la liste énumérée ci-dessus (ne rêvons pas), les filles commencent à reluquer les dits garçons et à se demander si elles pourront les séduire un jour. Dans les zones non privilégiées ils ne s’occupent absolument pas de leurs résultats scolaires, mais les filles elles se préoccupent quand même des garçons…

Comme ils n’ont rien de bien attrayant, elles commencent à loucher sur la vedette du moment (Ah Léonardoooooo dans Titanic ! – je sais, je date) et repensent la décoration de leur chambre.

Leur père ou vous s’est échiné à refaire le papier peint de la chambre de « la petite » que la gamine à choisi il y a à peine un an. Et la dite « petite » redécore entièrement sa chambre avec des posters des 2 be free, Léonardo, Brad (je date toujours) Si deux filles partagent la même chambre : espérer qu’elles auront les mêmes goût en matière d’hommes virils et séduisants.

Pour faire tenir les posters, photos diverses, les filles ont plusieurs méthodes :

  •  Avec des punaises : parents chanceux si elles ont bien refermé la boîte de punaises après usage. Sinon on leur apprend avec autorité comment le faire après s’en être planté une dans le pied.
  • Avec du scotch  : parents devant rester sur leur garde. Quand elle en aura marre de Léonardo une partie du papier peint partira avec le scotch et elle mettra à la place du poster un autre poster PLUS PETIT pour que l’on voit bien les traces de scotch.
  • Avec de la colle à papier peint : avantage : ce sera une bricoleuse. Inconvénient : quand elle arrachera le poster tout viendra avec (un grand plâtras de 3,5 m2 qu’elle se refusera à recouvrir car elle trouve subitement le concept du poster « dépassé »).

Si j’ai un conseil à vous donner : NE JAMAIS POSER DE PAPIER PEINT dans la chambre d’une fille qui approche de la dizaine. 3 couches de peinture neutre, lessivable, et bien solide (ne pas lésiner sur le prix) feront parfaitement l’affaire.

Dans le même temps, comme elles trouvent les garçons séduisants, les filles se demandent si elles sont séduisantes.

Elles se préoccupent donc d’elles.

Leur mère leur donnant le mauvais exemple depuis leur plus tendre enfance en s’épilant, maquillant, crémant, exfoliant, etc…, les filles décident d’en faire autant.

De plus en plus tôt.

J’ai commencé à me maquiller à 14 ans. Et mes parents rouspétaient que j’étais trop jeune. Ma mère avait commencé à 18 ans, et mes jeunes tantes à 16. Maintenant si vous refusez un tube de mascara à une gamine de 11 ans, vous êtes une marâtre et il faut envoyer la petite chez un psy pour qu’elle s’en remette.

Bien évidemment, les filles vont essayer tous les trucs. Comme leur mère avant elles, et comme leurs filles par la suite.

Tout y passera :

  •  L’huile de ricin pour faire pousser et épaissir les cils
  • Le concombre pour astringer la peau
  • L’argile pour assainir
  • Le miel pour adoucir
  • Le blanc d’œuf contre les rides d’expression (à 12 ans pourquoi pas ?)
  • Le vinaigre pour faire briller les cheveux

Etc…

Et les produits de beauté de la mère, destinés à lui conserver le plus longtemps possible son teint et sa peau de jeune fille. Donc des produits chers, car la tâche est rude (pour la mère).

Si j’ai un conseil à vous donner : mettez vos produits de beauté et le maquillage coûteux dans une armoire fermée à clef, d’une vraie bonne clef.

Exit la serrure de la mallette achetée si cher dont on vous avoue 4 ans plus tard qu’elle s’ouvrait avec une épingle à cheveux, d’où la baisse des liposomes dans le pot de 20 g à 500 F (oui à mon époque s’en était encore…)

Quant à VOTRE pince à épiler que vous gardiez jalousement depuis vos 18 ans, qui épile si bien, dites lui adieu, si vous ne l’avez pas accrochée avec une chaîne qui tienne le coup, dans un mur en béton armé coulé par vous, avec une attache intouchable (genre chaîne d’ancre du Titanic). Cela limite le rayon d’action mais la pince à épiler ne disparaîtra jamais (en prévoir une de rechange pour les vacances).

Ne lésinez pas sur l’achat d’un cadenas qui sera amplement amorti par les économies que vous réaliserez en sauvant vos propres articles.

Autre conseil : à la naissance d’une fille, ne vous contentez pas de lui ouvrir un compte d’épargne « pour ses études ». Prévoir aussi l’achat futur de :

  • Produits anti-bouton pour le visage
  • Produits anti dartre pour le corps (quand on a mis au monde une emmerdeuse qui a la peau sèche en dessous du cou, et bien grasse sur le visage ou l’inverse)
  • Crème dépilatoire, cire chaude, cire froide, cire à faire fondre au micro-onde, filtres à cire
  • Masque pour la beauté du teint, anti teint brouillé, anti bouton, etc…
  • Pinces à épiler (l’adolescente peut en perdre 1 par semaine, de préférence celle que vous venez de vous acheter pour remplacer la précédente mystérieusement disparue)
  • Teintures à cheveux
  • Produits pour rescaper les cheveux teints car « ces salauds disent que la teinture n’abîme pas les cheveux alors que c’est même pas vrai… »
  • Auto bronzant
  • Décolorant à duvet et à auto bronzant qui a fait des marques genre « zèbre dans la savane »
  • Rasoirs multiples pour les retouches post épilatoires et les dessous de bras
  • Shampoings, après shampoings, huiles, ampoules diverses.
  • Tout le nécessaire à maquillage qui tiendra dans 3 grandes trousses de toilette (3 par fille)

Et j’en passe…

Prévoir également le coiffeur : l’adolescente a une prédilection particulière pour la coupe qui tient un mois à l’époque où vous vous résignez, faute de moyens, à laisser pousser vos cheveux.

Epargnez, épargnez… Vous n’en verrez jamais la fin, surtout si votre blonde s’aime en noir (racines à retoucher tous les mois) et si votre brune s’aime en blond (idem). L’idéal étant d’avoir les deux… Pour la troisième, espérer une rousse qui s’assumera…

De la même façon si vous avez plusieurs filles, (au moins deux), autant le savoir tout de suite : ELLES N’UTILISERONT JAMAIS LE MEME PRODUIT et surtout pas le même que le vôtre dans le cas tout bête du shampoing ou du gel douche. Elles auront LEUR dentifrice, LEUR shampoing, LEUR après shampoing, LEUR soin. Comme vous avez LES VOTRES, prévoir de grandes étagères dans la salle de bain, en laissant comme de coutume à l’homme une petite place pour sa bombe à raser, son après rasage, son rasoir et son déodorant.

L’époque étant toujours à la futilité : comment maigrir, comment rester mince, comment rester ferme et tonique, comment avoir un teint de rêve, les filles très rapidement, dès qu’elles s’intéressent à leur apparence, s’occupent également d’elles en se faisant des soins. C’est écrit partout : si vous n’êtes pas belle un minimum vous n’êtes pas une femme.

La mère peut s’être fatalement résignée elle à ne pas être parfaite, à l’époque où la fille se fait le serment de devenir une créature de rêve (et vu les gènes que vous lui avez refilés, ce n’est pas gagné).

Un samedi après midi idéal chez moi à une certaine époque se résumait de la manière suivante :

Pulchérie et Delphine avaient 14 et 17 ans. Période qui m’amuse aujourd’hui alors qu’à l’époque je ne rigolais pas.

