Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'Coup de blues'

TOUS MORTS !!!**

97684120C’est un bleuet, sobriquet donné par les poilus à la classe 17*, parce que les soldats de cette classe n’ont connu que le bleu horizon pour uniforme.

Tout jeune soldat en bleu horizon, il a déjà connu les horreurs de la guerre, et dans sa tranchée, il médite, redoutant le jour qui vient.

Il pense à sa fiancée à qui il a promis, en y croyant vraiment, de rentrer. Il sait maintenant que cette promesse n’était qu’une utopie. Les plus anciens dorment, réfugiés dans la crasse imposée, en proie à la vermine qui les dévore, sous des abris de fortune pour se protéger de la pluie. La vie ici, n’a pas plus de sens que sa promesse d’innocent ne sachant plus ce que peut être “rester vivant”.

C’est la nuit, c’est la trêve, c’est le moment où l’on peut se donner le luxe de penser de différentes façons. Quelques uns qui ne peuvent plus dormir, s’occupent à forger de jolis souvenirs. D’autres écrivent. Pour tous, il est le bleuet. Le petit jeune, celui qui ne sait pas tout, mais qui a tout compris très vite et qui en sait de toutes manières bien trop pour son âge.

L’inconnu auréolé d’une drôle de lumière apparait tout à coup, il pense que c’est une intox de l’allemand de la tranchée d’en face le bleuet, mais pénétré soudain d’une tranquillité suspecte, il renonce à soupçonner n’importe quoi.

Car l’inconnu parle tout à coup, et il faut lui répondre.

  • Soldat, de quoi as-tu peur ?
  • De mourir. Demain, j’en suis certain, nous partirons à l’assaut. J’ai peur de ce jour à venir qui sera peut-être mon dernier jour.
  • Et pourquoi as-tu peur de mourir ?
  • Mais parce que la mort c’est horrible, c’est le rien, le néant, c’est l’absurde… J’ai ma fiancée qui m’attend, des enfants en devenir, ma vie à vivre bordel !!!
  • La mort c’est horrible ?
  • Oui.
  • Tout le monde meurt. Tous les êtres vivants meurent. C’est le destin de la vie, sans la mort, il n’y a pas de vie.
    La non existence représente bien plus que l’existence. Les vivants sont rares…
  • C’est con. Ca fait peur. C’est moche. Ca pue. C’est le néant, le rien, c’est horrible !!
  • Oui peut-être…
  • Tu es venu là pour m’empêcher de penser ?
  • Non, justement, pour te faire penser autrement.
  • Je préfère m’allumer une cigarette que de t’écouter…
  • Ta cigarette ne me dérange pas Bleuet… tu te souviens de tout ce temps où tu n’étais pas né ?
  • Non
  • Pourtant, je peux te dire que cela représente un sacré bout de temps, une éternité presque. Tu vois un peu ce que c’est que l’éternité ?
  • Non
  • Et l’éternité où tu n’existais pas, tu ne t’en souviens donc pas ?
  • Non
  • Et cela te fait peur ? Cela t’a laissé de la peur ?
  • Non
  • Pourtant c’était le rien, le néant
  • Oui mais je ne m’en souviens pas, alors cela ne compte pas.
  • Et quand tu vas mourir, tu vois cela comment ?
  • Tu m’emmerdes
  • Oui, et c’est pour cela que je veux que tu me répondes.
  • Je le vois… je le vois, comme un moment soudain que je n’aurais pas vu venir, un moment où je vais tout oublier.
  • Oublier quoi ?
  • Que j’ai vécu. Je vais même oublier ce putain de bordel de merde de moment où un mec étoilé et lumineux sera venu me parler ici bas où nous sommes déjà en enfer mes compagnons et moi.
  • Pourquoi dis-tu “déjà en enfer”… Tu ne crois en rien après la mort…
  • Non. Quand on a vécu ici, Dieu est tout simplement impossible. Il ne reste que l’enfer, mais…
  • Alors pourquoi as-tu peur ? Puisque tu vas tout oublier…
  • Tais toi ! puisque je vais tout oublier, et j’y pensais avant ton arrivée maudite, ce sera comme si je n’avais jamais vécu !
  • Précisément. Et puisque que l’avant de ta venue dans la vie ne te fais pas peur, pourquoi avoir peur de l’après ?
  • Parce que…
  • Parce que tu ne te souviendras plus de rien ?
  • Oui
  • Parce que finalement, pour toi, tu n’auras jamais existé ?
  • Ouiiiiiiiii
  • Mon petit gars, tu te fais du mauvais sang pour rien. Tu l’as compris finalement. Dès que tu auras exprimé ton dernier soupir, ce sera comme si tu n’avais jamais existé. Dans ton souvenir en tous cas. Qui n’existera plus quand ton crâne explosera et que ton cerveau se putréfiera…
  • Tu es venu pour me remonter le moral ? C’est réussi !!!
  • Non, je suis simplement venu te dire, que quoiqu’il advienne, d’après toi, vous êtes déjà tous morts… Tous les êtres vivants sont morts avant même d’avoir vécu, c’est une triste fatalité.
  • Je te remercie de ta visite, et je ne te retiens pas…
  • Alors je te laisse… Mais de ce que je t’ai dit, retiens le “d’après toi…”

Le Bleuet est rentré intact. Quoique… Effectivement…

Il est rentré pour vivre sa vie, faire des enfants, mais en étant déjà mort… Il n’a laissé qu’un journal commentant cette étrange visite dans les tranchées, qui l’avait laissé à la fois plein d’espoir et de résignation devant la mort et la vie.

Cette année, le 11 novembre, date de l’armistice 1918 tombe un vendredi et vous permet de bénéficier d’un WE prolongé.

J’espère que vous aurez tout de même une petite pensée pour ces millions de morts, ces vies brisées, ces vies gâchées,  qui vous font bénéficier de congés…

Je sais, je radote, mais cette guerre inutile et stupide, n’aura fini de me tourmenter que le jour où j’aurai tout oublié.

Mes peines  et mes joies… Et mes vieilles dames, porteuses de souvenirs et d’hommages… (ICI)

* je précise pour le bleuet, le symbolisme du coquelicot ne vous ayant bien évidemment pas échappé :-(

** Tous morts, parce que tous ceux qui l’ont vécue cette guerre, sont désormais partis, et que seuls parfois, leurs enfants se souviennent encore d’un mauvais cauchemar d’enfance… Pour moi, ils sont tous morts…

Posté le 11 novembre '11 par , dans Coup de blues, Histoire de sorcière. Pas de commentaire.

Le genou de Jean-Poirotte…

Il est des sagas qui démarrent avec l’espoir qu’au bout du compte, on pourra vraiment rire de certaines mésaventures, parce que l’on en voit la fin.

