Ma chienne… part 2

Chlo_e_2Quand on prend un chien de race, on est tenu théoriquement de lui choisir un nom en rapport avec la lettre de l’année. Là c’était le C. Albert recommença son trip du nom comme quand j’attendais les filles,  filles qui donnaient leur avis, la famille aussi.

Généralement, vous l’avez sans doute remarqué, mais moins on sollicite d’avis et plus on en a…

Le nom doit être assez bref à prononcer en plus, rien n’est plus difficile que de se faire écouter de Nabucooooodaunausaure-au-pied-j’ai-dit. Continuer la lecture de « Ma chienne… part 2 »

Ma chienne… Part 1

Voilà ce que c’est que de trier des photos. J’y pense souvent mais là j’avais carrément les larmes aux yeux.

Elle s’appelait Chloé. C’était un berger belge malinois. C’est le chien que l’on voit de plus en plus souvent avec les forces de l’ordre, à la place du berger allemand…

Nous venions d’acheter notre maison, un peu isolée et je voulais un chien de garde. Pas n’importe quel chien rapport aux filles.

L’épagneul breton classique dans la famille était à exclure, tout au moins pour garder la maison : ceux de mes parents et de mon grand père ont toujours été du genre à faire une léchouille au cambrioleur ou à se mettre sur le dos pour se faire gratter le ventre par n’importe quel étranger. Le type de bête féroce qui part vers la grille ou le portail en aboyant férocement en remuant la queue de plaisir à l’idée qu’il y a une visite qui va changer de l’ordinaire…Je savais que le Colley s’entend très bien avec les enfants, mais sur le plan garde… Exit bien évidemment le dogue de Bordeaux, la mâtin de Naples ou autre molosse qui demandent un maître à poigne vraiment conséquente et d’acheter un semi remorque pour le trimballer avec le reste de la famille. Exit également le yorshire qui sur le plan « garde », ne me rassurait pas vraiment même s’il prend peu de place dans une voiture. Je n’étais pas chaude pour le berger allemand, sachant à l’époque qu’il y en avait plein de vendus sans certitude des origines, ce qui a posé pas mal de problèmes car certains étaient véritablement tarés ce qui a beaucoup nuit à la réputation des authentiques (j’avais une copine et son mari qui en avaient un super. Ils lâchaient la gamelle de soupe sur le sol de la cuisine, se précipitaient hors de la cuisine en refermant la porte en catastrophe, car le chien avait tenté d’en bouffer un rapport à sa gamelle… Autres joyeusetés : une fois sur deux le chien refusait de les laisser rentrer chez eux et ne supportait pas qu’ils se fassent un bisou : il sautait en mordant sur l’un OU l’autre). Moi me faire terroriser par un chien : hors de question. Me battre toute la journée aussi !

Jean-Poirotte nous conseilla un malinois. Je n’avais jamais entendu parler de cet animal là. D’après lui c’était idéal en famille, et vraiment rassurant sur le plan du gardiennage. Je commençais donc à enquêter sur le berger belge en général et le malinois en particulier. Pour finir par appeler un éleveur qui avait des chiots à vendre d’ici peu (comprendre que la chienne était vachement en cloque). Le prix de l’animal ne fit pas reculer Albert qui voulait également ce chien et je partis un beau jour avec ma soeur pour aller choisir ma chienne née la semaine précédente comme l’avait précisé l’éleveur qui m’avait appelée pour m’annoncer la bonne nouvelle (ma soeur se souvient d’ailleurs de cette expédition qui vous fera rire un jour, rappelez-le moi éventuellement…).

Pourquoi une chienne ? Parce que toute la famille en possession d’un chien avait une chienne. En cas d’absence et d’obligation de confier la bête c’était plus pratique. Oui, parfaitement, car une femelle en chaleur + un mâle = un long calvaire.

L’éleveur s’est dûment renseigné (il était temps, j’avais rejoint le nord de Paris depuis mon sud des Yvelines). Apparemment il n’était pas du genre à vendre son chien à n’importe qui, et cela me rassura. J’avais du terrain où le toutou chéri pourrait s’ébattre, je ne travaillais pas, la forêt était proche, nous avions l’habitude des chiens, je pouvais le rassurer sur sa vie à venir.

La première fois que je l’ai vue, la mère avait été enfermée de l’autre côté du grillage du chenil et m’impressionna par les dents qu’elle nous montrait : un vrai loup avec le sourire (le « peigne » comme disait mon pôpa). Une bonne mère, inquiète pour ses petits qui paraît-il faisait le même sourire à tout visiteur non attendu. J’ai eu du mal à croire que la bestiole qui tenait dans la main, aurait un jour cette tronche là.

Sur les 7 chiots de la portée, 4 femelles dont il m’avait choisi, d’après lui, la plus jolie (la plus charbonnée en fait). Elle avait son petit museau tout plat comme tous les chiots qui tètent encore, me renifla en pleurnichant et en couinant après sa mère. Je l’aurais bien embarquée tout de suite, mais c’était impossible. Le chiot a besoin de sa mère et d’apprendre les codes de la meute avec elle et ses frères et soeurs. Il faut attendre les 2 mois, c’est l’idéal.

L’éleveur avait bien senti que j’étais très intéressée par ce type de chien qui s’était endormie dans mon cou en me tétant l’oreille. J’étais prête à lui faire faire de l’agility, à la présenter à d’éventuels concours. En me documentant sur le malinois, j’avais découvert un monde extraordinaire, celui de l’élevage, des concours, car l’amour tout court de son animal, je connaissais déjà. Mais là, il s’agissait d’un autre chien que celui qui ravissait mon grand-père, mon père et mon frère : le chien de chasse (d’où l’épagneul breton dont un de mes ancêtres a contribué à créer la race)…

Restait à lui trouver un nom…

Madame Baron…

Madame Baron ne m’aime pas et je ne sais pas pourquoi.

Je viens de galérer pendant tout mon CE2  ON M’A  FAIT SAUTER UNE CLASSE !   faite avec billet d’excellence juste à temps, fin mai, avec la gentillesse de Madame Vincent qui m’encourageait et me caressait souvent la joue, ainsi qu’à ma compagne de misère qui avait également sauté une classe. En effet, sans que je sois consultée et pire, avertie,  on m’avait fait sauter une classe, passant du CP en CE2 en perdant au passage toutes mes amies… Je ne m’en suis jamais vraiment remise…

Dans le regard de Madame Vincent, je sentais sans les comprendre, une certaine pitié pour ma compagne de misère et moi, ainsi que de la révolte face au fait que nous étions devenues des parias de l’école. Cette femme certainement, se révoltait contre la course à la première place à tous prix…

Nous étions les crâneuses qui sautent une classe pour nos anciennes amies, les chouchoutes de Madame Vincent pour les autres. Isolées, seules, perdues…

Je passe donc en CM1 haut la main, ce qui n’a pas empêché mes parents de me faire réviser mon programme et de me préparer au prochain, pendant le mois d’août, le mois de juillet étant traditionnellement un mois passé au bord de la mer, sans devoirs.

Curieusement, des deux institutrices à s’occuper du CM1, Madame Baron a une bien meilleure réputation auprès des élèves, que Madame de Poissy qui a l’air plus revêche et semble crier souvent. Je suis donc contente d’être affectée à Madame Baron. Le seul vrai sourire qu’elle me fera, sera celui de la rentrée en CM1, alors qu’elle dévisage toutes les élèves pour voir qui elle connait ou non de vue. ON m’a coupé les cheveux sans trop me demander mon avis (une fois de plus, je voulais une coupe au carré…), au cours de l’été, donc elle hésite un peu, et au hasard, me fait un sourire. Ce sera le seul.

