Les dernières crêpes chez les parents…

crepesLa dernière fois qu’ON avait fait des crêpes chez les parents, l’idée était venue de Delphine et la pauvre avait souffert.

Si elle n’a flanqué un coup de poêle à personne c’est que c’est une douce nature…

Etant en résidence chez les parents pendant que papa s’éternise à l’hôpital pour faire chier en faisant celui qui n’en a rien à faire pour n’inquiéter personne (loupé, tout le monde s’inquiète toujours), je ne me contente pas de dormir avec un flingue pour protéger la maison (z’êtes prévenus).

De temps en temps, je cuisine un peu, ce que je ne fais pas chez moi, vu que ma cuisine n’est qu’une ruine et mon appartement globalement un taudis qui ferait la fortune d’un plombier (et d’installateurs divers).

Je cuisine si maman me laisse faire, car elle reste persuadée que même des oeufs coques, elle est la seule de la famille à savoir les faire.

Il y a 4 semaines et demie approximativement environ, celle qui n’est pas comme les autres venait passer le WE et enfin voir son père en réa, et les visites étant limitées dans le temps et en nombre de personnes, je lui ai évidemment cédé ma place le dimanche après midi, laissant le prochain créneau horaire à mon autre soeur.

Depuis la veille j’avais envie de crêpes, ce qui est à souligner, car ce genre d’envie me prend environ une fois tous les deux ans, vu que les crêpes et ma vésicule, cela fait mauvais ménage.

Je pouvais préparer la pâte TRANQUILLE et sans COMMENTAIRES, et je savais que maman n’insisterait absolument pas pour faire les crêpes elle-même.

Faire la pâte cela a l’air simple, sauf qu’il faut réunir les ingrédients. Fastoche vous direz-vous, sauf que vous ne connaissez pas ma mère.

  • Les oeufs sont dans le frigo, jusque là tout va bien.
  • Sauf qu’il n’en reste que deux et qu’il m’en faut quatre, les autres oeufs étant dans le deuxième frigo, dans l’arrière cuisine, derrière des bières que personne ne boit jamais.
  • Faut donc trouver les oeufs excédentaires dont on sait qu’ils existent vu que votre mère a brandi la douzaine sous vos yeux la veille.
  • Après, il faut trouver la farine.

Alors là j’ouvre une parenthèse intéressante, car trouver la farine n’est pas si évident que cela.

Chez moi, quand j’en ai, elle est rangée avec le riz, les pâtes, les trucs dans le genre, toujours si j’en ai.

Chez Mrs Bibelot, les pâtes sont rangées à plusieurs endroits.

Les coquillettes par exemple sont au dessus des plaques gaz, à droite, au fond du placard, derrière le mixer (le mot mélangeur n’existant pas en français… Alors ne comptez pas sur moi pour dire « blinder » dont je me demande toujours d’où cela sort…).

Si vous voulez des tagliatelles elles sont elles, au dessus du four le plus sophistiqué, derrière le thé et trois sortes de chocolats.

Pour les spaghettis, inutile de vous dire qu’il n’y en a pas : il y en a. Dans le buffet à vaisselle, derrière les assiettes à soupe dans une boîte faite pour les spaghettis. Ne me demandez pas pourquoi ma mère ne regroupe pas les pâtes, elle n’en sait rien elle-même tout en vous précisant que de toutes manières, elle n’aime pas spécialement les pâtes.

Si vous voulez savoir où sont rangées les sauces diverses allant avec les pâtes, vous allez avoir la migraine.

Donc, il fallait que je trouve la farine, ce qui n’a pas été une mince affaire. En effet, comme Mrs Bibelot avait fait le plein dans ses réserves, elle avait mis deux kg de farine bien à l’abri dans une cocotte, dans l’arrière cuisine, qu’heureusement connaissant l’esprit tordu de ma mère, j’avais eu l’idée d’ouvrir (la cocotte).

  • Oeufs OK
  • Farine OK
  • Lait OK (dans le deuxième frigo de l’arrière cuisine au fond derrière le cidre de réserve)
  • Cidre OK
  • Parfum…

Le rhum est donc dans l’arrière cuisine (qui peut vous sembler immense mais c’est faux) sur l’étagère où l’on range les spiritueux et le vinaigre d’alcool dont la femme de ménage fait un usage éhonté.