J’étais donc pleine d’espoir en démarrant cette histoire de genou, mais hélas elle n’est pas terminée, et loin s’en faut.

Du coup, il n’y a plus rien de drôle à raconter, car plus rien n’est drôle :

  • Les 100 coups de téléphone pour un rapatriement vers le domicile ou l’hôpital de la région
  • Le retour du malade chez lui au son de “il marche”, alors que non
  • Le malade se dégradant jour après jour (il en a fallu 5), grâce à un antibiotique flinguant les reins, la fonction hépatique, la formule sanguine
  • La ré-hospitalisation du malade sur une insuffisance rénale aigüe à tel point que le médecin a encore dit “il est costaud” (je ne sais pas si un taux de créatinine à 85 dit quelque chose à quelqu’un…)
  • Depuis, cela fera demain 3 semaines, un séjour en réanimation avec l’espoir qu’il échappe à la dialyse perpétuelle, et son moral qui va avec.
  • La douche écossaise pour ses proches : un jour il va mieux, le lendemain on reparle dialyse.
  • Le voir s’enfoncer jour après jour dans une absence d’espoir pour lui, de remarcher un jour et de rentrer chez lui. On ne peut rien contre le manque d’espoir…
  • Les questions que nous nous posons sans cesse n’arrangent rien, faut-il mettre la vie d’un patient en jeu pour terrasser un staphylo, alors qu’apparemment on pouvait faire autrement ?
  • Etc…

Voici donc pourquoi, j’arrête bien sûr les mésaventures qui ne sont plus que de très mauvais souvenirs, alors que rien n’est résolu. Quand j’ai commencé leur récit, nous avions beaucoup d’espoirs, là, la superstition nous oblige à garder le tout pour nous.

C’est le coeur gros que je vais mettre un peu en veilleuse mon blog. Je tiens compagnie à ma petite maman*, et je n’ai pas le coeur à rire.

J’espère pouvoir reprendre un jour cette saga, ce sera bon signe. Je l’espère sincèrement…

Des bises à tous…

* EDIT : L’arrivée de l’homme de l’art m’a coupée dans mon élan hier, et j’ai posté sans me relire. Je ne suis fort heureusement pas seule pour soutenir maman, car je ne suis pas fille unique et que personne ne se fiche de ce qu’il se passe. Simplement, comme je suis la plus disponible, et bien, j’habite avec elle quelques temps, à 5 mn d’ici… Ceci pour que personne ne se vexe injustement.

Posté le 17 octobre '11 par , dans Coup de blues. 52 Commentaires.

Le départ de Diabolos…

Mon_animal_de_compagnie

Vous avez été très nombreux à manifester votre sympathie pour mon petit chat et moi-même, parfois même via mails personnels, et je vous en remercie tous du fond du coeur : cela m’a vraiment soutenue.

Même “virtuelles”, ces manifestations m’ont beaucoup touchée.

La mort de Diabolos m’est tombée dessus comme la vérole sur le bas clergé breton (qui doit me haïr…), enfin sur lui en fait, le plus malchanceux de nous deux étant lui, il faut rester corrects et honnêtes dans notre douleur.

Diabolos était donc parti pour passer deux ou trois semaines de vacances chez Delphine et gendre n°2 à qui “le petit chat manquait” depuis septembre et après leur catnapping avorté… Je l’ai emmené le 21 janvier et son séjour s’est un peu prolongé. Je sais qu’il va vraiment leur manquer, et je me demande s’ils n’avaient pas concocté de me le catnapper totalement après leurs vacances d’avril…

Diabolos allait normalement bien, à savoir qu’il était chiant comme de coutume, avec son obsession de prendre une douche dans la baignoire, sa manie de me réclamer des croquettes alors que le saladier débordait, et son amour du grattage de ma porte de chambre genre “debout la vieille !” et certains miaulements intempestifs devant certains programmes de M6, ce qui prouve que ce chat était très intelligent.

Les nouvelles n’étaient pas mauvaises. On se fait piéger tous un jour ou l’autre parce que l’on ne veut pas voir, ou bien que l’on trouve une excuse rassurante.

Si Diabolos n’avait pas été depuis toujours aussi obsédé par la flotte : se faire doucher, SE BAIGNER, se tremper dans son saladier géant quand je lui ai interdit la baignoire (alors qu’il était en pleine forme et que cet amour de l’eau ne semblait pas inquiéter le vétérinaire, beaucoup de félins aimant l’eau), SAUTER dans le reste de mon bain en train de s’évacuer etc… peut-être que Delphine aurait plus prêté attention au fait qu’il s’est mis à boire un peu trop. On ne peut pas refaire le passé, je me serais fait piéger moi aussi…

Après plusieurs reports pour aller récupérer le petit chat dont l’absence me pesait un peu, mais me permettait d’évacuer un peu de mon allergie à son poil et de me poser donc sur le plan sinusite aigüe jumelée avec une allergie des paupières, le jeudi 3 mars était la dernière option pour aller récupérer mon petit père. Pourquoi ? Ce n’est pas important.

J’aurais dû me méfier : je suis arrivée chez Delphine sans me perdre, avec juste en tête un article à faire sur les bouchages du périf sud qui ne verra du coup jamais le jour… Cela se passait trop bien, et puis en plus, j’avais trouvé pile poil à me garer où il le fallait.

Delphine en faisant sortir le petit chat d’une de ses planques, m’a avertie “tu sais maman, je crois qu’il a un peu maigri”.

Et là j’ai vu arriver mon petit père d’une démarche hésitante, qui avait plus que maigri… “il ne mange pas beaucoup, mais il est obsédé par la flotte”.

N’étant pas la dernière à me voiler la face, je me suis dit que je jugerais Diabolos chez moi, dans son environnement. Ailleurs les choses n’ont pas forcément la même couleur. Peut-être qu’à la maison il me semblerait obèse ou à tout le moins tout à fait normal par rapport au jour où il était parti…

Diabolos avait bien évidemment été très bien traité, la litière était impec, on m’a parlé de ses câlins multiples que moi je lui refusais souvent gentiment quand j’avais le nez qui ne supportait plus son contact. Il semblait très à l’aise, chez lui, sauf que sa démarche me dérangeait. Hésitante, pattes raides, ralentie. En plus il était content de me voir mais dans sa tête j’avais vu l’équation inéluctable ELLE = VOITURE !

5 minutes après, il était grimpé sur la baignoire, puis descendu dedans, à réclamer de l’eau : il sautait bien, pas d’inquiétude à avoir…

Départ, il s’est couché sagement dans sa boîte et ne l’a pas ouvert de tout le trajet, ce qui était louche. Coincée sur le périf intérieur/extérieur/est/ouest, on s’en fout, j’ai pu constater qu’il DORMAIT !