  •  Pulchérie l’aînée : petite, mince (trop à son goût, on n’est jamais content de rien). Petits seins, peau sèche, cheveux châtain foncé très gras.
  • Delphine : grande, pulpeuse (trop à son goût). Gros seins et cuisses d’après elle trop grosses, mais taille fine, peau grasse à comédons. Cheveux très secs.

La vie est finalement bien faite : une seule aurait pu hériter du pire et l’autre du meilleur.

Toutes les deux ayant hérité du côté paternel d’une pilosité effrayante, elles mettaient l’épilacire à chauffer dès 14 heures, se refusant à filtrer la cire (c’est dégoûtant !) et la renouvelant constamment (la neuve étant achetée par maman).

L’aînée déambulait dans l’appartement, un henné neutre mélangé à de l’argile blanche sur les cheveux, en en semant partout car elle se refusait à porter un turban (ça fait NUL un turban maman), la peau tartinée d’un mélange de jaune d’œuf, d’huile d’olive première pression à froid de chez Fanchon et de miel (MON miel de tilleul de préférence). Avec deux bouteilles d’eau de 1 litre et demi pour faire altères à la main, en faisant des mouvements de gymnastique frénétiques pour faire grossir ses seins quand elle avait fini de s’épiler en poussant des cris de putois à chaque arrachage de bande (c’était une douillette).

Vous saisissez l’ambiance.

La cadette déambulait elle, un masque d’argile verte mélangée à de la pulpe de concombre et du jus de citron sur le visage, le cheveux dégoulinant de la même huile d’olive de chez Fanchon, toujours en en répandant partout, partageant le dégoût de sa sœur pour le turban, en faisant des fentes d’escrimeurs pendant des heures pour sculpter ses jambes qu’elle trouvait trop grosses, après s’être fait au moins une brûlure avec de la cire trop chaude : tempérament impatient. A moi de sortir pour acheter le tulle gras et à moi de l’appliquer après avoir vérifié que la brûlure restait superficielle.

Les deux sœurs en vieux caleçon troué post épilatoire, s’engueulant pendant toute la durée de la suite des soins pour savoir qui aurait la salle de bain la première (comptez une heure et demie par fille).

Le soir, je retrouvais la baignoire bouchée par l’argile et le henné, le robot pétrifié par les mélanges non rincés et de la cire plein la cuisine les jours où elles s’épilaient.

Le tout à nettoyer toute seule, ayant vu deux créatures divines s’esquiver vers 19 H 30, après s’être entièrement maquillées avec mes produits de maquillage. Elles refusaient en effet d’acheter les leurs pour économiser leur argent de poche et on peut les comprendre…

Puis je passais une heure à filtrer la cire utilisée qu’elles avaient jetée, pour leur faire croire que j’avais regarni l’épilacire avec de la cire neuve…

A l’époque j’étais seule. Je ne sais pas comment les pères font pour supporter cela. Comme le mien qui me contemplait dubitatif, les cheveux recouverts d’un turban (pour cacher le henné neutre), le visage recouvert d’argile diluée à l’eau de rose, tous les samedis après midi, en train de pédaler couchée sur le dos dans le salon pour avoir un ventre plat.

Il est à noter que pour avoir un corps sculptural, la fille n’envisage généralement pas une seconde de faire du sport pour lequel elle se fait régulièrement dispenser, ayant ses règles toutes les semaines quand le prof est un homme, et tous les 15 jours pour cause de kyste ovarien quand le prof est une femme.

Ne pas lui suggérer de s’inscrire « à la gym » ou d’aller à la piscine (le chlore a un effet déplorable sur sa tignasse).

Il est à noter également qu’il y a une période tout à fait glorieuse que ma mère avait baptisée la période de la « coquette sale ».

C’est l’époque où votre fille vous pique votre vernis à ongle pour recouvrir des ongles noirs. Où elle se démaquille soigneusement en oubliant de se laver le reste du corps jusqu’au jour où on lui fait remarquer qu’elle a de la CRASSE dans le cou et sur les poignets.

C’est l’époque où elle pue des pieds et des dessous de bras malgré votre coûteux parfum dont elle s’inonde, où elle se lave une fois par semaine, et vous téléphone de chez son père alors qu’elle est partie depuis 15 jours en vous demandant, si PAR HASARD, elle n’aurait pas oublié sa brosse à dent dans la salle de bain… SI ! Et ce n’est pas PAR HASARD, non plus qu’il lui a fallu 15 jours pour s’en apercevoir.

Tout de suite après vient la période « coquette propre », suite à une réflexion d’un copain de e et une réconciliation avec l’eau.

Elle squattera la salle de bain pendant des heures, vidant la réserve d’eau chaude soi-disant pour se laver, marinant dans un bain pendant des heures un masque sur le visage, trempant toutes les serviettes et les tapis de sol. Le tout dans une ambiance de messe noire, car pour se détendre elle s’éclairera à la bougie (avec les magnifiques bougies parfumées qu’elle vous offre à l’occasion des fêtes de fin d’année, fête des mère et anniversaire).

Courage, et patience… Vous en avez pris pour… jusqu’à ce qu’elle parte. Ceux qui en prennent pour 10 ans savent EUX pourquoi…

Quand elles sont deux, il règne parfois dans la salle de bain des atmosphères de hammam et de harem… Sauf que l’eunuque nettoyant après, c’est vous, la mère.

Tout pour séduire les garçons et se plaire à soi-même.

Plus difficile dans un monde où la minceur, quand ce n’est pas la maigreur, règne en diktat absolu dans les pays privilégiés où l’on mange plus qu’à sa faim.

Le poids est donc une obsession chez la jeune fille, dès la pré-adolescence, dans notre monde où l’on n’existe que mince.

J’avais la chance d’avoir chez moi deux filles opposées : une très mince souffrant depuis sa plus tendre enfance d’un manque d’appétit chronique. Quand elle me tétait elle trouvait toujours plus intéressant de me sourire et de me gazouiller quelque chose que de manger. C’était limite anorexie et cela a duré jusqu’à ses 19 ans. Lui faire prendre un kilo dès ses 3 ans était tout un poème, et on ne visait pas les 15 kg quand elle en était à 10, mais les 11. Elle a plafonné longtemps à 40 kg pour 1 m 55. Aujourd’hui elle en fait 43 et se trouve de grosses fesses…

La deuxième était un goinfre depuis la maternité où elle s’accrochait à mon sein comme une désespérée, terminait depuis ses 3 ans tous les plats à la cantine, et démarrait chaque journée par une tartine de rillettes et ¼ de coulommiers. Elle a toujours eu une courbe de croissance modèle pour manuel de pédiatrie.

  • Phrases clefs de l’aînée : on mange encore ? mais on a déjà mangé hier ! J’en veux pas j’aime pas ça !
  • Phrase clef de la cadette : quand est-ce qu’on mange ? Est-ce que je pourrais y goûter ?
  • Surnom de l’aînée : appétit d’oiseau, puis le piaf (suite à un dicton erroné, parce qu’un piaf, ça bouffe énormément, voire plusieurs fois son poids par jour)
  • Surnom de la cadette : bouffe tout (dixit sa sœur)
  • La grande : 1 m 55 : 35 kg à 17 ans
  • La petite : 1 m 70 : 65 kg à 14 ans.