Sauf que le rhum agonisait et que la pâte était peu parfumée.

Je savais qu’il y avait de l’eau de fleur d’oranger quelque part. Il y en a toujours.

Restait à la trouver…

  • Salle de bain ou maman stocke ses eaux d’Hamamélis, de bleuet, de fleur d’oranger ou de rose : NIET
  • Bibliothèque du couloir donnant sur la chambre du RDC où maman aime bien égarer des trucs (j’ai ainsi retrouvé, parce que je voulais lire,  une lampe de poche bien en évidence devant 2 Tagada Christine, alors qu’elle la cherchait depuis 3 ans (la lampe)) : NIET
  • Dans tous les placards de cuisine, y compris dans la boîte à spaghettis, ma soeur aimant bien parfumer son thé avec de l’eau de fleur d’oranger : NIET
  • Dans le meuble ou mon père stocke ses cartouches, la dynamite et les pièges à ours : NIET

Il m’a fallu attendre le retour de maman, pour parfumer ma pâte à crêpe de manière correcte.

Evidemment, elle et ma soeur étaient ravies à l’idée que nous allions manger des crêpes et que j’allais m’occuper de la chose.

Et maman m’a expliqué où est rangée désormais mais ce n’est pas définitif, l’eau de fleur d’oranger.

Comme elle aime bien s’en mettre un peu dans le cou et sur les bras avant d’aller se coucher, vous trouverez l’eau de fleur d’oranger dans le placard des toilettes du RDC, derrière le PQ de réserve.

Pas devant le PQ. Ce serait trop simple.

Et c’était vraiment ballot, c’était le seul endroit du RDC dans lequel je n’avais pas fourré mon nez en cherchant.

Sinon j’y aurais retrouvé le thermomètre à vin rouge qu’Albert et moi avions offert à Jean-Poirotte il y a 30 ans, et qu’il cherche régulièrement partout quand il attend du monde. Je l’ai retrouvé le lendemain quand j’ai décidé de vider ce placard pour en faire l’inventaire (deux balles perdues, deux…)

La vie n’est qu’un long calvaire.

Le genou de Jean-Poirotte (chapitre 8) : s'y retrouver dans Montpellier au retour…

genou2Ce n’était pas le tout d’être arrivées saines et sauves en prenant des points de repère, il fallait bien repartir de l’hôpital, en laissant un époux/père dans le gaz, souffrant encore plus, et nous inquiétant encore plus qu’avant (si c’était possible).

Cela avait bien mis maman sur les nerfs, quant à moi mon incursion aux urgences m’avait rendue d’humeur géniale.

Nous avons donc repris le chemin de la morgue sans trop nous perdre, retrouvé la bonne sortie, le parking et la voiture.

Le tout sous un cagnard pas possible.

En sortant du parking, bêtement, j’ai pris la direction « sortie ». On n’a pas idée d’être aussi con. Je l’ai su le surlendemain, mais j’aurais dû prendre LE SENS INTERDIT pour regagner le parking visiteur. TOUT LE MONDE LE FAIT.

Moi quand je vois un sens interdit, j’évite… Que voulez-vous, on ne se refait pas.

Traversée après la sortie, d’une résidence, pour regagner une voie roulante et là, un feu rouge.

  • Maman : on vient d’en face, va en face
  • Non maman, on ne vient pas d’en face, je vais plutôt prendre à droite
  • Je te dis qu’on vient d’en face, je reconnais la route
  • Et moi je te dis qu’on vient de la droite puisqu’on a tourné à gauche, et que moi aussi je reconnais la route.

Nous étions toutes les deux énervées, le feu est passé au vert (le salaud !) et je n’ai eu d’autre choix que d’aller en face, car maman s’énervait encore plus :

  • A DROITE C’EST BARCELONE, MALHEUREUSE NE VA PAS PAR LA !