C’est là que se sont mis en place mon intuition qualifiée de diabolique par psy chérie, et mes pressentiments de merde (sur lesquels je reviendrai très prochainement). En fait ce serait chez moi une capacité très aiguisée à analyser inconsciemment les éléments les plus minimes, mais anormaux, me dirigeant inéluctablement vers la vérité que je me cache tout de même…

Quand nous sommes arrivés à la maison à 18 H 30, Diabolos est sorti de sa boîte en boitant un peu. Il ne semblait pas tellement inquiet, plutôt pressé de boire et a miaulé pour m’encourager à faire avec lui le tour de l’appartement pour vérifier qu’aucun danger ne le menaçait. Il a bu et est allé se coucher sur le clic clac de l’ex chambre des filles : le plus facile d’accès.

Je suis sortie faire des courses, et à mon retour, il n’était pas derrière la porte à miauler : deuxième anomalie. Il dormait. Toute la soirée il a titubé vers la cuisine et là j’ai commencé à l’espionner : il allait boire, ne mangeait pas, et n’a pas mis une seule fois une patte dans sa litière. Pour vérifier MIEUX, j’ai laissé un petit filet d’eau couler dans la baignoire : il pouvait sauter dedans et en ressortir. Cela m’a rassurée… Faussement, mais de toutes manières, il était trop tard.

Le vendredi matin (vers 11 H, vu mes histoires d’insomnies), quand je me suis levée, il n’a même pas levé la tête de son clic clac pour vérifier que je me levais bien et se lever lui-même pour venir m’emmerder dans la cuisine comme à l’ordinaire. J’ai vérifié dans la litière : toujours rien…

Je suis allée doucement le réveiller. Depuis la veille au soir, il me semblait avoir affreusement fondu, mais je déraillais certainement. Je l’ai levé et emmené vers la salle de bain. Au fond de moi j’avais une certitude : lui permettre de boire à son cher robinet, se doucher, c’était la fin. Aucun retour en arrière ne serait plus possible pour moi… Je n’avais pas d’autre choix…

Il n’a pas pu monter dans la baignoire, a pu boire et se laver pendant un bon bout de temps, mais à la façon dont il a miaulé, j’ai compris qu’il ne pouvait plus sortir tout seul. Il n’essayait même pas d’ailleurs, et comptais sur moi, avec quelque chose dans le regard qui m’a fait comprendre qu’il savait, mais que je restais son sauveur.

Je l’ai donc aidé et en le portant j’avais l’impression de porter un tas d’os. Depuis la veille au soir il avait comme diminué de moitié. Je sentais tous les os de son corps. Il s’est endormi, vraiment, décontracté tout de même et là j’ai appelé mon vétérinaire à qui j’ai tout raconté. Il buvait, n’avait avalé aucune croquette, et sa litière restait vierge, dont il n’urinait pas…

Vétérinaire qui m’a proposé un rendez-vous pour le lundi. Immédiatement dans ma tête j’ai compris que le lundi ce serait TROP TARD ! J’ai insisté pour le jour même et accepté finalement un RV à 16 H le samedi 5. Un remord de plus dans ma vie. Si je l’avais emmené, certainement que le vétérinaire aurait craqué, surtout si je m’étais étendue sur son paillasson en le menaçant d’attendre la mort…

Je me souvenais de la dégringolade d’Isis, celle qui avait précédé Diabolos, qui était pétante de santé le dimanche et pour qui le mercredi 26 décembre qui avait suivi tout était torché. Pour la même raison (les reins) mais pas avec les mêmes symptômes.

Le vendredi soir, j’ai passé mon temps à l’emmener boire dans sa chère baignoire. Je me suis relevée plusieurs fois la nuit pour le faire également. Et j’allais le recoucher : il ne pouvait même plus monter sur le clic clac…

Samedi matin, il n’a même pas relevé la tête quand je suis arrivée. Je lui ai présenté un bol d’eau et il a bu jusqu’à le vider. Mais toujours pas d’urines. Jamais je n’aurais pu croire que je souhaiterais sentir la pisse de chat chez moi…

Ma soeur avait accepté de nous emmener tous les deux chez le véto à 16 H. Pulchérie et Gendre étaient là, à récupérer leurs affaires stockées chez mes parents en vue de leur déménagement (mes parents ont loupé leur vocation de garde meubles…)

A 14 H je suis repartie. Diabolos était incapable de se mouvoir, et il devait avoir soif. Ce n’est pas parce que sa mort était programmée à 16 H qu’il devait souffrir de la soif.

D’un oeil éteint, mal calé sur son clic clac chéri, ne dormant pas vraiment, il m’a laissé le prendre, le poser dans la baignoire et ouvrir doucement le robinet (eau tiède, jet très doux) et là il m’a fait une crise de convulsions horribles ou d’épilepsie, je ne sais pas.

J’étais tétanisée d’horreur et complètement affolée : il souffrait certainement ! je me sentais totalement impuissante devant cette crise ! Je me suis précipitée sur mon téléphone pour appeler ma soeur au secours, et que c’est maintenant qu’il faut l’emmener,  je suis revenue dans la salle de bain, croyant trouver mon chat mort, alors qu’il était seulement avachi dans un peu d’eau qu’il léchait frénétiquement, calmé, avec ce regard qui ne comprend pas et qui fait si mal… Mais incapable de se bouger.

Quand j’ai pu avoir le véto, vu mon élocution pouvant me permettre de perdre la moindre élection (sauf celle de la plus crevée de peur tu meurs),  il m’a précisé de l’amener tout de suite (le chat). Pourquoi 16 H ce rendez-vous, pourquoi pas le plus tôt possible ? J’avais bien enveloppé Diabolos dans une serviette de bain avec l’aide de ma soeur,  impossible pour moi de lui imposer sa boîte de voyage qu’il détestait tant, et quand nous sommes arrivés, il a compris où il était et a essayé faiblement de se débattre.

C’est moi que l’assistante (adorable) a calmée “vous lui communiquez votre stress” Je tremblais de tous mes membres, terrorisée à l’idée qu’il refasse une crise et qu’il souffre. Je sentais qu’il sentait l’urine, comme si son corps essayait désespérément de le débarrasser de l’urée qu’il gardait en lui depuis… Depuis quand ?

Je me crispais tellement pour le garder dans mes bras que j’ai gardé les épaules tétanisées pendant des heures et des tremblements dans mes bras jusqu’au soir.

Ma soeur le rassurait en le caressant, quand il essayait de bouger faiblement.  A son arrivée elle avait été horrifiée de son état. On aurait vraiment pu penser que ce chat n’avait reçu aucun bon traitement depuis au moins un mois ! Comment le mal avait-il pu galoper aussi vite ? Je l’ai vu dépérir heure après heure… Sans mentir.