Je suis sage et appliquée, je n’ai pas trop le choix. Moi si bavarde, je ne l’ai jamais ouvert en classe avant la seconde. J’écoute et je me penche sérieusement sur tout. Cela me semble facile, cela me change de l’année précédente.

Première note : 10/10 : elle décortique pour vérifier qu’elle n’a pas loupé une erreur, et me donne mon cahier d’un air mauvais. Elle ne crie pas elle, jamais. En fait, elle jette les cahiers sur les bureaux, avec d’une petite voix, un commentaire désobligeant ou pas de commentaire. Sauf pour certaines. Elle a des lunettes à verres gros comme ça, et derrière ses lunettes, je trouve son regard méchant. Elle me fait peur, elle me fera toujours peur. Pas un compliment, rien, alors que les deux nanties d’un 9/10 ont droit à tous ses encouragements.

Elle ne m’aime pas. Jamais elle ne loupe une réflexion cinglante à me faire pour une broutille. Jamais elle n’accroche un de mes dessins sur le mur. Jamais elle ne m’interroge quand je lève le doigt. Le samedi après midi où c’est bibliothèque, elle me refuse toujours le livre pour lequel je m’inscris. Jamais elle ne me complimente, moi qui me cramponne à la première place. Elle me traite comme les derniers rangs.

Car dans sa classe nous sommes classés par ordre de mérite : la rangée près de la porte n’a jamais droit à un regard de sa part, elle jette les cahiers sur les tables en précisant « nul comme d’habitude ». La rangée centrale c’est le moyen et la rangée près de la fenêtre, ce sont les meilleures (école non mixte). Pour chaque rangée les meilleures sont placées près de son bureau, les moins bonnes dans le fond. Inutile de vous dire que les dernières du rang près de la porte iront en « fin d’étude », une classe qui n’existe plus.

Et moi je suis juste sous son nez dans le rang près de la fenêtre. A chaque distribution de carnets, ça déménage. Moi je ne bouge pas. Je suis enfin la première après avoir été 2 fois seconde. Mais Madame Baron ne m’aime pas. Elle me regarde d’un sale oeil en recomptant les notes.

Nous avons toutes notre « semaine » de planifiée dans l’année, par ordre alphabétique. C’est celle « de semaine » qui essuie le tableau, secoue les tampons par la fenêtre, passe scrupuleusement l’éponge sur le tableau noir le soir, distribue les cahiers, les ramasse, descend les stores l’après midi, et va déclencher la sonnette de la récréation, acte important qui revient aux CM1 : nous adorons toutes, et avons hâte que cela soit notre tour.

Quant mon tour vient, elle s’occupe de tout, toute seule, ou bien, comme par inadvertance, demande à une autre élève de descendre les stores ou d’aller déclencher la sonnette. MA semaine se passe alors que je commence à avoir une boule d’angoisse dans le ventre.

Madame Baron ne m’aime pas… Je ne sais pas pourquoi… Mais je le sens, et ça me fait mal.

Je n’ose pas en parler à mes parents. Une maîtresse d’école ça ne se critique pas, elle a forcément raison contre moi. Et moi je ressens une injustice terrible, et je ne comprends pas. Moins je comprends et plus je m’applique. Il faudra un 3ème carnet en novembre où je suis la première enfin au lieu de seconde, pour que maman commence à se poser des questions. A cette époque là, je « me lève » toutes les nuits, quelque chose ne va pas.

Je suis première. On nous donnait des billets d’honneur ou des billets d’excellence. C’était comme ça et maman a gardé tous mes billets d’excellence ou d’honneur, et mes grands parents me donnaient de l’argent pour avoir si bien réussi. J’aurais dû être heureuse de bien travailler, d’être première, mais ce n’a pas été le cas.

Quand la directrice qui distribuait les carnets par ordre de mérite en commençant par la première, est arrivée, Madame Baron m’a regardée de son regard méchant derrière ses lunettes, et a demandé à ce que l’on me retire mon billet d’excellence sous le prétexte que je n’avais rien fait de valable en dehors des compositions. Elle a précisé que je me fichais du monde les 3/4 du temps. J’étais mal car je ne savais pas me foutre du mondes les 3/4 du temps. Je regardais ma table, une boule dans la gorge pour ne surtout pas pleurer, avec l’envie de mourir s’il me fallait rentrer à la maison sans mon billet d’excellence. Je n’avais pas bien compris comment sur un carnet on pouvait repérer le premier de la classe, je ne regardais que les notes et pas le classement. Et je savais que j’avais tout le temps bien travaillé, qu’elle mentait et voulait me faire du mal. La directrice n’a donc pas commencé par la première de la classe, j’arrivais en 4ème position dans la distribution.

J’ai hésité à rentrer à la maison. Je ne savais pas où aller, mais je savais que j’allais mourir ce soir là, de honte, de chagrin, de colère, d’injustice. J’irais me coucher en pensant bien fort à mourir, et je ne reverrais plus jamais Madame Baron parce que la mort parfois venait chercher des enfants innocents. Plus jamais je n’aurais peur du problème du début d’après midi, qu’elle faisait toujours corriger par une autre que moi, même si j’avais réussi. Plus jamais elle ne me ferait peur.

Pleurer, je l’ai enfin fait en rentrant à la maison. Maman a tout de suite vu que j’étais première, en voyant les moyennes affichées et j’ai eu des félicitations qui ont ouvert les vannes, parce que l’on m’avait retiré mon billet d’excellence. Et je hoquetais que ce n’était pas juste, que ce n’était pas vrai, qu’elle avait menti. Il n’y avait que ce que je pouvais raconter, il n’y avait rien d’écrit, aucune trace, sinon dans ma mémoire, et j’entends encore le laïus près de 50 ans plus tard…

Maman n’a rien dit contre Madame Baron, elle m’a embrassée pour mon excellent résultat, et j’ai tout de même compris que si elle ne disait rien, elle n’en pensait pas moins, et était de mon côté. Papa en rentrant, m’a félicitée à son tour, après discussion à voix basse avec maman. Les mots leur manquaient pour la vraie angoisse, pour l’humiliation du billet d’excellence qui m’avait été refusé, et c’était pour moi le plus important… Le soir, en entendant de notre chambre, mes parents parler un peu fort, j’ai bien compris que c’était virulent des deux côtés. J’attendais un miracle : mon billet d’excellence avec des excuses… Il leur a fallu 30 ans pour m’avouer qu’ils avaient eu l’un et l’autre, l’envie d’aller tout simplement flanquer une claque à Madame Baron mais y avaient renoncé pour ne pas empirer ma situation…

Il y a eu un mot sec, écrit par maman, qu’elle m’avait remis pour la maîtresse, précisant qu’elle gardait le carnet, distribué le vendredi, jusqu’au lundi, comme de coutume. Il fallait ramener le carnet signé le samedi matin et c’était l’horreur pour moi, depuis le CP, d’être la seule à le ramener le lundi, car les grands parents voulaient le voir le WE (même s’ils me donnaient ce qu’on appelait « des sous »).

Questions, et réponses, enfin, quand j’ai dit « madame Baron ne m’aime pas ».

Non, madame Baron ne pouvait pas me supporter. Maman l’avait plus ou moins compris avant cet épisode, à certaines de mes révélations « anodines ». Là, il fallait qu’elle m’en parle, je voulais mourir et sauter par la fenêtre depuis l’humiliation de la distribution des carnets. Du 5ème c’était risqué, elle n’a pas voulu laisser faire.

