Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'J’aime bien l’histoire'

8 mai…

En hommage à tous ces millions de morts, qu’ils aient été dans le vrai ou dans le faux, simplement jetés dans la tourmente sans savoir pourquoi, massacrés pour rien, sacrifiés en vain, parfois revenus pour ne jamais oublier.

En hommage à tous ceux grâce auxquels nous pouvons parler d’un jour “férié”.

La sonnerie aux morts

Posté le 8 mai '13 par , dans J'aime bien l'histoire. 6 Commentaires.

The D.Day…. (pour l'anniversaire de mon blog)

Ils_ont_d_barqu__73441768Nous connaissons tous l’histoire, nous avons tous vu “le jour le plus long” au moins 3 fois. Nous savons que ce n’était pas le jour idéal et que sinon il fallait reporter d’un mois.

Les conditions météo étaient mauvaises (c’était un mois de juin pourri), mais à 0 H 15 commence l’opération “Overlord”. Enfin !

23 000 parachutistes lâchés sur la Normandie. A 3 H 14 c’est le bombardement aérien et à 5 H 30 la préparation de l’artillerie navale. A 6 H 30 les premières vagues d’infanterie d’assaut et de chars débarquent sur les plages d’invasion de la côte normande… Heure inhumaine et bien militaire : comment voulez-vous être à 100 % de vos performances éventuelles à 6 H 30 ? (c’est mon point de vue et je le partage, mais je sais que ce n’était pas sans raisons…)

130 000 hommes. Sur 17 km il y a un bateau tous les 70 mètres. Avec le jour naissant cette prodigieuse Armada se découvre. Des milliers de péniches de débarquement avancent, appuyées par 8 cuirassés, 22 croiseurs, 93 destroyers, 450 escorteurs et dragueurs, et 360 vedettes lance-torpilles. Quand les américains le veulent, c’est comme quand ils ne le veulent pas… (comme Albert, Albert étant nettement moins efficace que les américains quand ils le veulent…)

Il y a des ratés, des endroits où la plage n’est pas la bonne. C’est la boucherie du siècle sur certaines, qui fut enfin réellement révélée avec “il faut sauver le soldat Ryan”, autrement moins propre comme film que “le jour le plus long” qui reste lui, regardable (si, malgré le parachutiste qui tombe direct dans un puit et un autre dans une grange en feu, les morts font propres et John Wayne est impatient et joyeux d’aller au combat)…

On revit à chaque fois le Pegasus Bridge “vous tiendrez jusqu’à ce qu’on vous relève”, en imaginant l’angoisse des hommes : quand serons nous relevés ? Le travail de la résistance prête à se sacrifier, tout un monde qui aujourd’hui nous échappe.

Le soir de ce jour le plus long, 5 divisions américaines, 3 divisions britanniques, 2 divisions canadiennes ont débarqué entre l’Orne et la Vire. Il y a même des “bon dieu de merde d’Australiens” (je n’ai rien contre les australiens mais il paraît qu’à l’époque leurs soldats étaient très grossiers, et se prénommaient ainsi, étant en grande minorité).

Rommel est rappelé d’urgence. Il l’avait assez dit : “les 24 premières heures seront décisives”. Il avait raison, mais trop tard, et surtout sur les lieux du débarquement. Les allemands, Hitler, ne croyaient pas en la Normandie… Et quand l’offensive est vraiment connue, Hitler dort.

Après tant de combats, de fureurs, de douleurs, voici enfin venue la bataille de France, la bataille de la France, la vraie (pas celle de 40). Elle le sera, et les français présents sauveront l’honneur de la débâcle. Les troupes avançant péniblement vers l’est s’en rendront compte en entrant enfin en Allemagne : la résistance française les a beaucoup aidées sur son territoire. En Allemagne la percée est moins nette, plus difficile…

Ce sont aussi les petites histoires qui me sont chères.

Le papa de Mrs Bibelot, hurlant à sa femme étendant le linge dans le fond du jardin, au risque de se faire arrêter parce qu’il écoutait radio Londres “Ils ont débarqué !”. Là il a commencé à apprendre à Mrs Bibelot à dire aux américains qu’elle rencontrerait “chocolate please”… Elle ne savait pas ce que c’était. C’est ce qu’elle a dit quand Rambouillet a été libéré, et elle a eu la première barre de chocolat de ses souvenirs, l’avant guerre, elle ne s’en souvenait pas…

Ce sont mes arrières grands parents se retrouvant avec tous les voisins dans la rue principale du petit village pour chanter la marseillaise et parfois danser…

Jean Poirotte se souvient aussi du “Ils ont débarqué“. Tout le monde se sentait sauvé tout à coup. Là bas en Allemagne, son père ne savait rien. Sa mère a pleuré un coup (je tiens d’elle, une vraie fontaine), mais tout le monde était content (voir paragraphe précédent). Quand il a vu ses premiers américains également, il a reçu tout un tas de trucs à boulotter et n’a pas compris ce qu’était un chewing gum sur le coup (j’imagine bien la surprise des mômes)… Pendant ce temps là, son grand père en “Marcel” découvrait le “T shirt” qui protège les épaules du coup de soleil cuisant, avec envie…

Mais je laisse la parole à Tom, brancardier américain, qui avait connu une jolie infirmière française et s’est implanté en France, dans le petit village de mon enfance que je fréquente toujours, sans jamais perdre son accent terrible. Tom était brancardier pendant le débarquement et après… Un soir de cuite, il a parlé…

“La mer moussait rose… L’écume était rose de sang, il y avait du je ne sais quoi et je ne voulais pas savoir, qui flottait sur la marée montante puis descendante. Partout, des hommes parfois coupés en deux, atrocement mutilés, ou amputés d’un membre et perdant leur sang, criant, hurlant, et appelant leur mère… Nous n’avions déjà plus de morphine. Nous avions tous fait sous nous, après avoir vomi de trouille dans nos casques dans la péniche. Il y avait de la tripaille partout, de la cervelle sur la plage, des bras et jambes arrachés ça et là. Aucun mort propre sauf certains, semblant dormir, les pires… Combien avons nous laissé d’encore vivants sur cette maudite plage ? Ils avaient l’air morts mais ne l’étaient pas forcément… J’ai sû après qu’on en avait enterré d’encore vivants sans le savoir (véridique)… Trop pour ma conscience… Nous étions trop peu nombreux pour tous ces blessés. Brancardier ce n’était pas la planque, j’ai pété la gueule de tous ceux qui ont prétendu le contraire, jamais de quelqu’un d’autre”…

Non, brancardier Mr Tom on le sait que ce n’était pas une sinécure. Hommage à toi.

Et hommage à tous ceux qui sont morts ce jour là. Juste pour débarquer. La suite allait être longue. Songez qu’il y a des hommes qui ont débarqué le 6 juin 1944 et sont allés jusqu’au 8 mai 1945. Sont-ils rentrés complètement intacts chez eux ces vainqueurs ?

Et ce jour s’éloigne de plus en plus… Il reste des survivants bien sûr. Mais pour combien de temps ? Un jour viendra où pour nos enfants ou petits enfants, ce sera juste une date, et non pas des histoires racontées par ceux qui ont vécu cette époque, me l’ont racontée, ainsi qu’à d’autres.