Puis il y a eu l’entrée dans le cabinet, et devant Diabolos essayant de tituber sur la table d’examen, le vétérinaire n’a opposé aucune objection à une euthanasie. Peut-être s’en est-il voulu de ne pas l’avoir reçu la veille. Son visage consterné parlait de lui-même (merci au passage à tous ceux qui qualifient d’urgence urgente ce qui n’en n’est pas et font qu’on ne vous croit pas quand ça l’est !)

Car il y avait un problème de taille : l’anesthésie normale avant la piqûre fatale. C’est une intra musculaire et trouver un muscle sur mon petit père c’était très difficile, car il n’avait pas perdu que de la graisse mais aussi quasi toute sa masse musculaire. Il a d’abord piqué là où il lui semblait rester un petit muscle sur la cuisse, puis sentant que Diabolos souffrait, s’est arrêté, pour reprendre une autre seringue et tester ailleurs. Le tout avec beaucoup de douceur.

(Là petite parenthèse : alors que l’on meurt d’infections nosocomiales à n’en plus finir en France, pourquoi changer de seringue quand on doit euthanasier un chat et que l’on n’a utilisé que la moitié du produit d’une seringue que l’on jette ????)

Diabolos, sa tête sur ma main, sur laquelle il appuyait très fort, commençait tout de même à sentir le peu qu’on lui avait injecté et le véto a pu terminer la première anesthésie, mon petit chat s’allongeant contre moi, enfin endormi.

Ma soeur lui a fermé les yeux (que nous gardons ouverts sans le savoir pendant une anesthésie)  et m’a proposé de sortir…

Les grandes eaux de Versailles c’est moi, l’assistante du véto l’a, trop tard pour elle réalisé, en me précisant que j’avais pris la bonne décision alors que je pleurais comme pas possible. Non, la bonne décision c’était la veille, mais eux n’avaient pas voulu… Trop d’exagération de la part de certains rendent le corps médical et les assistants méfiants… Il y a les fausses urgences, les vraies, difficiles parfois à trier…

Mais tout de même, je n’ai pas voulu être lâche jusqu’au bout. J’avais assisté déjà à 3 euthanasies et finalement je suis revenue quand ma soeur est venue me demander le chèque.

Diabolos reposait sur la table, mais un court instant j’ai retrouvé sa petite tête détendue qu’il avait quand il dormait (mais tellement amaigrie qu’on ne voyait plus qu’il avait du Chartreux dans les veines). Ma soeur et le véto avaient les yeux mouillés… J’ai passé ma main sur son corps totalement décharné, et là je me suis dit que c’était perdu pour toute la soirée et les journées à venir…

Quand nous sommes reparties, ma soeur m’a dit “ce n’est pas pour te consoler, mais il était tellement au bout du rouleau qu’il est mort après la première anesthésie, il ne respirait plus. Le véto lui a injecté la dose fatale pour ne courir aucun risque, mais bon, il était vraiment au bout du bout du rouleau”.

En même pas 48 H, mon chat était devenu un chat foutu. Et si le véto n’avait pas considéré mes propos comme légèrement exagérés le vendredi, cela aurait fait 24 H.

Le prochain qui me dit que j’exagère, je lui pète LES DEUX GENOUX !

Et puis après, je lui saute sur le thorax pour lui péter quelques côtes, il verra si j’exagère…

Certains m’ont dit sans gentillesse que les problèmes urinaires ça se soigne (car c’était ça en fait, une crise d’urémie fulgurante). Sauf que je ne connais aucun chat qui a été sauvé définitivement d’un problème urinaire…

C’est vrai que pour les hommes on fait très fort avec dialyses et greffes quand c’est possible, et angoisse du médecin attendant les résultats concernant les reins, alors si nos félins chéris meurent d’une crise de reins diaboliquement non fonctionnels, c’est rien que notre faute…

La vie n’est qu’un long calvaire

Ce blog reprendra sa vie normale dans le courant de la semaine…

Posté le 6 mars '11 par , dans Coup de blues. 85 Commentaires.

Les pensées de Diabolos…

Mon_animal_de_compagnie

J’ai été tout content d’aller passer quelques semaines chez la sauterelle et l’homme à la voix qui fait friser les moustaches, même si pour y aller, il m’a fallu me farcir encore le truc qui pue et qui fait vaoum !

J’aime bien être chez eux, c’est pratique, où que je sois je peux les voir et les entendre. Pas comme chez ELLE où l’appart est plus grand, ce qui fait que suivant l’endroit que je choisis, je ne la vois pas tout le temps.

Pourtant tout ne s’est pas passé comme je le voulais. Je me sentais tout drôle, et évidemment, impossible de le leur expliquer. D’ailleurs je n’y comprenais rien moi-même…

Déjà je n’avais pas trop faim et j’ai un peu boudé mes croquettes. Je me suis senti faible et je n’avais que deux choses à faire, dormir et boire. J’avais tout le temps très soif.

Et puis mes pattes ne fonctionnaient plus vraiment normalement. J’avais un peu de mal à sauter ce qui ne m’était jamais arrivé de ma vie, et pour marcher je ne me sentais plus assuré du tout.

Et puis ELLE est venue me rechercher et j’étais content de la revoir, même si je savais que j’allais repartir dans le truc qui pue. ELLE était différente, j’ai senti à son odeur qu’elle s’inquiétait un peu ce qui n’était pas mon cas. ELLE a toujours su arranger mes petits problèmes, alors j’ai été très gentil dans la voiture, j’ai même dormi tout le temps, car j’étais si fatigué…

Arrivé à la maison, j’ai eu du mal à aller vérifier partout que personne n’était venu s’installer sur mon territoire. ELLE est restée avec moi tout le temps, et je la sentais inquiète, alors j’ai essayé de faire une petite gambade à l’endroit habituel, pour aller me cacher afin de lui faire peur en faisant semblant de l’attraper.

Mais j’étais trop fatigué. Pourtant j’ai fait des efforts, et je n’ai rien compris ce qu’il m’arrivait. Je suis allé m’installer dans l’ancienne chambre de la sauterelle où je sens toujours un peu son odeur et je n’ai plus bougé de là que pour aller boire. A chaque fois ELLE venait, et me proposait mes croquettes, mais je n’avais pas faim.

Finalement j’ai dormi, dormi longtemps. Le lendemain matin, quand ELLE s’est levée, je n’ai pas pu en faire autant pour aller lui faire la fête comme avant, alors elle m’a pris dans ses bras et m’a emmené dans la baignoire, où elle ne voulait plus que j’aille. J’ai pu boire beaucoup et me nettoyer un peu, alors j’ai pu sortir de la baignoire tout seul pour aller me recoucher.

Je n’ai pas voulu des croquettes qu’elle m’a apportées en m’encourageant. Dormir, j’ai juste envie de dormir, et qu’on me laisse tranquille.