L’aîné décidait de grossir. Elle se mettait au point un plan qu’elle affichait sur le frigo (elle a toujours aimé les listes précises, ayant hérité d’on ne sait qui un tempérament précis et ordonné…) : le plan idéal pour que sa sœur et moi perdions du poids…

Elle vidait le beurre fondu des papillotes de saumon dans l’évier, snobait le fromage, mastiquait sa salade sans sauce, trempait des biscottes sans beurre dans un chocolat sans sucre au lait écrémé « j’aime pas le gras » et mangeait le concombre au kilomètre, juste épluché, comme ça, en regardant la TV le soir. En fait, ce n’est pas pour rien qu’elle est mince…

Faire les courses c’était acheter les gâteaux, les céréales du matin, les en-cas du soir, le fromage à tartiner et les diverses cochonneries qui sont sensées plaire à notre chère marmaille… Surtout à la cadette…

La grande planifiait la répartition de ces « extras » sur une semaine de peur d’une overdose. La cadette dévorait tout le même soir et souffrait du ventre toute la nuit en m’empêchant de dormir « maman je vais sûrement mourir ».

Obligation pour moi à une certaine époque de mettre au point une planque sous mon lit dans laquelle je dissimulais : plaquettes de chocolat, gâteaux secs, fromage à tartiner, etc… pour que la presque anorexique trouve de quoi se sustenter quand « bouffe tout » avait vidé les boîtes de céréales et terminé tous les fromages, avec le pain de mie qui allait avec. (Je précise que les surnoms qu’elles se donnaient étaient un tantinet exagérés…)

Le tout sur fond de vociférations qui terrorisaient mes voisins. J’ai la malchance d’habiter une résidence surtout occupée par de vieilles personnes. La voisine du dessous (87 ans), craignait quand les beaux jours revenaient et que les fenêtres étaient ouvertes, en entendant mes filles se crier dessus, « d’en voir passer une par la fenêtre ».

Car il y a une chose qu’il faut savoir : les filles consomment du décibel. Hurlements et cris aigus, sanglots (très importants les sanglots et les trémolos dans la voix), claquements de portes… Rajouter la sono à fond avec UNE chanson en boucle pendant 4 heures pour faire trembler les vitres et faire fuir le chat.

Et certains, nantis de fils à la voix enfin muée, de vous dire « les garçons ça fait du bruit ».

Vous par contre, n’entendez plus votre chère marmaille féminine hurler. Déformation qui consiste à ne plus entendre les cris parce que s’il fallait y réagir ce serait invivable.

Vous devenez néanmoins une adepte du décryptage du cri :

  •  A la force du cri, à la campagne, vous visualisez la taille de l’araignée.
  • A la force du cri chez vous, vous savez combien de kilos la cadette a pris
  • A la force du cri chez vous, vous savez combien de grammes l’aînée a perdu
  • A la force des cris, vous savez combien finalement elles s’entendent bien…

Les filles, comme je vous le disais au début, sont pleines d’imprévus et d’imagination.

Elles peuvent tout vous faire, car elles ont une imagination folle. Je ne parle pas d’aller les récupérer au commissariat pour vol de CD en grande surface. Je n’ai pas eu le plaisir de connaître.

Non. Je parle de l’imagination tout court.

Déjà elles écrivent. 90 % des jeunes qui écrivent un journal sont des filles. Besoin d’écrire, de mettre sur papier le fond de sa pensée, de ses espoirs, de ses désespoirs (généralement « je HAIS ma mère »).

Elles écrivent discrètement. Pendant que vous regardez le journal de 20 heures pour vous tenir au courant d’une actualité toujours réjouissante après avoir demandé puis exigé du calme et un peu de silence, elles viennent s’installer sur le canapé juste à côté de vous en se disputant pour savoir laquelle aura la meilleure place. Sortent un cahier et un stylo et se mettent à écrire frénétiquement. Vu leur ardeur vous savez que ce n’est pas d’une dissertation qu’il s’agit ni d’un devoir de maths. Elles vous jettent de plus, des coups d’œil soupçonneux pour vérifier que vous ne pouvez rien distinguer de ce qu’elles écrivent. Non, à moins de pouvoir vous téléporter un œil discrètement derrière elles, vous ne pouvez pas. Tous ce que vous pouvez faire c’est comprendre qu’elles tiennent un journal comme vous jadis. Alors qu’elles s’imaginent que vous n’avez jamais été jeune vous même.

Je parle au pluriel. Tout reste valable pour le singulier. Une fille seule c’est même peut-être pire : elle n’a personne de son âge avec qui partager votre nullité et avec qui s’engueuler.

Donc vous savez qu’elles écrivent un journal. Le lire vous tente. Ressemble-t-il au vôtre ? Quand vous dessiniez des cœurs bleus comme les yeux de l’élu avec écrit en gros « OLIVIER JE T’AIME POUR TOUJOURS » ?

Mystère. Sauf qu’un jour, vous devez pénétrer dans l’antre sacré : LA chambre.

La chambre des filles (ou de la fille, c’est selon) est l’endroit idéal pour retrouver les objets disparus genre : pince à épiler, pinceau à maquillage, parfum, collants, slips en dentelle noire, palette brun de chez Dior, votre parfum, une chemise mode (la seule que vous ayez), etc…

Vous n’allez JAMAIS y rechercher « Les martyrs » de Chateaubriand qui eux, restent bien sagement à leur place dans la bibliothèque avec « les rois maudits » et l’histoire des croisades en 15 volumes que leur a léguée leur arrière grand père.

Donc, ayant perdu votre pince à épiler et ayant un poil follet sur le menton (c’est fou ce qu’ils se multiplient passé un certain âge), vous pénétrez dans la chambre des filles.

Indiana Jones ne s’y risquerait pas. On le comprend.

Chez moi, seul le chat s’y risquait, en dehors de moi les jours de crise (le père étant, on l’aura comprit, terriblement absent).

La chambre était coupée en deux. C’était une grande chambre et je n’avais pas les moyens de me payer plus grand pour qu’elles aient chacune la leur.

Côté gauche : l’aînée. Tout rangé au cordeau, les posters et photos bien alignés, un bureau de ministre : rien qui traîne.

Côté droit : la cadette. Lit pas fait, posters et photos posés au petit hasard, décorés de dégoulinures d’encre (5 cartouches de fichues pour le résultat…), bureau croulant sous la paperasse et un tas de livre menaçant singulièrement de s’écrouler. Quelques tomates et kiwis séchés décorant le tout sur un lit de céréales répandues.

Le placard de gauche : tout aligné comme à l’armée, les pulls empilés par ordre de couleur, les slips bien pliés dans une boite à chaussure indiquant en gros « slips ».

Le placard de droite : un bordel innommable de vêtements en vrac, avec le chat couché dessus. Pour lui c’était l’endroit idéal : bien douillet et puis d’ici à ce qu’on ait l’idée de le chercher là…

Au beau milieu de la chambre, par terre LA PINCE A EPILER, coup de bol parce que souvent la recherche pouvait prendre des heures. Ah que de temps passé pour retrouver la coupable (vilaine pince à épiler qui se promène !) dans une trousse avec un briquet disparu tout aussi mystérieusement (elle fume maintenant ?). Sur le bureau bien ordonné, le journal, bien ouvert, un véritable appel à la lecture.

On lit. C’est ouvert, c’est visible et parfaitement lisible. C’est fait pour être lu…

Cela fait toujours plaisir d’apprendre que l’on est « une grosse truie », « ma conne de mère », « la salope », ou bien « l’autre andouille ».