J’avais contre moi, deux concurrentes des plus sévères : Lise B, fille d’une institutrice de ma maternelle, que je me trainais depuis l’année des petits. Les parents de Lise B étaient divorcés ce qui était rare à l’époque, et sa mère mettait un point d’honneur à ce que ses 3 filles soient les premières en tout. Tout le monde la plaignait, cette pauvre femme abandonnée par un salaud, obligée d’élever ses filles toute seule.

Et puis surtout, il y avait Frédérique de Poissy dans ma classe, car bien évidemment il n’avait pas été question qu’elle se retrouve dans la classe de sa mère. Elle aussi, poussée au mieux, par sa mère et la collègue de sa mère qui ne supportait pas de me donner une meilleure note qu’à elle.

Je me souviens toujours de ma haine, quand papa regardant la photo de classe et ignorant tout, avait qualifié Frédérique de Poissy d’un « oh quelle adorable petite chipie celle-là ! ». J’étais quoi moi ?

C’est pour cela que madame Baron ne m’aimait pas. Je l’obligeais à trahir ses collègues en me mettant première, en me donnant de meilleures notes qu’aux filles forcément préférées de ses apparemment amies. Elle jouait même du 0,25/10 pour arriver à ses fins. Elle restait honnête en m’accordant la meilleure note ou en nous mettant à égalité, mais elle décortiquait toujours tout ce que je faisais, à l’affut de la moindre bricole. Et moi j’angoissais pour ne pas laisser passer une bricole. Nous écrivions au porte plume et le soupçon d’un pâté la réjouissait : elle pouvait me réduire ma note de moitié, ce traitement m’étant réservé… Tout était à l’avenant.

Tout le reste du CM1 j’ai été première après la première fois. Je me croyais débarrassée de Madame Baron pour le CM2, mais les effectifs étant insuffisants, elle s’est retrouvée avec une classe double CM1/CM2, avec en CM2 les meilleures de l’année précédente. Dont moi.

J’ai adoré apprendre cette nouvelle, moi qui me réjouissait d’avoir madame X ou madame Y si gentilles. On supprimait une classe (déjà) et maman n’a jamais réussi à convaincre la directrice de me mettre avec madame X plutôt qu’avec madame Baron. A la rentrée quand je l’ai vue arriver je me suis rappelée que Madame Baron ne m’aimait pas, ce qui s’est confirmé pendant tout le CM2.

Sauf que maman, suite à l’histoire du billet d’excellence que l’on ne m’a finalement jamais donné, avait pris la peine d’aller voir la directrice et qu’après cette visite, le comportement de la grosse truie violette s’était légèrement modifié… C’est d’ailleurs pour contrôler madame Baron que la directrice avait persisté à me laisser avec elle, ainsi que les 2 autres. Je ne comprends toujours pas ce raisonnement car le cas de figure n’était pas près de se renouveler…

Pour la fin du CM2, elle m’a juste oubliée pour le spectacle de fin d’année, ainsi qu’une autre qui menaçait aussi la place de ses petites chéries, et surtout m’a retirée de la distribution des prix (ça se faisait à l’époque, c’était grandiose pour ceux qui n’avaient droit à rien).

« Aucun prix pour elle, c’est normal » a-t-elle précisé à Mrs Bibelot une fois de plus indignée. « Elle lit bien TROP comme ça, elle n’a pas besoin d’un livre de plus ».

Un joli livre broché rouge et or, avec le ruban précisant le prix que l’on avait remporté, que l’on pouvait montrer à tout le monde avec fierté… J’en avais eu trois en CP, deux en CE2, et depuis j’étais évincée… Mais j’allais rentrer au collège, non sans angoisse, et j’ai ravalé mes larmes.

Mais bon, Madame Baron ne m’aimait pas… Vraiment pas, et jusqu’au bout il a fallu qu’elle le montre, qu’elle me fasse du mal, et qu’elle m’humilie… Car j’étais seule, exclue du spectacle de fin d’année, à regarder mes copines de classe danser au son des « filles de la Rochelle »…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Etonnez-vous qu’un jour j’ai décidé pendant quelques mois, de ne plus rien faire…Pour retrouver ma vraie place, pour oublier cette classe sautée, pour oublier quoi.

Cela m’a permis de rencontrer meilleure amie depuis nos 12 ans.

MERCI MADAME BARON !

5 mai 1958…

Papa et moiJour à marquer d’une pierre blanche…

Jean-Poirotte avait beau faire celui qui s’en foutait , je pense qu’il serait bien revenu à ce lundi 5 mai 1958, jour de son incorporation dans l’armée, pour effectuer son service militaire, prévu pour 18 mois…

Mais quand on a 20 ans, 18 mois c’est l’éternité, surtout quand on doit laisser une femme en cloque jusqu’au menton derrière soi… C’est toujours en retard, que l’on revivrait bien le passé, mais c’est impossible. Ces moments que nous avons tous détestés, quels qu’ils soient, nous voudrions bien y retourner, peut-être en demandant LE trop : connaître ce qui nous attend. Mais je peux vous assurer que c’est une grâce qui nous est faite de ne pas savoir.

Donc papa n’était pas spécialement heureux à l’idée d’aller faire son service militaire. Les « évènements » d’Algérie épargnaient encore le bataillon de Joinville qu’il devait rejoindre le lundi 5 mai. Vu le nom du bataillon (le net vous renseignera mieux que moi), vous imaginez bien qu’il était hors de question qu’il soit exempté de quoi que ce soit même s’il avait eu les pieds plats, et malgré sa très proche paternité.

Le dimanche 4 mai était donc le dernier jour qu’il allait passer en famille, et maman pleurait toutes les larmes de son corps en imaginant son petit mari (1,82m) partant le lendemain. Je sais de qui je tiens à avoir passé mes deux grossesses à pleurer pour un oui ou pour un non, surtout à cause du trop ou pas assez salé… Enceinte de J + 21 jusqu’au terme, j’étais une vraie fontaine…

En cloque jusqu’au menton, et de surcroit en larmes, maman avait exigé de préparer elle-même le dernier vrai repas familial de son mari. Ils habitaient tous deux chez mes grand-parents maternels, mais les grand-parents paternels qui habitaient non loin, étaient venus se joindre à tout le monde pour ce grand jour.

J’imagine que le prisonnier et l’apiculteur, mes deux grand-pères, étaient assez sereins : mon père partait faire son service militaire, et non pas pour la guerre (la débâcle, les stalags, l’Afrique pour se battre contre Rommel et j’en passe). J’imagine également mes grand-mères assez sereines également : 18 mois c’est vite passé quand on ne part pas se battre vraiment. Elles avaient connu leurs maris partant pour la guerre, la vraie.

Maman avait gardé de ce jour là sans doute, son habitude de faire pour entrée des radis : pas de problème.

Pour le plat de résistance, elle avait prévu un poulet. C’était juste avant que papa ne soit dégouté du poulet aux hormones, qu’on lui a servi  3 FOIS PAR SEMAINE au bataillon de Joinville PENDANT 24 MOIS (parce que la loi ayant changé, deux jours avant qu’il ne rentre chez lui au bout de 18 mois, il a appris qu’il devait en faire 6 de plus, la naissance de ma cadette lui épargnant de partir en Algérie « les pères de famille de 2 enfants et plus, ne seront pas blablabla, mais effectueront 24 mois de service militaire »), ce qui l’avait mis, vous l’imaginez bien, de bonne humeur. Quand on a déjà préparé son paquetage pour rentrer chez soi, devoir rester 6 mois de plus doit vous mettre le moral dans les rangers.

