Les mystères d’un caveau de famille (non inspiré d’un livre suédois célèbre)

A la mort de mon frère qui n’avait pas un rond, il a été évidemment, question de ses obsèques.

Il avait demandé à être inhumé avec ses parents, ce qui était impossible, car ils sont déjà 5 dans une tombe 1 place (via les joyeuses réductions de corps)  et que maman… Bref…

Le caveau de famille le plus proche de la tombe de nos parents (juste à côté à gauche, comme quoi il y a un destin, parce tout cela s’est décidé avant que mes parents ne s’aiment), nous appartient depuis la mort de maman, ainsi qu’un autre, mais loin de leur tombe.

J’en avais parlé avec maman. « Tu es la dernière héritière des caveaux X et Y, ne penses-tu pas qu’il serait bien de songer à demander les réductions nécessaires et les faire ? ». J’ignorais alors que maman faisant ses comptes n’osait pas s’avouer qu’elle ne pourrait pas garder la  maison de famille, elle s’était juste contentée de me dire « oh j’ai bien le temps ».

Donc la mère de sa dernière fille, de m’appeler des pompes funèbres pour me demander l’emplacement du caveau des « ALA ». J’ai sursauté. Mon frère voulait être enterré avec ses parents et c’était impossible, mais le caveau juste à gauche de la tombe 1/5 places désormais, était juste à côté, à gauche. Il y non serait le plus proche possible d’eux.

Alors là, de pauvre conne au chômage sans espoir d’en sortir avant la retraite, je deviens tout à coup précieuse : qui est enterré dans ce caveau, depuis quand, etc… L’ex légitime de mon frère a éclaté de rire quand je lui ai dit « ah je savais bien que l’on aurait besoin de moi ! » Son éclat de rire était sincère et non moqueur,  quand elle m’a appelée à son tour.

Je donne toutes les indications. Pas parce que je suis un prodige, mais parce que la généalogie m’a toujours intéressée, et que je sais du coup qui est enterré où, et c’est comme cela. La généalogie c’est cela aussi : qui est enterré et à quel emplacement. Comme dans la famille du côté de maman le gravage de tombe n’était pas dans les habitudes, c’est pratique pour les générations futures…

Là j’ai la mairie qui m’appelle (on a prit soin de donner mon n° de fixe). Il y a bien une fiche cartonnée, bien tenue, avec des noms que je certifie être exacts, des personnes inhumées dans ce caveau, et à réduire, bien évidemment. Sauf que la fiche cartonnée bien tenue ne compte plus pour la dame de la mairie parce que lors de l’informatisation de tout cela on a oublié les deux dernières personnes. C’est tout bête mais ses collègues bien informées sont absentes et elle ne veut rien prendre sur elle.

Je m’énerve : c’est la fiche cartonnée qui doit faire foi, si cela a été mal retranscrit informatiquement parlant, ce sera à mettre à jour, point. Mais le maire qui connait la famille n’est pas là…

Le premier épisode en réalité remonte au moment où mon grand-père, cédant à sa tante (tante Hortense), avait demandé la réduction et mise en reliquaire de sa grand-mère et d’une autre tante morte pendant la dernière guerre mondiale d’un cancer de l’estomac. Tante Hortense voulait qu’on lui fasse de la place. Qui d’autre pouvant être dans le caveau : mystère total les papiers concernant cette réduction ayant été égarés (un comble dans une famille o^l’on pouvait retrouver des quittances EDF de 1950)…

Elle a tenu encore 15 ans et est morte dans sa 100ème année. Là, mon grand-père furibard et chagrin (donc encore plus furibard) a été informé au moment de l’ouverture du caveau, qu’il n’y avait RIEN dedans, pas même un reliquaire.

« J’ai payé pour cela » disait-il, et ILS ont foutu les restes dans l’ossuaire, je porte plainte ». Ce qu’il n’a fait qu’auprès de la mairie.

Donc Tante Hortense a été inhumée dans un caveau vide ( !)  et puis à la mort de Mrs Morgan, maman voulait avoir sa mère à portée, si l’on peut dire. Elle avait trouvé trop de choses moches faites par son deuxième mari pour accepter de la faire enterrer avec lui, trop  loin en plus pour aller la visiter de temps à autres, et elle l’a fait inhumer avec tante Hortense. Pas dans le caveau où repose l’apiculteur, par respect pour sa mémoire à lui qu’elle avait tant fait souffrir d’amour.

Avec la mairie et les pompes funèbres nous étions bien OK  le jour d’après, sur qui avait été inhumé là, réduit ou pas, mais qu’il y avait tante Hortense et ma grand-mère maternelle à réduire et à mettre en reliquaire.