On lit. Vexée certes, mais rassurée : notre fille ne se drogue pas, ne fume pas de H, ne boit pas, tout son temps étant consacré à nous détester pour nos multiples défauts. On apprend qu’elle tient à rester vierge pour Charles Edouard. C’est qui celui là ? Le voisin de derrière, qu’elle épie avec les jumelles de son grand père qui se demande ce qu’il en a fait en croyant être atteint d’une perte de mémoire précoce (il a rendez-vous pour un dépistage d’Alzeimer pour demain vous a confié votre mère alarmée : votre père n’a JAMAIS perdu SA paire de jumelle).

Un petit con ce Charles Edouard (vous voyez bien qui c’est, un petit brun qui vous regarde comme si vous étiez une ruine antédiluvienne et ne dit jamais bonjour comme les jeunes gens bien élevés de votre temps), un petit con qu’elle épie de votre chambre parce que la vue y est meilleure.

Explication de la température polaire qui y régnait cet hiver quand vous rentriez le mercredi soir : votre chère fille aînée y était restée pendant des heures, les jumelles chéries de son grand père à la main, tous rideaux fermés pour la discrétion, mais la fenêtre ouverte pour une bonne visibilité, nonobstant la température hivernale.

A votre retour, au bruit de la clef dans la serrure : HOP d’un bon gracieux sur votre lit (pour 40 kg c’est toujours gracieux), elle se retrouvait à la porte en un temps record, s’esbignait, et le temps que vous ayez fini de refermer la porte était tranquillement couchée sur son lit à faire semblant de faire ses devoirs depuis des heures, sa sœur épluchant un énième kiwi, tranquillement avachie sur son lit…

Et vous retrouviez votre fenêtre ouverte en vous demandant, comme votre père, si vous aviez encore toute votre tête pour l’avoir laissé ainsi par un froid pareil, sans aucun souvenir de l’avoir ouverte…

Le stratagème de votre aînée découvert, vous envisagez un plan sadique mais qui demande du temps et de la place pour planquer le matériel superflu : retirer le sommier, le matelas, tendre le dessus de lit sur un vide sidéral. Et HOP, quand votre gracieuse héritière ferait son bond gracieux… Vous riez des heures en imaginant sa tête, et le résultat. Renoncez en songeant que douée comme elle l’est elle se casserait forcément le tibia qui est pourtant l’os le plus solide du corps humain.

Et puis vous avez d’autres soucis. De plomberie.

Pendant que l’aînée épie à la jumelle son chéri, la cadette s’est prise de passion pour la magie blanche.

Une copine dont la mère est une gentille sorcière, lui a prêté un rituel de magie blanche.

Quelle bonne idée ! Pourquoi n’êtes vous pas une gentille sorcière ? Parce que vos filles trouveraient ça CON. Et vous diraient « ma PAUVRE maman, avec tes idées… ». Et puis surtout parce que vous n’avez pas été élevée pour être une gentille sorcière. Tout ce que vous savez c’est que le tilleul est calmant et la menthe excitant.

Pour ne vous mettre personne à dos, vous faites du tilleul/menthe pour ceux qui aiment la tisane.

A 14 ans, Delphine a grand peur de finir vieille fille. Elle a lu un charme pour attirer le grand amour. Qui consiste à planter des graines de basilic et à les arroser tous les jours en disant en italien « que je ne sois pas sans amour, merci ».

Elle a sacrifié une petite partie de l’argent de poche de sa sœur, (le sien est dépensé depuis des mois et elle vit à crédit) et du fric qu’elle vous pique régulièrement dans votre porte monnaie, pour s’acheter chez Jardiland un sachet de graines de basilic.

Qu’elle a plantées partout.

Vous l’entendez le matin, arroser ses graines en prononçant la formule sacramentelle que vous ne comprenez pas bien : cela ressemble à la messe en latin de votre enfance et cette enfant n’est même pas baptisée ! Le matin vous êtes dans le potage jusqu’à 10 heures, et c’est pourquoi votre cadette peut pendant des semaines procéder à ses élucubrations sans que vous moufetiez. Votre cactus qui n’a pas besoin d’eau crève dans la foulée, mais cela ne la perturbe pas : 4 plants de basilic prospèrent avec le ficus, le dieffenbachias, le camélia et le gardénia.

A votre exclamation qui suit la sortie des plans jalousement arrosés avec toute la magie requise : « des mauvaises herbes dans mes plantes ! » (que vous soignez jalousement), elle se dresse devant vous avec l’amabilité d’une hyène à laquelle on voudrait enlever les amygdales sans anesthésie :

« Ce sont MES plantes. Je T’INTERDIS d’y toucher ».

Puis part en sanglotant… Elle sait bien que vous POUVEZ les arracher ses plants de basilic.

L’aînée vous explique le problème. Si vous arracher les basilics vous retirez à Delphine tout droit à l’amour… Aurez-vous le cœur de faire une chose pareille ?

Non. Vous vous résignez à voir les basilics prospérer en vous cachant vos plantes préférées, voire même en les faisant dépérir.

Et a voir votre cadette tous les matins, à peine réveillée et à poil, les arroser de trois gouttes en prononçant des paroles qui vous semblent curieuses, et débiles… Vous retenez la phrase maternelle ique « tu ferais mieux de te laver les dents »… Si elle mettait autant d’énergie à ramasser ses débris de kiwis qui pourrissent à côté de son lit et à mémoriser ses verbes irréguliers d’anglais et d’allemand, vous seriez une mère comblée.

Mais les plans de basilic ne sont pas les plus importants.

Car vous avez des problèmes de plomberie (bis répétita…).

La baignoire se bouche régulièrement. D’une ventouse experte et décorative dans la salle de bain, vous extrayez henné neutre coagulé à l’argile, argile au miel, et une bouillie curieuse….

Qui semble boucher plus que le reste et semble s’insinuer profondément dans les canalisations.

Le plombier lui-même, que vous faites vivre avec vos bouchages de baignoire, reste perplexe. Il n’est peut-être pas pressé de trouver la solution vous êtes le pilier de son entreprise, la clef de voûte de son chiffre d’affaire !

Et puis un beau jour, vous rentrez inopinément un mercredi après midi, sans avoir prévenu votre progéniture que vous aviez pris votre après midi (hé hé).

Vous ouvrez la porte d’entrée avec délicatesse, puis votre porte de chambre avec fracas.

L’aînée sursaute et laisse tomber les jumelles de votre père sur la moquette où elles atterrissent sans dommage (un coup de bol, elles ont 30 ans). Bafouille une explication bâtarde. Naturellement vous ne pouvez pas lui dire que vous avez LU SON JOURNAL et savez de quoi il retourne. Vous faites la niaise qui croit qu’elle guette un martin pêcheur à 3 km du moindre cours d’eau (une pie encore, vous pouviez admettre en bonne tarte que vous êtes…), vous lui sommez de « rendre les jumelles à ton grand père et plus vite que ça » et vous dirigez vers la salle de bain d’un pas ferme.

La cadette somnole dans la baignoire, toutes lumières éteintes, 7 bougies allumées sur le rebord de la baignoire et sur le lavabo (explication des traces suspectes résistant au détartrant).

Dans 5 ans, votre tante venue passer le week end et ayant osé excursionner jusqu’à la salle de bain viendra vous trouver en vous disant d’un air craintif « Delphine fait une messe noire dans la salle de bain ? ».

Vous lui répondrez « mais non elle prend un bain en se détendant à la lumière des bougies » car il faut bien devenir philosophe à la longue…

Bref.

Elle se tient le front en marmonnant des paroles étranges et baigne dans une eau qui exhale une odeur curieuse et inhabituelle.

Vous allumez la lumière.

Elle sursaute. Lâche ce qu’elle se maintenait sur le front et vous visualisez la baignoire.