Car Mrs Tricot regardait vers l’est où son mari était toujours emprisonné, Tante Alphonsine également se tournait vers cet est dans lesquels, dans le brouillard, ses fils étaient partis, et toute la famille vers Robert qui ne reviendrait pas mais on ne pouvait pas le savoir, car tout le monde respirait déjà un peu de liberté à l’avance. Et restaient pour certains, à venir, l’horreur d’apprendre ce qu’il s’était passé à Tulle, à Oradour, ailleurs. La nuit noire après l’espérance, la peur revenue de l’avenir, justifiée.

Quand on se souvient du souvenir de ceux qui ont vécu cette période, il était vraiment nécessaire pour eux de mettre l’Allemagne à genoux pour enfin en terminer. Non avec plaisir ou sadisme, mais pour protéger le futur…

Réédition d’un post de 2007

Et sinon, mon blog a aujourd’hui 6 ans et j’ai un peu honte de le dire face à ce que ce jour représente… Cette année là je n’avais pas réalisé que je mettais en ligne mon premier post à cette date commémorative…

J’étais furieuse de travailler le lundi de Pentecôte…

Promis Monsieur le Juge : je ne le ferai plus !!!

Posté le 6 juin '12 par , dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Le 8 mai…

RolandMai 1945. Le 8 mai, date anniversaire de Mrs Morgan, l’armistice est signé, enfin l’Allemagne a signé sa reddition inconditionnelle.

Le Reich “de mille ans” s’achève dans les ruines de Berlin et l’exode désespéré des civils vers l’ouest.

L’Europe est dévastée, les morts se comptent par millions de par le monde et surtout chez elle… Mais pour l’Europe c’est terminé. Il y aura d’autres horreurs (deux bombes atomiques lancées sur des civils) mais pas pour elle. Elle s’en fout l’Europe, elle n’en peut plus…

Mrs Tricot n’a plus de nouvelle de son mari depuis 6 mois, pour elle, il est mort. Ses lettres sont sans réponse. Elle survit, résignée, attendant des nouvelles éventuelles de compagnons de stalag de son mari (la photographie a été prise au stalag). L’armistice est juste signée, mais il y a un bon moment que les américains et russes libèrent des camps multiples, que cela rentre en France. Il y a un moment que l’on sait tout ce qui a pu se passer de l’autre côté de la frontière, là-bas, en Allemagne, le mot “Allemagne” étant craché par beaucoup. Et l’hôtel Lutecia accueille des moribonds qui pétrifient tout le monde devant leur aspect…

Le récit m’a été fait par Jean Poirotte et par elle également. Lui, petit garçon à l’époque, qui ne se souvenait pas de son père vraiment, mais qui lui envoyait des baisers vers l’est tous les dimanche, dormait dans le lit de sa mère qui pleurait beaucoup quand elle était là, depuis un petit moment (6 mois c’est long quand on est gosse).

Mrs Tricot était venue passer quelques jours chez ses parents. Elle travaillait et l’entreprise qui employait son mari également avant (et après d’ailleurs), a versé aux femmes de prisonniers, le salaire du mari, intégralement, pendant toute l’occupation. Elle n’était donc pas dans la gêne, mais était venue voir son fils scolarisé chez ses grands-parents en prenant quelques jours de congés.

Beau temps. Se laver les cheveux, c’est le jour du mois où il faut le faire. L’eau courante dans la maison, mais un évier inconfortable, elle descend à la pompe avec son savon fait maison (cendre et potasse), en jupe et calicot. Jean Poirotte aime bien regarder sa mère se laver les cheveux en criant que l’eau est glacée, et il l’aime bien en petite tenue (Oedipe quand tu nous tient)…. Il pompe l’eau pour remplir le broc, il se sent utile.

Elle en est au rinçage et c’est froid. Le savon lui a brûlé le crâne il faut tout bien rincer… Cavalcade dans la rue tout à coup et hurlement !

“Mrs Tricot, Mrs Tricot, votre mari au téléphone !” C’était le maire. Il n’y avait que deux téléphones dans le village : un à la poste et l’autre à la mairie. Et là, Jean Poirotte stupéfait, vit sa mère se relever en lançant de l’eau partout, et partir en courant “à moitié nue” (en calicot) dans la rue, vers la mairie. Elle a avoué après coup qu’elle serait partie de même en “combinaison”…

Oui c’était bien son mari, rentré à Versailles pour se faire démobiliser avant tout (la bureaucratie est toujours très humaine) et se pointant chez lui pour n’y trouver personne.

Le premier VRAI souvenir de Jean Poirotte en ce qui concerne son père est que tout le monde pleurait de joie, sa mère aussi et surtout. Tout le monde est parti à la gare en gambadant (2 km à pied… ça use…) pour attendre l’arrivée du rescapé que tout le monde croyait mort.

Souvenir de l’arrivée d’un homme dont il avait oublié le visage, à l’air triste, dans les bras de qui sa mère s’est précipitée, le renvoyant lui, dans un autre monde, puis qui l’a serré très fort contre lui en pleurant qu’il était un grand garçon maintenant, parce que tout le monde pleurait.

Et le soir… Et bien cet homme là, le père revenu, dormait avec sa femme et lui tout seul dans un lit loin de sa maman…. Abandonné de tous… Ne comprenant plus rien au monde…

Pas toujours facile d’avoir un papa. Et puis 9 mois après ce retour, deux petites soeurs…. L’émotion favorise l’ovulation double ou triple… Mrs Tricot a fait ce qu’elle a pu… Mais bon, elle ne s’est jamais trompé dans ses calculs en disant que ses filles étaient nées jour pour jour 9 mois après le retour de son mari…

Il faudra que je cherche d’ailleurs, la date exacte de son retour, parce qu’on porte très rarement des jumeaux 9 mois pleins… Il a dû revenir avant la capitulation du 8 mai.

Un papa qui rentre malade et épuisé, ayant vu trop d’horreurs n’est pas franchement top pour comprendre un petit garçon de 7 ans bouillonnant de vie, qui a son caractère et pas du tout l’intention de laisser un étranger lui donner des ordres et lui piquer sa mère.

Commençait un long combat… Quand les guerres sont enfin terminées, ne pas croire que c’est la paix….

Le 8 mai je pense à eux. A tous ceux qui ne sont plus là et qui ont connu cette guerre voire même celle d’avant.

C’est un jour de congés (que Giscard nous avait supprimé)… Un jour de souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour m’en parler… Et une grande pensée pour ceux qui ne sont jamais revenus s’il vous plaît… Ceux qui n’ont pas connu la joie de la bonne  fin et survécu en fin de compte.

Pour eux la fin de vie n’a été qu’un véritable long calvaire…

Une grande pensée pour tous ceux qui ont vécu cette époque si noire… Si elle n’avait pas existé, il n’y aurait pas de jour férié…

Ce n’est pas que j’aime particulièrement faire monument du souvenir le 11 novembre et le 8 mai, mais c’est pour moi un devoir de mémoire…

(Edité pour la première fois le  8 mai 2007)

Posté le 7 mai '12 par , dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

J'ai un mort sur la conscience…

soldat-copierElle te l’a raconté qu’elle était dans la résistance et moi aussi ! Je la connais ma femme. Même si cela devait rester secret, 40 ans plus tard, elle n’a pas pu se taire… Moi j’aurais préféré me taire jusqu’à ma mort, mais puisqu’elle a tout dit, je peux enfin parler.Et je me dis que choisir de se taire jusqu’au bout n’était peut-être pas le meilleur de mes choix.

Chef de réseau, risquant ma vie, je ne savais pas que ma femme la risquait également, sous mes ordres à nouveau, après nos promesses mutuelles.

