Le somnambulisme (fin)

SomnambulismeJ’ai appris quand j’ai connu Albert, qu’une de ses deux soeurs faisait également des trucs curieux la nuit, mais qui avaient plutôt amusé la famille. Elle se souvenait très bien d’une fois, où elle avait entièrement défait le lit de sa soeur qui n’avait pas osé moufter car elle se montrait violente, pour aller vérifier à la lumière des toilettes que les draps étaient de couleur bleue… D’avoir constaté que oui l’avait réveillée Puis cela lui avait passé à elle aussi…

Avec Pulchérie j’ai pensé vu la double hérédité, que nous étions mal barrés quand elle a fait des terreurs nocturnes à partir de 12 mois. Cela n’a rien à voir avec de simples cauchemars, l’enfant bave,  se tord dans tous les sens, il hurle, les yeux sont écarquillés, rien ne le réveille (si, un verre d’eau bien froide, c’est le truc à connaître), on a l’impression qu’il va être saisi de convulsions, c’est traumatisant pour les parents (et l’enfant aussi j’imagine très bien…).

Puis cela lui est passé, et elle n’a jamais fait quoi que ce soit d’extraordinaire la nuit (qui me regarde en tous cas… :-)). Pour Delphine par contre, dès son entrée à l’école primaire, il y a eu des déambulations pour elle aussi, mais n’atteignant jamais la barre que j’avais fixée assez haut…

Ce qu’elle racontait avant le verre d’eau qui la réveillait, était toujours en relation avec une angoisse de l’école, des devoirs à faire, des récitations sues ou non. Il y a une fois où elle m’a eue car elle parlait normalement, sauf qu’elle s’est assise sur mon lit pour pisser dessus se croyant aux toilette. J’étais ravie de la changer ainsi que ma literie à minuit…

Le top par contre c’est dès qu’elle avait de la fièvre.

Quand nous habitions chez mes parents, 2 ans de suite elle fit la vraie grippe au moment de Noël. Pour des histoires d’équilibre de droits de visite pour cause de divorces multiples dans ma famille et celle d’Albert, je les ai eues deux années de suite pour Noël pour que les cousins se retrouvent ce beau jour. Un samedi après midi, nous avions regardé « les visiteurs », et elle avait voulu se recoucher avec ses 40°. Nous l’avons vue débarquer en fin de soirée, l’air parfaitement réveillée, tenant un discours normal, jusqu’au moment où elle a flanqué la crèche par terre (et la jolie table qui la portait) en hurlant « ils vont détruire le royaume !  » : verre d’eau froide à avaler immédiatement. Dès qu’elle avait de la fièvre, je la faisais dormir dans mon lit, en lui tenant « le petit pied », pour la sentir bouger et surtout se lever. Elle en avait d’ailleurs pris l’habitude, et dès qu’elle était malade, même quand elle en rajoutait un petit peu, elle me tendait son pied pour que je referme ma main dessus.

Et puis nous avons emménagé où je suis toujours, et une nuit je me suis réveillée en sursaut. Il me semblait avoir entendu quelque chose de louche. 3 H du matin… En mère qui se respecte, je me suis levée pour aller voir dans la chambre des filles : pas de Delphine. Petit détour dans la salle de bain (je l’avais retrouvée une fois couchée dans la baignoire en pleurant, on aurait dit moi bien des années plus tôt), toujours pas elle, dans le salon non plus, et là j’ai ouvert la porte d’entrée (que j’avais entendu se refermer sans doute, ce qui m’avait réveillée) et j’ai trouvé ma cadette, habillée, son sac à dos sur le dos, assise sur les marches menant à l’étage supérieur.

  • « Mais qu’est-ce que tu fais là, ma chérie ? »
  • « Je vais au collège, mais je suis si fatiguée… »

Retour dans la chambre, verre d’eau, déshabillage et mise au lit de la petite, qui le lendemain matin, ne se souvenait plus de rien et se demandait pourquoi elle était en culotte sans pyjama…  Fort heureusement pour elle la formation fut salvatrice SAUF quand elle avait de la fièvre. J’ai vécu des nuits difficiles quand je la savais malade, à Paris, dans sa chambre de bonne, au 7ème étage ! Je suppliais Pulchérie et le gentil de tout faire pour qu’ils la prennent chez eux tant que la fièvre durait. Quand Delphine s’est installée au RC avec gendre n° 2 dans un appartement dont les fenêtres étaient munies de barreaux, j’étais ravie (et son compagnon de toutes manières averti, car en cas de fièvre elle me téléphonait toujours avec un discours pas toujours très clair, alors j’appelais l’homme pour qu’il rentre illico chez lui…).

Acromion n° 2 s’est du coup intéressé à mon cas et à d’autres, les troubles du sommeil n’étant que peu abordés lors des études de médecine (6 H paraît-il comme les pharmaciens avec les champignons, cela laisse rêveur), le plus courant/connu étant l’insomnie. Il a fait donc un stage l’an dernier, et est beaucoup plus pointu maintenant sur le sujet (sauf qu’on ne sait toujours pas pourquoi certaines personnes sont somnambules et pas les autres). Il compte poursuivre ses recherches personnelles et ses stages car des troubles du sommeil, il y en a plein et qu’il en découvre avec ses patients, stupéfait !

La narcolepsie par exemple : voilà un truc qu’il est sympa. Le père d’Albert en souffrait. En gros ON s’endort sans préambule (signes précurseurs du sommeil) comme ça d’un coup. Je l’ai vu un jour, assis sur un tabouret, s’endormir sans terminer sa phrase mais en lâchant son verre de muscat tout de même. Albert l’avait vu s’endormir en sciant du bois, en posant du carrelage, et une fois (de trop) en vélo, ce qui avait occasionné une chute et l’avait obligé à consulter. Sauf que l’on n’a jamais rien trouvé.