Dans laquelle flottent des dizaines et dizaines de feuilles de chêne + un gland qui n’a pas eu le temps de couler au fond.

Votre cadette « se purifie l’âme ».

C’est un charme qu’elle a trouvé dans le fameux rituel de magie blanche et qui consiste à se baigner dans un bain dans lequel on fait infuser ( !) le plus possible de feuilles de chêne, en se maintenant sur le front un gland pendant toute la durée du bain en murmurant en sanscrit « je me purifie l’âme, je suis purifiée ».

Après la purification, elle vide la baignoire, ramasse les feuilles qui ne se sont pas précipitées dans le siphon pour le boucher, les jette à la poubelle.

Ni vue, ni connue. Ces jours là elle descend la poubelle pour vous cacher ses turpitudes alors que vous pensiez naïvement qu’elle avait fait un petit quelque chose pour vous aider.

Même le plombier n’y a rien vu.

Vous pouvez attester sur l’honneur que les feuilles de chêne se déliquescent dans l’eau très lentement : 6 ans après les purifications d’âme de votre cadette adorée, un coup de ventouse peut faire remonter des morceaux de feuilles très reconnaissables.

Une fois l’âme purifiée et tout mis en œuvre pour être séduisante, il ne reste à la fille qu’à s’habiller.

Hélas.

Car le vêtement est le chemin de croix de la mère qui a cru naïvement qu’elle pourrait habiller sa fille comme elle le désirait jusqu’à un âge avancé qui ne dépasse pas 3 ans.

Vous entendez souvent les femmes s’exclamer : « une fille quelle chance ! JE vais pouvoir l’habiller comme je veux ».

A nous les petites robes, les baskets roses rigolotes, les faux costumes de marin avec les couettes qui lui font une bouille adorable… A nous, jusqu’à l’entrée en maternelle (j’ai dit 3 ANS !).

Après tout est cuit.

De « aujourd’hui en petite robe », on passe à un « pas de robe maman ! » péremptoire. On découvre que le petit garçon de 2000 soulève toujours les robes et jupes des filles pour voir ce qu’il y a dessous.

La fille chérie et dorlotée se complait en jeans, caleçons, baskets, etc…

Vient le temps tant espéré de l’adolescence où la mode la rattrape.

Pas la mode normale, la mode des adolescents.

Avec laquelle les parents, surtout les mères, n’ont aucune affinité : c’est fait pour ça.

Vient le jour où la fille adorée vous traîne dans les magasins parce qu’elle a besoin d’une paire de chaussures.

Comme elle a déjà des tatanes informes, des baskets multiples (plusieurs couleurs, fluo de préférence) et une paire de bottes cavalières (c’était la mode il y a deux mois mais c’est fini maintenant), vous pensez naïvement qu’elle souhaite s’acheter une paire de vraies chaussures.

Des chaussures qu’elle pourrait mettre avec une robe par exemple. Reste à acheter la robe…

Non. Elle pointe le doigt chez le marchand de chaussures chez lequel elle est allée directement, sur un godillot informe qui était jadis une chaussure de chantier célèbre : elle veut des Catertrucs comme toutes ses copines.

La vue du prix vous donne des frissons : comment des entreprises en difficulté ont-elles pu acheter ces horreurs à leurs ouvriers au bord du chômage ? Sûr que c’est l’achat des chaussures qui a mis l’entreprise en dépôt de bilan ! Pour le même tarif vous vous achetez (toujours pratique) deux robes et deux paires de chaussures assorties ! + un antiride ruineux !

Vous dites NON fermement. D’autant qu’elle veut ces chaussures immondes pour les porter au mariage de sa plus jeune tante (votre sœur) qui a fait chier tout le monde avec ses vêtements immondes pendant des années, pour se marier la semaine prochaine avec une tenue surpassant celle de Lady Diana.

Elle veut porter ces chaussures « de chantier » avec la jupe adorable mais si chère que vous lui avez achetée parce que justement c’était une jupe… Et qu’il y a des années que vous n’avez pas entrevu les jambes de votre fille en dehors des moments d’arrosage de basilic le matin de bonne heure, ou de séance dépilatoires le samedi après midi.

Là, de deux choses l’une :

UN : Le père est terriblement absent et votre déficit tente de ressembler à celui du gouvernement français, sans aucune chance de faire ex-aequo.

Au NON suit une bouderie aussi déprimante que les informations et que votre déficit. Puis par miracle, l’adolescence trouve deux baby sitting à faire et des innocents à escroquer, et s’achète elle même les chaussures immondes qu’elle portera au mariage précédemment mentionné avec sa jupe divine et un vieux pull qui lui cache les mains (en plein mois d’août caniculaire).

DEUX : Le père est présent. La « petite » trouvera alors le moyen de se rouler sur ses genoux en l’appelant « mon petit papa chéri », en se tortillant une mèche de cheveux et en roucoulant comme vous n’oseriez pas le faire même pour lui demander de rincer la baignoire pour une fois et de laver sa tasse de café.

Le père cède, rassuré sur son potentiel de séduction, et sacrifie votre futur week-end en amoureux pour acheter les fameuses chaussures de chantier au son de « ne dis rien à ta mère » (trop tard, vous avez tout entendu).

Vous n’osez pas suggérer à la chair de votre chair de procéder avec son amoureux potentiel comme avec son père. On ne sait jamais : si elle vous écoutait (pour une fois), vous seriez dans une sacrée galère vu le petit con que c’est…

Vous vous contentez de faire remarquer aigrement au père qu’il n’a plus aucune réflexion à vous faire sur le prix des collant le jour où vous le coincez sur le rinçage de la baignoire et que votre tortillement de mèche reste vain.

La fille qui s’habille a une prédilection particulière pour s’habiller en décalage complet avec les saisons.

C’est « top mode maman ».

Elle a aussi une prédilection tout aussi particulière pour les fringues des autres.

Elle habille donc ses copines avec ce qu’elle vous a extorqué et se nippe de haillons échangés avec les mêmes copines qui comme par hasard refourguent toujours du vieux en échange du neuf. Le neuf, vous ne le reverrez jamais, c’est Marine qui le porte.

En été les filles s’éclipsent en jean, pull mohair ou angora (il y en a qui allergisent au mohair) et blouson bien chaud.

Au plus fort du gel, elles s’évanouissent le matin dans la nature, à la recherche de leur train ou bus, en simple chemisier avec un pull sur les épaules « »au cas où ».

La pharmacie du secteur survit d’octobre à avril avec vos achats frénétiques de paracétamol, sirop anti-toux, gélules diverses.

L’été, alors que vous luttez frénétiquement contre le coup de chaleur, vous les voyez rentrer couvertes comme des Inuits. Vous attrapez le coup de chaleur contre lequel vous luttiez rien qu’à les voir.

A l’occasion, pendant qu’elles rendent les jumelles à leur grand père (le voisin du fond est finalement un sale con), elles lui piquent ses cravates pour s’en faire des ceintures : il faut bien cela pour faire tenir un pantalon 10 fois trop large. Pantalon sur lequel elles marchent parce que le concept de l’ourlet est aussi dépassé que celui du poster, en s’étonnant que le tissu soit plus que « légèrement abîmé » là où elles l’écrasent à chaque pas.

Elles exhibent leur nombril en plein hiver mais refusent à se montrer en maillot de bain l’été.

Elles superposent les manches courtes sur les manches longues, le trop court sur le trop long. Ne pas leur faire remarquer que la mode existait déjà au Moyen Age : elles vous rétorqueront qu’il est normal que vous le sachiez vu votre look débile et précisément moyen âgeux.