Bref, à l’époque il aimait le poulet rôti…

Donc maman avait prévu un poulet qu’elle avait fait rôtir (en pleurant), + un gâteau de riz (à ne pas saler merci, vu qu’elle pleurait).

Tout le monde s’exclama devant l’arrivée de la bête qui avait fort mauvaise mine si l’on se met dans la peau d’un poulet en pleine forme et bien vivant, et Jean-Poirotte embrassa Mrs Bibelot (qui ne pleurait plus) : « un poulet ma chérie, tu ne pouvais pas me faire plus plaisir ».

Sauf que…

C’était 1958…

  • Le boucher avait dit un vague truc à maman qui lui avait demandé un poulet pour 6 (le vague truc, c’était : il faudra le vider, je n’ai pas eu le temps de vider mes poulets ce matin)
  • Elle n’avait pas fait attention.
  • Elle avait beurré et huilé le poulet, l’avait parsemé d’estragon, de sel de poivre.
  • Il sentait divinement bon.

A la première bouchée, alors que tous les convives venaient de goûter leur morceau mais étaient restés silencieux, maman fondit en larmes à nouveau.

Elle avait oublié de vider le poulet qui avait cuit avec le foie ET son fiel.

Elle s’en rendait très bien compte.

  • Hypocrites, tous les convives prétendirent qu’on ne sentait rien, surtout ceux qui avaient pris une cuisse.
  • Ce qui était fort héroïque de la part du prisonnier et de l’apiculteur pour qui un poulet c’était sacré. Ils mangèrent toute leur part.
  • Mon père ayant du fiel dans la bouche en songeant à ce qui l’attendait le lendemain, fit chorus avec tout le monde. « Ton poulet est délicieux ma chérie ». Pour faire bonne figure, il reprit même de la sauce.
  • Mais la plus merveilleuse fut Mrs Morgan, qui devant les larmes de sa fille, mangea le foie avec le sourire, en prétendant qu’il était délicieux et que la dite fille avait tort de se mettre la vésicule rate au court bouillon pour une histoire de fiel qui ne se sentait même pas.
  • Jusqu’à sa mort elle est restée héroïque, prétendant que manger le foie du poulet n’avait pas été si infect que cela. JAMAIS, elle n’a dit qu’effectivement le poulet était infect. JAMAIS
  • D’ailleurs pour ne pas le terminer froid le soir, les convives le terminèrent le midi, et le prisonnier partit chercher chez son boucher de quoi dîner dignement le soir, pour le dernier repas civilisé de son fils.

Maman pleurait toujours.

Il y avait le dessert, mais cela ne la consolait pas…

Et pour le pousse café, excusez-moi du peu, il y a eu moi qui le mardi, annonça son arrivée.

Pulchérie devait connaître l’histoire familiale : je m’annonce le mardi, je pointe mon nez le vendredi en fin d’après midi…

Papa, averti par un télégramme « femme à l’hôpital, STOP, naissance imminente STOP (pour le « imminente » vous repasserez) » fit le siège de son sergent chef qui, le sentant assez bouillonnant, lui refusa une sortie au péril de sa vie. Ce n’était pas l’époque où un père se devait d’assister à la naissance de son enfant.

  • « Votre femme se démerdera bien toute seule, tant qu’à faire de faire les 100 pas, vous pouvez les faire ici, sans autre demande supplémentaire de ma part, mais promis, dès que le bébé sera là, vous aurez une autorisation exceptionnelle de sortie ».

Incorporé  le 5, sorti le 9 au soir pour un WE…

C’était rare.

Le temps qui passe a de curieux effets :

On se souvient plus du fiel du 4 mai 1958 que du repas super réussi d’on ne sait plus quand.

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

PS : c’est moi et mon pôpa, vers septembre 1958…

Rencontre mystique…

Comme beaucoup, j’ai naïvement trainé sur ce site. En fait ce n’était pas vain, car certaines rencontres valaient leur pesant de noix de cajou et quelques années après cela laisse de bons souvenirs. Qu’est-ce qu’on peut se poiler… après…

Le premier d’une petite liste, avait l’air tout à fait normal. J’aurais dû me méfier, un homme normal c’est louche par définition, il a forcément quelque chose à cacher, ou une tare inavouable.

Après quelques échanges téléphoniques (j’avais son numéro mais pas réciproquement), il avait été décidé d’une rencontre. J’étais telle un iceberg à l’idée de m’engager pour un dîner, et avais proposé de boire un coup quelque part et après on voit : restaurant ou pas. Lui insistait pour un dîner, au son de « je t’invite ». Mais invitée ou pas, je n’étais toujours pas chaude. Et puis j’ai fini par céder, et j’avais à la fois raison et tort, raison parce qu’on ne m’y reprendrait plus jamais. Et tort parce que finalement j’avais raison…

Donc RV devant tel restaurant. J’avais garé ma voiture de manière à pouvoir m’esbigner au caz-où discrètement sans être suivie et le lieu était neutre.

J’ai vu arriver une voiture dont le coffre touchait quasi terre. J’étais tombée sur un journaliste (ça je le savais), qui profitait d’être allé chercher un maximum d’exemplaires de son dernier magasine parce qu’il changeait d’éditeur, pour me fixer rendez-vous (ça je l’ignorais). Bon on a le droit de rouler en voiture surchargée le problème n’était pas là.

Physiquement il était assez loin de ce que j’imaginais d’après sa photo, et pour cause, en 10 ans un homme peut perdre tous ses cheveux et attraper des lunettes. Je n’ai rien contre le physique des autres, mais quand il y a tromperie manifeste je me hérisse. J’ai donc un peu hésité, mais il m’a précisé que même journaliste il ne se prenait jamais en photo et que son dernier photomaton remontait à 12 ans. Je me suis dit que j’aurais pu mettre sur le site une photo de moi étudiante et que j’étais bien stupide, mais je n’ai rien osé dire. Là encore on ne m’y a pas reprise et la fois suivante apprenant que le gnome qui me frappait sur l’épaule après avoir annoncé 1,80 m avait mis la photo de son frère nettement mieux, j’ai tourné les talons et je suis repartie… Bref…

Nous sommes donc rentrés dans le restaurant, nous sommes installés. Il avait l’air assez content lui, et m’a donc fait la totale pour me montrer qu’il était un homme, un vrai, un dur, un tatoué.