J’étais tout de même inconscient. Au pire dans ma tête, je serais parti en prison. Quand j’ai tout compris après la libération, j’ai été malade de savoir ce qu’étaient devenus certains de mes compagnons “disparus”.

Et il y a eu ce soir sur le bord de la Loire, où j’attendais avec d’autres hommes, des containers d’armes et de munitions devant arriver par le fleuve qui là où tu sais se coupe en deux avec une ïle dans son milieu.

Nous savions que le débarquement était proche, et ces containers, il nous les fallait absolument.

Et là, s’est pointé un petit jeune, un jeunot, un gamin quasi sans barbe, mais pour moi un allemand.

Tout était prêt, les barques, les cordes tendues en travers des deux branches légères de la Loire pour bloquer les containers, nous étions sur le qui-vive, et ce, bien longtemps après le couvre feu.

Je lui ai offert une cigarette en lui racontant que j’avais perdu mon chien, et que je l’attendais là. Il était Korrekt ! mais je n’avais aucune indulgence pour lui. Je le détestais même, à un point dont je ne me sentais pas capable avant la guerre. Et je savais que de plus haut, sur la Loire, arrivaient les containers attendus, et que mon réseau dans les buissons attendait un signe de ma part, et que de l’autre côté de l’ile se trouvant en plein milieu du fleuve, d’autres hommes attendaient ces mêmes containers. Nous dépendions pour ces containers, des caprices du fleuve.

Mais le minot s’incrustait : “GUT FAMILLE, FRANCAIS AMIS”, et ne voulait pas partir, avec en prétexte, une conversation sur la beauté de la France et sa nostalgie du pays.

Ce n’était certainement pas un imbécile,  il  devait trouver ma présence douteuse à tout le moins, et j’ai toujours détesté les films  montrant les allemands comme des cons ne comprenant rien.

Lui, avait des doutes certains et scrutait le fleuve et ses alentours,  et a très bien compris en voyant tout à coup sur la Loire flotter les containers attendus. Il a porté la main à sa ceinture, sans doute pour donner l’alerte ou tirer sur les containers, sans penser que j’étais dangereux. Il avait tort. En le voyant saisir son arme, j’ai dégainé la mienne et je lui ai tiré dessus, en plein coeur.

Je ne peux même pas te dire que j’ai eu l’ombre d’une hésitation, d’un scrupule, d’un doute. J’ai tiré 3 fois, la troisième fois dans le crâne, pour être certain que je donnais le “coup de grâce”. Je sais maintenant que cette expression est atroce.

Il a juste eu le temps de me regarder de l’air de celui qui ne comprend pas, avant le coup  de grâce, il y a comme un ralenti dans mon souvenir, même s’il est tombé comme une masse. Je n’avais rien à faire de lui, rien du tout, et surtout pas l’envie de me faire prendre, ni mes camarades de réseau. J’ai juste poussé le minot dans la Loire, pendant que le réseau récupérait les containers et les armes, et j’ai vérifié que le cadavre partait bien dans le cours de la Loire, sans se coincer dans des herbes du secteur, après avoir récupéré son arme et le chargeur à sa ceinture. je n’ai donc pas opéré machinalement. J’ai tout fait en pleine connaissance de cause.

Sur le coup de l’action, du stress, on fait n’importe quoi, mais je suis rentré chez moi avant l’aube, avec le visage de ce gamin dans la tête, et la satisfaction d’avoir réussi la récupération d’un parachutage et la mise hors d’état de nuire d’un ennemi qui fatalement nous aurait causé plus que du tort.

C’était en mai 1944, pas vraiment longtemps avant le débarquement. J’étais satisfait de moi, j’avais rempli mon devoir.  J’avais fait ce que j’avais à faire, avec de mauvais rêves pour l’avenir, à faire trop souvent. Je ne savais pas tout simplement, que le devoir exige de nous des actes que l’on n’oubliera jamais.

Car tu vois ma petite fille,  plus de 40 ans après, je revois le visage de cet enfant d’à peine 20 ans, avec une netteté incroyable. Sans doute était-il heureux de constater une irrégularité, une promotion probable grâce à elle. Et puis il y a eu ce regard qui a tout compris et tout perdu en moins d’une minute.

Par ma faute. J’ai un mort sur la conscience ma petite fille, que j’ai poussé dans la Loire en veillant bien à ce qu’il parte au gré du courant. Alors que je m’était dit depuis le début de la guerre que ce serait un plaisir pour moi d’en tuer encore et encore des allemands. Là mes souvenirs ne me donnaient aucun plaisir, du regret mitigé seulement, de la mauvaise conscience. J’avais tué et point barre, et ce regard, même pas d’un bleu extraordinaire, je ne pourrais jamais l’oublier. Et me dire que je n’avais pas le choix ne changeait rien à mon souvenir.

Et je n’ai eu que celui-là pour faire de moi un héros. Ce gamin qui pouvait malgré tout faire tout perdre. J’aurais pu l’assommer mais comment le garder à l’abri et surtout, comment le nourrir ? Pas l’envie non plus, je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans ma tête, je n’avais pas de solution pour lui, et j’ai tiré.

Tu n’es pas ma vraie petite fille. Je souhaite de tout mon coeur qu’aucune de tes filles, mes arrières petites filles qui peuvent tenir de moi, ne vivent un jour ce que j’ai vécu.

Car j’ai tout de même un mort sur la conscience. Je l’ai caché pendant très longtemps, évitant la croix de machin chose pour avoir tué un allemand.

Mon acte était tellement lâche et banal qu’il ne méritait aucune décoration. Et la vie a raison qui punit sans l’aide des hommes. Ce gamin, son regard, sa stupéfaction face à la mort, n’appartiennent qu’à lui et à moi, et à personne d’autre. Et comme c’est lui qui est mort, ce moment là, me hantera jusqu’à ma mort à moi. Comme je t’en parle, cela fait plus de 40 ans. Et comme je suis en bonne santé, cela peut se prolonger…

Qui a gagné ? Lui ou moi ? Je ne sais pas, et je ne le saurais jamais… Même s’il me plaît à croire que ces containers récupérés au prix de sa mort et de mon choix ont sauvé beaucoup de vie… Au jour de ma mort, je sais que c’est lui que je rencontrerai en premier, et nous saurons enfin où était la vérité si elle existe. Peut-être que nous avons une éternité à débattre sur la vérité.

Ma petite fille, pense à moi quand je ne serai plus là, je ne voulais pas le mal, lui non plus sans doute, c’était l’époque qui voulait la mort de notre âme, et j’ai un mort sur la conscience…

Que l’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps, d’avoir à choisir un camp…

Posté le 10 août '10 par , dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

8 Mai 1945

RolandMai 1945. Le 8 mai, date anniversaire de Mrs Morgan, l’armistice est signée. La guerre est enfin terminée. L’europe est dévastée, les morts se comptent par millions de par le monde et surtout chez elle… Mais pour l’Europe c’est terminé. Il y aura d’autres horreurs (deux bombes atomiques lancées sur des civils) mais pas pour elle. Elle s’en fout l’Europe, elle n’en peut plus…

Mrs Tricot n’a plus de nouvelle de son mari depuis 6 mois, pour elle, il est mort. Ses lettres sont sans réponse. Elle survit, résignée, attendant des nouvelles éventuelles de compagnons de stalag de son mari (la photographie a été prise au stalag). L’armistice est juste signée, mais il y a un bon moment que les américains et russes libèrent des camps multiples, que cela rentre en France. Il y a un moment que l’on sait tout ce qui a pu se passer de l’autre côté de la frontière, là-bas, en allemagne, le mot “allemagne” étant craché par beaucoup. Et l’hôtel Lutecia accueille des moribonds qui pétrifient tout le monde devant leur aspect…

Le récit m’a été fait par Jean Poirotte et par elle également. Lui, petit garçon à l’époque, qui ne se souvenait pas de son père vraiment, mais qui lui envoyait des baisers vers l’est tous les dimanche, dormait dans le lit de sa mère qui pleurait beaucoup quand elle était là, depuis un petit moment (6 mois c’est long quand on est gosse).