ELLE vient me voir souvent, je suis content de la voir, mais je ne comprends pas. Avant, ELLE arrangeait toujours mes problèmes, mais là, rien ne se passe. Elle m’a bien fait ma toilette avec un gant humide et je n’ai pas compris ce qu’elle me disait tunapluquelapeausurlesosmonpépère. J’ai bien compris qu’elle pleurait par contre, et j’ai posé ma tête dans sa main pour qu’elle ne soit plus triste.

Après je l’ai entendu parler dans son truc noir, et elle pleurait toujours, mais je n’ai pas pu bouger pour aller la consoler. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

Je veux dormir…
Je vais dormir…
Dormir, dormir, dormir…
Peut-être que quand je me réveillerai, ELLE aura tout arrangé.

Posté le 4 mars '11 par , dans Coup de blues, Les pensées de Diabolos. 108 Commentaires.

Un grand monsieur à qui je dis adieu…

Je ne suis pas du genre à hurler de désespoir en apprenant le décès d’une vedette ou d’une célébrité, mais ce samedi après midi, en apprenant le grand départ de Jean Ferrat, j’ai eu un serrement au coeur.

J’aimais le personnage, sa voix, ses chansons, sa manière courageuse de s’engager, ses critiques acerbes, et son amour des choses de la vie…

Papa chantait souvent “la montagne” quand il jouait encore de la guitare, et beaucoup de ses chansons. Le prisonnier exigeait “nuits et brouillards” le jour de Noël (oui, je sais, c’est peu festif comme chanson), pour sa contribution ce jour là à ses souvenirs de guerre.

Nous ne l’entendions plus depuis un petit moment, sauf volontairement en sortant un CD ou un vieux 33 tours… Quand j’ai perdu ma chienne, j’ai pleuré comme une fontaine en écoutant “Oural”, ode à son chien, si réaliste…

Adieu Monsieur Jean Ferrat, et merci pour tout…

Posté le 13 mars '10 par , dans Coup de blues. Pas de commentaire.

Là, c’est le comble !

Après le décès de madame Vampire, nous avons papoté longuement dans les escaliers. Il y a une collecte de faite pour des fleurs.

J’ai décliné. Cela lui apportera quoi des fleurs sacrifiées sur sa tombe ? C’est mon point de vue, et j’ai toujours précisé aux filles “sans fleurs ni couronnes”. Je suis fauchée comme les blés, je ne vais pas sortir un billet pour des fleurs qui vont mourir pour RIEN.

J’ai bien senti que je passais pour la radin fauchée de service. Personne ne s’est proposé pour payer mes charges (le montant de la couronne mortuaire dépassait largement le montant de mes charges trimestrielles).

Et là, un autre verdict est tombé. Tout à coup. Le minot qui avait essayé de m’aider pour relever une vieille dame tombée l’an dernier, venait d’être fauché par une voiture. Enfin le lundi. Nous n’en avions rien su.

Nonobstant les avis négatifs de ses parents, ne comprenant pas qu’une voiture sur patinoire ne fait pas ce qu’elle veut même si l’on exige que nous soyons maître de notre véhicule, il revenait du collège en rollers. Sur la route parce que les trottoirs étaient impraticables.

Pour se faire faucher par une voiture.

Oui les témoins ont été formels : la voiture roulait achement trop vite. Le minot était sur la route et non pas sur le trottoir. OUI, cela se passait dans un virage. OUI, il y a faute de part et d’autre.  Un homme devra apprendre à dormir à nouveau…. Un jour… OUI, le minot a risqué sa vie et l’a perdue, OUI un conducteur dérapant sur une patinoire ne s’en remettra jamais.

Pour les parents, nous n’en parlons même pas : perdre un enfant EST LE PIRE QU’IL PUISSE SE CONCEVOIR ! Depuis que les filles ont mis le nez dehors, je tremble pour elles, et elles ne s’en rendent même  pas compte…

13 ans, toute son inconscience et sa désobéissance en cause, doivent être inhumés le même jour que madame Vampire.

Ni fleur, ni couronne ont précisé les parents.

Pas de messe non plus, dans laquelle je n’ai rien à faire… (alors que pour madame Vampire, c’était LA GRAND MESSE CHANTEE).

Tout à coup ce gosse mort trop tôt a pris toute la place dans ma vie qui ne va pas trop bien… J’ai visualisé une de mes filles il y a 10/15 ans : comment se remettre de la perte d’un enfant ?

De ce que je sais : on ne se remet jamais vraiment. On fait juste semblant… On fait comme si. Maladie ou accident, l’enfant parti avant ses parents laisse une blessure inguérissable…

Vous allez dire que je les accumule : je vous ai pourtant épargné toutes les morts qui poussaient papa dans la tombe pendant toute la durée de son hospitalisation…  Avec maman nous les comptions, attendant le chiffre 3 pour moins craindre….

La vie n’est qu’un long calvaire…

Posté le 14 janvier '10 par , dans Coup de blues. Pas de commentaire.

Ainsi va la vie…

ange-gardien1La vie n’est qu’une chute perpétuelle vers l’abîme.

La vie n’est qu’attentes multiples et variées…

  • On attend de devenir grand
  • On attend les résultats d’examens
  • On attend de savoir si il/elle nous aime
  • On attend la réponse de l’employeur potentiel
  • On attend le résultat de l’échographie car :
  • On attend BB
  • Et on attend de savoir si c’est fille ou garçon
  • On attend la réponse de l’employeur potentiel
  • On attend l’anesthésiste pour la péridurale
  • On attend le retour d’Albert
  • On attend la sérénité enfin là
  • On attend que le dépanneur vienne prendre en charge Titine
  • On attend le sommeil
  • On attend de retrouver le sommeil
  • On attend les résultats d’examens médicaux
  • On attend dans les embouteillages que cela se fluidifie un peu
  • On attend le train
  • On attend que le train arrive à destination
  • On attend dans la salle justement faite pour cela d’attente
  • On attend que le poulet soit cuit
  • On attend un mail de fille trop aimée
  • On attend l’arrivée des vacances
  • On attend que l’enfant aille mieux
  • On attend la fête
  • On attend les invités
  • On attend le traiteur
  • On attend le réparateur de n’importe quoi
  • On attend que cela dégèle
  • On attend la neige, quand on est à la montagne
  • On attend que la marée soit enfin haute
  • On attend à la caisse
  • On attend la pleine lune
  • On attend que l’autre con devant, démarre enfin, car le feu est vert
  • On attend que le téléphone sonne
  • On attend la voix tant aimée qui va enfin résonner dans notre oreille
  • On attend… Tout le temps.
  • Nous passons notre vie à attendre. Peut-être autant de temps qu’à dormir…

Pendant ce temps là, il y en a qui bossent. Eux, paraît-il ne dorment pas. C’est une chose que l’on partage avec eux depuis quelques temps, d’ailleurs, sans pouvoir faire grand chose NOUS.