Je vous informe donc que, d’après Mrs Bibelot (alors que moi, la direction Barcelone ne me dérangeait pas, car forcément il y aura la direction inverse à un moment donné), si vous prenez, où que ce soit, la direction Barcelone :

  • Vous allez vous retrouver à un moment ou un autre, embringué sur l’autoroute qui mène à Barcelone, sans espoir d’y échapper.
  • Après, une fois sur l’autoroute, c’est Barcelone ou rien, et vous n’aurez aucun moyen de quitter l’autoroute. Je ne sais pas s’il y a des stations service pour vous approvisionner en essence, vous demanderez à ma mère.

Moralité la première direction correcte a été un vrai plaisir pour moi « centre ville, centre touristique« . Et là, pas moyen d’en réchapper (comme pour Barcelone en fait), puisque la vision d’un autre panneau « Barcelone » avait fait pousser à ma mère des cris de putois « pas par là malheureuse !« . J’avais assez de mon père à l’hôpital…

Et puis les autres routes étaient en sens interdit… Vous l’aurez compris, je n’emprunte stupidement pas les sens interdits… Je ne vous raconte même pas dans quel état maman se serait retrouvée si j’avais pris un sens interdit en direction théorique de Barcelone (j’ai trouvé extraordinaire de voir dans Montpellier des directions bien en évidence à l’entrée des sens interdits).

Bref, nous voici au centre ville, piégées, obligées de suivre un sens giratoire, pour nous retrouver derrière une voiture de flics, dans une rue qui à mon avis était piétonne, vu la manière dont les piétons la fréquentaient…

  • Ma chérie, j’ai l’impression que TU ES dans une rue piétonne
  • Maman, tais-toi !
  • Je t’assure, il n’y a que les flics devant, et personne derrière
  • Maman, tais-toi JE COLLE AU CUL DES FLICS CONDUIS !
  • Ils s’arrêtent, tu vas voir qu’il y en a un qui va descendre pour te dire que c’est une rue piétonne.
  • VRSOELZN !

Au premier endroit que j’ai vu, semblant civilisé (un embouteillage), je me suis précipitée, ravie de trouver un feu rouge, et des bagnoles qui me klaxonnaient. Car j’avais repéré « Barcelone », et que je laissais entendre que j’allais par là et point final. Du coup j’ai klaxonné aussi… Cela n’a choqué personne…

Au bout du compte, avant Barcelone, très avant, j’ai trouvé la direction de l’aéroport, donc de la Grande Motte, et j’ai senti mes nerfs se relâcher…

La vie n’est qu’un long calvaire.

Nous n’avions jamais perdu que 3/4 d’heure, et je reste persuadée que j’ai fait 3 km en zone piétonne, en pistant les flics certes, mais bon…

Le genou de Jean-Poirotte (chapitre 6) Dans Montpellier c'est tout simple !

genouLe mardi, il était évidemment prévu d’aller voir Jean-Poirotte à l’hôpital, quand il était encore entier, maman étant persuadée que devant l’état de sa chambre, la Faculté allait décider de carrément la lui couper pour qu’on n’en parle plus.

  • Ma chérie, et si on allait l’amputer ?
  • Maman, on ne coupe pas une jambe comme ça !
  • Qu’est-ce que tu en sais ?
  • Oui on se demande vraiment ce que j’en sais ! (que j’en sais que s’il y avait eu un risque de ce genre, c’est dès le samedi qu’il aurait filé avec les pompiers à l’hôpital, mais bon, on ne rassure pas toujours comme il le faut)

Donc, je gambergeais à mon tour sur une amputation faite à l’arrache, en ayant expédié maman qui dormait vraiment très mal depuis quelques jours, faire une petite sieste.

Téléphone : 14 H.

Papa un peu dans le coma, me précisant que nous ne devions pas venir, car il allait descendre en salle d’op dans l’après midi.