Mrs Tricot était venue passer quelques jours chez ses parents. Elle travaillait et l’entreprise qui employait son mari également avant (et après d’ailleurs), a versé aux femmes de prisonniers, le salaire du mari, intégralement, pendant toute l’occupation. Elle n’était donc pas dans la gêne, mais était venue voir son fils scolarisé chez ses grands-parents en prenant quelques jours de congés.

Beau temps. Se laver les cheveux, c’est le jour du mois où il faut le faire. L’eau courante dans la maison, mais un évier inconfortable, elle descend à la pompe avec son savon fait maison (cendre et potasse), en jupe et calicot. Jean Poirotte aime bien regarder sa mère se laver les cheveux en criant que l’eau est glacée, et il l’aime bien en petite tenue (Oedipe quand tu nous tient)…. Il pompe l’eau pour remplir le broc, il se sent utile.

Elle en est au rinçage et c’est froid. Le savon lui a brûlé le crâne il faut tout bien rincer… Cavalcade dans la rue tout à coup et hurlement !

“Mrs Tricot, Mrs Tricot, votre mari au téléphone !” C’était le maire. Il n’y avait que deux téléphones dans le village : un à la poste et l’autre à la mairie. Et là, Jean Poirotte stupéfait, vit sa mère se relever en lançant de l’eau partout, et partir en courant “à moitié nue” (en calicot) dans la rue, vers la mairie. Elle a avoué après coup qu’elle serait partie de même en “combinaison”…

Oui c’était bien son mari, rentré à Versailles pour se faire démobiliser avant tout (la bureaucratie est toujours très humaine) et se pointant chez lui pour n’y trouver personne.

Le premier VRAI souvenir de Jean Poirotte en ce qui concerne son père est que tout le monde pleurait, sa mère aussi et surtout. Tout le monde est parti à la gare en gambadant (2 km à pied… ça use…) pour attendre l’arrivée du rescapé que tout le monde croyait mort.

Souvenir de l’arrivée d’un homme dont il avait oublié le visage, à l’air triste, dans les bras de qui sa mère s’est précipitée, le renvoyant lui, dans un autre monde, puis qui l’a serré très fort contre lui en pleurant qu’il était un grand garçon maintenant, parce que tout le monde pleurait.

Et le soir… Et bien cet homme là, le père revenu, dormait avec maman et lui tout seul dans un lit loin de sa maman…. Abandonné de tous… Ne comprenant plus rien au monde…

Pas toujours facile d’avoir un papa. Et puis 8 mois après, deux petites soeurs…. L’émotion favorise l’ovulation double ou triple… Mrs Tricot a fait ce qu’elle a pu… Mais bon, elle ne s’est jamais trompé dans ses calculs en disant que ses filles étaient nées jour pour jour 8 mois après le retour de son mari…

Un papa qui rentre malade et épuisé, ayant vu trop d’horreurs n’est pas franchement top pour comprendre un petit garçon de 7 ans bouillonnant de vie, qui a son caractère et pas du tout l’intention de laisser un étranger lui donner des ordres et lui piquer sa mère.

Commençait un long combat… Quand les guerres sont enfin terminées, ne pas croire que c’est la paix….

Le 8 mai je pense à eux. A tous ceux qui ne sont plus là et qui ont connu cette guerre voire même celle d’avant.

C’est un jour de congés (que Giscard nous avait supprimé)… Un jour de souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour m’en parler… Et une grande pensée pour ceux qui ne sont jamais revenus s’il vous plaît… Ceux qui n’ont pas connu la joie de la bonne  fin et survécu en fin de compte.

Pour eux la fin de vie n’a été qu’un véritable long calvaire…

(Réédition du 8 mai 2007)

Posté le 8 mai '10 par , dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Les étranges histoires familiales, part 2.

Simone_02Le prisonnier partit en stalag où il resta bien trop longtemps.

La guerre n’était pas terminée quand Mrs Tricot eu connaissance d’un moyen de libérer son mari.

Elle était toujours capable de n’importe quoi pour faire rentrer son mari le plus rapidement possible, malgré le temps passant, n’ayant déjà que trop passé.

Les allemands renvoyaient chez eux les “soutiens de famille”.

Avec la complicité de son père (toujours à la mairie), devenu faussaire pour une bonne cause elle se retrouva avec un acte de décès de ce dernier (considéré par les allemands comme le chef et soutien de famille en ce qui la concernait), + deux actes de naissance de deux jumelles nées en 1940, à une date plausible par rapport à la dernière permission de son mari, s’appelant Colette et Michèle.

Je me demande quel effet cela a fait à mon arrière grand père de rédiger sur du papier officiel son propre acte de décès. Les faux papiers n’eurent pas l’occasion de servir, après le débarquement les allemands ne libéraient plus personne de leur plein gré, mais les papiers étaient bel et bien là, au cas où.

Et le prisonnier rentra.

Mrs Tricot se retrouva enceinte immédiatement ou quasi (à son avis le soir même du retour).

Ils surent assez tardivement qu’il s’agissait de jumeaux (à l’époque il fallait attendre la naissance pour savoir de quels sexes il s’agissait). Là déjà, sans doute dans la tête de Mrs Tricot avait commencé un travail que personne d’autre qu’elle ne pourrait analyser.

Et au bout du compte, ce sont bien deux petites filles qui sont nées, qui se sont donc appelées : Colette et Michèle.

Le destin est étrange, ou nous voulons le voir comme tel. Les filles auraient pu s’appeler autrement que comme sur de faux papiers qui n’ont jamais servi…

Mais bon, avoir ces jumelles déjà nommées, imaginées sans qu’elles existent déjà, avait dû les marquer tous les deux. Comme s’il y avait un destin à respecter absolument…

Le père de Mrs Tricot n’était pas mort, mais les jumelles sont bel et bien nées, alors quelque part, elle devait respecter le destin qui l’avait inspirée…

C’est après que tout soit terminé qu’elle a trouvé la foi, et fort malheureusement un peu enquiquiné sa famille avec…

Mais notre destinée n’est-elle pas étrange parfois et même souvent ?

Posté le 4 décembre '09 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Les étranges histoires familiales part 1.

Simone_02Sur cette photo : la maman de Jean Poirotte, autrement dit ma grand mère paternelle.

C’était ma grand mère, et cela reste pour moi une grand mère, timorée parfois dans certains cas, culottée dans d’autres, cas plus rares, une femme que finalement je ne connaissais pas..