Une connasse du 27 m’a dit que je ne pourrais pas assister à cette exhumation/réduction, parce que cela aurait lieu en dehors des heures d’ouverture du cimetière, ce qui était faux. Ce qui est fort dommage…

En effet, c’est Mélodie, celle qui avait présidé à l’enterrement de papa, après réduction de mes grand-parents à  laquelle l’arlésienne et moi avions assistée, et à celui de maman qui m’a téléphoné pour me dire que, caveau ouvert, il n’y avait RIEN.

RIEN ! Impossible à croire, même dans ce cimetière mangeur de chair. Pour mes grand-parents, on avait retrouvé, en pleine terre les os longs (4 fémurs et 4 humérus )…. Vous connaissez l’histoire).

Là : RIEN. Sauf deux plaques que les pompes joyeuses n’ont pas le droit de casser, mais qui révèlent deux corps en dessous normalement. (Et l’on se demande pourquoi ils n’ont pas le droit de regarder en dessous alors qu’ils peuvent mettre 5 personnes dans une tombe prévue pour 1)

« On ne sait rien de ce caveau, il est très ancien, nous pensons qu’il s’agit d’un 4 places (cela nous laisse de la marge). « MAIS  nous n’avons pas le droit de casser les plaques présentes (résistantes les plaques, vu le cimetière).

Pourquoi ne pas pouvoir casser ces plaques ? « parce qu’elles sont trop anciennes, et ne tombent pas sous la loi actuelle, mais quant à ne RIEN retrouver des dernières inhumations, c’est impossible même dans ce cimetière, je suis dans l’obligation d’en avertir le maire ».

Il y avait bien un vieux reliquaire, retrouvé dans le vide sanitaire, mais sans précision des noms des personnes. Le reliquaire en mauvais état a été remplacé par un neuf, dans lequel on a mis les restes d’on ne savait qui… Ce qui a perturbé ma nièce trop anéantie, petite mère, par la mort de son père mais que l’on tenait fort normalement informée.

Le grand mystère c’est qu’il s’agit d’un caveau mal foutu, demandé par tante Hortense quand elle était caissière au Lido (juste après 1918), et qui avait fait s’effondrer lors de la transformation d’une tombe pleine terre en caveau, la tombe de gauche (sur la droite et c’était mon arrière arrière grand-mère  du côté de papa qui se retrouvait dans le ciment, là c’était un mort de 6 mois qui avait fait de la vie des je ne sais qui qui avait dû le remettre tant bien que mal à sa place, un long calvaire et étonnez-vous qu’il faille parfois des somnifères…)

IMPOSSIBLE (je rêve) de retrouver l’origine de l’achat de la concession, du contenu du caveau, hors ma bonne foi et ce qu’il y avait dans les  archives…

On a donc fait sans problème une place pour mon frère, et il y en a une autre vacante (je me sens bien sur ce coup là, sauf que moi je veux être dans l’autre caveau de famille et que je demande au notaire à ce que mes dernières volontés soient respectées, même si je ne me décomposerais pas moins vite que les autres).

SAUF QUE, tatie chérie s’est déplacée pour récupérer deux hortensias qui n’aideront pas vraiment mon frère dans son voyage vers l’ailleurs alors qu’une plante on peut s’en occuper, et les autres idem et qu’elle a vu derrière la tombe (le caveau de famille) une plaque qu’elle a mal identifiée. Sauf qu’il s’agirait d’un de mes ancêtres mort en 1920.

Mais de tante Hortense et de Mrs Morgan, point de traces… Alors qu’il s’agit d’un caveau très ancien, s’ouvrant par le devant avec une trappe (je me souviens lors de l’inhumation de tante Hortense du fossoyeur devant rentrer dans le caveau pour bien placer le cercueil, quel métier extraordinairement joyeux et mal payé je pense).

Donc, exit, les pilleurs de tombes qui n’ont qu’à soulever une dalle, creuser un peu pour récupérer bijoux, crucifix en argent, etc…

Là il faut deux jours pour dégager l’entrée, avant de se casser la gueule en jetant un coup d’oeil. C’est arrivé à Mélodie, pourtant rodée.

Si je gagne au loto une somme conséquente (peu probable), je ferai bien évidemment profiter mes filles de ma provende et puis je m’occuperai des caveaux de famille (deux).

Et je ferai graver les noms, parce que là, 17 Euros la lettre je n’en aurai rien à cirer…

Je me demande tout de même ce que sont devenues Tante Hortense et Mrs Morgan… J’ai du mal à les imaginer en train de fuguer.