  • Seulement cet après midi ? (plutôt rassurant par rapport à un degré d’urgence)
  • Oui… Ils vont me faire un truc dans la colonne, je ne me souviens plus du terme.
  • Mise au point de mes neurones : il a un problème au genou.
  • Ah on va te faire une péridurale ou un rachis ?
  • Une péridurale, c’est ça. Mais je ne sais pas ce qu’il m’ont fait, je suis dans le gaz
  • C’est mieux papa. Reste dans le gaz, cela va se passer comme sur des roulettes… (un peu comme pire que celles des dentistes, mais je n’allais pas le lui dire…)

Maman était vraiment décontenancée de ne pas revoir son petit mari tout de suite, mais j’ai pu la rassurer : on n’ampute pas sous péridurale dans un pays soi-disant civilisé (enfin je crois qu’on est soi-disant civilisés, en tous cas j’étais persuasive).

Le soir, il a téléphoné, toujours dans le gaz, que tout s’était bien passé, sauf qu’il souffrait toujours autant, voire plus (évidement, on lui avait encore tripatifouillé* l’articulation, cela doit être jouissif comme pas possible).

Le mercredi donc : départ pour Montpellier, avec moi au volant évidemment.

C’est tout simple, il n’y a qu’à suivre le fléchage, même à l’entrée de la ville où il ne faut pas louper le « hôpitaux, facultés » qui est fléché au dernier moment, sortie donc qu’il faut repérer avec anticipation en évitant de doubler le connard improbable sous ces latitudes civilisées qui roulerait à 40 …

  • Après il ne faut pas louper le « hôpitaux, facultés » à la première jonction
  • Après il ne faut pas louper le « hôpitaux, facultés » à la seconde jonction
  • Puis au prochain rondpoint il ne faut pas louper le « hôpitaux, facultés »
  • Après la déviation suite aux travaux du tram, il faut récupérer le « hôpitaux, facultés »
  • Puis à la jonction suivante il faut rester concentré sur « hôpitaux, facultés »
  • Le tout, sous fond de vociférations klaxon des autochtones d’une ville soi-disant civilisée, qui à la vue de votre plaque « 78 » ne pensent pas une seule minute que vous cherchez votre chemin.

Un doute étreint Mrs Bibelot qui vient de constater avec amertume que je vois mieux de loin, sans lunettes, qu’elle avec lunettes. Je suis bien consciente que ma vision ne va pas aller en s’améliorant, et que,  à la tombée de la nuit j’y verrai plus clair je ne veux pas en rajouter une couche à déclarer que j’y vois moins qu’il y a 10 ans, donc je profite de ce qu’il me reste de mon oeil d’aigle d’antan…

  • C’est quoi déjà le nom de l’hôpital de ton père ? La Reynie ? (façon historienne)
  • Putain, le feu rouge (façon chauffard)…. Cela ressemble à cela, mais je ne vois pas ce que le lieutenant de police de Louis XIV pourrait avoir à faire avec un nom d’hôpital
  • Tu as raison… Labeyrie ? (façon dégustation)
  • Ca y ressemble aussi. Pas de soucis, quand on verra le nom, cela va nous revenir.

Ralentissement de MA voiture qui ne risquait pas de dépasser le 50 à l’heure prôné dans Montpellier, au grand dam des autres conducteurs façon le 50 j’m’entappe !

Sur la droite en effet, étaient régulièrement fléchés des tas de nom d’hôpitaux. Je ne pANsais pas qu’à Montpellier on était autant MALade.

A droite tout à coup « LA PEYRONIE MA CHERIE, TOURNE ! »

Après c’est tout droit pendant 500 mètres, on vous annonce que cela va être à gauche, sauf que c’est tout de suite à gauche, donc, j’enregistre que pour QUELQUES JOURS à venir, il me faudra rester sur la droite ou sur la gauche, et merder les conducteurs de Montpellier.

Nous sommes donc arrivées saines et sauves (sauf mes nerfs, maman s’étant cramponnée pendant tout le voyage à sa chère poignée), à l’hôpital Lapeyronie.

Nous avons négligé les parkings visiteurs pour prendre « entrée principale ».

Nous avions tort.

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

* C’est de moi, c’est de la même veine qu’abominafeux…

Le genou de Jean-Poirotte (chapitre 5)

genouLe dimanche, aucune amélioration sur le plan antalgique (et pour cause), la nuit fut difficile, particulièrement pour le malade qui se voyait terminer ses jours sur le canapé.

Pour nous aussi, il était difficile de le voir souffrir comme cela, et surtout de voir l’état de sa jambe, enflée, faisant désormais le triple de l’autre.