Comme dit mon père, son fils “nous ne savons rien de nos parents”. Et il a raison. Ca et là tout de même percent quelques histoires, surtout pour ceux qui ont vécu une époque troublée…

Mrs Tricot était pour moi “j’ai peur de tout”. J’avais bien entendu sa mère me raconter qu’à 19 ans elle s’était offert un baptême de l’air sans l’autorisation de son père, mais j’étais trop petite pour me rendre compte du traumatisme que cela avait été pour mon arrière grand père.

1940, le prisonnier est capturé sur une plage de Veule les Roses…

Il en parlait peu. Un jour il m’a raconté “le coup de la morue”, qu’une paysanne désolée par tous ces prisonniers dans ses champs, était venue leur distribuer pour qu’ils aient à manger, et de la soif qui les avait hantés après, toute la nuit…

Il parlait peu de cette débâcle qu’il avait vécu comme une humiliation, nous disant de temps à autres, qu’il s’était endormi à côté d’une batterie de 75 (il était dans l’artillerie à cheval), tellement il était épuisé. Ou nous expliquant que son armée et son pays n’étaient pas préparés vraiment d’où cette défaite sanglante tout de même, et si rapide.

Puis le prisonnier partit vers une destination inconnue, avec arrêt dans une ferme dans la zone interdite. Miracle, il put faire passer une lettre à sa femme.

Ma grand mère, celle qui n’osait rien, beaucoup plus tard.

Zone interdite, peu connue de la jeune génération. Elle tarabusta son père qui était conseiller municipal (avant d’en devenir pour des années, l’adjoint au maire)  à la mairie du village toujours occupé par mes parents qui s’y sont connus.

Elle lui a extorqué de faux papiers. Pour elle, et pour mon grand père.

Elle a pris des vêtements civils pour mon grand père, et elle est partie sur les routes, telle Amélie dans “les semailles et les moissons”. Pour son mari elle était prête à tous les culots et elle les a eus.

Arrivée à la frontière de la zone interdite, à peu de km de la ferme où séjournait mon grand père, elle a pu attendrir un fermier. Sa femme et lui lui ont fourni des vêtements de paysanne et elle est partie avec lui, livrer des légumes, pour arriver dans la ferme où elle a retrouvé son mari.

Elle disait juste sobrement qu’il y a des nuits qui valent une vie. Elle est restée deux jours avec son mari, essayant de le convaincre de revenir avec elle. Tout était prévu avec le fermier, il passerait la ligne sous un convoi de légumes. Il serait en civil pour le reste, avec de faux papiers, elle était prête à tout.

Sauf que lui, les allemands lui avaient dit, comme aux 9 autres, que s’il y avait une évasion, tous les civils seraient fusillés… Il ne pouvait pas imaginer une chose aussi horrible : être responsable de la mort d’une famille. Il avait déjà vu…

Sauf que lui, comme beaucoup, ne pensait pas que cela pourrait durer et durer et durer. Il pensait être rentré chez lui en moins d’un an…

Et qu’il a donc refusé de la suivre, ne voulant pas apprendre un jour qu’il avait été responsable de morts innocents. Parce qu’il se connaissait et qu’il y serait retourné.

Elle est donc repartie, en paysanne, ayant laissé quelque part, les faux papiers, les vêtements civils de son homme qui n’avait pas voulu la suivre, en pleurant.

Mais elle l’a fait son odyssée en zone interdite, prête à tout…

Ma grand mère… Qui n’osait pas dire au boulanger que son pain était mal cuit (mais signalait sur la plage, aux allemands, qu’ils avaient oublié leurs bouteilles de coca…)

Qui avait encore de la ressource….

Car c’est la part 2 qui vous révèlera pourquoi, il y a d’étranges histoires…

Posté le 3 décembre '09 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Ils étaient deux…

armistice-1918Ils étaient deux, cheminant côte à côte, dans cette région où les fermes ou mas, éloignés de la ville, abritaient des personnes qui parfois restaient des semaines sans se rendre à la ville précisément.

Des personnes qui vivaient en autarcie à une époque où l’on se contentait de peu dans un monde campagnard hostile. Des personnes pour qui le monde se résumait à un troupeau de chèvres ou de moutons, le rucher à surveiller, les cultures à faire prospérer.

Des personnes pour lesquelles un repas de fête c’était des chataignes grillées, avec le dernier fromage blanc de chèvre sucré au miel. Des personnes qui parlaient le soir à la lueur du feu de cheminée. Des personnes hors du temps.

Des personnes qui ne se rendaient à la ville que pour négocier un animal ou deux, du lait, du miel à meilleur prix. Des personnes qui ne voyaient que rarement le facteur, et ne lisaient pas les journaux…

Ils ne marchaient pas, leurs monture le faisaient pour eux. Et les bêtes portaient sur le dos le poids d’une souffrance et d’un devoir difficile, à tel point qu’ils ne les pressaient pas. Les deux chevaux hahanaient dans la côte, même pas vexés par les chèvres gambadant à leurs côtés.

Bien sûr que tous les hommes avaient reconnu leur uniforme depuis le matin, sans comprendre. Mais il y a eu ce couple là.

L’homme savait depuis 14 jours qu’un danger le menaçait, rôdait. Il n’avait trop rien dit à sa femme de ce qu’il avait appris en descendant au bourg pour vendre 5 chèvres pleines. Il n’avait pas trop compris pourquoi un Archiduc assassiné pouvait menacer sa vie. Mais il avait palpé la peur des hommes et était remonté au mas avec celle-ci au ventre.

Quand il les a vus arriver il a compris tout de suite. Ces deux gendarmes tranquilles venaient lui apporter son avis de mobilisation, et il se souvenait qu’il aurait à rejoindre son régiment le plus vite possible.

Restait à l’annoncer à sa femme, sa toute jeune femme, celle qu’il aimait comme on aime quand tout simplement on ne sait qu’aimer.

L’enfant, leur enfant, regardait ces hommes inconnus apporter le malheur, son instinct très sûr le lui disant. Il y avait le cheminement des chevaux, l’air accablé des gendarmes, et puis tout à coup le père prenant sa veste en laissant tout en plan.

Et puis il y avait sa mère, à qui l’homme n’avait rien dit, mais qui avait bien senti qu’il n’était plus le même depuis qu’il était remonté de la ville la dernière fois.

Les gendarmes ont détourné les yeux en la voyant s’effondrer sur le banc à droite de la porte d’entrée. Combien de femmes blessées depuis ce matin ? Combien d’hommes ne sachant rien, et fauchés à tous les sens du terme par la nouvelle ? Combien de pleurs et d’incompréhension ?

Le Phil savait bien qu’ils lui apportaient son avis de mobilisation. Il leur a servi le coup de l’étrier, le 15ème depuis le matin, qui allait rajouter à leur accablement.

Et après leur départ, il est allé directement préparer son paquetage pour partir le plus tôt possible, comme il l’était indiqué, laissant une femme statufiée et un enfant ne comprenant plus rien à l’existence.

“Une petite promenade contre les allemands et je reviens”.

Il n’est jamais revenu.

Et la Phil, n’a jamais compris pourquoi on était venu lui prendre son homme, son amour, sa vie. Elle a tout laissé en plan en son absence, survivant jour après jour en l’attente d’une lettre, faisant la honte de ses soeurs ayant à coeur de tout faire marcher aussi bien, voire mieux, en l’absence de l’homme.

Quand le maire 16 mois plus tard est venu lui apporter le mortuaire, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. S’égarant par une nuit glacée dans la pierraille alentours où elle cherchait son mari, elle est morte à 24 ans d’une chute mortelle dans une crevasse que la neige dissimulait. Morte de folie, de l’absence, de l’injustice du monde.