  • En premier lieu sans me demander mon avis, il a demandé deux kirs. J’aime bien le kir, mais la moindre des choses était de me demander mon avis.
  • Il a levé son verre « à nous », malgré mon air un peu crispée de celle qui se demande s’il y a une fenêtre dans les toilettes pour s’échapper (réponse négative après enquête, et je fuis désormais tout restaurant qui ne dispose pas d’une fenêtre dans les toilettes).
  • Il m’a demandé ce que je voulais comme plat dans ce restaurant de poissons. M’a précisé que le saumon c’était de la daube partout, et m’a commandé du Bar. J’aime bien le bar mais pas que l’on choisisse à ma place : c’est simple, je me fige.
  • A la demande du garçon, il a précisé que nous prendrions de la Saint Yorre j’adore, alors que je déteste tout ce qui est pétillant, limite même le champagne d’ailleurs. Il a tiré la tronche quand j’ai demandé un demi de blanc, vu qu’il invitait… Ce qui ne l’a pas empêché de piocher copieusement dedans (donc j’avais bien fait de ne pas commander un quart)
  • C’était bien parti et je suis donc restée un peu silencieuse. Pour qui me connait c’est mauvais signe sauf si j’ai annoncé la fièvre aphteuse en arrivant.
  • Comme je me taisais, il m’a raconté ses déboires avec sa salope d’ex femme qui l’avait dépouillé de tout et à qui il avait laissé sa maison, ses meubles et même ses photos d’enfance. Mais il n’était pas amer, non, une relation amoureuse doit être axée sur la con-fiance. Moi je me disais qu’il me mentait ou qu’il était vraiment con.
  • Comme je n’étais pas totalement d’accord avec sa confiance à 100 % accordée à quelqu’un qu’on connait depuis 3 semaines (et uniquement par téléphone) il m’a répondu que je n’y connaissais rien et qu’il allait m’expliquer.
  • Le temps qu’il m’explique, il a pu commander, toujours sans me demander mon avis, deux iles flottantes.
  • Après m’avoir expliqué il a pris un air pincé quand je lui ai précisé que je n’étais toujours pas d’accord et que je ne me remarierais que sous la contrainte d’abord. Contrairement à beaucoup d’hommes, il était accro au mariage et venait de divorcer pour la 4ème fois, envisageant avec impatience de se remarier une 5ème fois.
  • Il m’a déclaré que j’étais têtue et que c’était insupportable. Comme il avait 2 ans de plus que moi, il avait plus d’expérience que moi, il en savait plus que moi, et d’ailleurs si nous étions ensemble il me mettrait au pas et plus vite que ça. Là il a pris l’air satisfait de celui qui a marqué un point et m’a demandé si on allait à l’hôtel ou chez moi.
  • Je lui ai précisé qu’il allait à l’hôtel s’il le souhaitait, mais que pour ma part je rentrais chez moi toute seule et plus vite que ça également.
  • Sentant le roussi, le garçon dont on peut admirer l’instinct, a apporté la note et là, l’homme, le vrai, le dur, le tatoué, a précisé sans rougir « c’est pour madame »
  • Il n’était pas question que je me dégonfle, même s’il m’avait gonflé à un point pas imaginable. Je me suis levée, j’ai pris mon sac, ma veste et je me suis dirigée vers la porte avec toute la dignité dont j’étais capable, non sans avoir dit bien distinctement « pauvre crétin ! » en créant un petit silence dans la salle. De l’extérieur j’ai pu le voir, tétanisé sur sa chaise, attendant visiblement que je revienne : on n’avait jamais dû lui faire ce coup là.

Une fois dans ma voiture, je me suis promis de continuer à ne jamais donner un numéro de téléphone quel qu’il soit et à ne jamais m’engager pour autre chose que boire un verre, et après on verra si on dine ou non…

Je ne sais pas si son « aura » de journaliste lui permettait de se comporter comme il le voulait… J’ai tout de même eu avec lui, ma plus belle expérience de rencontre mystique…

Après peu de temps, j’ai arrêté…

Je vous l’ai déjà dit (je crois) mais la vie n’est qu’un long calvaire…

Voyage de noce part 2 – Royan et autres

Pied blesséDonc, récapitulons un peu, nous avons commencé notre voyage de noce avec 5 mois de retard, par Royan que nous ne connaissions pas Albert et moi. Nous avions beau savoir que la ville avait été quasi détruite à la fin de la guerre alors que les allemands occupaient encore cette fameuse poche, nous ignorions que les architectes de la reconstruction avaient aussi mauvais goût. Royan ne nous emballa pas du tout, aussi il fut décidé que nous n’y resterions que deux jours et deux nuits. C’est assez pour en faire au moins un post.

Premier jour : moi la mer à proximité, ou un plan d’eau, ou de quoi se tremper, m’attire comme de la confiture attire les fourmis. La veille nous avions pas mal roulé et l’après midi se devait donc d’être consacré à la plage pour le repos du bébé. Pour moi plage = baignade sinon je me tire, faire le lézard sur le sable ne m’ayant jamais vraiment plu.

Albert ayant tâté l’eau du gros orteil pour la trouver trop froide, décida d’aller excursionner dans les rochers de la marée descendante, pendant que je me consacrais à mon sport favori : nager et faire la planche. Là quand je faisais la planche c’était plutôt marrant, mon ventre qui dépassait de l’eau évoquant quelque peu une baleine (mais une toute petite baleine), et Albert se mit à se moquer de la baleine, tellement qu’il loupa un rocher et, se rétablissant comme il le pouvait, se fit très très mal aux pieds parce que les rochers parfois, ça coupe.

Aie le sable dans ses petites blessures. Aie le sel de l’eau de mer dans ses petites blessures. Aie ses petites blessures. Le voyant agoniser sur la serviette de bain j’ai fini par sortir de l’eau au bout de 2 heures. En bonne épouse je pu constater qu’effectivement cela saignait juste un petit peu, mais bon, il me fallait bien songer à le soigner, la gangrène le guettant. J’empruntais un seau à un gamin pour aller chercher de l’eau de mer pour rincer les pieds d’Albert afin qu’ils sèchent sans sable dans les petites blessures. Au contact de l’eau de mer Albert poussa des cris de putois et un CRS arriva pour voir ce qu’il se passait (authentique !). Peut-être  que certaines serial killeuses tuent les hommes avec un seau d’eau de mer…

Une fois les petits petons secs et sans sable (à répéter 52 fois très vite), Albert rechaussé, nous voici partis pour la pharmacie, lui boitillant derrière moi avec un « aie » à chaque pas. Il fit l’acquisition du strict nécessaire : désinfectant, compresses, pansements, bandages pour 3 personnes, toute une pharmacie, le pharmacien se frottait les mains. Restait à soigner le blessé qui s’allongea sur le lit dans la chambre d’hôtel, en criant à chaque fois que je m’approchais avec une compresse et le désinfectant. Finalement il décréta que ce n’était rien, d’ailleurs il était temps d’aller dîner. Le voici parti en gambadant sans boiter vers la salle à manger, alors que je contemplais avec la tentation de la lui faire avaler, la compresse que je tenais à la main…

Cette nuit là Albert dormant comme un bienheureux malgré les blessures des pieds pieds, je fus réveillée par une douleur atroce dans le dos, poignante comme une contraction à ce que l’on m’en avait dit. Et là, réveillée par la peur de perdre mon bébé, car il était bien trop tôt pour accoucher, puis par la peur de mourir tellement la douleur revenant était intense et insupportable, je me suis levée frénétiquement et j’ai secoué Albert.

  • « Chéri je suis en train de mourir ! »
  • « C’est bien ma chérie » me répondit-il avec un sourire crispant, les yeux à peine ouverts « CONTINUES ! »

Ce n’était QU’UNE crise de colite néphrétique, des spasmes à jamais non expliqués, mais le blessé pu continuer à dormir alors que :

  • J’appelais la réception tout en allant et venant dans la chambre en souffrant le martyr
  • La réception arrivait avec le médecin
  • Le médecin m’examinait, décrétait qu’il n’y avait rien de dangereux pour le bébé, et me faisait une piqûre d’anti-spasmodique
  • Le médecin attendait que cela fasse effet, faute de quoi c’était l’hôpital direct, même si ce n’était rien, mais il ne faut pas paniquer une femme enceinte
  • Le médecin partait en claquant vicieusement la porte rapport à Albert dont le sommeil de plomb l’avait pétrifié.