Croisons les doigts pour que leur boulot soit bien fait, car :

  • On attend le coup de téléphone post opératoire.

La vie n’est qu’un long calvaire qu’attentes…

Opération programmée pour 8 H 30 lundi 21 au matin, un peu comme la dernière fois, sauf que le coupable  avait été descendu au bloc à 16 H 05, car il y avait eu des urgences.

Comme quoi les anges gardiens savent s’organiser.

EDIT : TRAVAIL BIEN FAIT, NOUVELLES RAPIDES

Posté le 20 décembre '09 par , dans Chroniques d'une vie ordinaire, Coup de blues. Pas de commentaire.

Ils étaient deux…

Ils étaient deuxIls étaient deux, cheminant côte à côte, dans cette région où les fermes ou mas, éloignés de la ville, abritaient des personnes qui parfois restaient des semaines sans se rendre à la ville précisément.

Des personnes qui vivaient en autarcie à une époque où l’on se contentait de peu dans un monde campagnard hostile. Des personnes pour qui le monde se résumait à un troupeau de chèvres ou de moutons, le rucher à surveiller, les cultures à faire prospérer.

Des personnes pour lesquelles un repas de fête c’était des chataignes grillées, avec le dernier fromage blanc de chèvre sucré au miel. Des personnes qui parlaient le soir à la lueur du feu de cheminée. Des personnes hors du temps.

Des personnes qui ne se rendaient à la ville que pour négocier un animal ou deux, du lait, du miel à meilleur prix. Des personnes qui ne voyaient que rarement le facteur, et ne lisaient pas les journaux…

Ils ne marchaient pas, leurs monture le faisaient pour eux. Et les bêtes portaient sur le dos le poids d’une souffrance et d’un devoir difficiles, à tel point que les cavaliers ne les pressaient pas. Les deux chevaux hahanaient dans la côte, même pas vexés par les chèvres gambadant à leurs côtés.

Bien sûr que tous les hommes avaient reconnu leur uniforme depuis le matin, sans comprendre. Mais il y a eu ce couple là.

L’homme savait depuis 14 jours qu’un danger le menaçait, rôdait. Il n’avait trop rien dit à sa femme de ce qu’il avait appris en descendant au bourg pour vendre 5 chèvres pleines. Il n’avait pas trop compris pourquoi un Archiduc assassiné pouvait menacer sa vie. Mais il avait palpé la peur des hommes et était remonté au mas avec celle-ci au ventre.

Quand il les a vus arriver il a compris tout de suite. Ces deux gendarmes tranquilles venaient lui apporter son avis de mobilisation, et il se souvenait qu’il aurait à rejoindre son régiment le plus vite possible.

Restait à l’annoncer à sa femme, sa toute jeune femme, celle qu’il aimait comme on aime quand tout simplement on ne sait qu’aimer.

L’enfant, leur enfant, regardait ces hommes inconnus apporter le malheur, son instinct très sûr le lui disant. Il y avait le cheminement des chevaux, l’air accablé des gendarmes, et puis tout à coup le père prenant sa veste en laissant tout en plan.

Et puis il y avait sa mère, à qui l’homme n’avait rien dit, mais qui avait bien senti qu’il n’était plus le même depuis qu’il était remonté de la ville la dernière fois.

Les gendarmes ont détourné les yeux en la voyant s’effondrer sur le banc à droite de la porte d’entrée. Combien de femmes blessées depuis ce matin ? Combien d’hommes ne sachant rien, et fauchés à tous les sens du terme par la nouvelle ? Combien de pleurs et d’incompréhension ?

Le Phil savait bien qu’ils lui apportaient son avis de mobilisation. Il leur a servi le coup de l’étrier, le 15ème depuis le matin, qui allait rajouter à leur accablement.

Et après leur départ, il est allé directement préparer son paquetage pour partir le plus tôt possible, comme il l’était indiqué, laissant une femme statufiée et un enfant ne comprenant plus rien à l’existence.

“Une petite promenade contre les allemands et je reviens”.

Il n’est jamais revenu.

Et la Phil, n’a jamais compris pourquoi on était venu lui prendre son homme, son amour, sa vie. Elle a tout laissé en plan en son absence, survivant jour après jour en l’attente d’une lettre, faisant la honte de ses soeurs ayant à coeur de tout faire marcher aussi bien, voire mieux, en l’absence de l’homme.

Quand le maire 16 mois plus tard est venu lui apporter le mortuaire, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. S’égarant par une nuit glacée dans la pierraille alentours où elle cherchait son mari, elle est morte à 24 ans d’une chute mortelle dans une crevasse que la neige dissimulait. Morte de folie, de l’absence, de l’injustice du monde.

Elle ignorait alors qu’un 11 novembre verrait venir la paix, enfin. Pour elle la guerre avait été perdue dès le départ de son mari, de son homme, de son amour. Elle ne pouvait pas mourir en paix, elle emportait la guerre avec elle pour l’éternité.

Elle ignorait alors qu’un jour le 11 novembre serait un jour béni par beaucoup car jour de congé.

Son Phil aussi, mort sur une terre froide à mille lieux de sa vie natale…

Cet homme non dépourvu de bon sens, qui n’a jamais compris qu’il devait mourir parce que l’on avait tué un archiduc si loin de chez lui, de cette France dont il était fier et qu’il vénérait.

Je ne sais pas si maintenant on comprend. Je ne sais pas si l’on peut vraiment se mettre à leur place, même un court instant. Maintenant on porte plainte parce qu’un soldat volontaire a été tué au combat. Maintenant, ces hommes et femmes happés par cette tourmente effroyables sont tous morts.

Maintenant il n’y a plus personne pour venir dire que c’était atroce, une génération sacrifiée, trop de morts et de chagrin.

Plus personne ne se souvient non plus de cette époque où l’on pouvait vivre loin de tout, ignorant le monde extérieur qui pouvait vous rattraper pour le pire…

Maintenant, il n’y a plus personne pour porter plainte. Et c’est pour cela que l’ETAT (qui est nous), commence à reconnaître les erreurs, les errements, les égarements, et l’absurdité.

De cette guerre inhumaine dont nous portons le poids d’une manière ou d’une autre, en toute conscience, ou sans le savoir…

Si dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer paraît-il…

Posté le 11 novembre '09 par , dans 1914/1918, Coup de blues, J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

P’tite n’Héra…

femme-pleurantAinsi chantaient les filles :

“Petite n’Héra, c’est ma copine à moi ! P’tite n’Héra elle est maligne et puis coquine…” sur la musique de “Alison” (Jordy)… Héra adorait les filles, les enfants en règle générale : c’est bien les enfants, ça joue tout le temps…

P’tite n’Héra, c’était la chienne de mes parents, un épagneul breton plein d’amour, qui les accompagnait depuis tellement longtemps qu”on la croyait quasi immortelle, vétérinaire compris.