Maman commençait à gamberger…

Le lundi après midi, appel du médecin à la ponction, vers 15 H. Je me suis ruée sur le téléphone comme la vérole sur le bas clergé breton.

  • « J’ai deux nouvelles concernant votre papa, une bonne et une mauvaise
  • Aboulez la mauvaise !
  • Y’a un truc qui pousse dans la culture, ce serait c’est un staphylocoque doré (il y en a qui ont les moyens…)
  • Et la bonne ?
  • C’est que cela se soigne. Par contre il faut l’hospitaliser d’urgence pour un lavage articulaire et tout le pataquès. J’arrive, et je m’occupe de son transfert avec les pompiers, j’ai vu avec le professeur truc de Montpellier qui le prend en urgence dans son service (mais à part cela, tout va bien)

Papa inquiet m’appela au rapport. Il sembla soulagé que cela se soigne, et n’émit aucune objection à l’hospitalisation. Il n’en pouvait plus…

Les pompiers arrivèrent à 7 après le départ du médecin, donc, vers 16 H 30, et regardèrent comment descendre le patient qui ne l’était plus, dans un escalier assez raide. Pour une fois, j’ai eu de l’idée et celle de le faire sortir par le jardin, et le faire descendre en pente douce jusqu’à l’allée menant au petit centre commercial, à laquelle les pompiers  ont bien sûr accès.

Cela se passa plutôt bien, et maman avait pris son sac à main, pour l’admission. Elle n’envisage JAMAIS que quelqu’un d’autre qu’elle, puisse s’occuper de la paperasse, l’idée que certaines personnes soient totalement seules ne l’effleurant jamais…

Le chef de la troupe, lui confisqua d’office, la carte vitale et la carte de mutuelle. Ils s’occupaient de tout !

  • Malheureuse ! (avé l’assent), mais vous ne pourrez jamais nous suivre, nous on met  la sirène, et à cette heure-ci Montpellier c’est noir de monde, c’est la grosse catastrophe, les embouteillages et tout et tout, et vous allez vous perdre ! Et puis votre mari est attendu, on va lui faire des examens, vous ne pourrez pas le voir, il vaut mieux attendre demain.

A moi qui tenais les clefs de voiture (forcément) il précisa que pour trouver l’hôpital La Peyronie, il fallait suivre « hôpitaux-faculté » tout le long de la route, une fois arrivée à Montpellier, et bon courage mademoiselle, et on y va…

Nous devions donc y aller le lendemain, mais évidemment, la vie n’est qu’un long calvaire…

Le genou de Jean-Poirotte (chapitre 3)

genouLe lendemain du curry d’agneau, Jean-Poirotte ne gambadait plus spécialement, mais il a fait comme si que…

Pendant ce temps là, j’emmenais sadiquement ma mère à la plage où elle s’est même baignée, car l’eau était délicieuse.

Le vendredi matin, papa s’avachit sans grâce sur le canapé, incapable de se mouvoir, et demandant à sa femme de faire revenir le médecin dare dare et un prêtre avec pour lui administrer l’extrême onction.

Le médecin  nous appela le soir vers 20 H pour nous dire qu’il comptait mettre le prélèvement à venir en culture, et que donc il était trop tard, et qu’il viendrait le lendemain matin.

Je le sentais mal ce coup là, mais j’ai gardé mes réflexions pour moi, car généralement on me demande de le faire (les garder pour moi), avant de me dire quelques jours plus tard que j’aurais mieux fait de l’ouvrir au lieu de la fermer.

Je suis habituée à ce que mes intuitions laissent tout le monde de marbre (sauf moi et Delphine) et je me suis contentée d’assister mes parents comme je le pouvais.

Immobilisé sur son canapé, le pied par terre, le genou droit gonflé et la jambe entière avec, Jean-Poirotte n’était même plus bon à terrasser les mots croisés de la mort qui tue ou de lire, et c’était mauvais signe.