Et le lendemain matin, le blessé des pieds se réveilla tout sourire, s’étira et me demanda avec une innocence contristante « tu as bien dormi ma chérie ? »

N’eut été l’ordonnance et la note du médecin, il ne m’aurait jamais crue…

Et c’est l’époque où j’ai commencé sérieusement à envisager l’achat d’une corne de brume, au cas où mon véritable accouchement se déclencherait LA NUIT…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Voyage de noce part 1 – Sarlat

SarlatAvec Albert nous nous étions mariés en mars mais n’avions pas le premier radis pour faire notre voyage de noce dans la foulée et il avait été décidé que nous profiterions de nos vacances d’été pour faire ce fameux voyage.

Nous sommes partis à l’aventure, en août c’est mieux, d’autant que j’étais en cloque de Pulchérie de 5 mois et qu’enceinte il est divin de dormir dans une voiture… (ceci pour le côté aventureux de l’histoire)

Mais le ciel était avec nous et nous avons déniché un petit hôtel sympa à Royan où nous avons passé 2 jours. Royan était décevant et Albert décida que le Périgord noir c’était pour nous. En avant pour le Périgord.

Le ciel étant toujours avec nous, vous avons pu nous arrêter à Brantôme où un hôtel avait justement de la place pour nous. Hôtel divin en 1/2 pension, dont je vous raconterai les menus un jour où je n’aurais pas faim. Nous avons décidé que pour les 10 jours à venir cet hôtel serait notre QG et nous avons sillonné le Périgord avec plaisir, moi me trempant les pieds dans toutes les eaux glacées que je croisais, à reluquer une ruine ou une autre sur une hauteur, Albert à ouvrir le chemin au coupe-coupe pour me dégager l’accès à la ruine en maudissant les bâtisseurs du moyen âge.

Nous avons écumé les ruines, les châteaux, les cours d’eau et les restaurants le midi, avec un plaisir sans mélange. Pourquoi aller au bout du monde quand c’est si joli chez nous  ?

Nous sommes rentrés ravis avec des tas de pellicules à faire développer, Pulchérie tressautant d’indigestion dans mon ventre, avec un hoquet qui ne l’avait quasi pas lâchée pendant tout le voyage (pourtant le confit ce n’est pas gras) (et je précise qu’à ce moment là je ne savais toujours pas si c’était fille ou garçon…) (et, une lettre de moi adressée à mes parents à cette époque m’a rappelé que je l’avais surnommée « Gudule »)

Premier appel : la belle soeur qui voulait savoir si tout c’était bien passé. Au bout d’une heure de conversation : question. « Vous êtes allés à Sarlat ? ». Non, nous n’étions pas allés à Sarlat, d’ailleurs nous ne connaissions pas, Albert aimant bien partir sans guide et sans savoir où il atterrirait…

Deuxième appel : mes parents. Au bout d’une heure de conversation : question. « Vous êtes allés à Sarlat ? ». Non. « C’est dommage, c’est magnifique ». Nous commençons à le croire. Pas d’internet à l’époque pour cliquer sur Sarlat et avoir plein de regrets.

Troisième appel : meilleure amie. Comment ça se passe ta grossesse ? Tu sais si c’est ou non une fille ? Ah le Périgord ? C’est magnifique. « Vous êtes allés à Sarlat ? ». Non nous ne sommes pas allés à Sarlat et apparemment c’est plus que dommage. Elle confirme.

Quatrième appel : Mrs Tricot qui connaît bien le Périgord. D’ailleurs au mot « Périgord », question : « vous êtes allés à Sarlat ? ». C’est une conspiration, ce n’est pas possible autrement.

Dimanche déjeuner chez mon grand père avec une partie de la famille et visionnage des photos, le truc bien barbant pour les innocents présents. Mon grand père s’interroge tout haut : sommes nous allés à Sarlat ? Consternation générale : nous-ne-sommes-pas-allés-à-Sarlat. Au mot « Sarlat » Gudule fait un saut périlleux dans mon ventre : une bonne chose de faite, ce ne sera pas un siège, désormais ce sera tête en bas et dos à gauche…

Nous sommes retournés dans le Périgord en août 1983 avec Pulchérie qui rivalisait avec RTL à l’arrière de la voiture et à peine arrivés dans notre hôtel fétiche où nous avions réservé, nous avons préparé notre excursion du lendemain pour Sarlat. Sar-lat, Sar-lat, Sar-lat chantonnait l’héritière à l’arrière, dûment chapitrée par son père ravi de la voir si en avance pour parlotter ET chanter ! (ceci juste avant de me demander régulièrement « elle ne va pas se taire ? »)

Pulchérie peut donc répondre à la question fatale, même si elle ne se souvient de rien, dormant dans sa poussette, pendant que nous trouvions Sarlat très bien, mais pas de quoi se relever la nuit non plus pour remercier le ciel.

ELLE EST ALLEE A SARLAT !

Aussitôt rentrés, nous avons pu dire à tout le monde que nous étions allés à Sar-lat. Et bien vous le croirez ou non, mais tout le monde s’en fichait éperdument…

La vie n’est qu’un long calvaire…

Moi aussi je faisais la cuisine

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Jour d’ennui sans doute, ou de lassitude devant la cuisine familiale, un beau jour j’ai décidé de me mettre à cuisiner. Je devais avoir environ 13 ans.

En fait c’était chez mes grands parents paternels chez lesquels j’adorais passer mes vacances (ils avaient la télévision et en plus je les adorais, j’alternais avec Mrs Morgan chez qui c’était super aussi, et qui avait également la télévision, oui je sais on dit TV maintenant, mais mes parents étaient contre (il eusse fallu que je le leur dise, et maintenant c’est trop tard)) J’ai comme un souvenir très vague de mon grand père se forçant un peu pour me dire que c’était excellent. Tout ce dont je me souviens avec une certitude absolue, est que j’ai attaqué par un dessert.

Des iles flottantes caramélisées. Le pauvre homme détestait le lait et donc la crème anglaise, et le caramel (impossible pour moi de comprendre que l’on puisse détester le caramel, donc la nougatine). (Admirons au passage l’abnégation de cette génération qui avait connu la guerre et les privations et lui le stalag pendant 5 ans, et qui pouvait ingurgiter n’importe quoi sans broncher ou presque, ma grand mère ayant interdiction de lui servir des rutabatrucs)

Cela n’a l’air de rien mais c’est très difficile à faire (les îles flottantes), surtout si comme moi on a la fâcheuse habitude (pas perdue depuis) de ne pas lire une recette jusqu’au bout avant de commencer (pour découvrir à 16 heures qu’il faut laisser au frigo pendant 24 heures… avec des invités attendus pour 19 H 30, direction le boulanger qui n’a plus qu’une bombe glacée naze à me proposer)

J’ai donc fait tourner 2 crèmes anglaises (en gardant les blancs d’oeufs), avant d’aboutir à la crème parfaite (2 heures à touiller et ma grand mère inquiète pour ses oeufs de réserve, m’intimant toutes les 30 secondes de ne pas hausser le feu sinon « c’est l’échec assuré »).

J’ai lu trop tard qu’il fallait réserver un peu de lait pour y faire pocher les blancs (en quantité, on l’aura compris) et opté pour le pochage à l’eau sucrée habilement suggéré. Très réussi, sauf que la poêle était ruinée par le caramel se formant au fur et à mesure. Du coup j’ai abandonné la poêle pour faire mon caramel final et pris une casserole. Le téléphone a sonné, c’était pour moi : meilleure amie s’ennuyant en Bretagne (je l’aiiiiimeeuu ! il me manqueeeuuu !). Casserole défunte à son tour. Mais je suis arrivée au bout de ma recette que j’ai voulu agrémenter avec des amandes grillées. Vite une poêle ! Et vlan le programme TV de demain : j’y cours.