Elle ignorait alors qu’un 11 novembre verrait venir la paix, enfin. Pour elle la guerre avait été perdue dès le départ de son mari, de son homme, de son amour. Elle ne pouvait pas mourir en paix, elle emportait la guerre avec elle pour l’éternité.

Elle ignorait alors qu’un jour le 11 novembre serait un jour béni par beaucoup car jour de congé.

Son Phil aussi, mort sur une terre froide à mille lieux de sa vie natale…

Cet homme non dépourvu de bon sens, qui n’a jamais compris qu’il devait mourir parce que l’on avait tué un archiduc si loin de chez lui, de cette France dont il était fier et qu’il vénérait.

Je ne sais pas si maintenant on comprend. Je ne sais pas si l’on peut vraiment se mettre à leur place, même un court instant. Maintenant on porte plainte parce qu’un soldat volontaire a été tué au combat. Maintenant, ces hommes et femmes happés par cette tourmente effroyables sont tous morts.

Maintenant il n’y a plus personne pour venir dire que c’était atroce, une génération sacrifiée, trop de morts et de chagrin.

Plus personne ne se souvient non plus de cette époque où l’on pouvait vivre loin de tout, ignorant le monde extérieur qui pouvait vous rattraper pour le pire…

Maintenant, il n’y a plus personne pour porter plainte. Et c’est pour cela que l’ETAT (qui est nous), commence à reconnaître les erreurs, les errements, les égarements, et l’absurdité.

De cette guerre inhumaine dont nous portons le poids d’une manière ou d’une autre, en toute conscience, ou sans le savoir…

Si dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer paraît-il…

Posté le 11 novembre '09 par , dans Coup de blues, J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

La libération de Paris (réédition du 25 août 2007)

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Paris est enfin libéré, c’est le symbole de la France, c’est comme si la toute la France était libérée…

Je ne vous parlerai pas de la libération de Paris, contrairement à ce que vous attendez de moi, si vous attendez quelque chose…

J’ai été toujours émue, à en pleurer comme une madeleine, devant les image de la liesse populaire, de la joie dans borne, par tous les films concernant la libération de Paris (et du reste), retrouvant ainsi Jean-Poirotte et sa faculté à pleurer devant la joie populaire… D’ailleurs nous avons parfois pleuré ensemble en nous refilant le pavé de kleenex…

Avant de continuer, je vais laisser la parole à un auteur célèbre : Paul Eluard… Poète et résistant :

“Comprenne qui voudra… Moi mon remords ce fut… La malheureuse qui resta… Sur le pavé… La victime raisonnable… A la robe déchirée… Au regard d’enfant perdue… Découronnée, défiguée… Celle qui ressemble aux morts… Qui sont morts pour être aimés”… “En ce temps là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On allait même jusqu’à les tondre…”

Il parlait tout simplement de ces malheureuses, prises au piège des amateurs de justice… en ces temps de libération.

Entre Vichy et les nouvelles autorités, on vit des justiciers d’occasion qui d’ailleurs ne s’étaient pas vraiment distingués au cours des années passées en résistant, donner libre cours à des instincts qui n’était pas très purs… Il y avait dans la violence qui se disait inspirée du plus noble des patriotismes, la même composante sexuelle inavouée bien sûr, mais évidente, que chez les moines de l’Inquisition, tortionnaires pour le bon motif, quand ils soumettaient à “la question” une sorcière nue… Ces hommes et femmes là (qui avaient peut-être de la jalousie un peu forte au fond d’elles-mêmes, et donc de la frustration) n’avaient pas bougé un seul petit doigt pendant l’occupation, il était grand temps qu’ils s’y mettent, largement, la bataille de Paris (ou d’ailleurs) étant terminée…

J’ai toujours trouvé la photo que je vous livre, à gerber : le mec de gauche qui tient la femme par la main, sévère et juste (!) (pour moi c’est le faux cul de première, on est en plein dans “au bon beurre” de Jean Dutourd), celui de droite avec son beau costume, très content de lui, c’est le mac qui a vendu sa préférée aux allemands mais qui l’a oubliée, réputation oblige. Et tout le monde riant à qui n’en peut plus, une liesse populaire qui là me fait peur et ne représente pas la vraie joie, mais la méchanceté à l’état pur. Ce n’est pas la joie de savoir l’allemand parti enfin, c’est la joie d’humilier à n’en plus finir… En plus ils se portent tous bien : ce ne sont pas les tickets d’alimentation qui leur ont donné une aussi bonne mine. Mes deux grand-mères ont terminé la guerre avec la ligne plus que “haricot”…

Car il y a aussi cette pauvre malheureuse dans le milieu, tondue, la croix gammée dessinée sur elle, résignée déjà à un sort fatal. Celle qui n’a rien à dire car derrière il y a la foule qui ne l’écoutera pas, qui ne l’écoutera jamais, qui sait tout, qui porte en elle la justice… Il y a celle qui s’interroge peut-être sur le sort de son enfant (l’enfant de la honte), qui ne comprend pas tout à coup pourquoi tant de haine contre elle…

C’est tout à coup le retour de Mademoiselle de Sombreuil buvant un verre de sang pour épargner la vie de son père, devant des révolutionnaires qui ne devaient pas être beaucoup plus moches. C’est la princesse de Lamballe sacrifiée… C’est la foule… Que je hais, que j’évite…

Souvent ces femmes avait “fauté”. Encore faut-il s’entendre sur le terme “fauter” quand on tombe amoureuse d’un ennemi certes, mais surtout d’un homme…  Elles avaient eu des bontés pour l’occupant. Pourquoi “des bontés ?”.  Elles les avaient parfois aimés vraiment ces occupants… Quelle détresse a dû être la leur parfois, et que de questions à se poser le soir dans la chambre… (“j’aime un allemand…”)  Il n’empêche que le glaive de la vertu outragée s’est retrouvé un beau jour dans les mains douteuses d’une justice du trottoir, laquelle prétendait se faire l’interprète de l’indignation populaire. Un peu facile aussi de liquider ainsi la voisine qui n’a rien fait du tout (et encore faut-il s’entendre sur le terme “avoir fait ou non quelque chose” car certains n’avaient eux, justement rien fait du tout avant la libération reconnue), mais à qui on doit un peu d’argent… C’est un peu comme pendant la révolution et la terreur : c’est à qui parlera le premier et criera le plus fort qui aura raison…

La justice se doit d’être sereine. Elle doit à tous le même traitement. Tondues, déshabillées, attachées à un poteau pour qu’on leur jette les pires immondices à grand renfort de cris de joies, la croix gammée dessinée sur le corps, parfois à coup de lames de rasoirs, ces malheureuses étaient-elles plus coupables que les grandes bourgeoises de la collaboration ? Mais ces dernières évoluaient dans de trop hautes sphères, étaient trop protégées pour que les justiciers crasseux (dans l’âme) du bitume songent à s’occuper d’elles aussi activement que de leur voisine de pallier à qui ils avaient parfois d’autres choses à reprocher. On en a jugées certaines, mais avec tribunal réel et tout et tout… (des actrices particulièrement, qui ont eu droit à un traitement de faveur) (là encore je ne juge pas). Ce que je juge c’est cette photo, et toutes celles qui ont pu être prises ailleurs (il y en a une où la femme est attachée à un poteau, le visage voilé, et à qui l’on jette n’importe quoi, j’ai préféré vous l’épargner). Ce n’est à l’honneur de personne.