Le moindre truc anodin de la vie courante, était exclu :

  • Aller aux toilettes : impossible, pisser dans un bocal étant le seul truc possible (plus facile pour un homme que pour une femme, mais bon…).
  • Manger : ne pas y songer : pas faim, trop mal
  • Dormir : trop mal…

Le samedi dès l’aube (8 H 30) le médecin se pointa et effectua un prélèvement qui là, se révéla purulent. Pour lui, il y avait quelque chose de louche (un champignon ?) et Mrs Bibelot et moi partîmes pour le labo déposer flacon et éprouvettes pour cultures.

Devant l’affolement de maman j’avais décidé de prendre les choses en main, et au passage les clefs de la voiture, parce que quand elle est perturbée j’ai peur elle est capable de franchir le terre plein central en se demandant ce qu’il se passe, voire même d’écraser un flic sans s’en rendre compte.

Papa préférait que je conduise, et elle n’émit aucune objection.

Le dimanche, Jean-Poirotte souffrait tellement et nous nous sentions tellement impuissantes, que le médecin de garde se radina vite fait.

Devant l’état de la jambe, la souffrance de papa, et l’état également, des urgences un dimanche où il risquait de poireauter pendant des heures, il préconisa un maintien à domicile jusqu’au lendemain, avec :

  • Antalgiques à hautes doses (effectivement, mais nous le saurons un peu tard)
  • Piqûre contre une phlébite éventuelle que Mrs Bibelot maîtrise bien (le tir à l’arc en gros, on dirait même qu’elle adore, ma mère doit avoir un côté sadique)
  • Antibiotiques préventifs.

C’était donc le dimanche, et une seule pharmacie de garde était disponible : à près de 25 km de là.

Nous sommes donc parties, Mrs Bibelot tenant un plan et les ordonnances, et moi au volant, chercher ce qu’il fallait pour sauver notre mari et père de la douleur et du pire.

Je ne savais pas encore que j’allais commencer à dire que je l’aurai bien mérité ma place au Sénat.

Car la vie n’est qu’un long calvaire…

PS : pour ceux qui s’indigneraient, si j’en parle aisément, c’est que la chose est en train de se résoudre, sinon je n’aurais pas le coeur…

Le genou de Jean-Poirotte (chapitre UN *)

genouAvant toutes autres choses, il me faut vous préciser quelques autres petites choses…

Jean-Poirotte s’est illustré, outre son coeur et tout et tout depuis des années, en 2011, avec ses genoux (un genou mou, des genouxes mouxes).

Pour se faire, il a choisi la période de son anniversaire, en mars. Un beau matin il ne pouvait plus mettre les deux pieds par terre tellement il souffrait des genoux. Et sans genoux, vous essayerez de marcher…

Rien de vital me direz-vous et nous sommes nous dit, mais le fait était là, il fallait bien faire quelque chose autre que de lui dire « lève toi et marche », et le SAMU nous a envoyé une ambulance restreinte (pas de réanimation en vue) pour l’envoyer à l’hôpital.

Nous avons poireauté 3 5 H aux urgences avec Mrs Bibelot, pour apprendre que la mauvaise nouvelle était qu’il était normal qu’il souffre (chondrocalcinose), mais que la bonne était que cela se soignait. Il n’empêche qu’il a passé son anniversaire à l’hôpital et que ce n’était pas la première fois. A mon avis, c’était juste la troisième fois, mais si vous interrogez la famille, tout le monde, de bonne foi, vous dira que Jean Poirotte a passé ses 15 derniers anniversaires à l’hôpital.

Bref, une culture de liquide ponctionné avait été mise en route, il fallait attendre les résultats, RAS, et papa est sorti deux jours après son anniversaire, en gambadant comme un lapin marchant à peu près normalement, et en ingurgitant des médicaments qui lui coupaient l’appétit.

Il n’empêche qu’il souffrait toujours des genoux et qu’une rhumato lui a enfilé des infiltrations d’acide hyaluronique en lui promettant qu’après ils seraient comme neufs (les genoux), et comme cela n’était pas vrai, elle lui avait recollé des infiltrations tout court en se demandant sans doute comment se débarrasser d’un patient aussi chiant…

Donc le jour du départ, papa avait tenu à conduire un bon moment, avant de me refiler le volant, Mrs Bibelot enfin réduite au silence cramponnée à la poignée à l’arrière. On s’en fout quand elle est à l’arrière, on ne la voit pas…

J’ai fait la dernière partie du chemin, la plus chiante et la plus longue. Non sans avoir demandé le volant à plusieurs reprises dès le départ, car quand je ne conduis pas, j’ai peur, je m’emmerde et je ne supporte pas de voir ma mère cramponnée à sa poignée à l’avant. Comme je l’ai en ligne de mire, c’est pénible à voir, même si j’adore ma mère.