La personne que l’on ne peut pas réveiller est aussi un autre cas de figure rare, mais qui existe. Le mari d’une de mes tantes en souffrait. C’était un ami d’enfance de papa, et ils étaient allés camper avec deux amis à eux (mon parrain, et le parrain de celle qui n’est pas comme tout le monde, tous les quatre se surnommaient « les mousquetaires »). Ils se souvenaient d’une de ces parties de camping avec émotion (sauf mon oncle) car dans la  nuit un orage avait éclaté, le vent avait arraché le double toit de la tente, avant de tout emporter, 3 des 4 courant partout pour tout récupérer, mon oncle restant in-réveillable. Et comme disait mon père « quand 3 jeunes de 18 ans ont décidé d’en réveiller un autre, ils mettent le paquet ». Rien à faire, sauf à rassembler les tissus de la tente, de se recroqueviller comme ils le pouvaient les uns contre les autres, en se protégeant au maximum de la pluie, après avoir vérifié qu’aucun arbre ne les menaçait, l’autre ronflant avec la bonne conscience de l’innocent total. Tout cela pour se faire réveiller (les 3) par le 4ème qui s’était réveillé naturellement au petit jour en leur demandant pourquoi ils avaient foutu le bordel avec la tente dans la nuit. Le beau temps étant revenu, il a toujours cru à une farce… Sauf que ma tante lui a confirmé, étant son épouse qu’on ne pouvait pas le réveiller pendant au moins 6 H après son endormissement, parce qu’une nuit on avait trifouillé dans la serrure, qu’elle n’avait pas pu le réveiller, et que, terrorisée, elle avait téléphoné aux flics qui avaient fait fuir un suspect. Seul avantage pour lui : même à l’armée ils n’ont jamais rien pu faire, si ce n’était pas son heure ce n’était pas son heure, ON ne l’a pas gardé (après examens médicaux tout de même, mais là encore, ON n’a rien trouvé).

Pratique pour un soldat non volontaire de ne pas pouvoir être réveillé. J’ai crains longtemps que Pulchérie ne soit affligée de cette tare, qu’elle ne pouvait tenir d’un grand-oncle par alliance. Quand elle était BB on ne pouvait pas la réveiller, et elle a subit sa première prise de sang à 10 jours sans moufter : c’est la laborantine qui s’est trouvée mal APRES. Le temps passant elle est devenue normale (possibilité de la réveiller péniblement, ce qui tétanisait une de ses tantes du côté d’Albert, dont le mari et elle n’osaient même plus respirer passé 5 H du matin…), mais ne vous leurrez pas : à peine changée, habillée, et trimballée chez mes parents qui lui servaient de nounous le matin (je travaillais à mi-temps), elle rompichait à nouveau…

Pendant ce temps là (à Caracas), certains se demandent pourquoi ils ne peuvent pas dormir ou si peu, ou pourquoi ils dorment trop (hypersomnie), alors que d’autres, parfaitement normaux, se disent que tout cela c’est de la foutaise, parce que les troubles du sommeil, ils ne connaissent pas. C’est tout juste s’ils se souviennent avoir rêvé (alors que tout le monde rêve).

Il y a aussi les gros dormeurs, les petits dormeurs (Napoléon qui n’avait besoin que de 4 ou 5 H de sommeil, était un vrai cauchemar pour ses proches), ceux du soir, et ceux du matin, tout un tas de trucs qui ont dû être utiles pendant notre évolution millénaire… Que serions-nous devenus, si nous avions tous ronflé toute la nuit, sans guetteur ou veilleur ? Grave question, dont vous trouverez de vous-même la réponse…

Il faut de tout pour faire un monde et protéger l’espèce. Ceux actuellement « de nuit » ou « de jour » descendent tout simplement de ceux qui, en se relayant et se reproduisant,  ont protégé notre espèce si indispensable au monde et légué leurs capacités à leurs descendants….

Sauf qu’il est toujours dit que la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt… Même si l’on est bien content de trouver un médecin ou un pompier en forme à 2 H du matin (ou alors il y a des gens qui ne dorment jamais mais je n’y crois pas DU TOUT)

Sauf que quand on souffre de quoi que ce soit qui touche au sommeil, indispensable à la vie, la vie n’est qu’un long calvaire…

On se demande quel taré à la mauvaise période de la dernière glaciation, a tout fait pour que l’on survive. Suivant les personnes, le manque de sommeil (par exemple) est plus ou moins bien supporté.

Et l’association au boulot d’un petit dormeur du matin avec un gros dormeur du soir, donne de très mauvais résultats en termes d’entente globale… Je me souviens de Truchon (petit dormeur, réveillé dès 4 H) et d’un de ses directeurs techniques (gros dormeur, mais en forme le soir) : c’était l’horreur, parce que quand l’un était en forme pour parler du dossier truc, l’autre était sur le point de lâcher la barre, et inversement…

C’est juste à méditer…

2 réponses sur “Le somnambulisme (fin)”

  1. Quel billet intéressant! Le sommeil est très mal connu, et en effet, pour ceux qui souffrent de troubles, c’est une vraie torture.

  2. Princesse : merci de ton commentaire. Visiblement les troubles du sommeil sembleraient n’intéresser qu’une faible partie de la population.
    Pour info, mes problèmes + ceux d’autres patients font que mon médecin fait une formation à ce sujet, 3 jours tous les 2 mois.
    Parce que le manque de sommeil ou tous troubles ont un impact important sur la santé en général et surtout sur la vie quotidienne…

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