Rien ne brûle plus vite que des amandes effilées dans une poêle et la poêle avec (j’en ai ruiné 9 de poêles y compris 3 à Mrs Furoncle, je sais de quoi je parle). Ma grand mère stoïque me laissa achever. Jeta les récipients décédés à jamais, récura la cuisine et mangea la part de son mari au bord de l’évanouissement (il détestait vraiment le lait et le caramel).

Pas grave, le surlendemain je leur ai fait un gratin de crustacés un peu trop salé mais sinon pas mauvais… Pour eux qui avaient connu la guerre, c’était un calvaire de plus, mais bon les grands parents se doivent d’être indulgents…

Je ne sais plus le nombre exact de pannes de cuisinière, ou de coupures intempestives de gaz qu’elle a pu avoir ma grand mère, quand je prononçais le mot fatal « je nous ferais bien un petit plat »…

MAIS : la vie n’est qu’un long calvaire….

2 H 15 derrière l’armoire

Attente_tlp769507Ces femmes là attendent chez le coiffeur que cela sèche, elles ont de la lecture, ce sont des femmes heureuses (même si elles ont franchement une tronche de cake sur ce coup là).

Je vous ai fait la belle soeur dans le placard, je vais vous faire la sorcière derrière l’armoire (moi donc, et c’est tout à ma gloire)…

Déjà je rectifie, ce n’est pas une armoire, c’est une bonnetière… Dans la maison que nous avions achetée avec Albert, nous avions une énorme cheminée. Large et profonde. A gauche mon bureau (genre elle fait ses papiers comme personne, sans ordinateur dessus ça ne se faisait pas), et à droite la bonnetière dans laquelle nous avions mis la TV, la chaîne stéréo, etc… Pour faire joli nous avions harmonisé l’emplacement de la bonnetière avec la limite de la cheminée, ce qui laissait de la place derrière…

Albert m’ayant quittée, prenait régulièrement à l’époque ses filles, pour les lourder le dimanche soir (façon siège éjectable) en me précisant que Pulchérie n’avait pas fait ses devoirs, de préférence quand il se pointait à 23 heures, et ce n’est pas une heure pour coucher des enfants, donc, pire, leur faire faire leurs devoirs. Je faisais louper régulièrement la classe à Pulchérie le lundi matin parce que la maîtresse (une salope celle-là, la seule de ma carrière de mère, mais elle était tellement gratinée qu’elle aura son post), était contre le divorce et malgré mon mot d’excuse, flanquait 100 lignes à l’innocente vraie (pour une fois…).

Ma soeur était venue s’installer chez moi dès la désertion d’Albert. Jean Pascal faisait son service militaire et revenait le WE. Un dimanche soir, Albert par téléphone (le portable n’existait pas) signala à ma soeur qui avait décroché, qu’il serait en avance et déposerait les filles vers 19 H.

Là, j’ai fondu mon premier fusible, je ne sais quelle idée m’est passée par la tête, mais je ne voulais pas être là pour le recevoir. Sauf que j’étais là.

  • « Tu n’as qu’à te planquer » me suggère ma soeur d’un ton tranquille, vu que c’est un jour d’hiver verglacé et que je n’ai pas envie d’aller me réfugier chez mes parents (pour attendre un coup de téléphone salvateur, pas question d’aller planquer sur un parking et revenir au moment où Albert arrive, en me vautrant dans un fossé (ma voiture est donc bien en évidence)).

  • Bonne idée, mais où ? Il est capable de monter visiter l’étage ce rat, sous prétexte d’installer ses filles. Filles qui vont chercher maman partout c’est évident… (elles l’ont fait d’ailleurs)

  • « Derrière la bonnetière » est mon idée lumineuse. Y’a de la place…

  • Effectivement c’est parfait. J’y emmène un tabouret. Je m’installe 1 minute, TVB, sauf que je ne peux pas fumer car la fumée me trahirait (malgré la cheminée allumée plein pot et ma soeur et mon beau frère clopant à mort). J’ai tout bien testé, ma soeur est toute OK pour emmerder Albert en le réceptionnant elle-même et en lui demandant pourquoi il n’a pas fait faire ses devoirs à Pulchérie et c’est indigne de sa part, elle ne veut pas se mêler de notre séparation, mais il chie dans la colle sur ce sujet là…

  • Voiture s’arrêtant dehors, je me précipite derrière la bonnetière et je m’installe. J’ai pris un livre, mais je n’y vois pas assez pour lire. Me reste à écouter…

  • Ouverture et fermeture de porte d’entrée. Le classique, qui énervait tant mon père quand maman ne nous tombait pas sous les yeux illico « où elle est maman ? » (petits coeurs…)

  • « Ah Albert » dit ma soeur sans se démonter, « Coraline n’est pas rentrée, ce serait sympa de ta part de faire dîner les filles ». Je me fige derrière la bonnetière. Quelle idée lui est passée par la tête ? Elle est folle ? il n’a jamais été question de ça !!! Juste qu’il donne des « explications j’attends » sur les devoirs de Pulchérie, les mette éventuellement en pyjama, et basta !

  • « Tiens Coraline n’est pas là ? il y a sa voiture pourtant ! »

  • « On la ramènera en retard, et je suis trop fatiguée pour faire diner les poussinettes, tu t’en occupes ? »

  • Je suis tétanisée d’horreur. Je suis là pour au moins deux plombes… Je ne sais pas quel compte ma soeur règle avec moi…

Il n’allait pas dire non ce rat. Le voilà en train de fouiner pour trouver du tout fait, et moi je commence à me morfondre sans nicotine, parce que je sais qu’il va lui falloir un siècle pour faire cuire quelques pâtes, car le tout fait manque cruellement dans le congélo. En plus j’ai envie de faire pipi. Je sais c’est comme ça, ça prend quand ça veut…

  • Je n’avais qu’une envie (outre me précipiter aux toilettes), me tirer de ce trou à rat, mais je ne pouvais pas le faire discrètement et avec grâce… J’étais piégée derrière ma bonnetière…

  • J’entendais Albert tourner dans la cuisine pour faire cuire des pâtes, les passer, chercher le beurre, les servir, avec de la sauce, et « Pulchérie termine ton assiette ! » (ça pouvait prendre une heure !) alors que ma soeur feignait l’indifférence la plus complète (non je ne lèverais pas mon cul du canapé pour t’aider…) (elle faisait tante indigne avec dignité et soeur sadique avec)

  • Arriva le moment où ma soeur sentit l’alerte rouge pointer et mon beau frère aussi, qui avaient mis la TV à fond : la chienne qui, depuis qu’elle était réveillée était allée fêter ses petites soeurs, et me cherchait partout, dont le nez enfin sollicité tout à coup fonctionnait trop bien… Et il fonctionnait trèèèès bien…

  • « C’est bon Albert (dégage !), je vais les coucher, merci de les avoir fait dîner » « je m’occuperai de la table après » (dégage !)

  • « De rien, c’est normal, je suis leur père après tout… » (départ précipité, la chérie attend à Paris et il a deux heures 16 minutes de retard)

  • Exit Albert au moment où Chloée (la chienne) me repérait derrière la bonnetière à grand coup de snif snif ! Qu’elle renifle c’était une chose, mais qu’elle se mette à remuer la queue en même temps signifiait « j’ai trouvé ! » Albert le savait et les filles aussi…

  • « Il était temps » me signala Jean Pascal en douce, en faisant se coucher la chienne dans le panier alors qu’elle manifestait l’envie de venir me rejoindre vu qu’elle ne pouvait pas vivre sans moi… (et la chienne se glissant derrière la bonnetière en faisant son petit « ouarf » de contentement, aurait été moyen pour mon auréole d’absente)

  • Pendant ce temps là, ma soeur faisait monter les filles pour les mettre en pyjama. Impossible qu’elles puissent raconter à leur père qu’en fait j’étais derrière la bonnetière. Pendant le débarbouillage, je pris le large pour ouvrir discrètement la porte d’entrée et la refermer à grand fracas !