C’est lors de nos mésaventures en Crête en juillet 1992, que nous avions appris la mort du dernier épagneul de la lignée de la première. Empoisonnée la petite mère, par on ne sait quoi, et surtout, on ne sait qui (enfin nous avons des soupçons  sur les appâts empoisonnés destinés aux renards, par des chasseurs indélicats…)

Mes parents étaient inconsolables et ma mère jurait “plus jamais, plus jamais de chien, ce sont des bêtes à misère, trop de chagrin quand ils nous quittent”.

Ma soeur s’était mise en chasse d’un épagneul tout de même et en avait trouvé une portée à prix défiant toute concurrence. Pendant ce temps là, mon père mijotait une visite à la SPA alors que Mrs Bibelot jurait “plus jamais !”.

Nous avons été ma soeur et moi, dans l’obligation de prévenir mon père d’une surprise, afin qu’il ne fasse pas coïncider l’arrivée SPA avec celle d’une petite chienne de 1 mois et demi, que nous avions réservée et payée.

Non sans doutes affreux. 3 jours avant l’arrivée de la petite puce, nous étions allées manger au restaurant toutes les 3, et là, Mrs Bibelot avait été catégorique “plus de chien vous m’entendez ? D’ailleurs si votre père m’en amène un, il pourra le rapportera d’où il vient”…

Sombre angoisse, mais l’arrivée était prévue pour le samedi, ma soeur allant la chercher le vendredi soir. Mon père était prévenu bien sûr qui sut éloigner sa femme le samedi matin et ne pas aller à la SPA.

L’arrivée fut épique. Ma chienne avait décidé de prendre en charge ce petit bout de chou, en la nettoyant bien des mauvaises odeurs du chenil (grande toilette) et en la suivant partout. C’était bon, il y avait une mère de substitution (qui le resta longtemps, d’ailleurs il n’y a aucune photo du chiot sans la goule de ma chienne en train de veiller au grain).

Restait à faire passer la pilule à maman. Nous avons décoré le bébé d’un ruban, et nous avons concocté le pire : la mettre dans le placard à chaussures où ma mère allait directement y ranger les siennes et prendre ses chaussons.

Las… La bestiole nous a échappé quelques instants. Elle avait franchi la grille, avait été récupérée de justesse par ma soeur, et mise dans le placard.

Arrivée de Mrs Bibelot :

“J’ai cru voir un petit chien”
“Ah bon ?” (ton hypocrite à 6200 %)

Ouverture du placard et le petit chien se précipitant sur elle, toute langue dehors :

“C’est quoi ce joli bébé, coutiou coutiou, qu’il est mignon, coutiou, coutiou”. Et que la petite léchouille un coup, et que ma chienne vienne surveiller (c’était pour longtemps), avec déjà ma mère en défense : “il est à qui ce petit chien ?”.

“A toi”.

Adieu veaux, vaches, cochons, couvées bonnes résolutions : c’était sa chienne et point barre. Et celle de mon père avec. Avec grand débat sur le nom à donner (et qui a imposé son nom ? je vous le donne en mille !)

Nous ne savions pas que nous leur avions offert 17 ans d’amour, d’affection, de soucis et de réjouissances. Elle nous a fait ses peurs : occlusion intestinale, coupure grave, rupture d’un tendon (toujours un dimanche) et a supporté plusieurs opérations, pour revenir chez elle, un peu plus maîtresse que ne l’avaient été les chiennes précédentes. Jean Poirotte avait renoncé à la faire obéir, sous prétexte qu’elle n’en faisait qu’à sa tête… Sans vouloir reconnaître qu’il avait pris de l’âge et quelque part renoncé.

Elle a même fait une déprime (véridique) à la mort de ma chienne, refusant de se nourrir, triste, reniflant partout. Sa maman/copine était définitivement partie. Les animaux dépriment eux aussi, mais comme ils n’ont soi-disant pas d’âme, beaucoup n’y croient pas…

Certains vont  jusqu’à dire qu’ils n’ont pas de souvenirs passé deux heures, je préfère en ricaner.

Elle a été une compagne de jeux extraordinaire pour les filles, proche des enfants, galopant en promenade, encore en 2007/2008, avec une fougue que le vétérinaire admirait. Elle était prête à tous les jeux dans sa jeunesse, avec une endurance qui l’a portée jusqu’à un âge respectable

En 2007, le vétérinaire optimiste, notait encore un rendez-vous pour 2008.

Et puis elle a développé une cataracte, est devenue quasi sourde, ce qui n’était pas très grave, car un chien a son flair qui le sauve de tout. Et puis elle a donné l’impression de perdre la tête (eh oui, pourquoi pas !) semblant ne pas se souvenir nous avoir déjà vus/reniflés. Et puis il y a eu perte d’appétit, et surtout graves problèmes à se déplacer. Dérapant sur le carrelage, tombant régulièrement n’arrivant plus à se relever, elle chouinait les quatre pattes écartées, les articulations visiblement totalement HS.

Puis de plus en plus de perte d’appétit, ne mangeant souvent pas du tout, malgré le steack haché acheté, le bon bourguignon pour humain, le foie cuisiné avec amour. Elle a maigri, maigri, tremblait souvent. Avait-elle froid ? ou mal quelque part ? Comment savoir ?

En janvier nous la savions condamnée à plus ou moins brève échéance. En juin elle a eu 17 ans, et mes parents ont repoussé, repoussé, le moment de faire venir le vétérinaire (pas question de l’y emmener). Le fait qu’elle ne mange plus a été déterminant, et il a bien fallu, difficilement, prendre la décision. Le moment où l’on se dit que ne rien faire, c’est par égoïsme, car tout ira en empirant.

La décision est très difficile à prendre, la peur de la mort étant très présente chez tous les êtres vivants. Et ce regard plein de confiance qui se pose sur nous alors que nous avons décidé que demain, à 18 H 30, cela se terminerait tout à coup, en nous disant que peut-être un jour nous préfèrerions en passer par là (on le pense mais on ne le penserait pas forcément au pied du mur)… La décision est inhumaine totalement malgré toutes nos excuses, et elle est la cause de nos sinus bouchés et de nos yeux larmoyants

Nous avons tout fait pour que son départ se passe “le mieux possible”, sans angoisse pour elle, mais nous n’avons pas totalement réussi. Et malgré tout, nous avons dû tous espérer que le vétérinaire dirait qu’elle pouvait tenir encore un petit peu, monsieur le Bourreau… Il s’est demandé simplement comment mes parents avaient pu tenir pendant les 3 derniers mois devant l’état de la petite mère, malgré le foie, le bourguignon, le steack haché, et le munster.