L’arrivée fut joyeuse, l’homme de l’art et sa femme nous attendaient, et tout semblait bien parti pour de bonnes vacances.

Le dimanche papa boitait bas et me fit part de son regret de ne pas m’avoir laissée conduire pendant tout le chemin. Il fallait qu’il souffre pour me déclarer cela, lui qui cède à regret le volant de SA voiture. Il incriminait une douleur très violente dans le genou droit, au fait qu’il avait écrasé l’accélérateur avec, et prédisait déjà qu’au retour, je conduirais de A à Z.

Le lundi il n’allait guère mieux, un genre de bosse souple lui ayant poussé sur le côté du genou (un champignon ?), que l’on avait envie de crever d’un coup d’épingle, et Mrs Bibelot appela un médecin conseillé par l’homme de l’art, pour une visite à domicile, Jean-Poirotte étant dans l’incapacité totale de descendre les escaliers menant au parking pour aller visiter la Faculté tout seul comme un grand, (même si je conduisais pour après la descente, ce qui lui aurait fait une belle jambe, c’est vraiment le cas de le dire…)

Le médecin se déclara débordé et débarqua de ce fait à 21 H 30.

D’un seul regard, il diagnostiqua une chondrocalcinose. C’était de sa partie vraiment parce qu’il est avant tout médecin du sport etc… Il avait amené tout ce qu’il fallait et procéda par ordre :

  • Désinfection
  • Désinfection
  • Désinfection
  • Ponction du liquide faisant bosse : environ 1/4 de litre. Liquide clair et typique d’après lui de la pathologie,
  • Puis, injection d’une infiltration classique
  • Puis déclaration de la somme à payer avec rédaction d’une ordonnance pour une éventuelle infiltration la semaine suivante, mais que ce ne serait sans doute pas la peine de la faire.

Le lendemain, Jean-Poirotte trottait comme un poulain fringant, tout content d’avoir été bien pris en charge.

Mais la vie n’est qu’un long calvaire…

* J’arrête de mettre des « part one or two » restons français (surtout que l’anglais et moi…)

Le retour 2011…

6222-000049De passage chez moi un peu en vitesse, je vous présente toutes mes confuses pour mon retard (genre le grand écrivain qui SE DOIT à ses lecteurs :-))

Donc, je suis bien rentrée, entière, mais mes vacances ne se sont pas exactement passées comme je l’aurais souhaité et mes parents avec moi.

Vous aurez donc l’honneur et l’avantage d’ici peu, de découvrir nos pérégrinations multiples via plusieurs articles (et il en faut) ainsi que l’ouverture d’une nouvelle rubrique :

  • Ah je l’aurai méritée ma place au Sénat *

Sinon pour les épisodes, ne vous inquiétez pas, j’ai de quoi faire et grosso modo, cela devra à peu près se présenter comme ça :

  • Le genou de Jean Poirotte (épisodes illimités pour l’instant, et avec son autorisation)
  • La pharmacie de garde
  • La dent de Mrs Bibelot
  • La sciatique de Mrs Bibelot
  • La circulation dans Montpellier
  • Les avantages des assistances que l’on paye et qui ne peuvent rien faire pour vous.
  • Comment prendre un patient pour un con
  • Le RETOUR ! (au moins l’ordinateur fonctionne au quart de poil, mieux que quand il était neuf, merci à nouveau à l’homme de l’art)

Je pense que vous saisissez l’ambiance, en gros…

La vie n’est qu’un long calvaire (et je l’aurai méritée ma place au Sénat*)

* Relire « le fils d’Astérix » avec le centurion transformé en nourrice, je ne me répèterai pas…

Des bizz tout de même…