  • « Maman t’es làààààà ? » (petits coeurs) (Maman était rentrée, tout allait bien…)

  • « On n’aime pas quand on rentre que tu ne sois pas là » (petits trésors) Tu nous aime maman hein ?

  • Oui mes chéries… Je vous aime très fort et je n’aimerais jamais personne plus que vous (et ça c’est vrai). Gros calin du soir (après pipi obligé) et extinction des feux…

Le résumé c’est que moi comme une conne, rien que pour emmerder Albert et lui faire croire que j’étais partie crapuler ailleurs (et que sa copine lui fasse une scène finalement, grâce aux idées lumineuses de ma soeur, ce qu’elle fit, je l’ai sû après), je suis restée assise sur un tabouret de merde, derrière une bonnetière, pendant 2 H 15 (ce qui n’était pas prévu au départ)… Et qu’encore heureux que la chienne dormait quant je me suis glissée derrière le meuble… Sinon elle m’aurait dénoncée dès le début en décidant de s’installer avec moi pour ressortir dire bonjour à ses petites soeurs, avant de revenir me rejoindre…

La vie n’est qu’un long calvaire… (et vous trouvez ça drôle ?)

La semaine de vacances aux Arcs…

Jeunes_couples_53272341Cette semaine de vacances aux Arcs avec mon frère et ma (future et maintenant ex) belle soeur est un très bon souvenir. Nous étions jeunes et heureux et ne savions pas ce que l’avenir nous réservait.

On a vraiment rigolé, malgré les disputes des deux autres et le coup du placard, et on ne peut pas dire qu’Albert se soit franchement décarcassé pour trouver des acheteurs. Pas étonnant qu’après il ait vendu des aspirateurs…

Déjà le départ était marrant. Notre voiture surchargée, il fut décidé que ma belle soeur prendrait le volant pour le premier quart. Comme je suis malade à l’arrière, les garçons s’installèrent derrière et tout le monde nous regardait d’un drôle d’air. Mes beaux parents furent indignés d’apprendre la chose : chez eux c’était : les hommes devant, les femmes derrière… C’est sans commentaire…

Nous occupions nos longues soirées à jouer au nain jaune, au rami, ma belle soeur et moi surveillant les tricheurs potentiels (2 dans la salle), le scrabble on ne pouvait pas, le précédent locataire l’ayant jeté par la fenêtre. Je me demande toujours aujourd’hui, comment on peut se prendre de tels rires à jouer au nain jaune… C’est imparable dans ma famille…

Nous étions fauchés bien naturellement, mais nous avions réservé de l’argent « pour les courses » (après avoir épuisé ce que nous avions apporté), une soirée fondue et une soirée raclette au restaurant. C’était l’époque préhistorique de la vraie raclette que l’on racle vraiment, à chacun son tour, plus sympa à mon sens quand on n’est pas plus de 4, que l’actuelle raclette où tout le monde fait fondre en même temps (c’est mon avis et je le partage…) (seul inconvénient, en attendant son tour on picole un peu trop et on rentre comme on peut, mais en rigolant bien)

Il y avait un problème potentiel qui existait tout de même : la cigarette.

Albert fumait, mon frère et ma belle soeur aussi (moi pas encore, et pourquoi ai-je commencé ?). Elle très peu, et donc les « garçons » plus gros fumeurs, avaient l’habitude de piocher dans son paquet sans vergogne (dans son dos surtout). La clope n’était pas aussi chère qu’aujourd’hui rapport « sous qui rentrent/sous qui sortent », mais bon, ça l’agaçait la belle soeur, de retrouver son paquet vide alors qu’elle s’en serait bien grillée une et je la comprends désormais (fort hélas).

Comme deux gamines nous sommes donc allées, sous le prétexte que le lait allait manquer, acheter des pétards à mettre dans les cigarettes, au rayon « farces et attrapes » de je ne sais plus quelle boutique (on trouve de tout à la montagne, pas comme à Rampion). Je crois qu’au passage on a acheté également une ou deux cuillères qui fondent et un coussin qui pète. Quand on est jeune on fait n’importe quoi (je ne ferais plus cela maintenant… (hem))

Nous avons donc farci les cigarettes de Julienne de pétards, en faisant une petite marque invisible pour le non initié sur les cigarettes piégées.

Nous étions ravies, mais nous avons loupé la meilleure de la cigarette qui explose, car elle a eu lieu loin de nos yeux, ce sont eux qui nous ont raconté, sans avoir vraiment compris (devant nos airs innocents et nos « Oh ! ») ce qu’il s’était réellement passé…

Elle en avait marre de skier et avait décidé de rentrer. J’allais les attendre en boîtant (je vous rappelle que j’avais un genou en vrac, pour ceux qui suivent), vers 16 heures, toujours au même endroit, où elle me retrouva. Les « garçons » décidèrent de faire une dernière descente.

« Merde, c’est ton frère qui a mon paquet de clopes » me déclara ma belle soeur après leur départ. Pas grave elle pouvait en acheter un autre. Qu’elle planqua dans un placard… (évidemment 😇).

C’était la toute première des pétards…

Voiloù mon Albert et mon frère s’installant sur un télé siège, avec, je ne sais pourquoi un pauvre quidam qui avait décidé de rester AU MILIEU du télé siège. Il était donc CERNÉ par l’équipe de fer.

« Tiens constate mon frère, Julienne a oublié de reprendre son paquet de clopes qui est dans ma poche, on va pouvoir lui en piquer quelques unes. Je t’en offre une Albert ? Vous en voulez une Monsieur ? »

Le pauvre obtempère. 3 clopes d’allumées (sur le premier paquet on avait piégé un max parce qu’elle fumait peu).

  • Au premier PAF ! (Albert), le gars du milieu l’a regardé d’un drôle d’air. Albert s’est demandé ce qu’il se passait et a jeté la cigarette…

  • Le deuxième PAF ! (mon frère) a suivi à 2 secondes près, tétanisant définitivement le voisin du milieu (et les deux « garçons » aussi), on ne leur avait jamais fait ce coup là… Cigarette jetée à son tour…

  • Pour se remettre le gars du milieu a tiré un bon coup sur sa cigarette et le plus merveilleux PAF ! du pétard cigarette a eu lieu… (étoile des neiges…). Il les a quittés précipitamment arrivé à bon port, en les regardant curieusement. Ils ne l’ont jamais revu… (il s’est tôlé dans la descente et est resté coincé dans un placard après, du coup…)

La guerre des pétards a duré toute la semaine, avec à chaque vol de clope à la belle soeur un « putain, pourquoi tu n’en as jamais des qui explosent ? C’est quoi ce bordel ? » (ben c’est nous qui avons piégé les cigarettes avec Coraline et je sais voir la marque de la cigarette piégée banane !) (en plus ils n’avaient pas de chance, ils tombaient toujours sur une piégée).

J’ai dû tout avouer à Albert, quand, une fois rentré à Paris, il prit sa plus belle plume pour porter plainte auprès du SEITA… (c’est quoi ces explosifs, un nouvel adjuvant à la drogue dure ?)

La vie n’est qu’un long calvaire…