Bref tout le monde a pleuré ce 28 juillet au soir, car elle a emporté avec elle 17 années qui nous appartenaient à nous aussi. C’est une partie de l’enfance des filles qui est partie avec elle.

Personne ne me fera croire que les animaux n’ont pas droit à une âme et quelque part un paradis où nous les retrouverons.

C’est parce que l’on me dit que c’est faux, que je n’ai pas la foi…

Adieu notre belle Héra ! Elle a retrouvé ma Chloée et maintenant, elles nous attendent, en retrouvant leurs jeux d’antan… Elles, ne nous ont jamais trahis… Nous ne pouvons pas en dire autant, ayant commandé la mort pour elles…

Ceux qui n’ont pas d’animaux par choix ou par goût, ne peuvent comprendre le chagrin qui est le nôtre. Le chagrin engendré par la perte d’un animal, n’a rien à voir avec la perte d’un être cher. Il est violent, certes, mais dure moins dans le temps, notre raison jouant, certainement… Les années peuvent passer, on ne les oublie pas, mais la tristesse s’estompe définitivement pour ne laisser la place qu’aux bons souvenirs. “Vole vole mon loup sauvage comme aux temps des vertes années (Jean Ferrat)”

Posté le 29 juillet '09 par , dans Coup de blues. 41 Commentaires.

Pourquoi je n'aime pas les fêtes de fin d'année…

Comme tout le monde est parti en vacances ou autres, et que 3 péquins vont s’égarer ici pour ne pas crier au scandale, j’ose l’avouer, je n’aime pas les fêtes de fin d’année. Je ne les aime plus.

Ca a commencé le jour où ils m’ont fait le coup du père Noël qui n’existe pas il y a une dizaine d’année. Noël c’était toujours chez les parents de papa (Mrs Morgan et son mari avaient une boucherie, et ils trimaient même le 25 décembre au matin, nous y allions le lundi le plus suivant Noël). Nous arrivions chez les autres grands parents le 24. Pas de réveillon, la coutume, c’était le jour de Noël avec toute la famille, mais c’était la crèche sans petit Jésus qui apparaissait miraculeusement pendant la nuit, la messe de minuit avec Mrs Tricot, le sapin que nous faisions avec elle. Et l’attente fébrile du père Noël qui passerait dans la nuit : comme il n’y avait pas de cheminée, une fois les enfants couchés, on ouvrirait la porte fenêtre du salon.

Et puis un jour, le 24 décembre, quelques courses avec maman, au dernier moment, à Maison Laffitte où se déroulait Noël… Dans une boutique elle demande 2 trucs que je visualise sans savoir ce que c’est.

Et le lendemain, deux landeaux, avec deux poupées dedans, les petits draps et deux petits édredons. Les TRUCS acheté par ma mère la veille… J’ai posé la question, elle m’a répondu “oui”, mais m’a précisé que je devais rester discrète vis à vis des autres, qui étaient encore en âge d’y croire. (Je venais de rentrer en CP).

Après c’était différent. Les lumières étaient différentes, la magie de Noël était différente. Telle le phoenix, elle renaquit de ses cendres quand j’ai eu Pulchérie. Albert a été obligé de faire un sapin de Noël pour le 25 décembre 1981, alors que j’étais à la maternité, parce que je voulais que ma puce s’émerveille devant les zolies lumières, ce qu’elle a fait avec ses à peine 8 jour : regarder les lumières en agitant ses petits bras (et en passant de bras en bras). Et puis après il y a eu Pulchérie un peu plus grande à regarder mon livre de nuit de Noël de petite fille, puis Delphine qui, étant d’octobre avait encore plus apprécié le zoli sapin, puis Pulchérie qui savait tout (dès le CP bien sûr) mais qui a su entretenir la magie du père Noël pour sa soeur… Et nous lisions toutes les trois mon livre de jeunesse. Faire le sapin était un grand jour (glups…), et nous vivions 1 mois dans une magie des lumières.

J’avais retrouvé la magie de Noël et elle m’a accompagnée jusqu’au départ des filles de la maison.

  • Pourtant il y avait eu moi sortant de la maternité le 24 décembre avec Pulchérie née le 18, contre avis médical et commentaire sympa au passage : “si votre fille est morte dans 8 jours, vous ne viendrez pas vous plaindre” (authentique, d’ailleurs j’ai oublié de vous raconter la chose mais je m’en vas me rattraper, n’ayez pas peur (ou ayez peur)). Heureusement, comme elle a survécu, il y a tout de même un bon souvenir de fin d’année.
  • Pourtant il y avait déjà eu un beau frère qui s’est pendu le 25 décembre dans l’aube glauque, en 1982, alors que Pulchérie venait d’avoir un an et déambulait dans une maison un peu en désordre en gazouillant, avec sa couche faisant tralala. Ca ne s’oublie pas… Du coup tous les 25 décembre, forcément on pense à lui…
  • Et puis il y a eu Albert m’annonçant dans l’avion, lors d’un départ en voyage d’amoureux, le 1er janvier, qu’il en aime une autre et qu’il me quitte
  • Une collègue et amie se jetant sous un TGV un 1er janvier où elle était trop seule (je recherche le post. L’ai-je posté ou non ? Je l’ai écris en tous cas..)
  • Et puis il y a eu une autre amie, se pendant également, le 25 décembre au matin, elle aussi dans une écurie, parce que… Laissant un veuf éploré et une fille de même, ainsi que toutes ses amies.
  • Un ex collègue de chez Truchon, enterré le 24 décembre au matin…
  • Et puis il y a tous ceux qui ne sont plus là et qui ne seront plus jamais là. Trop et de plus en plus…

Ca suffit pour vous plomber les fêtes de fin d’année, à tout jamais. Heureusement qu’il y a Pulchérie devant naître le 25, née le 18 et non morte 8 jours après ma sortie de la maternité… Heureusement… Mais passé le 18 et ce souvenir, il n’y a plus de magie.

Mais bon, pour toutes les fêtes je crains le pire… Et donc, je déteste les fêtes… Cette période ranime en moi trop de mauvaises douleurs et cela démarre le 19 décembre… Je crois que je ne pourrai refaire un sapin, et mettre des lumières chez moi à cette période de l’année, que quand je saurai qu’un petit qui y croit, viendra. Et là, je ressortirai mon livre. Il est bien à l’abri, bien au chaud, et n’attend que l’innocence et la magie… Et je ressortirai mes santons de Provence, mes musiques de Noël, et j’attendrai la magie du matin et des grands yeux émerveillés…

Mais pas pour l’instant… Il y aura deux belles réunions de famille, mais pas de magie…

Posté le 20 décembre '08 par , dans Coup de blues, Histoire de sorcière. 15 Commentaires.