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Le rigolo du dimanche : la liste de Schindler (qui passe ce soir)

Pulchérie était en CM2. J’étais allée voir ce film avec mon copain du moment, Monsieur le toujours en retard en retard, dans des conditions qui ne m’avaient pas convenu du tout.

Et d’un, il était en retard, donc nous sommes rentrés les derniers pour nous retrouver assis au premier rang. Je déteste. Tout le monde déteste, c’est bien pourquoi on ne s’assied jamais au premier rang spontanément. Et de deux : c’était une VO sous-titrée. Là, au risque de faire hurler les puristes, je déteste la VO sous-titrée, même si avec une VO en anglais je m’en tire à peu près pour comprendre que les sous-titres c’est n’importe quoi. Je perds mon temps à lire les sous-titres en me disant que merde, nous avons le meilleur doublage du monde. Donc, je déteste la VO sous-titrée et les filles taisez-vous, vous ne me changerez pas, c’est trop tard, je la déteste depuis trop longtemps.

Je voulais donc revoir le film, dans de meilleures conditions pour moi. J’ai décidé arbitrairement que Pulchérie était en âge de découvrir certaines vérités, et que Delphine était trop jeune et trop sensible. Après consultation du maitre de Pulchérie qui devait pour la fête de fin d’année aborder le thème de la résistance via un poème d’Aragon, il s’est avéré qu’il aurait bien aimé emmener sa classe voir ce film mais que certains parents s’y opposaient violemment.

Je suis donc partie avec ma fille dans la voiture, abandonnant Delphine en larmes qui braillait que nous allions bien nous amuser et elle paaaaas ! Mrs Bibelot devait pourtant l’emmener manger une glace et s’acheter un joli chemisier…

Dans la voiture j’ai expliqué à Pulchérie les dessous les plus sombres de l’histoire, sans oublier le côté “argent” dont il est souvent question dans le film. Et je lui ai dit qu’au fur et à mesure, je lui dirais qui s’en sortait ou non, pour lui éviter de trop grandes angoisses, car le film est flippant.

Ce que j’avais apprécié et que j’apprécie toujours, c’est qu’au départ, le personnage d’Oskar Schindler n’est pas sympathique. C’est un profiteur de guerre, qui va s’humaniser au fur et à mesure, révélant le meilleur qu’il peut y avoir en nous, alors que Goethe ne montre que le pire de l’homme, tout en restant humain malgré tout, au travers de son attirance pour une juive, un personnage plein de contradictions.

Dès le début du film, Pulchérie me tenait très fort la main. Je la sentais se crisper, et de temps à autre, devant un personnage je pouvais lui dire “il/elle s’en sortira”.

Elle a compris pourquoi la petite fille en manteau rouge, la seule couleur du film, m’avait fait penser à ma petite soeur, à sa tatie. Cela m’avait frappé la première fois. Cette petite fille m’avait évoqué ma soeur avec ses jolies boucles, son air perdu quand on massacre autour d’elle. Cela aurait pu être elle, toute sa famille ayant déjà disparu. Et la liquidation du ghetto a de quoi faire trembler, parce que là, malgré ceux que l’on suit et qui vont s’en sortir, il y a tous les morts bien visibles, surtout sur grand écran (la scène perd de son intensité sur petit écran)

Malgré mon avertissement, quand le convoi des femmes est dirigé sur Auschwitz, qu’elles ne seront pas gazées, mais repartiront indemnes, j’ai senti ma fille tétanisée, souffle coupé, au moment où elles entrent dans la salle de douche pour “désinfection”, au moment où leur peur est palpable. Elle m’a planté ses ongles qu’elle ne rongeait plus dans ma main à moi, et a vécu, je l’ai bien senti, l’horreur que cela avait du être quand ce n’était pas une douche réelle. Elle n’a pas compris pourquoi les Kapo voulaient retenir les enfants qui repartaient, au son du toujours “comment peut-on vouloir la mort de petits enfants ?”.

Et puis à la fin, quand Schindler pleure tout à coup qu’il aurait pu en sauver plus, qu’il avait gaspillé trop d’argent qui représentait des vies, elle a versé toutes les larmes de son corps, parce que c’était trop beau, pour ne pas s’arrêter quand les survivants suivis des acteurs qui les ont représentés dans le film, viennent déposer sur la tombe de leur sauveur, chacun une petite pierre.

Nous sommes rentrées, elle silencieuse et pensive, sans trop de questions que j’avais devancées. A sa soeur qui l’enviait elle a précisé “tu parles comme je me suis amusée” ! Elle s’en souvient encore, et ce n’est pas pour rien la même année qu’elle a une fois de plus levé la main pour répondre “présente”, afin de réciter à la fête de l’école “celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas”. Déjà qu’elle avait déposé une gerbe ronde le jour du 11 novembre en sacrifiant une grasse matinée…

Delphine a attendu pour voir ce film. Aujourd’hui encore, je vous parie mon thé du matin pour 8 semaines, qu’au moment où Schindler s’écroule en pleurant, elle sera répandue sur le canapé, en inondant la moquette… Comme j’en fais autant, je ne critique pas…

De temps à autre tout de même, je m’en veux de les avoir traumatisées…

La vie n’est vraiment qu’un long calvaire (et donc mes problèmes pour formater ma vidéo ne sont que de la petite bière n’est-ce pas ?)

Posté le 1 février '15 par , dans Coup de blues.
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4 commentaires »

Comment par ksk
2015-02-05 08:35:22

Et pourquoi pas le triangle rose ?

 
Comment par Calpurnia
2015-02-05 11:12:52

ksk : ?

 
Comment par ksk
2015-02-06 13:31:16

“Le triangle rose”, un film situé à la même époque mais les génocidés ne sont pas les même.

 
Comment par Calpurnia
2015-02-10 11:04:12

ksk : cela doit être mortellement drôle AUSSI !
:-(

 
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