Oui Paris libéré, la France libéré, c’est aussi cela… Cette justice populaire qui n’en est forcément pas une, qui n’en est obligatoirement pas une. D’ailleurs il manque sur la photo, ceux qui désapprouvaient fortement, parce qu’ils étaient forcément ailleurs, de peur d’être pris à partie à leur tour…

J’aime bien le peuple, mais pas la foule… Hors la foule du trottoir un soir de libération, c’est forcément à se dire que la vie n’est qu’un long calvaire…

Et ils se portent tous tellement bien, ils ont tellement l’air en pleine forme ces justiciers du trottoirs, que l’on a peine à croire qu’ils ont souffert des privations de l’occupation… Là non plus je n’ai sans doute pas le droit de juger… Les autres ont peut-être préféré rester à l’écart de ce moment et de cette photo… Ne pas risquer leur vie pour intervenir, ou avoir autre chose de plus important à faire, ils ont hélas eu raison…

Les individus ne sont rien à côté des peuples… Pourtant ce sont eux qui forment les nations (Serge Dalens)

Et mes parents ne se souviennent que du passage bref des jeeps, du premier chewing gum (c’est quoi ce truc qu’on n’arrive pas à manger) et du “chocolate please”. Au moment où les troupes de Leclerc quittaient Rambouillet pour gagner Paris..

Pour eux, c’était hier, pour moi, je trouve que le temps avance de plus en plus vite, qui fait vieillir nos chères personnes et en ont fait disparaître trop d’autres…

Posté le 26 août '09 par , dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Oradour sur Glane

La veille, il y a eu les pendus de Tulle, aujourd’hui c’est le 10 juin 1944

C’est la soeur de tante Alphonsine (elles étaient trois soeurs), Caroline. Comment qu’elle s’emmerde dans le Limousin, alors que les nouvelles sont formelles, via la radio interdite : les alliés ont débarqué il y a 4 jours en Normandie. Ici on ne sait quasi RIEN. Elle s’emmerde… Et sa soeur a viré bobonne popotte, ses deux garçons sont infernaux, elle ne supporte pas…Et elle n’ose rien dire, elle est venue passer quelques jours de vacances pour que la petite qui vient d’avoir la scarlatine (avant les antibiotiques c’était grave) se remette… Des vacances de ce style.. Si elle avait sû elle serait restée chez elle, en Normandie, peinarde… D’ailleurs elle se demande jour après jour pourquoi le Limousin lui a été conseillé par son médecin, la Normandie c’est un climat sain aussi quoiqu’humide (en fait on saura après que son médecin était dans la résistance et qu’il savait qu’il se préparait quelque chose, précisément en Normandie, pas bon du tout pour une convalescente, il a envoyé tout ce qu’il pouvait convalescer ailleurs)

Des vacances comme ça, elle n’en souhaite à personne, elle est sur le point d’inventer le Club Med. Elle est là avec sa fille (Paulette) et maudit Mrs Bibelot d’avoir choppé la coqueluche, ce qui fait que du coup elle n’est pas venue les rejoindre comme prévu (parce que juste avant la coqueluche Mrs Bibelot avait fait une angine (emmerdeuse moyenne également, je précise, je ne me demande plus de qui Pulchérie tient) (et qu’avant les antibiotiques c’était grave aussi), et tousse à qui mieux mieux dans le Béri dont le climat semble parfait à Mrs Morgan qui n’a pas du tout envie d’envoyer sa fille dans le Limousin et surtout de l’y accompagner…

Paulette est infernale, du coup, Caroline l’a emmenée promener au son de “pourquoi il n’y a pas ma cousiiiiiine ?”. Que ce soit une petite cousine ou autre n’a aucune importance. Mrs Bibelot manque à la petite fille qui geint… (dans ma famille le décalage de génération reste d’actualité, et le restera forcément je pense, à moins que quelqu’un ne fasse un gosse à 12 ans ou 50 ans, et encore…).

Elle rentre tranquille vers le village après la promenade obligatoire destinée à calmer Paulette, en redoutant la soirée à venir. Le beau frère et sa plantation de porcs, les garçons qui veulent voir la culotte de Paulette… Sa soeur Martine devenue bobonne tranquille et jardinière en plus, en train de suivre la progression de ses “manges tout” (berk) et autres haricots, sans parler des plants de tomates et autres, c’est l’horreur pour elle qui ne fait que dans la vache laitière, alors que ça s’anime en Normandie (Oh combien ! mais elle ne sait pas à quel point). Elle aimerait bien qu’Alphonsine soit venue les rejoindre, mais Alphonsine déteste son beau frère du Limousin qui ne lui adresse jamais rien à envoyer à ses fils, et c’est comme ça.

Elle rentre tranquille, quelle heure est-il ? Elle ne s’en est jamais souvenu. Paulette cueille des fleurs et a cessé de demander pourquoi sa cousiiiine chérie n’est pas là. De loin elle voit un allemand en uniforme sur le chemin de terre qu’elle emprunte en revenant de promenade. Elle déteste les allemands en uniforme. Ca lui date de…, elle ne les supporte pas. Et celui là a l’air plus fier que les autres, et il a une mitraillette qu’il doit parfaitement maîtriser vu la manière dont il la tient, plus un air déterminé qu’elle déteste spontanément… Et que fait-il là ? Pas d’allemands dans le secteur normalement…

Un instinct, la baraka, quelque chose. Elle fait taire sa fille et se planque dans un buisson, des ronces probablement (on n’a jamais trop sû où). L’allemand ne les a pas vues. Elle transpire tout de même. Elle a peur. Une peur panique soudaine et inexpliquable, illogique, sans raison valable… Tout tourneboule en elle…

Reculer… Difficile dans ces ronciers… Faire taire sa fille surtout. Elle a trouvé le truc “on va mourir sinon, tais-toi !”. Elle ne sait pas à quel point c’est vrai ce qu’elle dit à son enfant, elle ne pourra jamais le regretter. Elle constate au cours d’une heure qui passe que l’allemand laisse passer dans le sens entrée, mais pas repartir dans le sens sortie sur ce petit chemin très emprunté, et ce, sèchement. Et son coeur se serre. Elle a peur. Une peur panique. Elle sait tout à coup. Elle sent, elle pressent. Paulette est priée de faire pipi dans sa culotte puisque ça urge, elle en fait autant (il y a des urgences tout de même, quelles que soient les circonstances). Tout chavire en elle… Il faut qu’elle s’en aille loin de là… Le danger rôde…

Elle va rester là, dans les ronciers. Et pourvu que la gosse se taise. Paulette est chouineuse de nature, pourtant elle se tait, culotte mouillée ou pas. Elle a sentit l’urgence vitale et laissé tomber ses fleurs : pire, elle les planque. Elle échappe au “rabattage” par les allemands des gens travaillant dans les champs.

Caroline n’entendra pas ce qui se passera ce jour là. Elle n’entendra pas la fusillade, elle n’entendra pas les femmes et enfants brûlés vifs hurler dans l’église. Himler n’avait pas supporté de voir des femmes et enfants fusillés… C’était mieux qu’ils soient brûlés vifs, c’était son ordre à ce pauvre bouchon sensibleElle n’entendra rien, elle aura tout entendu et tout compris. Elle ne sentira pas l’odeur infecte que dégagent les corps qui brûlent. Sa fille, elle, a sû à quel point il fallait se taire et tout compris en peu de temps.