J’ai RV avec le maire la semaine prochaine. Cela l’ennuie fort, et il ne faut pas oublier que le maire d’une commune est le premier officier de police judiciaire à pouvoir demander une enquête. Car sur une plaque vue par tatie, il y a donc mon arrière arrière grand-père (non noté à la mairie) + un prénom féminin inconnu.

Après avoir pris connaissance du livret de famille, il y a un enfant « présenté sans vie », sans mention donc du sexe et du prénom, + une petite fille morte à 2 ans, dont mon arrière grand-mère parlait souvent : elle portait un corset de fer, mais pas le dit prénom retrouvé sur la plaque… Théoriquement pourtant c’est là qu’elle devrait être enterrée…

Mystère… Du  coup j’ai pu préciser que mon arrière arrière grand-père avait été inhumé dans ce caveau, + une inconnue, probablement de la famille. Un enfant mort né peut tout à fait avoir tout de même reçu un prénom de ses parents. Il serait donc (elle ?) à l’origine de ce caveau qui du coup serait de 4 places ! et daterait de 1898.

La très vieille plaque de reliquaire ( ! ) ne peut pas avoir été sortie lors de la construction du caveau, QUOIQUE. Bien planquée vers l’arrière on a pu la louper longtemps… Il a fallu le coup des hortensias pour qu’elle soit vue parce que généralement on ne va pas fourbanser derrière les pierres d’un caveau de famille…

D’un côté je voudrais bien que l’on foute la paix à mon petit frère, que l’on ne le dérange pas pour fouiner un peu. D’un autre côté, j’aimerais bien savoir ce qu’il y a sous les plaques à ne pas casser (et pourquoi non, si c’était juste pour simplifier une future inhumation ? ), et que l’on mette à jour ce caveau de famille, dont aucune pompe funèbre n’a trace, mon arrière arrière grand-père étant inconnu de la mairie malgré la vieille plaque d’ailleurs cassée qui ne fait pas preuve).

Parce que si c’est un 4 places ce caveau, c’est toujours bon à savoir.

La mort n’est qu’un long calvaire….

Oui c’est vrai, nous n’avons que cela à faire : gérer les cadavres fugueurs, compter les ossements, spéculer, s’interroger…

ET S’EMMERDER AVEC LA BUREAUCRATIE !!!

 

 

 

10 réponses sur “Les mystères d’un caveau de famille (non inspiré d’un livre suédois célèbre)”

  1. Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
    De nostre mal personne ne s’en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

    François Villon

    1. Le Nain : dans les faits pour qu’il n’y ait plus que poussières c’était beaucoup trop top…
      François Villon était vraiment gai, généralement je n’aime pas trop le lire…

  2. C’est horrible, ma pauvre, tout ce que tu dois gérer et endurer. Bien des gens aux nerfs solides en deviendraient dépressifs ! J’espère que tu tiens le choc.
    Pour te faire sourire : « l’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau » (citation un peu cynique mais pas trop ! Tu la connais sans doute).
    Courage à toi.

    1. Julie : en fait de gestion, c’est sur l’aînée de mes neveux et nièces que la nouvelle est tombée et pas au meilleur moment. Normal, je ne me suis pas occupée des obsèques de mon frère. Par contre, effectivement, je suis celle vers laquelle on se tourne, car je connais vraiment parfaitement la famille, la généalogie et qui est enterré où dans ce cimetière de famille. Là nous avons deux fugueuses ou un furieux glissement de terrain…

  3. Eh bien! tu n’as vraiment pas une vie simple!
    Chez nous, c’est un caveau sous la chapelle familiale, où tout le monde finit par se retrouver en plus ou moins bon état au fil des années !
    La dite chapelle a été construite dans les années 1850, et est ouverte à tous les membres de la famille, puisque indivisible.
    Bon courage et je pense bien à toi.

  4. Angele : en plus ou moins bon état, j’imagine très bien ! Je ne me suis pas vraiment remise de la réduction des corps de mes grand-parents paternels…
    Nous avons beau le savoir : c’est traumatisant.
    Mais ne RIEN retrouver, là c’est plus qu’anormal !

  5. Bonsoir gentille sorcière , dis , quand reviendras tu ? J’espère que les vacances sont la raison de ton silence et que tu vas bien . Tu me manques et je guette chaque jour si tu es enfin de retour . Excuse moi si je suis un peu intrusive et peut être sans gêne de poser cette question . Je me permets de te faire la bise et te dis à bientôt je l’espère en tout cas .
    Fanchon

  6. Bonsoir gentille sorcière ,
    pourvu que ce petit message te trouve en forme et que ce long silence ait à voir avec des occupations diverses , variées , t’apportant du plaisir . Enfin , je suis bien triste de ne plus te lire . Bien amicalement et à un de ces jours j’espère.

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