Pour leur mariage par contre il faudra prévoir LE budget rien que pour la tenue, les chaussures de chantier et les pulls à manches longues les dégoutant subitement.

Leur père les mènera à l’autel, les yeux baissés, en grande robe meringue, avec derrière une duègne : VOUS.

La fille a des amours compliquées, secrètes (qu’elle croit), et qui ne se passent pas toujours bien.

Pulchérie ne pouvait jamais cacher qu’elle était tombée amoureuse et qu’elle « sortait » avec un garçon depuis la soirée du samedi : elle ne marchait plus, elle était en lévitation, le regard vague, un sourire niais accroché aux lèvres. Elle se scotchait à côté du téléphone, cédait son chocolat à sa sœur, se moquait des grammes perdus, ratait son devoir de math et oubliait de tirer la chasse d’eau.

Un jeune homme croisé « par hasard » un beau soir vous sourit poliment (très louche), vous dit gentiment « bonsoir » (encore plus louche), et devant l’état de votre coffre (vous revenez d’un plein chez Auchan), propose ses services pour vous aider à vider ledit coffre.

C’EST LUI, cela ne peut être que LUI !

Les questions se bousculent : dois-je lui en parler, dois-je lui acheter des préservatifs que je glisserai discrètement dans son sac (récupérant au passage ma pince à épiler) ?

Vous questionnez la petite sœur qui est une tombe. Non tout va bien. Ma sœur ne lévite pas, elle marche, elle n’a pas un sourire niais, elle tire la chasse d’eau. Quant à elle, elle ne voit pas quel imbécile peut prendre plaisir à vous aider à vider votre coffre de voiture : un déséquilibré probablement.

Et la petite chérie part un matin le sourire au lèvres, embrasse la glace de l’entrée (avec du rouge à lèvre, glace récurée la veille), et gambade dans la résidence en chantant pour aller à la gare.

Le soir elle rentre le visage fermé, murmure un « s’lut » et file s’enfermer dans sa chambre dont émanent quelques minutes plus tard, des sanglots lugubres.

Ne vous en occupez pas : sa sœur s’en charge, délaissant au passage le vidage du lave vaisselle (c’est sa semaine).

Vous passez la soirée seule devant la 302ème rediffusion de « l’aile ou la cuisse ».

Le lendemain la douceur de vos vieux jours a repris une démarche normale.

Alerte passée. Jusqu’à la prochaine.

Il y a un moment où l’on a hâte que la fille soit grande, adulte, responsable, etc…

Et puis un beau jour…

La fille prendra son envol pour ses études ou autre, et une chambre de bonne au passage ou un studio, qu’elle vous « invitera » à venir visiter.

Elle vous aboiera de retirer vos chaussures, vous interdira de fumer rapport à l’encens qui brûle, vous expliquera comment s’asseoir sur le canapé pour ne pas le bousiller (comme elle a bousillé le vôtre en sautant dessus il y a des siècles), vous montrera l’organisation de ses placards (ce qui vous donnera l’occasion de récupérer votre dernière pince à épiler fugueuse) dans lesquels trône tout ce qu’elle n’aimait pas manger chez vous.

Sur le peu de murs seront accrochés des reproductions de peinture renaissance ( ?), ou de magnifiques paysages, le tout dans des tableaux accrochés au mur avec de petits clous (exit les posters).

Tout sera impeccable, rangé au cordeau, nickel chrome.

Restera la cadette à la maison pour mettre de la vie, brûler des bougies dans la salle de bain, boucher les siphons, espionner les voisins à la jumelle, mettre la sono à fond, squatter l’ordinateur, Internet, le magnétoscope, le lecteur DVD, et vider le frigo.

Encore une fille à la maison.

Pourquoi ne pas en avoir fait une de plus pour assurer l’avenir ?

Parce que nos filles : NOUS LES ADORONS !!!

 

 

Les filles ! au pied ! (toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne sera ni fortuite ni involontaire)

les-filles-au-pied

Les filles vous venez IMMEDIATEMENT !
J’ai dit IMMEDIATEMENT !

Bon, inutile de faire cette tête là, vous vous asseyez sur le canapé… LA ! et vous quittez vos airs de…

Bon sang Pulchérie, on dirait Pulchérie vierge et martyre, vierge j’ai encore un espoir mais martyre… Je suis ta mère non ? Tu n’es pas en train de te faire canoniser ? ou de subir le martyre…

Non… Mais vu ta tête on peut se demander…

Martyre ? OUIIIII…. Bien sûr….

Si j’en ai pour longtemps ? Ca dépend… On verra si vous êtes martyres APRES ce que j’ai à vous dire où si c’est moi la martyre.

Il y a déjà une sainte Anne ???? OUIIIIII je sais. Mais je ne m’appelle pas Anne et si l’histoire des saintes vous intéresse, je ne vous empêche pas de vous instruire.

Tout d’abord il faut que je vous dise que face à l’état de cet appartement, à l’air hagard des voisins, et à tout un tas de choses dont précisément je veux vous parler, j’ai décidé de REPRENDRE LES CHOSES EN MAIN !

Parfaitement !

Delphine arrête de sourire bêtement niaisement.

Pulchérie je t’ai très bien vu mettre un coup de coude à ta sœur. Tu arrêtes de te foutre de ma gueule, et ta sœur aussi parce que CELA VA BARDER !

Vous n’allez pas rigoler longtemps, c’est moi qui vous le dit… Ah tiens, on redevient sérieuse.

Je suis toute seule pour vous élever devant l’absence chronique de votre père que je comprends finalement mieux depuis quelques temps…

Pulchérie sort tes doigts de ton nez et arrête de RICANER !

C’est bien les filles : ça ricane, ça cancane. LES MAINS SUR LES GENOUX ET ON M’ECOUTE !

Bon !

Donc je disais… : Delphine je sais que je l’ai déjà dit et répété, mais je le répèterai jusqu’à ce que vous ayez compris : JE SUIS SEULE POUR VOUS ELEVER ET CA NE VA PLUS DU TOUT.

UN : cet appartement est un foutoir !
Pardon ? Je n’ai qu’à faire le ménage plus souvent ?

Mais vous avez 15 et 17 ans et vous pouvez peut-être faire un petit effort non ?!!

Un exemple : c’est quoi ce soutien gorge accroché au lustre depuis dimanche ? Non Pulchérie ce n’est pas celui de Delphine, Delphine fait un 95 C : c’est le soutien gorge qui est par terre dans l’entrée. Là je vois de loin qu’il s’agit d’un 80 bonnets A alors arrêtes d’accuser ta sœur lâchement et contre toute logique.

Quand ton arrière grand mère m’a fait cadeau de ce lustre en cristal de Venise véritable (que je déteste, mais papy prend son temps pour venir le décrocher) pour célébrer ta naissance, elle ne pensait pas que tu y rajouterais un jour des pendeloques supplémentaires !

Et inutiles en plus ! D’ailleurs il est sale ce soutien gorge… C’est pour cela que tu ne le portes pas en ce moment ? Et il est où le panier de linge sale ? Pas dans la cave que je sache. Il est dans la salle de bain et tu y vas tous les jours. CELA TE FATIGUERAIS DE METTRE TON LINGE SALE DANS LE PANIER AU LIEU DE L’ACCROCHER AU LUSTE ? Décroches moi tout de suite ce soutien gorge, le jean qui va avec et le tee shirt que Joséphine t’a prêté !

C’est quoi cette manie d’emprunter les affaires de tes copines ?