On (des “sauveteurs” consternés et anéantis) retrouvera la mère et la fille le lendemain…, immobiles depuis la veille, la fille soudain adulte protégeant la mère prostrée, farouchement. Comme quoi finalement, la mère avait tout entendu, tout sentit, tout ressentit… et l’enfant aussi qui n’avait que 8 ans… Ce qui l’a sauvée a peut-être été de prendre en charge sa mère, de comprendre en devenant adulte qu’il fallait surtout, surtout, se taire et ne plus exister. Les “sauveteurs” eurent du mal à faire se lever Caroline, recroquevillée sur elle-même et tétanisée. La “petite” pleura dans les bras de l’homme qui l’embarquait, à gros bouillons, larmes salvatrices sans doute. Caroline avait le regard vide et semblait ailleurs… On les a fait boire avant tout…

Caroline n’a plus jamais été la même après. Alphonsine est allée la voir à “l’asile”  dès son rapatriment en Normandie, voulant s’occuper de la survivante miraculée (ne cherchez pas son nom, seuls les rares rescapés d’Oradour en ayant réchappé étant des enfants du village et ils sont tellement si peu…) . Pendant de longs mois elle lui rendit visite dès qu’elle le pouvait et pleurait sur le regard mort de sa soeur alors que la troisième soeur et ses petits garçons n’avaient bien évidemment jamais été identifiée dans le magma infâme découvert dans l’église d’Oradour par les “sauveteurs”. Pour Alphonsine, il fallait sauver la survivante, toujours des priorités pour elle… De celles qui sauvent du chagrin absolu.

Seule Paulette réussissait à faire naître une petite flamme dans les yeux de sa mère, qu’elle entourait de ses bras en lui parlant tout bas à l’oreille. Une fille de plus dont il fallait s’occuper de loin pour Alphonsine (Alphonsine avait eu ses 4 fils dans la résistance, dont 2 seulement allaient revenir des camps quelques mois plus tard, et Mrs Morgan à assumer un peu, mais adulte déjà…). Elle ruina les économies de son mari pour prendre régulièrement le train et le car, pour aller s’occuper de sa nièce, jeter un regard sur son beau frère et s’occuper de sa soeur. Admirable ? Certainement. Elle ne savait pas qu’un jour elle serait obligée de rester à Paris coûte que coûte pour attendre puis soigner deux fils au bord de la mort, en laissant sa soeur, mais il y a des priorités dans la vie qui en dépassent d’autres.

Les familles se soudent comme elles le peuvent au gré des circonstances forcément mauvaises. Lorsque Louis et Léon furent capables de supporter un long trajet en 3ème classe, le beau frère proposa de les héberger avec leur mère, pour qu’ils se requinquent définitivement en Normandie (ce qu’ils firent). Alphonsine pouvait veiller sur ses garçons et aller voir sa soeur tous les jours… Jules venait les retrouver en fin de semaine.

Un beau jour (décembre 1945) Caroline est sortie de sa prostration, subitement, comme dans un film. Elle a retrouvé un regard normal, a demandé “et Martine ?”. Et bien non, Martine n’était pas sortie de l’église avec ses deux petits garçons, et le beau frère n’avait pas échappé à la fusillade et à ce qui avait suivi la fusillade. Elle a pleuré pendant 8 jours en redevenant elle-même… Elle a pu reprendre sa vie, en Normandie, dans une maison miraculeusement rescapée des bombardements, aux côtés d’une fille trop contente de retrouver sa maman, et d’un mari qui était allée la voir tous les jours en pronostiquant qu’elle s’en sortirait (dans la mesure où elle donnait l’impression de le reconnaitre très vaguement), comme Alphonsine qui y a cru jusqu’au bout…

Elle n’a jamais voulu raconter ce qu’elle avait entendu et ressenti, Paulette non plus d’ailleurs, elles n’en parlaient qu’entre elles.

Au mot “Oradour“, Caroline se refermait comme une huître. Elle en oubliait l’Oradour sur Vayres où elle avait de la famille également, théoriquement cible première des allemands au départ et qui aurait fait 3 fois plus de morts.  Elle fuyait les églises comme la peste et a abandonné à jamais toute pratique religieuse, et parfois, tante Alphonsine le disait toujours, elle avait le regard qui “partait”. Pas triste, pas malheureux, pas quémandeur de “raconte” “qu’est-ce qui ne va pas”. Elle s’absentait quelques heures, laissant tout en plan, étant ailleurs, Paulette prenant le relais pour l’administration de la ferme que Caroline avait à nouveau à gérer, avec un époux certe aimant, mais aimant également à penser qu’elle était tirée d’affaire (à l’époque les psy ne fleurissaient pas…)

Elle savait Paulette. Elle avait vécu la même chose. Elle avait elle aussi tout entendu, pissé dans sa culotte et chié dans son froc (pardonnez moi la vraie vérité) tremblé pendant des heures avec de l’horreur plein la tête. Inconscience de la jeunesse, mouchoir mis sur des souvenirs trop atroces ? Elle n’en parlait tout de même pas (jamais) de ce jour de juin où elle avait tout entendu… Elle n’a jamais voulu quitter sa mère et s’est mariée avec un voisin proche pour la voir tous les jours (l’aimait-elle ce voisin ?). Elles parlaient, chaque jour que dieu fait, paraît-il, et se taisaient instantanément quand quelqu’un arrivait. Elles parlaient certainement de ça. Mais les autres ne voulaient pas savoir. Pas même le mari et père… Le psy c’était pour dans longtemps.. Alphonsine a un beau jour renoncé à faire parler sa soeur, elle qui savait que la parole est salvatrice, elle avait fait son devoir et avait ses deuils à vivre réellement, car tout était terminé et l’espoir vain mort pour deux de ses garçons. Elle, elle avait besoin d’en parler et ne comprenait pas ce silence…

Et Mrs Bibelot a bien eu de la chance d’avoir la coqueluche à ce moment là… qui sait si elle avait été là, si elle ne serait pas restée jouer au village avec sa cousine… Il n’y aurait pas eu de promenade dont Caroline n’était pas fan. Je ne serais peut-être pas là.

C’est ce que les arabes appellent “la baraka”…

Seule Alphonsine allait chaque année déposer un bouquet de fleurs à Oradour le jour de la date anniversaire… Caroline a toujours refusé d’y retourner, d’autant qu’elle savait que le village était resté tel que, après le drame. Paulette n’a pas repris le flambeau pour des raisons évidentes…

Mais une pensée, même pas petite, pour tous ceux qui sont morts ce beau jour de juin. Car il paraît que c’était une belle journée

Une méchante sorcière… Ben oui, vos soucis sont tout autre que ce passé qui peut tout à coup devenir l’avenir..

Je sais c’est une réédition du 10 juin 2007, c’est l’anniversaire des 65 ans de cette date maudite, d’un nom de village de sinistre mémoire. Qu’avais-je à rajouter sur ce que j’avais écrit la première fois ? Rien !

Tout a été dit et écrit sur cette horreur absolue. Simplement, il faut perpétuer la mémoire de l’horreur pour qu’un jour peut-être, toute une génération se lève en disant NON !

Je me souviens des commentaires de 2007 qui n’ont pas pu être rapatriés sur le nouveau blog. Commentaires tous émouvants et prenant parti. Alors surtout, n’hésitez pas !

Posté le 10 juin '09 par , dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.