Et de leur refiler le neuf que tu m’as extorqué injustement puisque c’était pour le prêter ?

Bon. Pour en revenir au panier de linge sale, il n’y a qu’à l’ouvrir et à y déposer… Comment ? JETER SI TU VEUX, ton linge sale dedans.

Aller dans la salle de bain tu sais faire…

D’ailleurs tu as encore vidé le ballon d’eau chaude ce matin à toi toute seule ! Et il n’y a pas de « pfuit ! »

Parfaitement : moi je me suis lavée à l’eau froide. Non le ballon n’est pas insuffisant, non le ballon n’est pas trop petit. Il fait 500 litres ! Il ne te faut pas ½ m3 d’eau chaude pour te laver non ? Si Delphine, 500 litres c’est la moitié d’un m3. On reparlera de tes brillantes études plus tard…

L’eau était tiède ? Evidemment pour chauffer 500 litres depuis hier soir après que Delphine ait vidé le ballon pour se laver les dents, et rincer son henné il faut du temps.

D’ailleurs à ce sujet, je dois impérativement vous parler des problèmes de plomberie et des bouchages de baignoire perpétuels qui font vivre Monsieur Smussen depuis 6 mois : c’est simple il a abandonné toute sa clientèle pour être prêt quand je l’appelle. Je suis le pilier de son entreprise, la clef de voûte de son chiffre d’affaire !

Mais je n’ai pas les moyens de faire vivre le plombier du coin. Je vous rappelle que je travaille dur, pour que l’on ne vive pas trop mal mais pas au dessus de nos moyens. Hors payer le plombier 3 fois par semaine pour qu’il débouche la baignoire, cela commence à être au dessus de mes moyens !

Pardon ? Je n’ai qu’à dévisser le siphon ? Delphine puisque tu es si portée sur le siphon je ne t’empêche pas d’intervenir. Mais la dernière fois que tu l’as fait tu as inondé le voisin du dessous… Ah c’était toi Pulchérie finalement ? On en apprend des choses… PERSONNE NE TOUCHE A CE SIPHON ! Qui c’est qui se tortore les problèmes avec l’assurance quand le voisin du dessous est inondé ? Pas vous alors mollo…

Oui je sais que mollo c’est une vieille expression mais je suis vieille et lasse et je dis ce que je veux.

La première qui quitte ce canapé s’en prend une !
ASSISES !

Donc j’aimerais savoir ce qui bouche la baignoire régulièrement.

Le henné, je suis au courant, l’argile qui vous garde un teint blanc et délicat aussi, MAIS IL Y A AUTRE CHOSE !

Monsieur Smussen a trouvé une bouillie infâme dans le siphon. On dirait des feuilles !!!! Mélangé à de l’argile et du henné cela peut boucher une canalisation jusqu’au rez de chaussée.

Ce n’est pas drôle du tout : nous habitons au 5ème je vous le rappelle.

Hein ? C’est bien des feuilles ? Ah… ?

Des feuilles de chêne tu dis Pulchérie ? Bien sûr. C’est normal. TOUT LE MONDE A DES FEUILLES DE CHENE DANS SES CANALISATIONS…

Pour le bain de Delphine ? Bon sang mais c’est bien sûr !

C’est vrai de vrai ? Delphine tu peux m’expliquer ?

Tu TE PURIFIE L’AME ?

Ah c’est un charme de magie blanche que Bénédicte t’a refilé ? OUIIII…. Tu fais une infusion de feuille de chêne dans la baignoire et tu te poses un gland sur le front pendant toute la durée du bain en récitant des prières en sanscrit ?

Et bien on est bien parties…

Et le gland tu en fais quoi ?

Tu le jette dans le vide ordure ? Et allez donc ! Il va falloir que je paye un débroussailleur pour dégager la gaine dans deux ans. Le plombier + un jardinier, il ne faut que cela pour faire mon bonheur.

Et les feuilles tu ne peux pas les ramasser et les jeter aussi à la poubelle, enfin dans le vide ordure, enfin n’importe où ?

Ca t’esclave trop ?

Parce que ça ne m’esclave pas moi d’être accrochée au plombier ? Depuis deux semaines il a l’air de penser que je bouche la baignoire exprès pour le voir. Il m’a fait des propositions !!!!!

Comment ça à mon âge ? J’ai 40 ans je ne suis pas canonique !!!!! Seulement le plombier n’est pas mon type. J’aime les grand bruns et c’est un grand blond. D’ailleurs vu son nom vous voyez bien que c’est un norvégien… Je m’égare…

Bon, ce problème de bouchage de baignoire étant éclairci : merci Pulchérie…  Delphine !! ce n’est pas la peine de fusiller ta sœur du regard pour m’avoir aussi bien renseignée, nous allons passer à la suite.

Non pas tout de suite. Je vous interdis désormais de passer plus de 4 minutes sous la douche. J’en ai marre de me doucher à l’eau tiédasse, et d’entendre le ballon chauffer nuit et jour : comment avez-vous su comment le mettre en chauffe le jour, alors que j’ai un tarif spécial pour qu’il ne chauffe que la nuit ?

C’est écrit dessus ? Maintenant vous savez  et vous ferez ce que vous voudrez : on va voir !

La première qui fait basculer de « nuit » à « jour » s’électrocutera : je vais piéger le système.

Parfaitement. Je ne sais peut-être pas dévisser un siphon, mais je sais électrifier les touches du tableau de bord EDF. Comment ? Ce n’est pas le problème. Enfin, bon, je vous déconseille de toucher à la touche incriminée dans deux jours…

Et avant de vous rincer les cheveux du henné ou de l’argile, vous mettrez désormais une passoire avant le siphon pour que la baignoire puisse enfin s’évacuer.

Ceci étant vu… Il faut que je revienne aux vêtements accrochés au lustre ou répandus par terre.

Je rentre à 19 H 30 en étant partie à 8 H, j’ai autre chose à faire qu’à passer derrière deux greluches de 15 et 17 ans pour ramasser leurs affaires….

J’ai dit greluches ? J’ai dit greluches. Maintenant je vais me pencher pour ramasser les affaires et je les met à la poubelle !!

Ne ricanez pas. Je n’ai pas dit la poubelle d’ici où vous pourriez aller les récupérer. Je peux emmener vos vêtements pour les jeter AU BOULOT ! CRIC CRAC les soutiens gorges, les jeans, les petits hauts, etc… TOUT A LA POUBELLE.

Quand vous n’aurez plus qu’un soutien gorge, un slip, un pantalon et un pull, on verra qui rigolera qui n’aura pas les moyens de vous racheter autre chose RAPPORT AU PLOMBIER !

On rigole moins. Les yeux au ciel c’est superflu, abstenez-vous, ça ne m’impressionne pas.

Donc les affaires vont être rangées ou mises au sale, la baignoire va fonctionner à nouveau et le plombier se refaire une clientèle.

Ah. Il y a un autre problème.

Les voisins.

Vous savez pertinemment que nous habitons une vieille résidence et qu’il y a beaucoup de vieilles personnes dans cet immeuble.

Les pauvres ont été ravis de me voir arriver avec vous il y a 5 ans. De la jeunesse enfin ! et polie en plus ! (vous ne pouvez pas n’avoir que des défauts). Depuis ils ont changé d’avis !

Il y en a qui ne me disent même plus bonjour ! Les autres me fusillent du regard.

Ils sont peut-être vieux mais ils ont tous leurs moyens. Moi je ne vois qu’une solution pour eux, eu égard au bruit, c’est de se cotiser pour prendre un tueur à gages pour nous éliminer toutes les trois !!!!

PULCHERIE CE N’EST PAS DROLE.

DELPHINE ARRETE DE TE GRATTER LE NEZ !

Non mais comment vous ai-je élevées !!! Oui, comme ça, je sais, mais nous étions en pavillon.

Vous êtes bruyantes !

SI !

D’ailleurs dans les deux semaines qui ont suivi notre emménagement la chaîne stéréo de votre chambre a déclenché une émeute chez les voisins d’à côté : ce sont des vieilles personnes je vous le rappelle et qui n’avaient jamais envisagé le mot DECIBEL sous ce jour là.

Le monsieur d’à coté qui est par ailleurs charmant m’a déclaré l’autre jour que votre chaîne en fonctionnement continu lui rappelle une batterie d’artillerie pendant la déroute de 40. Moralité : il ne dort plus : vous avez ravivé de mauvais souvenirs.

Je vous préviens : si votre chaîne tombe en panne, je ne la change pas.

La mienne ?

C’est la mienne et ça n’est pas le problème.

Vous voyez très bien comment est fait l’immeuble : nous donnons au nord pour les chambres et au sud pour le salon.

Et les voisins sont obligés de supporter Mickaël Jackson plein nord, avec du classique au sud.

Les deux chaînes à fond pour se couvrir mutuellement. Les vitres tremblent.

Si, elles tremblent. J’en ai tremblé également l’autre soir en descendant de voiture. Un jour vous allez me péter la baie vitrée. Et qui paiera la vitre de 3 m sur 5 ? MOI ! et je n’ai pas envie de démarrer une idylle avec le vitrier qui ne m’inspire pas plus que le plombier bordel de merde !

Delphine, je suis ravie que tu aimes la musique classique. J’ai au moins réussi cela dans ma vie. MAIS ARRETE DE PASSER LE REQUIEM DE MOZART A FOND ET EN BOUCLE LE MERCREDI APRES MIDI. Tu ferais mieux de réviser tes mathématiques primaires et savoir enfin que 500 l c’est bien ½ m3.

ET TOC !

La voisine du dessous qui a 90 ans a l’impression d’entendre la messe de sa mort tous les mercredi, au moins 3 fois !

C’est magnifique ? Je suis d’accord. Mais en boucle quand on croit qu’on est dans le cercueil, cela peut être stressant !!!! Tu verras quand tu auras 90 ans et que moi je serai enfin tranquille !!!!!

Oui je sais que tu ne souhaites pas ma mort, mais parfois j’y songe comme à une échéance… agréable…

Pour en revenir à ton requiem tu ne peux pas mettre le casque ?

Comment ça je vous ai interdit le casque ? Mais PAS DU TOUT ! Je vous ai interdit de mettre le casque AVEC la musique à fond qui risque de vous démolir définitivement l’oreille interne !!!

Delphine, si tu veux savoir ce qu’est l’oreille interne tu vas regarder sur ton encyclopédie que j’ai acheté fort CHER, A TA DEMANDE, et qui semble toujours neuve.

Tu en profiteras pour aller te documenter sur les m3….

Alors : le linge sale, la plomberie, le bruit… Ah !

Il y a QUELQU’UN qui, tous les après midi du mercredi, à savoir que c’est l’une ou l’autre, ou les deux, va dans ma chambre, ouvre la fenêtre, y fait je ne sais quoi, et laisse la fenêtre ouverte.

Je vous rappelle que nous sommes en janvier et qu’il fait 2° DEHORS !

Et que tous les mercredi soirs je me couche dans une chambre glaciale.

Des explications, j’attends….

Pulchérie, inutile de mettre des coups de pieds à ta sœur : si elle a quelque chose à dire, qu’elle s’exprime, comme tu t’es exprimée sur les feuilles de chêne…

Hein ? Le voisin de derrière ?

Quoi ce petit con de grand brun qui me regarde d’un air ironique ? PULCHERIE l’épie avec les jumelles de… DE PAPY ?

PAPY qui cherche ses jumelles partout et qui est persuadé avoir perdu la tête ?

Hein ? Pulchérie laisse ta sœur parler. Arrêtez de vous foutre des coups de pied. Delphine va dans le fauteuil, hors de portée…

Donc, Pulchérie est amoureuse de Schmurf qui habite la maison du fond (ça lui passera)… j’ai compris. Sa chambre donne sur notre immeuble j’ai compris également.

Ce que je ne comprends pas c’est que, munie des JUMELLES DE PAPY QUI LES CHERCHE PARTOUT  elle espionne Schmurf de MA chambre et non pas de la VOTRE !

Parce qu’il faut ouvrir la fenêtre pour avoir une meilleure visibilité derrière les rideaux et que Delphine ne supporte pas de dormir dans une chambre froide ?

COMME JE LA COMPRENDS !

Donc tu viens dans MA chambre espionner SCHMURF QUI ME FAIT CHIER CELUI LA. Et pourquoi ne refermes-tu pas la fenêtre ?

… Parce que tu te précipites en m’entendant rentrer… Oui… Tu sautes sur le lit d’un bond gracieux…

Pulchérie tu arrêtes d’ironiser sur ta sœur et moi. Sur que quand on fait 40 kg pour 1 m 55 et qu’on chausse du 80 A on saute toujours gracieusement sur les lits !!!!!

Tu t’esbignes quand tu m’entends rentrer…. Avec les jumelles de ton grand père…

Je ne sais pas si tu te rends compte Pulchérie que ces jumelles ont 40 ans, et que de les avoir perdu a persuadé papy qu’il perdait la tête ! Il a rendez-vous la semaine prochaine pour un dépistage d’ALZAIMER PRECOCE. Tu trouves cela drôle ?

Tu rends les jumelles à ton grand père ! Ne fais pas cette mine horrifiée… Tu n’as qu’à les remettre à leur place… Non ce n’est pas le bon truc à faire parce qu’il va se croire VRAIMENT FOU et que mamy va se croire folle également pour ne pas les avoir vues….

TU RENDS LES JUMELLES A TON GRAND PERE AVEC TOUTES TES EXCUSES ET PLUS VITE QUE CA !

ET TU ARRETE DE TRANSFORMER MA CHAMBRE EN GLACIERE.

Mercredi prochain j’ôte le matelas de mon lit, et tout le reste, et je tends le dessus de lit sur un vide sidéral : on verra si tu sautes gracieusement !

Delphine arrête de rire bêtement : ta sœur est tellement niaise qu’elle est capable de se casser la jambe !

Bon : j’ai passé en revue certains sujets importants, il me faut maintenant aborder le sujet du TELEPHONE.

Le TELEPHONE est un instrument très pratique qui permet de communiquer avec des gens qui sont hors de portée de voix.

Nous sommes d’accord.

Que faites vous du téléphone ? Des explications, j’attends…

Vous vous précipitez dessus aussitôt rentrées à la maison pour appeler Marine (ceci pour Delphine) ou Valérie (Pulchérie, oui, tu es visée aussi), alors que vous avez passé la journée avec elles et que vous venez à peine de les quitter.

Et comme elles ont des portables, mes factures de téléphone rivalisent dangereusement avec celles du plombier.

Bon, j’ai terminé pour ce soir. On y reviendra demain. NON, il n’y a pas contrôle de maths de 17 à 23 H, demain. RV donc, demain, à la même place… Et non vous n’aurez pas la variole.

Je pense qu’on a ENCORE des choses à régler…

Pour ma part je vais me coucher, et si je vous entends parlotter, CA VA CHIER !

Illustration : Chloé, voir mes favoris.